RFID, NFC et technologies sans contact – Bilan 2011 et perspectives 2012

décembre 29, 2011
Sans Contact 2012

Sans Contact 2012

C’est la saison des bilans et des prévisions et nous ne nous y dérogerons pas. Voici donc ceux de notre blog, basés sur le même modèle que l’année dernière. Annonces, développement, conférences autour des codes barres, de la RFID, des smart cards, de la NFC et de l’Internet des objets ; voyons ensemble les faits marquants de l’année écoulée.

Comme tout bilan, il est incomplet et si vous trouvez des informations maRquantes maNquantes, n’hésitez à les ajouter en commentaires.

 

Voeux de Bordeaux

Voeux de Bordeaux

Tout d’abord les code barres. Certains voyaient leur déclin proche avec l’arrivée de la RFID et des technologies sans contact. Loin de se périmer, les codes barres ont trouvé une nouvelle vie grâce aux mobiles. Que ce soit dans les entrepôts ou sur nos étalages, les arrêts de bus, les catalogues et les journaux, les affiches, les annonces des agences immobilières, ils sont là et de plus en plus nombreux. Des applications sur mobile permettent de les lire de plus en plus facilement et rapidement grâce à l’amélioration des caméras embarquées. A noter en particulier des applications de fidélité comme Shopmium, offrant des promotions dans la distribution, basées sur la lecture de code barre en magasin et le QR Code considéré comme un des beaux-arts, des services créatifs autour des QR codes.

Coté RFID logistique, les développements ont continué dans la distribution et en particulier le secteur textile mais pas seulement. Les américains continuent leur développement et en particulier Wal*Mart qui a relancé ses efforts sur la RFID après un premier échec. Le commerce justement utilise trois technologies sans contact – les codes barres sur les produits (et à terme des étiquettes RFID UHF) et la technologie RFID HF/NFC  pour les cartes de fidélité et les paiements sans contact. Nous en avions parlé l’année dernière sur ce même bilan, peu de choses ont évolué pour lier ces trois mondes. Le RFID Live Journal d’Orlando a réuni tous les acteurs du marché pour un salon d’un bon niveau en terme de visiteurs et de nouveautés avec une forte présence française et des annonces positives en terme de nouveaux marchés. A noter enfin la “International RFID Conference“, le salon des technologies RFID, organisé par le CN RFID à Lille, cette année dédiée au monde du commerce et qui a été un vrai succès en terme de fréquentation. Enfin, coté régulation, le PIA - Privacy Impact Assessment est un document de la Commission Européenne, en cours de déploiement dans toute la Communauté Européenne qui devra être rempli par les opérateurs de solutions à base de technologie RFID.

En 2011, tous les salons professionnels et les conférences autour du commerce, de la logistique, du tourisme comme le SITL (transport et logistique), le Totec (tourisme) ou l’EBG (retail/commerce) ont tous eu une composante sans contact (code barre, RFID et NFC), de plus en plus tournée vers les usages plutôt que la technologie, signe de début de maturité de ces marchés.

NFC at Cartes 2011

NFC at Cartes 2011

Le paiement par carte sans contact, présent en Asie et se développant aux Etats Unis, continuent à progresser en Europe à commencer par l’Angleterre. La billetique fait également partie des secteurs de pointe en particulier sur les stades de football, sous forme de cartes sans contact et potentiellement en tant application dématérialisée sur mobile (projets en cours au Stade Malherbe de Caen et au nouveau stade de Valenciennes). Ces sujets ont été abordés à Cartes 2011, grande messe de la carte à puce (smart card) a été envahi d’applications et de services NFC en tout genre. Les principaux acteurs de la carte à puce ont pris en compte le fait que les applications cartes pourraient un jour être dématérialisées, changeant ainsi (pour certains) leur business model (exemple de Gemalto). Le Mobile World Congress, le salon mondial de la téléphonie mobile, à Barcelone a été également très actif autour du NFC, que ce soit pendant les conférences ou sur le salon.

Le Wima 2011, LE salon du NFC à Monaco, a bien rebondi après l’épisode du volcan islandais qui avait réduit le nombre de visiteurs en 2011 et on y a noté le grand retour de Nokia sur le NFC. Le Wima s’est également exporté aux US, preuve de sa bonne santé. Enfin, une deuxième conférence spécialisée dans le NFC, le NFC World Congress a vu le jour, tout près du premier, à Sophia Antipolis. Bonne chance à ces deux événements, preuve de l’effervescence du marché.

Le regroupement d’entreprises prenant position à travers des fusions, des achats ou de simple accords commerciaux sur le marché a continué à se développer en 2011 – le plus spectaculaire ayant été Google acquérant Motorola Mobility mais aussi le rachat par Smartrac des activités RFID d’UPM ou celui de RFIdea par Zetes et dans le domaine de l’Internet des objets, celui de Pachube par LogMeIn.

