Sigfox, le Moulinex de l’internet des objets

Le monde de Sigfox (c) Sigfox

Le monde de Sigfox (c) Sigfox

Au moment où la blogosphère découvre l’internet des objets, 15 ans après la création du terme par Kevin Ashton  et près de 25 ans après la naissance de l’ubiquitous computing en 1988 de Mark Weiser et du professeur Ken Nakamura et son UID Center au Japon, une petit société française basée à Toulouse fait parler d’elle sur la conférence LeWeb ainsi qu’une soirée LaFrenchMobile consacrée à l’Internet des objets. Son nom – Sigfox, son but – connecter le monde (des objets). A première vue, c’est ambitieux. Mais quand lorsqu’on écoute une présentation de la société, il est clair que la société a les moyens de son ambition grâce à une approche innovante du sujet.

Rappelons que l’internet des objets désigne un ensemble très vaste et très vague comprenant des objets, des ordinateurs et des humains connectés ensemble et partageant des données à travers de nombreuses applications dans tous les domaines. Tous ces objets clairement identifiés, plus ou moins bavards, partagent ces informations stockées sur des tags/étiquettes (RFID/NFC) ou en provenance de capteurs. La connectivité peut prendre de nombreuses formes (lecture de proximité par mobile NFC, Zigbee, ZWave,Wifi, Dash*7, Ocean, Bluetooth, Wifi, IPv6, ANT+, 6LoWPAN, réseau 2G, 3G voire satellite (et nous en oublions certainement))  suivant la distance de lecture, la fréquence et la taille des données échangées et le type d’application. Les coûts varient fortement suivant les technologies.

Capteurs partenaires Sigfox

Capteurs partenaires Sigfox

Pour les grandes distances, les réseaux 2G, 3G voire bientôt 4G proposés par les opérateurs sont utilisés (sous le terme M2M) mais leur coûts d’utilisation ne peuvent permettre tous les types d’usages dans tous les domaines. Des entreprises sont à la recherche de nouvelles solutions comme l’utilisation des "white spaces" des bandes de fréquences utilisées par la télévision analogique et maintenant abandonnées et libres de droits (suivant les pays). C’est l’appproche de Neul en Grande Bretagne et Google s’y intéresse de très près aux US. Nous avons déjà abordé le sujet dans ce blog.

Et donc Sigfox s’attaque à ce marché avec une approche originale basée sur deux principes.

  • Tous les objets n’ont pas besoin d’être connectés en permanence ou en temps réel (réseau 2G, 3G ou satellite)
  • Tous les objets n’ont pas besoin d’envoyer de grandes quantités d’informations (réseaux 3 et 4G).
Carte du déploiement Sigfox

Carte du déploiement Sigfox

Même si la technologie est indépendante de la fréquence, Sigfox a développé un réseau M2M pour des coûts très inférieurs aux réseaux existants en utilisant des fréquences 868 MHz libre d’utilisation (sans licence) en Europe et une transmission dite bande étroite. Il suffit de 2 millions d’Euros pour couvrir la France, 200 millions pour couvrir le monde (l’équivalent de 10 km de ligne TGV standards) ou à comparer aux 20 à 30 milliards pour le plan fibre pour la France. De plus, la technologie consomme très peu d’énergie et pénètre très bien dans les bâtiments. 1000 antennes suffisent pour couvrir la France et chaque antenne peut gérer 1 million d’objets. Le coût est d’environ 1€ par an et par objet avec une limitation de 140 "messages" par jour et le débit est de 100 bits/sec. Pour de nombreux capteurs et de très nombreuses applications, c’est largement suffisant.

Des grandes entreprises ont déjà intégré la technologie comme ClearChannel pour la maintenance de leurs bornes d’affichages multimédia.

Et quel est donc le rapport avec Moulinex ? Moulinex s’est développé, entre autres, sur la base que les moteurs électriques d’un appareil ménager n’avaient pas besoin de fonctionner 24 heures sur 24 mais quelques minutes à chaque utilisation. En 1956, la société a lancé des appareils mono-fonction, plus simples, avec des moteurs plus économiques et a pu ainsi démocratiser l’appareil électro-ménager, signe d’une véritable innovation. C’est un peu la promesse de Sigfox, démocratiser les applications de type "objets connectés" ne nécessitant pas du temps réel ou de grandes quantités de données.

Souhaitons donc à Sigfox la même réussite que Moulinex (dans sa phase d’expansion) et que cette technologie participe pleinement au développement de cet internet des objets à venir.

A suivre.

Pierre Métivier

Pour aller plus loin

6 réponses à Sigfox, le Moulinex de l’internet des objets

  1. david menga dit :

    Pierre, ton analyse est juste. Les objets n’ont pas besoin de 4G pour parler , mais ils doivent être identifiés sur un réseau et faire leur travail en temps et en heure. Là , Sigfox a vu juste, tous les objets Sigfox ont une adresse IPV6 et existent sur Internet. Le marché des alertes est clairement visé, et le but du jeu est que le message arrive au bon endroit dans un temps donné, et à un coût énergétique faible ( bon pour l’autonomie ). Et le tout de manière simple et bon marché.
    Oui, le parallèle avec Moulinex prend sens. A l’ubiquité du moteur électrique correspond l’ubiquité du nommage Internet ( URI ).

    David

  2. Un avis dit :

    Reste à prouver qu’il y a un besoin pour des très bas débits permettant de rentabiliser un réseau dédié. Et que la techno puisse devenir bidirectionnelle sans perdre en couverture. Sans parler des contraintes sur le spectre radio. Bref qu’on soit pas dans le buzz techno-push.

  3. Nos discussions et nos contacts avec beaucoup de grands groupes industriels nous confortent dans l’idée qu’il y a un réel besoin de très bas débit. Le très bas-débit permet de répondre aux besoins d’un nombre incroyable d’applications qui n’ont besoin que de faire du monitoring, de la remontée d’alarme ou de statut dans des domaines variés comme l’environnement, la santé, l’énergie, la domotique, l’agriculture… Ainsi nous équipons des panneaux publicitaires, des capteurs d’incendie et d’intrusion, des containers de déchets, des compteurs énergétiques, des détecteurs de place de parking, des détecteurs de fuite d’eau dans les canalisations…
    En ce qui concerne le bidirectionnel qui est en cours de développement, vous avez raison en disant que cela nous permettrait d’augmenter et diversifier les applications que nous pourrons servir. Mais il y a tellement d’applications qui n’ont besoin que de monodirectionnel que cela ne freine pas du tout l’adoption de la technologie SIGFOX qui, d’ailleurs, quand elle sera bidirectionnelle ne nous fera pas perdre en couverture.

  4. [...] un article de Pierre Métivier sur Avec ou Sans Contact [...]

  5. Faible vitesse mais très écologique et surtout indépendant de tout smartphone, PC et tablette moyennant un abonnement au prix faible par an. Jusqu’ici, je voyais les objets connectés comme des gadgets à la mode, maintenant c’est tout autre. De plus, c’est une entreprise française. J’espère une longue vie à Sigfox afin qu’il sorte de nouveaux objets connectés.

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