Archives mensuelles : mars 2011

Innorobo, les rencontres de la robotique et de la mécatronique – 1ère partie

Innorobo - Réunion de famille

Innorobo - Réunion de famille

Nous avons déjà abordé plusieurs fois le thème des robots et de la robotique dans ce blog ; tout d’abord à l’occasion d’une séance des Mardis de l’Innovation et puis lors de la visite de l’exposition Science et Fiction à la Cité des Sciences.

Les robots sont des cousins finalement assez proches du monde de l’Internet des objets. Ils partagent un grand nombre de technologies que l’on retrouve dans le sans contact, comme les capteurs, les actionneurs et les technologies de communication sans contact. Un capteur de fumée capable de déclencher l’arrosage d’un bâtiment en cas de détection de fumée est une version très simplifiée des robots les plus sophistiqués. Ils partagent les mêmes principes d’acquisition de l’information, de traitement, de prise de décision et d’action et le fait d’être (ou pas) connectés. Notre détecteur de fumée ne sait faire qu’une seule action, contrairement aux robots de services de plus en plus capables d’actions diverses.

Les projets de type Arduino sont également un lien très fort entre les deux mondes, permettant la création d’objets électroniques proches des robots. Enfin, il est intéressant de noter qu’un certain nombre d’intervenants d’Innorobo sont régulièrement présents dans les conférences sur l’Internet des Objets  comme Frédéric Kaplan, Alexandra Deschamps-Sonsino ou Jean-Baptiste Labrune – Bell Labs.

Innorobo - Innovation Robotic Summit

Innorobo - Innovation Robotic Summit

Le salon Innorobo qui se tient à Lyon les 23, 24 et 25 Mars 2011 est une belle occasion de faire un point sur ces technologies, très variées. De la robotique industrielle symbolisée par les bras mécaniques peignant les voitures, aux robots de services utilisés pour aider les chirurgiens à opérer à cœur ouvert, l’étendue des services est impressionnante et en constant développement.

Innorobo est l’association de deux conférences et d’un salon,  la conférence de l’EMM, European Meeting of Mechatronics, la conférence RoboLift, et une exposition de plus de cent modèles de robots différents ainsi que des sociétés développant des applications et services dans le domaine. Le nombre de stands et l’animation dans les allée montrent le dynamisme de cette industrie promise à un très bel avenir comme l’indiquent les chiffres présentés pendant les conférences.

Quelques extraits de conférences et mots choisis

Introduction d’André Montaux, directeur de Thesame

Dans l’esprit du public, la robotique, c’est  iRobot (Isaac Asimov et les trois lois de la robotique), Starwars (6PO ou R2D2), ou les pubs Citroën où l’on voit des robots facétieux peindre des voitures.
A coté de la robotique de science fiction,  il y a la robotique industrielle et celle des services (transport, services à la personne, médical, jeux, éducation). Que sera la robotique de demain ?  Lilou – l’être parfait du 5ème élement ?  Saura t-on encore faire la différence entre l’humain et le robot ?

De la robotique à la mécatronique et réciproquement.

Robolutionner : La robotique révolutionne les services, néologisme de Bruno Bonnel – Syrobo, le syndicat des acteurs de la robotique.

Analyse de marché par Eric VALENTINI – Directeur de l’Observatoire Stratégique de la Sous-Traitance
Marché de la robotique de service –  Plus d’un million de robots en activité dans le monde, plus de dix mille vendus par an. Robotique de service – CA monde de 12 Mds $ en 2009, 35 Mds $ en 2025. En France, approximativement 500 mi $ en 2010 (Syrobo) Forte croissance de la robotique médicale – lien entre mécatronique et robotique de plus en plus fort

Un grande diversité des formes et des services – Le Da Vinci surgical system – plus de 1 600 appareils en activité, GMCAO – Geste Médical Chirurgie Assisté par Ordinateur,  Swisslog (hopital), le Roomba d’IiRobot (robot aspirateur), Nao d’Aldebaran, Aetho, robotique distribution livraison en hopital,  NASA GM robonaut 2 (robot humanoïde spatial),  Darpa boston dynamics (robot militaire), Hibot (robot sauvetage inspection recherche), Projet PAL (robotique pour les seniors), Acroban del’INRIA (robot humanoïde apprenant), HRP 2 Kawada Industries (robot humanoïde)

