Archives mensuelles : janvier 2012

Maison connectée : les enjeux pour les opérateurs télécom

EBG et la maison connectee

EBG et la maison connectee

Mardi 24 janvier 2012 s’est tenu une conférence organisé par EBG et animé par Logica sur le thème « Maison connectée : les enjeux de la convergence des objets« , un enjeu très lié à celui de l’Internet des objets.

Le syllabus précisait « Du grille-pain à la télé, en passant par le Smartphone et l’ordinateur, les innovations de la domotique permettent de tout imaginer. Les acteurs sont désormais en train de définir les passerelles et les business modèles associés.

  • Quelles sont les innovations technologiques ?
  •  Quels seront les objets qui rentreront vraiment dans nos maisons ?
  •  Quels sont les enjeux financiers et les partenariats déjà conclus ?
  •  Qui seront les grands gagnants de ces nouveaux marchés ?
  •  Comment va se dessiner l’éco-système des applications et des services associés ?« 
Frédéric Estadieu, Logica

Frédéric Estadieu, Logica

Animé par Logica, le débat réunissait deux opérateurs, Orange et SFR et un équipementier, Alcatel-Lucent.

Pour Frédéric Estadieu, Logica, le débat doit dépasser les promesses d’un réfrigérateur intelligent souvent associé au concept de maison connectée.

Pour Olivier Kouvarakis, Directeur Maison Connectée chez SFR, le tout IP permet l’interopérabilité des objets du quotidien de la maison, rend interconnectable les objets. En y ajoutant, le stockage dans le cloud, la partie techno s’efface car elle fonctionne. Il y aura 20 fois plus d’objets connectés entre maintenant et 2020. Avoir le contenu (média) sur le cloud permet le partage « multi-devices, any where, any time ».

Thibault de La Fresnaye, Orange

Thibault de La Fresnaye, Orange

Thibault de La Fresnaye, Directeur du « Multiplay Everywhere, TV & Mediacenter », Orange. Dans le passé, à un terminal correspondait un usage et maintenant, c’est un véritable réseau multi-écran multi-service qui s’est invité dans nos maisons (TV plus ou moins connectées, smart mobiles, tablette et ordinateurs). Une conjonction d’événements technologiques rend l’arrivée de la maison connectée possible même si ce n’est pas encore gagné. Le développement de la domotique dépends de protocoles, de standards non encore stabilisés et d’un business model globalement non défini. La « killer » app de la domotique n’est pas encore connu

Gilbert Marciano, Alcatel-Lucent

Gilbert Marciano, Alcatel-Lucent

Pour Gilbert Marciano, Director Customer Solutions Alcatel-Lucent, il y a une volonté de l’écosystème de standardiser. Alcatel propose que la box connectivité ou que le « femtocell » servent à organiser la communication dans la maison vers la sphère applicative et souligne I’importance de l’autodécouverte / autoconfiguration des objets pour simplifie l’expérience utilisateur. Il faut pouvoir contrôler ses objets à travers des interfaces web ou mobiles.

Olivier Kouvarakis, SFR

Olivier Kouvarakis, SFR

Pour les intervenants, le marché de la domotique est fragmenté et sous-développé (par rapport à des pays comme la Corée).

Quels sont les objets connectées de la maison du futur demande Frédéric Estadieu ? Pour Thibault de la Fresnaye, Orange, le premier exemple d’objet connecté est la box de l’opérateur ! La maison connectée pour l’opérateur c’est d’abord les médias (son, images, vidéo). Ensuite viendront des applications autour de la santé, l’éducation, l’énergie, la sécurité, les équipements domestiques, le comfort.

Les freins ? Appréhension des utilisateurs autour des données et respect de la vie privée. Exemple de Homescope de SFR – caméra de surveillance SFR à la diffusion limitée.

Etude conso pour la maison connectée – Quels critères ? Confort, facilité d’usage et économie. La tablette pourrait devenir la télécommande universelle.

Ce débat « Maison connectée« , passionnant même si il n’a que partiellement répondu aux questions originellement prévues, a montré le positionnement des opérateurs qui souhaitent profiter de la présence de leur box dans la maison, pour augmenter l’ARPU (Average Revenue Per User) en commercialisant des services supplémentaires, autour de la sécurité par exemple. Tout en étant convaincu que la technologie est disponible, ces mêmes opérateurs cherchent toujours un business model, des standardisations, des « killer apps« qui créeront la demande et le marché. Une question importante, à peine effleurée dans ce débat, est – qui est légitime à proposer les solutions « Maison connectée » ?

