Maison connectée : les enjeux pour les opérateurs télécom

janvier 27, 2012
EBG et la maison connectee

EBG et la maison connectee

Mardi 24 janvier 2012 s’est tenu une conférence organisé par EBG et animé par Logica sur le thème “Maison connectée : les enjeux de la convergence des objets“, un enjeu très lié à celui de l’Internet des objets.

Le syllabus précisait “Du grille-pain à la télé, en passant par le Smartphone et l’ordinateur, les innovations de la domotique permettent de tout imaginer. Les acteurs sont désormais en train de définir les passerelles et les business modèles associés.

  • Quelles sont les innovations technologiques ?
  •  Quels seront les objets qui rentreront vraiment dans nos maisons ?
  •  Quels sont les enjeux financiers et les partenariats déjà conclus ?
  •  Qui seront les grands gagnants de ces nouveaux marchés ?
  •  Comment va se dessiner l’éco-système des applications et des services associés ?
Frédéric Estadieu, Logica

Frédéric Estadieu, Logica

Animé par Logica, le débat réunissait deux opérateurs, Orange et SFR et un équipementier, Alcatel-Lucent.

Pour Frédéric Estadieu, Logica, le débat doit dépasser les promesses d’un réfrigérateur intelligent souvent associé au concept de maison connectée.

Pour Olivier Kouvarakis, Directeur Maison Connectée chez SFR, le tout IP permet l’interopérabilité des objets du quotidien de la maison, rend interconnectable les objets. En y ajoutant, le stockage dans le cloud, la partie techno s’efface car elle fonctionne. Il y aura 20 fois plus d’objets connectés entre maintenant et 2020. Avoir le contenu (média) sur le cloud permet le partage “multi-devices, any where, any time”.

Thibault de La Fresnaye, Orange

Thibault de La Fresnaye, Orange

Thibault de La Fresnaye, Directeur du “Multiplay Everywhere, TV & Mediacenter”, Orange. Dans le passé, à un terminal correspondait un usage et maintenant, c’est un véritable réseau multi-écran multi-service qui s’est invité dans nos maisons (TV plus ou moins connectées, smart mobiles, tablette et ordinateurs). Une conjonction d’événements technologiques rend l’arrivée de la maison connectée possible même si ce n’est pas encore gagné. Le développement de la domotique dépends de protocoles, de standards non encore stabilisés et d’un business model globalement non défini. La “killer” app de la domotique n’est pas encore connu

Gilbert Marciano, Alcatel-Lucent

Gilbert Marciano, Alcatel-Lucent

Pour Gilbert Marciano, Director Customer Solutions Alcatel-Lucent, il y a une volonté de l’écosystème de standardiser. Alcatel propose que la box connectivité ou que le “femtocell” servent à organiser la communication dans la maison vers la sphère applicative et souligne I’importance de l’autodécouverte / autoconfiguration des objets pour simplifie l’expérience utilisateur. Il faut pouvoir contrôler ses objets à travers des interfaces web ou mobiles.

Olivier Kouvarakis, SFR

Olivier Kouvarakis, SFR

Pour les intervenants, le marché de la domotique est fragmenté et sous-développé (par rapport à des pays comme la Corée).

Quels sont les objets connectées de la maison du futur demande Frédéric Estadieu ? Pour Thibault de la Fresnaye, Orange, le premier exemple d’objet connecté est la box de l’opérateur ! La maison connectée pour l’opérateur c’est d’abord les médias (son, images, vidéo). Ensuite viendront des applications autour de la santé, l’éducation, l’énergie, la sécurité, les équipements domestiques, le comfort.

Les freins ? Appréhension des utilisateurs autour des données et respect de la vie privée. Exemple de Homescope de SFR – caméra de surveillance SFR à la diffusion limitée.

Etude conso pour la maison connectée – Quels critères ? Confort, facilité d’usage et économie. La tablette pourrait devenir la télécommande universelle.