Non seulement il faut robolutionner mais il faut également robotcaliserVincent Schramm, Délégué Général du SYMOP, a présenté la robotique comme une alternative sérieuse à la délocalisation. Un robot industriel est simple à mettre en oeuvre. Il comporte une mécanique, une armoire de commande, un pupitre de programmation, des outils logiciels. Il est polyarticulé (articulé sur au moins trois axes). Il est utilisé pour, par exemple, construire des panneaux solaires, découper de la viande, cueillir des champignons, traire les vaches, …et des dizaines d’autres applications.

Il y a plus d’un million de robots industriels en opération dans le monde. En 2009, il y avait en Allemagne 144 100 robots industriels, en Italie 62 200 France 34 100. Et l’écart se creuse. Les PME sont  sous pression pour délocaliser. Les robots peuvent leur permettre de gagner en productivité, améliorer leur rentabilité, accroitre leur compétitivité, conserver leur compétences, conquérir de nouveaux marchés et ainsi éviter les délocalisations

Il faut combattre certaines idées reçues.

  • L’ intégration d’un robot est compliqué ?  Faux
  • Les robots sont uniquement pour les grandes industries comme l’automobile ? Faux
  • Le robot c’est trop cher pour une PME ? Au contraire (le prix des robots a été diminué par deux en 10 ans, les salaires ont augmenté de 30% dans le même temps
  • Le robot tue l’emploi. ? Faux, la preuve par les exemples italiens et allemands, il y a corrélation entre le nombres de robots dans chacun des trois pays (France, Italie et Allemagne) et le nombre d’emploi industriel.

Cobotique – robotique collaborative (encore un néologisme – NDLR)

Mr. Schramm a terminé sa conférence en listant des PMEs ayant installé des robots industriels (un fabricant de lunettes de 97 salariés, un labo pharmaceutique de 150  salariés, un constructeur de matériel agricole de 290 salariés, un fondeur de 15 salariés. http://www.robotcaliser.com

Jean-Christophe Baillie, GOSTAI et SYROBO a présenté les différents domaines d’application de la robotique de services, en commençant par des chiffres encore plus optimistes  – 85 Mds de $ prévu en 2018 et 11,5 millions de robots de service (domestique, éducation, services, sécurité) entre 2010 et 2013 , dans un engouement équivalent à la micro-informatique des années 1980.

Pourquoi maintenant ?

  • Coût du matériel et des composants plus faibles
  • Progrés en intelligence articficielle / reconnaissance des lieux, des visages, des voix, ‘signal processing », traitement du signal –> interaction
  • Environnement technologique mature – Wifi, haut débit
  • Consommateurs demandeurs d’innovation et de hitech
Jean-Christophe Baillie, Gostai

Jean-Christophe Baillie, Gostai

La France possède un grand nombre de sociétés de robotiques de services – Aldebaran, Gostai, Robosoft, Meccano,…

Exemple de robots (présentés en vidéo) – robot d’intervention capable de pénétrer des environnements agressifs (centrale nucléaire), militaire, drone, de l’objet télécommandé à au robot indépendant, robotique médicale, les robots permettent aux chirugiens d’effectuer des opérations à coeur ouvert ET battant – du point de vue du chirugien, le coeur ne bouge pas, le robot compense les mouvement du coeur

Les robots effectuent les taches répétitives, laissant l’interaction aux humains.

Domaines d’applications – intervention, médicale, nettoyage, loisirs, éducation, assistance, télé-présence, surveilance

Le Roomba, transport pour chat et robot aspirateur,  d’autres robots nettoyants,  Neato,  evolution robotics, Samsung

Robotique de loisir – Spykee de Meccano – 300 €, Robot playho  – robot dinosaure de compagnie, Nao d’Aldebaran, robot humanoïde

La robotique éducative – Lego mindstorm, Robotis, Sparx shell – robot –> jeux vidéo robotique

Robotique d’assistance – robosoft

« le bon sens c’est ce qu’on ne sait pas faire dans un robot »

Téléprésence / surveillance – éviter un voyage / « téléportation » avec Jazz

La robotique va changer le monde,  maintenant et il existe beaucoup d’opportunités pour innover et investir

Quelques photos d’Innorobo.

