Innovation : le passage à l’acte, stratégies d’entreprendre, stratégies d’entreprise

Mardis de l'innovation - entreprendre

Mardis de l'innovation - entreprendre

La deuxième partie des séances des Mardis de l’Innovation, de et avec Marc Giget, professeur au Cnam et fondateur de l’IESCI (Institut Européen de Stratégies Créatives et d’Innovation) a débuté le 1er mars avec comme thème « Innovation : le passage à l’acte, stratégies d’entreprendre, stratégies d’entreprise.

Syllabus – Il n’y a innovation que s’il y a passage à l’acte et « entreprise » dans le sens premier du terme, c’est-à-dire « mise à exécution d’un dessein ». L’innovateur est avant tout un réalisateur et un preneur d’initiatives, capable de porter un projet dans le réel.
Les formes de cette prise d’initiatives sont variées et ne se limitent pas au seul entrepreneuriat classique, elles incluent les démarches associatives, mutuelles, coopératives… qui se renouvellent avec les outils que constituent les nouveaux réseaux.Elles concernent également les démarches internes aux organisations, dites d’intrapreneuriat, qui constituent le meilleur vecteur de leur renouvellement. Initiatives, entrepreneuriat et réalisation, principes, formes, stratégies.

En dépit de mon absence à cette session, deux comptes-rendus de cette session sont mis à disposition sur le blog grâce à Carine Baillie pour la version texte et Thomas Clause pour la version carte heuristique / mindmap. Un grand merci à tous les deux. Vous trouverez en bas de ce billet des versions PDF des deux documents.

Carte heuristique par Thomas Clause

Carte heuristique par Thomas Clause

1ère partie : quelle place pour l’entrepreneuriat dans les modèles de référence ?

D’après la vision de l’OCDE, les bons élèves de la classe sont le Japon et les Etats-Unis. Mais…

Aux Etats-Unis, Barack Obama dit vouloir relancer l’entrepreneuriat. Lors du Presidential Summit on Entrepreneurship en 2010, il explique qu’il s’agit d’ouvrir le champ des possibles, de favoriser l’intérêt économique mutuel, l’entrepreneuriat social. Dans un contexte de crise et de baisse des créations d’entreprise, il fait la promotion d’un entrepreneuriat « de nécessité » qui s’apparente à l’entrepreneuriat « de survie » dans les pays émergents et à l’auto-entrepreneuriat en France. Il ne faut cependant pas le confondre avec l’entrepreneuriat créateur de croissance et d’emploi, tel qu’il est défini dans les théories économiques. C’est de l’entrepreneurait « par défaut », provoqué par la crise. Comme pour les activités financées en micro-crédits, ce n’est pas un entrepreneuriat basé sur l’innovation.

Marc Giget - IESCI et CNAM

Marc Giget - IESCI et CNAM

Le taux d’entrepreneuriat est de 10% aux Etats-Unis. C’est aussi le taux moyen au niveau mondial. Alors que c’est  dans les pays pauvres qu’il est le plus élevé, il n’est que de 6% en Europe et de 4,6% en France.  Cela confirme que plus on est riche et plus on a de diplôme, moins on entreprend (cela demande beaucoup de temps et de travail, pour des revenus incertains et peu élevés).

Le nombre de création d’entreprises a augmenté durant la crise, mais il s’agissait surtout d’entrepreneuriat de nécessité et le taux d’échec est important.

L’entrepreneuriat est un phénomène difficile à mesurer, notamment ses répercussions sur l’emploi. Alors que l’on attendait la création de 2,7 millions d’emplois dans les high techs aux Etats-Unis, leur nombre a en fait diminué de 68 000 (avant la crise).

D’où viennent les problèmes ? Des capex limités et du refus d’investir des banques, d’une défaillance de l’entrepreneuship et des business models externalisés.

Marc Giget dénonce aussi certains mythes de l’entrepreneuriat à l’américaine.

  • Le mythe de la réussite Google, Apple, Facebook… Ce sont des entreprises fortement valorisées, mais elles créent peu d’emploi.
  • Le mythe du « on crée ici (on est la tête) et le reste se fait ailleurs »… C’est un modèle qui ne créé pas d’emplois dans nos pays.
  • Le mythe de la Silicon valley… 55% des start up high tech y sont installées, mais depuis 20 ans, ne s’y est pas créé d’emplois.

C’est un modèle qui ne tient pas ses engagements.

Dans le cas du Japon, pourtant n°1 mondial pour le nombre de brevets déposés et les dépenses de R&D, mais avec le taux de création d’entreprise le plus faible du monde, les résultats sont encore plus alarmants : sa croissance est négative depuis 15 ans, ses exportations ont baissé d’un tiers en 10 ans, c’est le pays dont la dette est la plus élevée du monde (200% de son PNB)…

En période d’innovation, l’essentiel de la croissance vient des nouveaux acteurs. C’est le phénomène de destruction-créatrice décrit par Schumpeter. Les acteurs en place n’innovent pas. Les ententes ont encore augmentées depuis 10 ans. Les modèles du type Apple et Facebook ne suffisent pas.

Le renouveau arrive des pays émergents. Le modèle du Brésil est exemplaire d’une dynamique entrepreneuriale qui repose sur la formation à l’entrepreneuriat. On le constate aussi en Inde où sont formés 12 millions d’entrepreneurs.