Ce débat “Maison connectée“, passionnant même si il n’a que partiellement répondu aux questions originellement prévues, a montré le positionnement des opérateurs qui souhaitent profiter de la présence de leur box dans la maison, pour augmenter l’ARPU (Average Revenue Per User) en commercialisant des services supplémentaires, autour de la sécurité par exemple. Tout en étant convaincu que la technologie est disponible, ces mêmes opérateurs cherchent toujours un business model, des standardisations, des “killer apps“qui créeront la demande et le marché. Une question importante, à peine effleurée dans ce débat, est – qui est légitime à proposer les solutions “Maison connectée” ?

Dans l’expression “maison connectée“, il y a connectée et donc les opérateurs telecoms sont très présents, mais il y a aussi maison et tous les éléments qui la composent, en terme de mur, d’énergie, de toit, d’alarme, de mobilier, de matériel électro-ménagers, de serrures. Bien sûr, les opérateurs telecoms apportent la connectivité. Mais ensuite ? Le possesseur d’un pèse personne Withings peut se raccorder par lui-même à l’internet grâce à la technologie intégrée à l’équipement sans l’aide de l’opérateur. Les produits et services des sociétés comme Deltadore, Somfy, Legrand, LG, Samsung, Securitas, HID, Leroy-Merlin voire Tefal, équipés de connectivité (du simple tag RFID ou NFC, au module Zigbee ou Bluetooth Low Energy jusqu’à une adresse IPv6) pourront s’intégrer dans cette maison connectée sans intervention de l’opérateur télécom.

Et si les participants se montrent optimistes sur la disponibilité de la technologie, l’hétérogéneité des différents composants de la maison potentiellement connectables et le manque de standardisation (X10, ZWave, Insteon, Zigbee, ANT+, NFC, ..) rend le concept de maison connectée encore difficile à implémenter. Même si la connexion des objets conçus pour être connectés semble se développer, à quand un logiciel / une web app capable de communiquer non seulement avec les appareils medias de la maison (TV, ordinateurs, consoles de jeux, chaine Hifi) mais aussi avec les volets, le chauffage, l’eau, l’électricité, l’alarme, le refrigérateur ou la machine à laver ? Qui sera légitime pour proposer  un tel centre de contrôle ? Google, Apple, Orange, Microsoft, un nouvel entrant ? Toutes ces sociétés devront s’entendre avec tous les acteurs que l’ont trouvent dans une maison, tous dans leur “walled garden” pour reprendre l’expression d’Olivier Kouvarakis, SFR. L’ouverture, l’interopérabilité à travers un standard reconnu, la coopération de tous les acteurs seront indispensables pour le développement du marché de la maison connectée et de la domotique.

De nombreux sujets et questions pour un prochain débat EBG sur la “Maison connectée”, avec espérons le, des représentants des entreprises participant à la construction et l’habitabilité de nos maisons pour compléter le point de vue des opérateurs.

A suivre

Pierre Métivier

Pour aller plus loin :


Lectures estivales autour de l’Internet des objets

juillet 29, 2011
Les livres de l'Internet des objets (c) Pierre Metivier

Les livres de l'Internet des objets (c) Pierre Metivier

La sortie aux Editions Afnor de “L’internet des objets ; Internet, mais en mieux“, de Philippe Gautier (@neuzemayo sur Twitter) et Laurent Gonzalez (@laugonz1), est l’occasion de faire une liste partielle et forcément partiale des livres sur l’Internet des objets.

Cette littérature peut  se classer en deux parties distinctes :

  • des livres “sérieux” analysant les enjeux et les conséquences sur la vie des citoyens, sur leur sécurité, abordant la gouvernance, la traçabilité, décrivant les normes, les technologies, les modèles économiques, expliquant les systèmes d’information nécessaires.
  • des publications plus prospectives, parfois futuristes, pleines d’idées, d’art, d’imagination, souvent moins science et plus fiction.