Peu de bouleversement sur le M2M (Machine to machine) en terme de nouveaux usages – gestion de flotte de véhicules, de géolocalisation, solutions de contrôles d’accès sont toujours au coeur des solutions proposées par les opérateurs. Le Zigbee, les réseaux de capteurs, l’alliance Dash-7 continuent leur développement. Le salon M2M est toujours le salon de référence en France sur le sujet.

L’internet des objets est présent dans les médias, mais est toujours à la recherche d’un modèle financier viable et d’une vision globale et industriel. Le monde Arduino (hardware open source pour connecter les objets) se développe, Pachube a été racheté et sen.se (plateforme de connexion des objets lancé par Rafi Haladjian), lancé en 2010 se développe discrètement. La conférence européenne sur l’Internet des objets à Bruxelles a permis de faire un point sur les développements en cours. L’e-santé et le maintien  à domicile des personnes agées sont des domaines où les objets connectés font sens comme le montre le projet de la société Ubiquiet et son LI1. Enfin, nous vous recommandons sur le sujet le livre de Philippe Gautier et Laurent Gonzalez, L’Internet des objets, aux éditions AFNOR, sorti cette année.

Mais c’est surtout sur le marché du NFC (et en particulier le paiement) que les annonces et les développements se sont multipliés.

Smartcity (c) connecthings

Smartcity (c) connecthings

  • Avec tout d’abord l’arrivée chez les opérateurs télécoms des premiers téléphones NFC, avec en tête Samsung et son Galaxy S2, téléphone déjà distribué par Orange à plus de 400 000 exemplaires. Nokia et Acer ont suivi en proposant leur propre modèle NFC. Tous les principaux fabricants de smartphones Google, Nokia, RIM / Blackberry, Acer et Samsung, ont lancé (ou annoncé la disponibilité proche) de smartphones NFC avec l’exception notable d’Apple.
  • Ensuite, aux US, Google a frappé un grand coup en lançant Google Wallet, un système de paiement complet sur mobile Android NFC. Nous en avons parlé plusieurs fois. Le marché du paiement sans contact sur mobile semble être le plus prometteur, le marché sur lequel tous les opérateurs, mobiles et bancaires, souhaitent se positionner.
  • Toujours aux US, ISIS, autre annonce 2011, est la réponse des opérateurs télécoms américains, à l’offensive Google sur le paiement sans contact et devrait être lancé en 2012. Paypal suit prudemment, passant de l’attitude NFC ( Not For Commerce) à l’ouverture au NFC des applications Paypal sur mobile Androïd en mode peer-to-peer (aux Etats-Unis) et à des tests discrets chez des commerçants suédois.
  • En France, l’expérimentation Cityzi de Nice, pré-industriel à grande échelle des technologies du sans contact sur téléphone mobile à travers les applications (paiement, transport, information, affiches intelligentes….) sur un éco-système complet (opérateurs de transport, opérateurs télécom, banques, commerçants,…) a permis de tirer un certain nombre d’enseignement pour un déploiement à plus grande échelle à venir. Neuf villes ont ainsi été sélectionnée pour continuer le déploiement. Des applications sans contact apparaissent partout en France (basées sur des cartes multi services ou des mobiles NFC) comme le parking à Strasbourg ou les annonces NFC à Bordeaux.
  • Les banques ont également lancées leur premiers services NFC comme la BNP Paribas avec Orange ou le Crédit Agricole avec Visa Europe. Bien d’autres applications pourraient être citées comme le partage de voitures et le développement du magasin expérimental dédié aux mal-voyants, coopération entre l’enseigne Casino et l’Institut de la Vision avec Think&Go.
  • En s’appuyant sur les collectivités territoriales, le gouvernement a lancé en 2011 un appel à projet” “Ville numérique NFC” de 20 mios € qui a généré une quarantaine de projets NFC, dont une quinzaine viennent d’être sélectionnées.
  • En plus de la plateforme Cityzi pour des déploiement de grandes envergure, 2011 a vu le lancement d’une plateforme complémentaire, EasyMove, pour des applications locales et territoriales (ne nécessitant pas le besoin de sécurité extrême apportée par les solutions opérateurs basées sur la SIM) ainsi que la création de nombreux sites permettant le développement d’applications très simples pour les magasins de type affiche intelligente par exemple.

Il nous reste à tenter quelques prédictions en particulier autour du NFC.