Au Brésil, SESI PR est un organisme de formation géré par un syndicat d’industriels. 3 millions de personnes y sont formées chaque année. Les lycées SESI PR accueillent 25 000 jeunes, dont bon nombre sont issus des favelas. Ils y suivent une formation professionnelle, enrichie d’enseignements généraux afin de préparer également les examens d’un Bac général. Aux deux types d’examens, les résultats sont très bons. Le dispositif repose sur une pédagogie innovante. Toutes les matières sont étudiées dans des contextes d’équipes projets. Chaque élève travaille sur une douzaine de projets, organisés par groupes de 5 élèves. Ce sont des projets au service de la société dans des domaines divers : médico-social, alimentation, préservation de l’environnement,… Les élèves vont sur le terrain et travaillent à la résolution de problèmes concrets. Ils ont à leur disposition de vastes ressources documentaires, et sont en contact avec de grandes écoles et des organismes scientifiques. Les professeurs interviennent en soutien des projets, suivant leurs compétences respectives. Ils ne font pas de cours magistraux, mais en fonction des besoins et à la demande des élèves, ils organisent des mini-cours de 20 mn. L’entrepreneuriat a été intégré comme une façon d’agir dans la société. Un quart des projets donnent lieu à la création d’entreprises.

2ème partie : les entrepreneurs et l’entrepreneuriat en France aujourd’hui

L’entrepreneur est un acteur-clé, moteur du passage de l’invention à l’innovation. Mais il existe aujourd’hui une méfiance de l’entrepreneuriat. S’y ajoute un refus du risque.

L’innovation a besoin d’entrepreneurs, plus que de chercheurs. Il faut une grande diversité de projets (par leur vision, leur taille). Il faut aussi que les entreprises existantes repassent en mode entrepreneurial.

L’enjeu de l’innovation pour l’entreprise c’est de créer de la valeur : pour elle-même (marge, profitabilité), pour ses clients (compétitivité, parts de marché, croissance), pour son environnement (fournisseurs, collectivités locales, Etats,…).

Mais il existe un décalage entre le monde de l’entreprise et les sphères académique, administrative et politique. Le manque d’implication des autres acteurs laisse l’entrepreneur seul face à la prise de risque.
Par ailleurs, l’approche publique dominante reste marquée par la valorisation de la recherche, alors que l’innovation est technologiquement neutre aujourd’hui (la technologie s’achète).

La France a été un grand pays d’entrepreneuriat. Ce n’est plus le cas. Nous avons basculé dans une vision misérabiliste de l’entrepreneuriat. On confond entreprendre et se mettre à son compte.

Paris est devenu la capitale européenne la moins favorable à l’entrepreneuriat. Beaucoup vont entreprendre à l’étranger. Sans l’exemple d’un entrepreneuriat renouvelé, il est difficile d’améliorer la situation.

Il faut avoir une vision large.  Il n’y a pas que les SA et les activités qui nécessitent beaucoup de capitaux. Les SARL, les coopératives, les associations sont aussi de l’entrepreneuriat. Attention, en revanche, dans l’économie sociale : il faut se demander si on crée de la richesse ou si on en absorbe. Emmaüs crée de la richesse.

L’innovation et la croissance sont marquées par les multi-initiatives et la biodiversité des entreprises et des business models. Pas par un soutien particulier de l’Etat ou des banques.

La plupart des grandes innovations sont le fait de nouvelles structures. Les entreprises existantes peuvent cependant innover par l’intrapreneuriat, les achats de start up,…

Dans une période de mutation et de destruction-créatrice, la qualité de l’entrepreneuriat est déterminante.  Si l’entrepreneuriat est trop léger, cela ne va pas créer d’emploi.

On sait que le contexte français n’est pas favorable à l’entrepreneuriat : poids du diplôme, poids de la hiérarchie et de l’establishment, peu de droit à l’échec, innovateurs privés de leurs innovations,…  sont autant de freins aux initiatives entrepreneuriales  en France. S’y ajoute l’ambigüité de l’action de l’Etat qui multiplie les fonctions d’accompagnement, encadrement et conseils, tout en étant un des pays qui taxent le plus lourdement les entreprises.

Les entrepreneurs eux-mêmes sont trop souvent seuls (ou bien les associés ont suivi la même formation). Ils sont trop souvent chercheur, inventeur plutôt qu’entrepreneur, ce qui génère un sentiment d’incompréhension avec les milieux financiers. Ils ont une vision erronée du rôle de l’entrepreneur et des business models trop étroits.

L’innovation dans les grandes entreprises souffre pour sa part de 5 grands inhibiteurs :

  • la peur de cannibaliser l’existant
  • le pilotage par l’amont ou les opérationnels
  • l’exigence de résultats financiers rapides
  • la formation insuffisante des cadres à l’entrepreneuriat
  • la faible valorisation de la prise de risque

Pour y remédier, il faut créer des entreprises nouvelles, former massivement aux comportements entrepreneuriaux, miser sur les équipes projets inter-fonctionnelles. Les entreprises existantes doivent se revitaliser par l’acquisition/absorption de nouveaux business models, ainsi que par la mise en place d’innovative centers.

Carine Baillie, Thomas Clause et Pierre Métivier

Les versions PDF des deux documents.

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