La convergence RFID et NFC, un simple rêve d’ingénieur pour l’industrie du commerce ?

Le rideau de la séparation entre RFID et NFC

Le rideau de la séparation entre RFID et NFC

Le 27 Juin 2012, le Picom, le Pôle de compétitivité des industries du commerce, basé à Villeneuve d’Asq dans le Nord, organisait un Atelier autour de la RFID et de la NFC et de leur convergence potentielle, atelier auquel participaient le CN RFID, GS1 France, le CITC-EuraRFID et le Forum SMSC.  Avant de revenir sur ce sujet, un bref rappel terminologique est nécessaire.

Si vous êtes un lecteur régulier de ce blog (et nous vous en remercions), vous savez qu’il aborde l’innovation et les services permis par les technologies sans contact, un terme générique qui va des codes barres à l’Internet des objets, en passant par la RFID, le NFC, Zigbee, le WiFi, le M2M et bien d’autres. Le NFC y est très présent depuis plusieurs mois, car son actualité est très active, autour du paiement, des réseaux sociaux, du transport, du commerce, du tourisme, des projets des collectivités territoriales. Des acteurs majeurs globaux comme Google, Samsung, Sony, Orange, Nokia ou Microsoft, les opérateurs télécoms et les banques se lancent dans la bataille en attendant (peut-être) les annonces Apple dans les prochaines semaines.

Les autres technologies continuent à se développer, un peu dans l’ombre, étant moins tournées vers le consommateur, son mobile et son portefeuille, et plus vers la logistique et les entrepôts. Parmi ces technologies, il y a ce qu’on appelle communément et commercialement la RFID, la technologie d’identification par radio-fréquence des biens dans la logistique. Dans la réalité, c’est un peu plus compliqué que cela, car le NFC c’est aussi de la RFID. Confus ? C’est normal.

Pour (essayer de) simplifier, le terme générique d’identification par radio fréquence est donc RFID. Cette technologie comprend trois grandes familles qui se distinguent principalement (mais pas uniquement) leur fréquences de fonctionnement et par la distance de lecture entre le lecteur et l’étiquette. LF pour Low Frequency, HF pour High Frequency, et UHF pour Ultra High Frequency.

  • La famille LF est utilisée pour l’identification des animaux.
  • La famille HF se retrouve dans le transport, les cartes à puce sans contact ET les mobiles,  famille HF dont le nom générique est NFC. Le NFC, c’est donc également de la RFID.
  • La famille UHF se retrouve dans les entrepôts pour identifier les jeans chez Walmart ou pour permettre la réalisation d’inventaires dans des entrepôts ou les rayonnages de vêtements ou de bijoux. Cette famille UHF est régulièrement appelée RFID par les industriels.

Le graphe ci-dessous détaille le lien entre les technologies et leurs normes. Nous utiliserons donc les termes dans leur acceptation grand public : RFID = RFID UHF et NFC = RFID HF.

Normes RFID (c) Royal TAG SA

Normes RFID (c) Royal TAG SA

Revenons-en à notre atelier. Ce n’est pas par hasard que la discussion autour des deux technologies, NFC et RFID se retrouvent autour de l’industrie du commerce car elle est utilisatrice des deux technologies.

Votre grande suface comporte deux grandes parties, séparées par un rideau plastique délimitant l’entrepôt et le magasin lui-même. Il y a d’un coté des étiquettes RFID et des codes barres sur les palettes des entrepôts, il y a des magasiniers effectuant des inventaires, avec leur douchettes spécialisées. De l’autre coté du rideau, nous trouvons des consommateurs avec leur mobiles NFC, capables de lire des code barres et potentiellement des étiquettes produits NFC (si ils en trouvent). Ces mobiles comportent et comporteront également de plus en plus les cartes de paiement et de fidélité. Les gestes sont les mêmes, le principe d’utilisation est le même, avec, au centre un produit et son étiquette.

On peut imaginer un jour une traçabilité totale, entre le lieu de production, le lieu d’achat et le lieu de consommation, tout cela avec un même lecteur, le mobile, et une même étiquette. On peut rêver que le consommateur à l’aide de son mobile, dans son commerce, puisse vérifier la provenance de la laine, de l’endroit où a été fabriqué ce produit, ces informations ayant été mises à jour sur l’étiquette sur les lieux même.

