Déploiement des services mobiles sans contact par les territoires – 1ère partie – le transport

Colloque sur le sans contact à Bercy

Colloque sur le sans contact à Bercy

Un colloque sur le "Déploiement des services mobiles sans contact par les territoires" a eu lieu le 15 octobre au Ministère de l’Economie à Bercy. Ce colloque était attendu par l’écosystème du sans contact en France car c’était la première fois que la nouvelle administration parlait officiellement de ce sujet depuis sa prise de fonction. Rappelons que suite à un appel à projet à destination des collectivités territoriales dans le cadre des Investissements d’Avenir en 2011, 26 millions d’euros d’investissement avaient été proposés pour développer des services sans contact, montant abondé de 40 millions d’euros par les collectivités elle-même, des sommes permettant à une quinzaine de communautés de se lancer dans le déploiement de services à destination des usagers (transports), des citoyens (services de vie quotidienne) et des touristes (informations).

Philippe Bouyoux, Commissaire général adjoint à l’investissement

Philippe Bouyoux, Commissaire général adjoint à l’investissement

Les propos introductifs de Philippe Bouyoux, Commissaire général adjoint à l’investissement représentant Louis Gallois ont rassuré les participants. Ces investissements sont maintenus. Mr. Bouyoux a rappelé l’enjeu double de ces projets, permettre aux sociétés françaises leader sur ce marché de développer l’innovation et leur savoir faire et diffuser les usages auprès des citoyens. Cet appel à projet est très spécifique puisque explicitement tourné vers les collectivités territoriales et sans retour financier demandé. Quelques chiffres – 15 projets sur 29 réponses à l’AàP de mai 2011, 80 services, 23 millions de français potentiellement concernés. Les autres éléments-clés cités par Mr. Bouyoux ont été la maturité des technos, l’investissement des industriels, le développement des smartphones NFC, la complémentarité des réseaux bancaires, l’inter-opérabililté local et régional en particulier dans le transport, mutualisation des briques génériques.

Yves Krattinger, sénateur de la Haute-Saône, président AFIMB

Yves Krattinger, sénateur de la Haute-Saône, président AFIMB

Trois tables rondes ont suivies cette introduction, la première consacrée au sans-contact dans les transports publics et animée par Yves Krattinger, sénateur de la Haute-Saône, président du Comité d’orientation de l’Agence française pour l’information multimodale et la billettique (AFIMB).

Pour beaucoup d’observateurs, le transport et, avec le paiement, l’usage qui lancera l’utilisation des services mobiles sans contact. Un grand nombre de réseaux de transport français utilisent déjà les cartes sans contact comme KorriGo en Bretagne ou le Pass Navigo en Ile-de-France. Toulouse, Rennes, l’Ile de France avec le STIF étaient présentes à cette table ronde. Regrettons l’absence de Strasbourg, villes très avancée sur le sujet et sa solution "lecture de tag", nous y reviendrons – NDLR.

L’AFIMB propose l’ABC, pour Application Billettique Commune. Si l’application était adoptés par les AOT – Autorité Organisatrice des Transport résoudrait à la fois le sujet de la mutualisation des développements et de l’inter-modalité entre les différentes régions en France. Imaginer que votre application de transport sur mobile à Toulouse vous permette d’acheter votre billet transport en commun lors d’un déplacement à Strasbourg. C’est la promesse de l’ABC. Une application plutôt au service du voyageur occasionnel et qui ne doit pas remettre en cause les systèmes de billettique en cours.

Tisseo, l’Autorité Organisatrice des Transports de Toulouse est chef de file du déploiement de l’ABC. Toulouse c’est 110 millions de déplacements par an, une filière aéronautique #1 en France, une filière numérique #2 en France. Présentés par Jean Noël Marrot de la CU du Grand Toulouse, les projets de services mobiles sans contact y sont nombreux autour de la carte de vie quotidienne, des transports (y compris à l’aéroport Toulouse Blagnac) et de l’information. L’implémentation de l’ABC permettra au voyageur occasionnel d’acheter à distance son billet et ne plus faire la queue, les première expérimentations sont prévues en 2014.