Dans l’expression « maison connectée« , il y a connectée et donc les opérateurs telecoms sont très présents, mais il y a aussi maison et tous les éléments qui la composent, en terme de mur, d’énergie, de toit, d’alarme, de mobilier, de matériel électro-ménagers, de serrures. Bien sûr, les opérateurs telecoms apportent la connectivité. Mais ensuite ? Le possesseur d’un pèse personne Withings peut se raccorder par lui-même à l’internet grâce à la technologie intégrée à l’équipement sans l’aide de l’opérateur. Les produits et services des sociétés comme Deltadore, Somfy, Legrand, LG, Samsung, Securitas, HID, Leroy-Merlin voire Tefal, équipés de connectivité (du simple tag RFID ou NFC, au module Zigbee ou Bluetooth Low Energy jusqu’à une adresse IPv6) pourront s’intégrer dans cette maison connectée sans intervention de l’opérateur télécom.

Et si les participants se montrent optimistes sur la disponibilité de la technologie, l’hétérogéneité des différents composants de la maison potentiellement connectables et le manque de standardisation (X10, ZWave, Insteon, Zigbee, ANT+, NFC, ..) rend le concept de maison connectée encore difficile à implémenter. Même si la connexion des objets conçus pour être connectés semble se développer, à quand un logiciel / une web app capable de communiquer non seulement avec les appareils medias de la maison (TV, ordinateurs, consoles de jeux, chaine Hifi) mais aussi avec les volets, le chauffage, l’eau, l’électricité, l’alarme, le refrigérateur ou la machine à laver ? Qui sera légitime pour proposer  un tel centre de contrôle ? Google, Apple, Orange, Microsoft, un nouvel entrant ? Toutes ces sociétés devront s’entendre avec tous les acteurs que l’ont trouvent dans une maison, tous dans leur « walled garden » pour reprendre l’expression d’Olivier Kouvarakis, SFR. L’ouverture, l’interopérabilité à travers un standard reconnu, la coopération de tous les acteurs seront indispensables pour le développement du marché de la maison connectée et de la domotique.

De nombreux sujets et questions pour un prochain débat EBG sur la « Maison connectée », avec espérons le, des représentants des entreprises participant à la construction et l’habitabilité de nos maisons pour compléter le point de vue des opérateurs.

A suivre

Pierre Métivier

Pour aller plus loin :

Et si le développement de l’internet des objets passait par le NFC ? Revue de presse CES 2012

CES 2012 et NFC

CES 2012 et NFC

L’édition 2012 du CES, le Consumer Electronic Show, s’est tenu du 10 au 13 janvier à Las Vegas. Cette imposante conférence permet aux sociétés électroniques du monde entier de montrer leurs derniers développements / prototypes en matière d’électronique grand public (télévision, téléphonie, son, jeux, micro-informatique, …) et donnent une idée ce que seront nos objets électroniques de demain. Cette revue de presse en ligne est bien sûr orientée autour de l’utilisation de la technologie sans contact / NFC.

Pour le Monde Informatique, le NFC a fait partie des technologies vedettes avec les ultrabooks et les TV connectées. Pour Information Week, le NFC est un « big sleeper« , une technologie « dormante » mais disruptive derrière Google Wallet, qui ne demande qu’à se réveiller.

Intel Ultrabook with NFC

Intel Ultrabook with NFC

Intel a profité du salon pour présenter ses ultrabooks avec connectivité NFC / Digital Trends.

Dans le même ordre d’idée, la société Cirque a présenté un trackpad intégré à un ordinateur portable utilisant le NFC.

Coté mobile, après l’iPhone, il est possible d’ajouter le paiement sans contact sur un téléphone Android grâce à Monéto (et la technologie microSD de Device Fidelity – IN2Pay utilisée en France par le Crédit Agricole).

RIM / BlackBerry a annoncé le support du NFC dans son OS 7.1

Sony, co-créateur de la technologie NFC, a également mis en avant ses smartags capable de changer l’environnement de votre téléphone mobile suivant le lieu où vous vous trouvez.

Broadcom présente dans cette vidéo comment l’utilisation du NFC permet de simplifier l’appairage de nombreux devices (écran, console, manettes, casques, télécommande,….) dans un système « entertainment » global.