Convergence RFID et NFC (c) Pierre Métivier

Convergence RFID et NFC (c) Pierre Métivier

Pour arriver à cette traçabilité complète, il y a nécessité de convergence – NFC et RFID. Cette idée de convergence n’est pas nouvelle ; nous l’avions déjà abordé il y a plus de deux ans dans ce billet et de nouveau il y a presque un an en Octobre 2011.

Il y a des points communs ; le principal étant le principe de fonctionnement : un lecteur, une étiquette, un échange de données qui permet l’information, l’identification, l’authentification et l’autorisation.

Il y a aussi de nombreux freins à commencer par des incompatibilités technologiques.

  • La fréquence RFID UHF « standard » (il y en a plusieurs) à 866 MHz a une cadence 64 fois supérieure au NFC (13,56 MHz)
  • La distance de lecture – volontairement courte 2/3 cm en NFC pour des raisons de sécurité et d’unicité de l’étiquette à lire (le valideur de la RATP ne doit pas lire tous les Navigo autour de lui, mais un seul, le votre) contrairement à la RFID où l’on souhaite lire des dizaines d’étiquettes à la fois à distance pouvant aller à plusieurs mètres (portique).
  • Les étiquettes et les lecteurs sont donc totalement incompatibles
  • Il n’y a pas à ce jour de smartphone vendu commercialement équipé de lecteur RFID même si il y a eu des prototypes chez Nokia et Samsung.
  • Et à notre connaissance, il n’y a pas de puces / semi-conducteurs pour mobiles commercialement disponibles chez NXP ou Inside Secure pour les fabricants de mobile.

Comment pourrait se réaliser une telle convergence ?

  • Par l’abandon d’une des deux technologies au profit d’une seule, ce qui parait for improbable par rapport aux investissements déjà engagés et surtout les différences de fonctionnalités (lecture unique par rapport à lecture multiple, lecture à courte distance (cm) par rapport à lecture à grande distance (m)
  • Par la création de chip combo NFC/RFID sur les smart phones permettant l’ajout de la partie RFID et son adoption par les fabricants de mobiles.
  • Par la création d’étiquettes bi-mode, avec deux antennes, stockant l’information une fois mais pouvant être lu par deux lecteurs différents.
Etiquette NFC sur rayon

Etiquette NFC sur rayon

En attendant une solution technologique,  il est possible de mettre des étiquettes NFC en rayon, non pas sur chaque produit, mais sur chaque type de produit, sur l’étagère elle-même ; une solution réalisable sans convergence technologique et permettant au consommateur d’obtenir les informations souhaitées.

Et puis, en amont de tout cela, il y a deux questions-clés à se poser avant tout développement technologique.

  • La première est la question du modèle économique qui sépare toujours les rêves des ingénieurs aux innovations adoptées par les consommateurs. Y a t-il un « business model » permettant de justifier un tel changement technologique, quelque soit la solution technologique envisagée ? Pour l’enseigne de la distribution, comment tirer profit cette convergence, comment réduire les coûts ? Sur quels produits ? Qu’est ce que le consommateur y gagnera en terme de simplicité d’usage, de rapidité, de réduction de coût ? Est ce que le commerce seul peut justifier ce changement ? Est ce qu’il y a d’autres industries pouvant bénéficier de cette convergence ?
  • La deuxième question est la place relative du consommateur et du produit dans le commerce. Le modèle de suivi /traçabilité total permis par une convergence RFID/NFC repose sur une cinématique / une ergonomie « produit » (avec son étiquette). On suit le produit de son lieu de production à son lieu de consommation. Dans le cas des services de proximité sans contact NFC, c’est l’utilisateur (qu’il soit consommateur, usager ou citoyen) avec son mobile et ses applications (comparateur de prix, réseaux sociaux, carte de paiement, de fidélité, coupons,…) qui est au centre. Les anglo-saxons résumeraient ce dernier paragraphe en un lapidaire ‘user-centric vs. product-centric‘.

Rêve d’ingénieur ou développement probable voire inéluctable ? Il est bien sûr trop tôt pour répondre à cette question. Il suffit de voir le temps nécessaire à l’adoption de la carte à puce dans le passé et des services de proximité sans contact NFC actuellement pour comprendre que le temps nécessaire à l’adoption d’une technologie par les industriels puis par les consommateurs ne se décrète pas. En marge  des projets autour du paiement et de la fidélité, il est important que les acteurs de la distribution réfléchissent à ces sujets à travers des ateliers comme celui du Picom. Les associations des industriels technologiques NFC et RFID commencent également à se pencher sur la question comme le montre la signature d’un protocole d’accord en Juin 2012 entre GS1 (association normative code barre / RFID) et le NFC Forum (association des industriels du NFC).