A Rennes comme l’a rappelé Guy Jouhier, de Rennes Métropole, la carte Korrigo est la carte bretonne des transports avec 300 000 utilisateurs. C’est une vraie réussite en terme de gouvernance multi-territoires en s’élargissant vers d’autres territoires comme la Normandie, et tous les acteurs locaux et régionaux. La carte va également devenir multi-services dans le cadre des projets de l’AàP. Pour Rennes, sur le sujet de l’ABC, le STIF doit être moteur, sinon, l’intérêt est limité. Rennes toujours et la suggestion de Rennes pour de l’utilisation de l’identifiant de l’ABC pour d’autres applications, sur l’exemple de la carte Navigo en Ile-de-France, qui fonctionne également pour le Vélib, les billets de Thalys voir un programme de fidélité de restauration rapide. Sur ce dernier point, la CNIL n’est pas opposé à ce principe si l’identifiant est utilisé pour d’autres applications transport mais est beacoup plus réservé sur cet identifiant est utilisé pour des usages hors tranport. NDLR

Avant de passer à l’intervention de M. Philippe Sainsard, Conseiller Régional Ile De France et Membre de la commission économique et tarifaire du conseil du STIF, rappelons la situation en Ile-de-France.

Pour les millions de franciliens qui utilisent chaque jour les transports en commun, la dématérialisation du Navigo sur leur mobile est une évidence. Il suffit de prendre le train le matin pour s’apercevoir que la grande majorité des usagers ont déjà leur mobile dans la main pendant les trajets et que l’utilisation pour la validation de l’accès serait logique. Et de nombreux autres services liant géolocalisation, réseaux sociaux, connectivité et interaction permise par les mobiles sont en préparation. Les projet du STIF (l’autorité organisatrice des tranport (AOT)) en Ile de France sont plutôt tournés vers le ticket occasionnel, basé sur une technologie plus ancienne que le Navigo, les tickets à bande magnétique, qui représente peu de voyages par rapport aux abonnés, mais un nombre non négligeable d’actes d’achat et un coût puisqu’il oblige à la maintenance de deux technologies différentes (carte sans contact et bande magnétique). Pouvoir acheter sur Internet ou sur son mobile son ticket ou carnet occasionnel et valider son titre de transport toujours avec ce même mobile fait sens pour le STIF, que ce soit pour l’occasionnel du transport en commun délaissant sa voiture ou le touriste. Un dernier point à prendre en compte est les travaux autour d’un nouveau système de tarficiation en Ile-de-France, l’UT, pour Unité de Transport, un système à prendre en compte dans toute nouvelle implémentation technologique.

Philippe Sainsard, CR IdF et administrateur du STIF

Philippe Sainsard, CR IdF et administrateur du STIF

Philippe Sainsard, STIF a rappelé l’expérimentation NFC en cours à Argenteuil (Nord de l’Ile-de-France), 1 million d’euros et 2 réseaux de bus ainsi que la mise à la norme B (NFC) du réseau de validation pour fin 2012. Ce passage est une étape nécessaire pour la future carte Navigo NFC "Starck" annoncé pour 2013 qui permettra le rechargement de la carte avec son mobile NFC et à terme la dématérialisation de la carte Navigo sur mobile NFC.

Et puis, M. Sainsard a surpris l’auditoire en mettant en avant toutes les raisons de ne pas passer au mobile NFC, à commencer le modèle économique – les commissions très importantes demandées par les opérateurs télécom "20% ? même pas en rêve", la non-disponibilité de téléchargements d’applications NFC sécurisées, les lenteurs de la validation avec un mobile NFC par rapport à la carte et le sujet de la responsabilité de la casse d’un mobile si il tombe pendant une validation.

Table ronde - Le sans-contact dans les transports publics

Table ronde – Le sans-contact dans les transports publics

Il s’en est suivi une discussion très animée entre le représentant du STIF et les représentants des opérateurs telecom, en désaccord sur les arguments avancés par le STIF et en particulier sur le montant des commissions ajoutées par le portage sur mobile, le cœur du sujet.

Comme l’a indiqué Guy Jouhier, chaque acteur (telco et AOT) doit accomplir un saut culturel pour s’entendre par rapport à la culture française du contrôle du consommateur ou de l’usager. Chacun a ses compétences métier et la connaissance de ses propres clients. Sans entente entre ses acteurs clé de l’écosystème transport et mobile, ce sont les usagers qui sont oubliés et à terme les acteurs eux-mêmes qui en seront les victimes y compris les industriels français qui profiteraient de ces déploiements. Tous ces acteurs ont encore un peu de temps avant l’arrivée d’acteurs mondiaux comme Apple, Paypal ou Google avec des solutions qui contourneront probablement les solutions discutées actuellement. Mais cela, c’est une autre histoire et un autre billet. Ajoutons enfin que des accords sont possibles puisque un tel accord a été mis en place à Strasbourg.

Peut-être faudra-t-il l’expression forte des politiques au niveau national pour faire avancer les choses. En attendant et pour rester sur l’exemple de l’Ile de France, l’usager quotidien des transports en commun n’est pas prêt d’utiliser son mobile pour valider ses trajets.

A suivre.

Pierre Métivier

Pour aller plus loin

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