Pierre Métivier

RFID active et réseaux de capteurs à l’INRIA

De la RFID active aux réseaux de capteurs

De la RFID active aux réseaux de capteurs

Dans le cadre des Mercredis de la RFID, une réunion mensuelle organisée par FilRFID, l’association des professionnels du RFID (dont fait partie l’auteur de ce blog), Nathalie Mitton, Chargée de recherche à l’INRIA à Lille a présenté les développements en cours sur la RFID active et les réseaux de capteurs.

1 – L’INRIA.

Nathalie Mitton a rappelé ce qu’était l’INRIA, l’Institut National de recherche en informatique et en automatique. un institut de recherche publique placé sous la tutelle des Ministères de la Recherche et de l’Industrie.

Les mots-clés de l’INRIA sont « chercher, expérimenter, transférer et innover, partager et transmettre ». L’institut a une obligation de transférer les technologies développées en coopération avec des indutriels. Il emploie près de 3 900 personnes avec un budget de 190 M€, réparti sur 8 centres. 168 équipes projet (en 2008), de 15 à 20 personnes autour d’un leader scientifique, sur des projets d’une durée de 4 ans (voire 8). Toute société avec des problématiques de recherche peut contacter le centre INRIA le plus proche.

Les grands axes de développement peuvent se résumer en – Communiquer, Programmer, Modéliser, Interagir autour des sciences, de l’ingénierie et de la médecine numérique. Un grand nombre de publications produites par l’INRIA se trouvent sur le site web commun CNRS / INRI – HAL-INRIA.

L’équipe de Nathalie Mitton est  le projet POPS – Petits Objets Portables et Sécurisés – Portable Objects Proved to be Safe. Ce sont des objets équipés de processeurs de 8 à 32 bit, 128 Kb ROM, 1 Kb RAM, avec des ressources électriques limitées et opérant dans des environnements difficiles. L’origine de l’équipe remonte à GemPlus, et le projet RD2P.

Les objectifs du projet – mettre l’intelligence dans les objets, simplifier la programmation de ces objets « exotiques » et permettre à des programmeurs type Java de programmer ces objets et de les intégrer à l’Internet des objets (plutôt que d’obliger les programmeurs à devenir experts dans les langages de programmations spécifiques de ces POPS.

2 La RFID Active ou les Réseaux de Capteurs

Les tags / étiquettes / transpondeurs RFID actifs sont capable d’émettre des informations par eux-mêmes. Ils sont (pratiquement) toujours équipés d’une source d’énergie qui les rend indépendants.

Les réseaux de capteurs RFID actifs sont capables de dialoguer de proche en proche et de s’organiser. On peut parler de topologie Mesh.

Les applications possibles pour ces réseaux de capteurs sont la surveillance des volcans, des tremblements de terre (capteurs séismiques), des incendies, des avalanches, la surveillance biologique. Il est possible de les jeter d’un avion sur un volcan par exemple. En réalité, ils sont dans la plupart du temps enfouis manuellement dans le sol.

 

Réseau de capteurs (c) INRIA

Réseau de capteurs (c) INRIA

Nathalie Mitton - INRIA

Nathalie Mitton - INRIA

Les réseaux de capteurs sont également une solution utilisée pour optimiser les parkings souterrain, remplaçant des solutions filaires.

Les défis techniques comprennent la définition des meilleurs algorithmes pour communiquer, découvrir son voisinage, s’organiser, s’endormir … avec un médium radio. D’autres défis incluent la participation d’actionneurs (des capteurs capables d’agir – déclencher la tombée de l’eau dans le cas d’un incendie par exemple), ou intégrer le déplacement de certains capteurs (robot dont on contrôle la mobilité). Cela permet d’améliorer la couverture, le routage, et même le suivi d’intrus.