L’internet des objets ; Internet, mais en mieux” est plutôt dans cette première catégorie… quoique ! Il est ouvertement destiné aux Directeurs des Services Informatiques ou logistiques de par son contenu et son approche.

L'internet des objets, Afnor

L'internet des objets, Afnor

C’est un livre complet, abordant tous les sujets et en particulier, le lien avec les entreprises et leurs  DSIs, avec l’Internet, l’identification des objets, le modèle économique, la gouvernance et le sujet (ô combien important) de la vie privée des citoyens.

Ce qui rend le livre différent est cette dualité des auteurs qui nous présentent deux visions  distinctives de l’Internet des objets se complétant. La première, plutôt classique est celle d’un Internet des “biens”, ayant besoin d’organisation, de normalisation, de règles, de codes à tous les niveaux de l’écosystème pour pouvoir fonctionner et on retrouve les notions classiques d’EPC, Electronic Product Code de GS1, de traçabilité ou de gouvernance. La deuxième vision est plus sémantique voire philosophique (les deux termes sont revendiqués dans le livre), comme si les auteurs avaient souhaité donner un sens à cet Internet des objets qui n’est donc pas que la connexion normalisée des objets à des systèmes informatiques. On trouve dans le livre des expressions comme métaphysique des cyber-objets, rupture ontologique, et des penseurs comme Karl Popper, Gödel et Teilhard de Chardin, mais aussi Boris Vian et Pierre Dac s’y cotoient.

Un livre étonnant donc et passionnant, destiné à ceux qui souhaitent comprendre les conséquences de l’Internet des objets sur leur système informatique mais aussi sur le monde qui nous entoure. A découvrir et à lire sans oublier la préface de Gérald Santucci, “Monsieur Internet des objets” à la Commission Européenne, qui nous propose un excellent résumé des possibilités introduites par ce concept, texte mélangeant savamment l’histoire et la culture, les technologies et la prospective, introduisant clairement le contexte dans lequel le livre s’inscrit.

 

Quelques autres titres sur le sujet, toujours dans la catégorie – Ouvrages “sérieux”
Dans notre deuxième catégorie, un peu moins dans le cambouis et un peu plus dans les idées, la prospection et le rève, que l’on peut préférer pour une lecture sur la plage :
  • le magazine hors série MCD sur l’Internet des objets, qui développe les sujets abordés à la Conférence sur le même sujet que nous avions relaté sur ce blog en deux parties – (1) et (2).
  • “Shaping things de Bruce Sterling – MIT Press / Objets Bavards (aux Editions FYP) où la notion de spime (space and time) des objets évoluant dans le temps et l’espace est introduite.
  • De Frédéric Kaplan, “La métamorphose des objets” toujours  aux Editions FYP, livre connecté dont nous avions parlé dans ce blog), éditions FYP auxquelles on trouve également un livre un peu plus ancien (2007 !) mais passionnant  ”Futur 2.0, comprendre  les 20 prochaines années” de Maxence Layet, Philippe Bultez Adams et toujours Frédéric Kaplan.
  • Vous pouvez également trouver sur le Net un certain nombre d’ebook dont ceux de la Commission Européenne. Nous n’en citerons qu’un, celui de Rob Van Kranenburg au sujet de …. l’internet des objets que vous pourrez télécharger ici. Mais attention les tablettes et autres ebook n’apprécient guère le sable.
Making things talk

Making things talk

Enfin, hors des deux catégories précédentes, pour les bricoleurs et les apprentis hackers qui s’ignorent, pour ceux qui aiment expérimenter avec du code et des composants électroniques, “Making things talks, practical methods for connecting physical objects” de Tom Igoe, co-édité par Make:makezine.com et O’Reilly est une introduction gentiment technique au monde Arduino, au monde du fer à souder et des composants électroniques pour réellement connecter les objets de notre vie quotidienne à l’Internet et ainsi participer activement à la création de cet Internet des objets.

Bonne lecture à tous.

 

Pierre  Métivier

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