Yale Real Living Locks

Yale Real Living Locks (c) CrackBerry

Toujours dans la maison mais sur les portes, Yale Locks présentait les Real Living locks, des serrures NFC.

Enfin, NXP présente dans cette vidéo une machine à laver optimisée avec lecteur NFC, capable de lire les étiquettes NFC/RFID placées sur les vétements ce qui permet d’optimiser précisément les cycles de lavages suivant la charge et de réduire la consommation électrique. NXP avec Continental présentait également des clés de voiture NFC.

Coté sociétés françaises – La société Taztag était présente avec sa tablette TazPad NFC et Zigbee et Parrot montrait ses écouteurs Zik, conçu avec Philippe Starck, utilisant la NFC. Enfin, la startup Ethertrust présentait des technologies sécuritaires autour de l’Internet des objets sur lesquelles nous reviendrons dans un prochain article.

Il y avait certainement bien d’autres sociétés montrant des applications RFID ou NFC, ainsi que d’autres sociétés françaises dans ces domaines. Nous le découvrirons avec le toujours précieux et complet rapport d’Olivier Ezratty sur le CES qui sortira le 27 Janvier

Ces quelques exemples semblent montrer qu’après les smartphones (Samsung, Nokia, Acer, Blackberry, ….), la technologie NFC s’installe également dans les ordinateurs, les télévisions et tous les appareils de « home entertainment », l’électro-ménager, les voitures et même les portes de nos maisons.

Par sa normalisation, sa versalité à travers ses trois modes de fonctionnement (émulation d’étiquettes, lecture, peer 2 peer), ses fonctions de type identification authentification et autorisation, sa facilité de mise en oeuvre pour permettre l’appairage d’objets électroniques entre eux (y compris les appareils Bluetooth ou Wifi), la disponibilité et le développement d’une infrastructure bancaire et transport l’utilisant, sa popularité grandissante à travers le support d’entreprises mondiales comme Google, Sony, Nokia, ou Samsung, la technologie NFC semble de plus en plus incontournable dans l’utilisation de nos objets du quotidien.

Et si le NFC devenait à terme l’une des deux technologies-clé (avec IPv6) permettant le développement de l’Internet des Objets, à travers l’intégration des objets de notre quotidien devenus communicants pour de nouveaux services et usages, chez soi et partout dans notre environnement ? C’est la direction que semble indiquer cette édition du CES 2012. Et vous, qu’en pensez vous ?

A suivre

Pierre Métivier

L’écosystème NFC, une vraie chance de développement économique pour la France

Le NFC une chance pour la France

Le NFC une chance pour la France

L’écosystème autour des technologies sans contact NFC est complexe. Il comporte de nombreux acteurs avec parfois des intérêts pour le mieux complémentaires et pour le moins concurrentiels. La liste ci-dessous, plus ou moins complète, donne une idée de son étendue touchant de nombreuses industries (dans un premier temps le commerce, le transport et le tourisme) et des domaines aussi variés que le paiement, la billetique, la fidélisation, le contrôle d’accès (bureau / hôtel) et les cartes de ville.

  • Fournisseurs de Services – Organismes financiers, banques, opérateur de transport, de tourisme, musées, organisateurs d’événements, services publics,…
  • Constructeurs / Fabricants / Electronique – Téléphone mobile, semiconducteurs, cartes SIM, étiquettes RFID/NFC, lecteurs, TPE – terminaux de paiement électronique, valideur, ….
  • Fournisseurs de solutions, intégrateurs, développeurs, SSII, TSM – paiement, billetique, fidélisation, contrôle d’accès, contenu, intergiciels, sécurité, tests, certifications,….
  • Opérateurs téléphonie mobiles
  • Associations de standardisation, CNIL
  • Associations et forum professionnels
  • Gouvernement, collectivités territoriales (villes,départements, régions), Commission européenne
  • Commerçants / Points de ventes
  • Associations de consommateurs,
  • Consommateurs / citoyens

Malgré son étendue et sa complexité, cet écosystème représente une chance de développement économique unique pour la France et ceci pour trois raisons principales.