A suivre, sans aucun doute.

Pierre Métivier

  • Aux Etats-Unis, l’actualité technologique du commerce est plutôt tourné vers le paiement sur mobile et le NFC à travers la création de MCX, pour Merchant Customer Exchange, un portefeuille électronique / mobile wallet en réponse au Google Wallet, à Paypal et à Isis. Chacun des acteurs veut garder le contrôle du paiement.
  • Pour les personnes intéressées à la partie technologique de la convergence RFID/NFC , Dominique Paret y consacre 10 pages très documentées dans son livre que nous avons revu dans cet article.
  • Un post du 10 Octobre 2011 sur ce blog sur ce même débat avec (presque les mêmes participants). Le débat sur la convergence HF/UHF est en deuxième partie d’article.
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8 réponses à La convergence RFID et NFC, un simple rêve d’ingénieur pour l’industrie du commerce ?

  1. colombeh dit :

    Comme nous en avions déjà discuté, le code à barres a ses inconvénients mais il reste tjs un concurrent important dans cet écosystème, surtout depuis que les utilisateurs peuvent les lire sur leurs smartphones. Article intéressant :)

  2. Colombe, vous avez raison bien sûr. Il ne faut pas oublier le code à barre, surtout dans la distribution, technologie qui a l’avantage de la standardisation GS1, de son omniprésence et de ses coûts réduits. Les deux avantages décisifs du NFC sont le lancement automatique de l’application smartphone et la fonction paiement intégrée plus difficilement réalisable en code à barre même si il y a des exemples dans ce sens (Starbucks aux US). Les deux technologies vont cohabiter un certain nombre d’années.
    Merci pour votre commentaire.

  3. Sylvain dit :

    Le lancement d’applications (ou la transmission de données « riches »), les codes-barre 2D le font très bien.
    Quant au paiement, plutôt que de trouver des solutions ouvertes et de laisser la libre concurrence décider des gagnants, toutes les entreprises essaient de créer un monopole sur un marché qui n’existe pas. Et cette segmentation empêche un marché d’émerger. Ne comptez pas sur les industriels, obsédés par le profit rapide et sans effort, pour lever la tête du guidon et commencer à penser « long terme » :)

  4. Depuis 2007 je fais des conférences sur le paiement mobile. Et en attendant l’arlésienne du NFC, Lemon Way est… live ;-) ! En plus le paiement est gratuit pour les individus et les marchands. http://www.lemonway.fr

    • Bonjour Sébastien,

      Merci de ton commentaire. Cela me gène de te répondre car j’espère vraiment que vous allez réussir. Mais pas forcément au dépend du NFC.

      Lemonway, SMoney, PayByPhone, Buyster, Kwixo et bien sûr PayPal, les solutions de paiement mobile ne manquent pas. Bonne chance à tous.

      Le NFC, peut-être une Arlésienne, mais 8 millions de cartes de paiement sans contact en France, 23,000 commerces acceptant ces cartes sans contact, sans avoir besoin de créer de nouveaux comptes, sans nécessité pour le commerçant ou pour le client de s’inscrire. Toutes l’infrastructure des TPE en migration vers le sans contact. L’étape suivante étant bien sûr le passage sur mobile NFC ce qui, je te l’accorde, n’est qu’à ces débuts.

      Et l’étape suivante, l’utilisation du NFC dans le mobile, en mode Card Present, et donc solution logique et sécurisé de MPaiement toujours sans création de compte. Arlésienne peut-être, mais « brick and mortars », certainement.

      Bon courage et sincèrement bonne chance.

  5. […] of concept, a été réalisé mais qui peine à trouver son marché – voire sur le sujet cet article du blog. Robert Staraj, VP SSA Sans Contact, Prof. des Universités, du Labo LEAT UNS, Université […]

  6. […] La convergence RFID et NFC, un simple rêve d’ingénieur pour l’industrie du commerce ? […]

  7. […] la RFID UHF, dites …. RFID. Ne demandez pas pourquoi ou plutôt si, demandez, il suffit de cliquer  pour la réponse […]

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