3 – Exemples de projets autour des réseaux de capteurs (avec participation de l’INRIA)

  • WASP – wirelessly Accessible Sensor Populations – FP6 2006 – 2010, avec des capteurs sur les oreilles des vaches (après avoir essayé dans une des poches de leurs estomacs)
  • SVP – Surveiller et Prévenir – ANR 2006 2009, avec le CEA, Institut Maupertuis, Thalès,
    1- un réseau pour mesurer l’activité physique des enfants et prévenir les problèmes d’obésité par la surveillance
    2 – un réseaux pour éviter les accidents sur le Port du Havre (1 mort par an), pendant le déplacement des containers à l’aide de « cavaliers ». Chaque docker peut, en cas de danger appuyer sur un bouton qui arrête toute activité sur le port. Les problèmes techniques (en particulier le problème des ondes dans les immenses couloirs formés par les containers) ont été résolus mais les problèmes humains d’adoption de la technologie ont été plus difficiles à aborder, l’adoption de la technologie entrainant un possible changement d’identité sociale pour les dockers.
  • SensLab – une plateforme de test de 4 sites de 256 capteurs par site, Zigbee, permet d’expérimenter avec un grand nombre de capteurs
  • Bin That Thinks – ANR – Inria, Véolia, Etineo – projet d’amélioration de tri et de collecte de déchets à base de RFID passive et active
  • Rescue –  avec les Orange Labs –  déploiement d’un réseau de secours dans le cas, par exemple, d’une fibre coupéé par erreur / accident. Cas d’une coupure des services d’urgences d’une grande ville américaine pendants 12 heures

Vous pouvez retrouver la présentation de Nathalie Mitton en cliquant sur ce lien.

Un grand merci à Nathalie pour sa passionnante présentation. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet (réseaux de capteurs, Zigbee, ….) dans les prochaines semaines.

Pierre Métivier

PS. Les Mercredis de la RFID© sont édités par l’Association FILRFID. Nos  conférences d’experts sont réservées aux adhérents de FILRFID, néanmoins, la première participation vous est gracieusement offerte pour vous permettre de découvrir la qualité de nos conférences, et la dynamique de notre association professionnelle.

Innovation : le passage à l’acte, stratégies d’entreprendre, stratégies d’entreprise

Mardis de l'innovation - entreprendre

Mardis de l'innovation - entreprendre

La deuxième partie des séances des Mardis de l’Innovation, de et avec Marc Giget, professeur au Cnam et fondateur de l’IESCI (Institut Européen de Stratégies Créatives et d’Innovation) a débuté le 1er mars avec comme thème « Innovation : le passage à l’acte, stratégies d’entreprendre, stratégies d’entreprise.

Syllabus – Il n’y a innovation que s’il y a passage à l’acte et « entreprise » dans le sens premier du terme, c’est-à-dire « mise à exécution d’un dessein ». L’innovateur est avant tout un réalisateur et un preneur d’initiatives, capable de porter un projet dans le réel.
Les formes de cette prise d’initiatives sont variées et ne se limitent pas au seul entrepreneuriat classique, elles incluent les démarches associatives, mutuelles, coopératives… qui se renouvellent avec les outils que constituent les nouveaux réseaux.Elles concernent également les démarches internes aux organisations, dites d’intrapreneuriat, qui constituent le meilleur vecteur de leur renouvellement. Initiatives, entrepreneuriat et réalisation, principes, formes, stratégies.

En dépit de mon absence à cette session, deux comptes-rendus de cette session sont mis à disposition sur le blog grâce à Carine Baillie pour la version texte et Thomas Clause pour la version carte heuristique / mindmap. Un grand merci à tous les deux. Vous trouverez en bas de ce billet des versions PDF des deux documents.

Carte heuristique par Thomas Clause

Carte heuristique par Thomas Clause

1ère partie : quelle place pour l’entrepreneuriat dans les modèles de référence ?

D’après la vision de l’OCDE, les bons élèves de la classe sont le Japon et les Etats-Unis. Mais…

Aux Etats-Unis, Barack Obama dit vouloir relancer l’entrepreneuriat. Lors du Presidential Summit on Entrepreneurship en 2010, il explique qu’il s’agit d’ouvrir le champ des possibles, de favoriser l’intérêt économique mutuel, l’entrepreneuriat social. Dans un contexte de crise et de baisse des créations d’entreprise, il fait la promotion d’un entrepreneuriat « de nécessité » qui s’apparente à l’entrepreneuriat « de survie » dans les pays émergents et à l’auto-entrepreneuriat en France. Il ne faut cependant pas le confondre avec l’entrepreneuriat créateur de croissance et d’emploi, tel qu’il est défini dans les théories économiques. C’est de l’entrepreneurait « par défaut », provoqué par la crise. Comme pour les activités financées en micro-crédits, ce n’est pas un entrepreneuriat basé sur l’innovation.