1 – la volonté des pouvoirs publics à tous les niveaux de développer les services sans contact ce qui se traduit par

  • des projets où les acteurs de l’écosystème sont réunis par la volonté de l’exécutif comme l’implémentation pré-industrielle de Nice ville NFC en 2010, et la continuation sur neuf nouvelles villes ; Bordeaux, Caen, Lille, Marseille, Paris, Rennes, Strasbourg et Toulouse.
  • des aides financières vers les villes et les collectivités territoriales à travers des appels à projet comme « Ville NFC » de 20 Mio € en cours,avec une pré-sélection de 17 projets ce qui va permettre la création de nouveaux services sans contact pour les habitants et le développement de l’infrastructure.

2 – la présence d’une industrie à la fois technologique et de services dans le domaine du sans contact parmi les plus actives au monde et la présence de quelques champions internationaux. Cette présence est dûe au fait que deux technologies clés pour les services sans contact sont nées en France : la carte à puce, et tous ses dérivés ensuite (et en particulier les cartes de paiement), et plus récemment, la NFC elle-même, créée à Caen par NXP et Sony. Même si la France est quasi-absente du marché des mobiles et autres smartphones, elle possède une belle collection de sociétés innovantes dans cet écosystème sans contact, sociétés françaises (ou à forte implantation sur le territoire français).

Quelques exemples

  • Technologie – Cartes à puces, SIM, identification, intégrateurs – Gemalto, Ingenico, Oberthur, Safran / Morpho (tous leaders mondiaux dans leur domaines), Atos sur le paiement sécurisé (Buyster), Thales, Orange BS, Alcatel-Lucent
  • Semi-conducteurs – NXP (néerlandais mais dont l’activité NFC est en France), Inside Secure, ST MicroElectronics, les deux premières sociétés sont respectivement #1 et #2 sur les puces NFC dans le monde
  • Fournisseurs de services sans contact (services installées ou en cours de développement) – Adelya, Airtag, Connecthings, DigitalAirways, MobiNear,  MobileTag, Think&GO NFC, …
  • « Trusted Services Manager » / Sécurité – Gemalto, Cassis International (présent dans le monde entier)
  • Tests / certification – Fime
  • Opérateurs telecom– Orange (plus de 400 000 téléphones NFC distribués en France en 2011)
  • et de nombreuses startups, en particulier dans le paiement, que nous ne pourrions pas toutes cités.
  • Un dernier exemple : aux Etats-Unis, Google a fait appel (entre autres) à deux sociétés françaises pour développer son Wallet, Ingenico et Fime, et son concurrent ISIS (association d’opérateurs télécom américain) a fait appel à Gemalto.

En coopération avec tous les fournisseurs de services (et en particulier banque / paiement / transport / tourisme), il y a là d’énormes gisements de nouveaux produits / service en France et à l’export.

3 – les actions de nombreuses associations / forums / pôles de compétitivité oeuvrant à la promotion des services sans contact parmi lesquelles l’AEPM, le Forum SMSC, l’AFSCM, le Pôle TES, le Pôle SCS, l’ADCET, le GART, le Picom et les spécifications ErgoSum,  …. Dans ces pôles, les start-ups, les PME, les grands groupes et les acteurs de la recherche se côtoient, travaillent sur des projets communs. Les industriels, fournisseurs de technologies et de services s’y rencontrent également pour définir ensemble des « guidelines » / des plateformes de développement sans contact comme Cityzi ou EasyMove et permettre ainsi la création de services interopérables.

Le développement de ces services sans contact (y compris le paiement par mobile) est donc une vraie chance pour notre économie à travers le développement de solutions d’abord sur le territoire national et qui peuvent s’exporter ensuite sachant que certaines des sociétés listées ci-dessus exportent déjà leur savoir faire. Il nous faut saisir cette chance dans un créneau de temps limité, car les grands acteurs mondiaux comme Google se sont clairement positionnés sur ce marché et ont lancé leurs premières applications aux Etats-Unis avant de s’attaquer au reste du monde. Il faut donc que cet avantage réel que nous possédons en France se traduisent rapidement par des services symboles, comme la dématérialisation sur mobile de la carte Navigo en région parisienne, le développement de services pour les citoyens dans les villes, et de paiement sans contact à l’échelle nationale. La technologie est disponible, les citoyens sont friands de services mobiles et l’infrastructure se met en place. Tous les éléments sont réunis pour de nouveaux services pour chacun d’entre nous et un réel développement économique d’une industrie, génératrice d’emplois et de services à exporter.

A suivre

Pierre Métivier

PS. Dans les exemples cités, nous avons certainement oublié de nombreuses sociétés, n’hésitez pas à nous les signaler.