Le NFC et les réseaux sociaux

Le NFC et les réseaux sociaux

  • En 2012, aux Etats-Unis, l’affrontement Google Wallet et Isis, passera de la presse au terrain avec en embuscade Paypal (et probablement, dans les années suivantes, dans le reste du monde).
  • Le paiement sera un marché très discuté et disputé par les acteurs majeurs (opérateurs télécoms, banques, acteurs en provenance de l’Internet – Google, Paypal) mais son implémentation prendra du temps et son déploiement massif ne se produira pas en 2012.
  • Tout ce petit monde observera les annonces d’Apple et en particulier sur l’iPhone 5, dont la sortie est imaginée pour le printemps 2012. Nous pensons (et espérons) qu’il sera NFC et que l’arrivée d’Apple sur le marché sera de nature à le transformer et à le dynamiser.
  • Le développement d’applications NFC  continuera dans les industries du commerce, du tourisme et du transport.
  • Le développement d’applications NFC se fera aussi autour des réseaux sociaux comme Facebook, Foursquare ou Twitter.
  • Le développement d’applications NFC se fera enfin et en premier lieu autour des services de proximité, pour le citoyen.
  • En France, les smartphones vendus par les opérateurs auront de plus en plus le NFC en standard, le million annoncé pour fin 2011 se produira avant la moitié de l’année 2012.
  • Toujours en France, des nouvelles applications, de nouveaux services verront le jour en particulier dans les grandes villes choisies dans le cadre de l’appel à projet Villes NFC parmi lesquels la dématérialisation du Pass Navigo, c’est à dire l’utilisation des mobiles NFC comme Pass Navigo sur la région parisienne (ce projet ayant été retenu sur l’appel à projet).

L’année dernière, nous écrivions :

2011 devrait être l’année du lancement commercial du NFC, avec l’arrivée des mobiles NFC dans la poche des consommateurs, la poursuite du développement de l’infrastructure sans contact et en particulier des TPE, les cartes multi-applications et les premières applications grand public portées probablement par des sociétés comme Apple, Google et Facebook. La RFID continuera à se développer dans les entrepôts et la logistique, l’identification et le retail mais pourrait également apparaitre dans sa version HF dans le grand public, dopée par la NFC. Le M2M continuera son petit bonhomme de chemin, poussé par les opérateurs qui rentabilisent leurs réseaux données. Enfin, les Flash code et les QR code, pour se développer malgré leur prix hors concurrence, devront simplifier l’expérience utilisateur et accélérer par un facteur important le temps nécessaire à charger l’application sur son mobile, prendre la photo, traiter l’info, l’envoyer sur le réseau et obtenir le résultat, sous peine de rester une technologie marginale.

Les prévisions 2012 ne sont pas très éloignées ce ce que nous écrivions début 2011 et qui ne se sont que partiellement produites. Il n’y aura pas de grands chambardements dans les industries du code barre, de la RFID logistique ou du M2M. Dans le cas de l’écosystème NFC, l’accélération des événements en cette fin d’année 2011 en terme d’application, de développement d’applications, de disponibilité de plateformes de développement, l’arrivée maintenant réelle des grands acteurs que sont les opérateurs telecoms mondiaux, les banques, Google, Paypal, la disponibilité des mobiles, le développement aidé des infrastructures et des services pour les citoyens – font que nous croyons réellement au déploiement à grande échelle en 2012 des services sans contact en France et partout dans le monde, un déploiement créateur de nouveaux business et d’emplois.

Et vous, qu’en pensez vous ? 2012, l’année des services sans contact et de la NFC ? Merci par avance pour vos commentaires.

Rendez vous un an pour faire un nouveau point. Et en attendant, meilleurs vœux à tous nos lecteurs et leurs proches et merci de votre fidélité.

Pierre Métivier

Notes


Pourquoi les marques freinent le développement du NFC en France.

novembre 12, 2011
NFC et marques (c) Pierre Metivier

NFC et marques (c) Pierre Metivier

Si vous suivez l’actualité du NFC, vous savez que, malgrè une grande activité à la fois médiatique et industrielle, le déploiement des applications sans contact est plus lent que pourrez ne l’espérer les acteurs de l’écosystème. Il y a de nombreuses raisons à cela. Les plus connues sont le manque de mobiles NFC, le manque d’applications disponibles ou la complexité de l’écosystème (opérateurs telecoms, opérateurs de services comme le transport, banques et autres organismes financiers, commerce, collectivités territoriales ou industriels). Ce dernier point est important. Les relations sont souvent difficiles entre les acteurs et en particulier au sujet “ownership du client” ou le partage des revenus ; l’opérateur télecom, maître de la SIM, souhaitant sa part de gateau lorsque le service “carte” se retrouve dans “son” mobile. Nous en parlons régulièrement et nous en reparlerons.