Marc Giget - IESCI et CNAM

Marc Giget - IESCI et CNAM

Le taux d’entrepreneuriat est de 10% aux Etats-Unis. C’est aussi le taux moyen au niveau mondial. Alors que c’est  dans les pays pauvres qu’il est le plus élevé, il n’est que de 6% en Europe et de 4,6% en France.  Cela confirme que plus on est riche et plus on a de diplôme, moins on entreprend (cela demande beaucoup de temps et de travail, pour des revenus incertains et peu élevés).

Le nombre de création d’entreprises a augmenté durant la crise, mais il s’agissait surtout d’entrepreneuriat de nécessité et le taux d’échec est important.

L’entrepreneuriat est un phénomène difficile à mesurer, notamment ses répercussions sur l’emploi. Alors que l’on attendait la création de 2,7 millions d’emplois dans les high techs aux Etats-Unis, leur nombre a en fait diminué de 68 000 (avant la crise).

D’où viennent les problèmes ? Des capex limités et du refus d’investir des banques, d’une défaillance de l’entrepreneuship et des business models externalisés.

Marc Giget dénonce aussi certains mythes de l’entrepreneuriat à l’américaine.

  • Le mythe de la réussite Google, Apple, Facebook… Ce sont des entreprises fortement valorisées, mais elles créent peu d’emploi.
  • Le mythe du « on crée ici (on est la tête) et le reste se fait ailleurs »… C’est un modèle qui ne créé pas d’emplois dans nos pays.
  • Le mythe de la Silicon valley… 55% des start up high tech y sont installées, mais depuis 20 ans, ne s’y est pas créé d’emplois.

C’est un modèle qui ne tient pas ses engagements.

Dans le cas du Japon, pourtant n°1 mondial pour le nombre de brevets déposés et les dépenses de R&D, mais avec le taux de création d’entreprise le plus faible du monde, les résultats sont encore plus alarmants : sa croissance est négative depuis 15 ans, ses exportations ont baissé d’un tiers en 10 ans, c’est le pays dont la dette est la plus élevée du monde (200% de son PNB)…

En période d’innovation, l’essentiel de la croissance vient des nouveaux acteurs. C’est le phénomène de destruction-créatrice décrit par Schumpeter. Les acteurs en place n’innovent pas. Les ententes ont encore augmentées depuis 10 ans. Les modèles du type Apple et Facebook ne suffisent pas.

Le renouveau arrive des pays émergents. Le modèle du Brésil est exemplaire d’une dynamique entrepreneuriale qui repose sur la formation à l’entrepreneuriat. On le constate aussi en Inde où sont formés 12 millions d’entrepreneurs.

Au Brésil, SESI PR est un organisme de formation géré par un syndicat d’industriels. 3 millions de personnes y sont formées chaque année. Les lycées SESI PR accueillent 25 000 jeunes, dont bon nombre sont issus des favelas. Ils y suivent une formation professionnelle, enrichie d’enseignements généraux afin de préparer également les examens d’un Bac général. Aux deux types d’examens, les résultats sont très bons. Le dispositif repose sur une pédagogie innovante. Toutes les matières sont étudiées dans des contextes d’équipes projets. Chaque élève travaille sur une douzaine de projets, organisés par groupes de 5 élèves. Ce sont des projets au service de la société dans des domaines divers : médico-social, alimentation, préservation de l’environnement,… Les élèves vont sur le terrain et travaillent à la résolution de problèmes concrets. Ils ont à leur disposition de vastes ressources documentaires, et sont en contact avec de grandes écoles et des organismes scientifiques. Les professeurs interviennent en soutien des projets, suivant leurs compétences respectives. Ils ne font pas de cours magistraux, mais en fonction des besoins et à la demande des élèves, ils organisent des mini-cours de 20 mn. L’entrepreneuriat a été intégré comme une façon d’agir dans la société. Un quart des projets donnent lieu à la création d’entreprises.