Ceci dit, il y a d’autres raisons moins visibles qui freinent ce déploiement, raisons moins techniques et financières que marketing et politique. La notion de marque ou (branding en anglais) fait partie de ces freins, autant pour les marques commerciales que pour les services des collectivités terroitoriales.

Les sociétés dépensent des budgets importants pour promouvoir leur marque. Que ce soit dans le commerce (ex: Carrefour, Auchan, FNAC, les marques de vêtements, …), le transport (Air France), l’énergie (Total), la restauration ou dans le paiement (VISA, MasterCard, American Express et autres cartes bancaires), ces sociétés sont représentées par leur carte. Symbole d’un status – Gold, Platinum, Black, ces cartes créent un lien “physique” d’appartenance et d’attachement à la marque conduisant à renforcer la fidélité du client. A ces cartes sont associés divers services (paiement, fidélité, avantages divers …) suivant les sociétés.

La technologie NFC permet d’intégrer toutes ces cartes dans un smartphone. L’utilité n’est pas tant de regrouper les cartes dans un portefeuille unique / un wallet que de créer de nouveaux services liés au mobile et ses technologies embarquées (géolocalisation, affichage, clavier, connectivité, temps réel, stockage et capteurs variés).

Prenons le cas de la distribution, l’expérience actuelle consiste à venir avec ses coupons papiers, lire les promotions en cours en se déplaçant dans le magasin, présenter sa carte de fidélité à la caisse et payer avec une carte de crédit. Il existe déjà de nombreuses applications pour smartphone dans ce domaine. Pour les consommateurs avisés, on peut déjà gérer ses cartes de fidélité sur son smartphone, recevoir des promotions, comparer les prix, interroger les réseaux sociaux sur les qualités d’un produit. A terme, les smartphones NFC vont permettre de lier tous ces actions en un seul outil – fidélité, promotion, paiement, réseaux sociaux et c’est cela qui fait l’intérêt d’un portage d’une application carte vers un mobile NFC.

Google a bien compris tout cela en lançant son Google Wallet.

Experience voyage NFC (c) Accenture

Experience voyage NFC (c) Accenture

De même dans les transports. Il ne s’agit pas simplement de mettre la carte de transport type Navigo dans le téléphone et de passer le téléphone à la place de la carte sur le valideur (portillon RATP) de l’opérateur de transport. Cela n’a que peu d’intérêt. L’intérêt est de gérer complètement l’expérience transport – avant (préparation, pendant, après). Voir illustration

Et les marques dans tout cela ? Et bien elles disparaissent dans le mobile. Plus de carte Fnac ou Carrefour, cette carte n’est plus que zéros et uns dans le mobile, on ne la voit plus. Les services sont toujours là , ils sont étendus en se liant à d’autres services dans le mobile, mais le logo et ce petit carré de plastique disparait. Il ne reste plus que la marque du mobile et l’opérateur. Cette dématérialisation du support fait donc peur à de nombreuses sociétés.

Le sujet est assez proche coté collectivités territoriales. Pour leur villes, leur département ou leur région, les différentes collectivités territoriales et leurs dirigeants lancent des cartes de ville, de transport avec lesquelles ils sont associés et reconnus. En intégrant la carte dans le mobile, la marque du service public disparait au profit de celle de l’opérateur.

Cartes du VAFC

Cartes du VAFC

A Valenciennes, le stade du Hainaut, le stade du VAFC,  club de football de 1ère division, a été équippé de cartes pré-payés permettant de s’authentifier pour les matches et payer les activités pendant le match (repas, goodies). La carte permet de limiter l’utilisation de cash, et donc améliore la sécurité dans le stade. Elle accélère également les transactions par 10 (source Crédit Agricole Nord de France). Et pourtant, il n’y a pas de projet à court terme pour dématérialiser la carte sur mobile NFC et lier la carte à des services réseaux sociaux / club de supporter ou informations sportives liées au football. La raison invoquée ? Les cartes deviennent des “collectors” !?!

La dématérialisation des cartes est en marche, comme auparavant la musique, les films, les logiciels ou les livres, avec ses avantages et ses inconvénients. Les avantages (nouveaux services liées au support mobile et expériences étendues) offsetteront les inconvénients (perte d’identité visuelle et physique) pour les consommateurs et les sociétés. Les deux systèmes coexisteront encore longtemps. Il existe deux approches du sujet – l’ignorer ou en être un acteur innovant. Dans tous les cas, chaque société, chaque collectivité territoriale devra se poser la question et y répondre dans les prochains mois.

A suivre … dès mardi, au salon Cartes 2011, à Paris Villepinte. Nous y serons, bien entendu.

Pierre Métivier


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