2ème partie : les entrepreneurs et l’entrepreneuriat en France aujourd’hui

L’entrepreneur est un acteur-clé, moteur du passage de l’invention à l’innovation. Mais il existe aujourd’hui une méfiance de l’entrepreneuriat. S’y ajoute un refus du risque.

L’innovation a besoin d’entrepreneurs, plus que de chercheurs. Il faut une grande diversité de projets (par leur vision, leur taille). Il faut aussi que les entreprises existantes repassent en mode entrepreneurial.

L’enjeu de l’innovation pour l’entreprise c’est de créer de la valeur : pour elle-même (marge, profitabilité), pour ses clients (compétitivité, parts de marché, croissance), pour son environnement (fournisseurs, collectivités locales, Etats,…).

Mais il existe un décalage entre le monde de l’entreprise et les sphères académique, administrative et politique. Le manque d’implication des autres acteurs laisse l’entrepreneur seul face à la prise de risque.
Par ailleurs, l’approche publique dominante reste marquée par la valorisation de la recherche, alors que l’innovation est technologiquement neutre aujourd’hui (la technologie s’achète).

La France a été un grand pays d’entrepreneuriat. Ce n’est plus le cas. Nous avons basculé dans une vision misérabiliste de l’entrepreneuriat. On confond entreprendre et se mettre à son compte.

Paris est devenu la capitale européenne la moins favorable à l’entrepreneuriat. Beaucoup vont entreprendre à l’étranger. Sans l’exemple d’un entrepreneuriat renouvelé, il est difficile d’améliorer la situation.

Il faut avoir une vision large.  Il n’y a pas que les SA et les activités qui nécessitent beaucoup de capitaux. Les SARL, les coopératives, les associations sont aussi de l’entrepreneuriat. Attention, en revanche, dans l’économie sociale : il faut se demander si on crée de la richesse ou si on en absorbe. Emmaüs crée de la richesse.

L’innovation et la croissance sont marquées par les multi-initiatives et la biodiversité des entreprises et des business models. Pas par un soutien particulier de l’Etat ou des banques.

La plupart des grandes innovations sont le fait de nouvelles structures. Les entreprises existantes peuvent cependant innover par l’intrapreneuriat, les achats de start up,…

Dans une période de mutation et de destruction-créatrice, la qualité de l’entrepreneuriat est déterminante.  Si l’entrepreneuriat est trop léger, cela ne va pas créer d’emploi.

On sait que le contexte français n’est pas favorable à l’entrepreneuriat : poids du diplôme, poids de la hiérarchie et de l’establishment, peu de droit à l’échec, innovateurs privés de leurs innovations,…  sont autant de freins aux initiatives entrepreneuriales  en France. S’y ajoute l’ambigüité de l’action de l’Etat qui multiplie les fonctions d’accompagnement, encadrement et conseils, tout en étant un des pays qui taxent le plus lourdement les entreprises.

Les entrepreneurs eux-mêmes sont trop souvent seuls (ou bien les associés ont suivi la même formation). Ils sont trop souvent chercheur, inventeur plutôt qu’entrepreneur, ce qui génère un sentiment d’incompréhension avec les milieux financiers. Ils ont une vision erronée du rôle de l’entrepreneur et des business models trop étroits.

L’innovation dans les grandes entreprises souffre pour sa part de 5 grands inhibiteurs :

  • la peur de cannibaliser l’existant
  • le pilotage par l’amont ou les opérationnels
  • l’exigence de résultats financiers rapides
  • la formation insuffisante des cadres à l’entrepreneuriat
  • la faible valorisation de la prise de risque

Pour y remédier, il faut créer des entreprises nouvelles, former massivement aux comportements entrepreneuriaux, miser sur les équipes projets inter-fonctionnelles. Les entreprises existantes doivent se revitaliser par l’acquisition/absorption de nouveaux business models, ainsi que par la mise en place d’innovative centers.

Carine Baillie, Thomas Clause et Pierre Métivier

Les versions PDF des deux documents.