Services mobiles sans contact, se lancer ou s’organiser ? L’exemple de la Turquie.

Turquie, le pays du sans contact

Turquie, le pays du sans contact

La Turquie est probablement le pays le plus avancé sur le continent européen en terme de services mobiles sans contact. Un bref séjour sur place et la rencontre avec deux acteurs importants de l’écosystème turc nous ont permis de comprendre un peu mieux le pourquoi de cette avancée. Parmi les déploiements en place, il est par exemple possible de payer avec son mobile chez de nombreux commerçants comme Migros, la première chaine de supermarché, Starbucks ou sur les péages d’autoroutes et d’autres déploiements sont en cours sur tout le territoire. Plus de  500,000 mobiles NFC de toute marque et 60,000 TPE sans contact sont réellement en fonction.

Turkcell NFC

Turkcell NFC

Plusieurs facteurs expliquent cette réussite. La Turquie est un pays jeune, moins de trente ans de moyenne d’age avec une forte appétence pour les nouvelles technologies et son infrastructure est récente. Mais le facteur n° 1 de cette réussite est d’un autre ordre. Nous évoquons régulièrement dans ce blog la complexité de l’écosystème des services mobiles sans contact et en particulier dans sa composante paiement. Il est nécessaire de mettre d’accord un grand nombre d’acteurs avec des visions, des stratégies, des modèles financiers différents et des relations clients privilégiées.

Turkcell, le premier opérateur turc avec plus de 50% du marché, n’a pas attendu un accord global et a décidé de se lancer très tôt, dès 2007 et « seul » sur le NFC, avec un opérateur carte bancaire, MasterCard et une première banque Garanti dès 2008 puis une deuxième, l’Akabank. La compagnie fournit de nombreux mobiles NFC y compris sous sa propre marque. Elle propose aussi des solutions complémentaires de SIM avec antenne NFC connectée (pour rendre NFC des mobiles non NFC avec Gemalto), des iPhone avec des coques spéciales NFC et a développé des accords commerciaux avec les sociétés plus haut. Turkcell est le premier opérateur au monde à offrir un wallet multi-banque.

On peut retrouver la même approche au Japon avec Sony Felica ou NTT Docomo qui se sont lancés seuls. Aux USA , Google s’est également associé avec une banque – Citi, un opérateur CB – MasterCard et un telco – Sprint pour lancer son Wallet. Ce modèle a été partiellement dupliqué en France avec le Crédit Mutuel et son acquisition de NRJ Mobile ce qui lui donne la maitrise la majeure partie de la chaine, mais sans pour autant s’être encore lancé à grande échelle.

Il n’y a pas que des avantages à ce modèle. En Turquie, depuis son lancement, Turkcell, a proposé aux banques de rejoindre sa plateforme et ce sont quatre banques qui font maintenant partie de l’écosystème et huit avant la fin de l’année. Coté opérateur télécom, c’est une autre histoire, puisque les deux autres opérateurs principaux sont très frileux pour rejoindre leur concurrent principal. De plus, aucun service de type collectivités territoriales / carte de vie quotidienne, ne fait partie des offres en cours. Google, pour s’être lancé seul, a subi quelques revers liés à la sécurité et a également provoqué une forte réaction d’opposition des opérateurs telecom qui ont créé Isis.

En France, l’approche est différente. La concertation prime sur l’opérationnel. Tous les acteurs cherchent des solutions communes. Les banques ont développé leur plaforme de paiement sans contact – PayezMobile – à travers l’AEPM, une association créée à l’occasion. De même, les opérateurs télécoms se sont associés dans l’AFSCM pour créer Cityzi, une plateforme hébergeant des applications NFC sécurisées et une signalétique correspondante . On peut ajouter la distribution avec le projet Ergosum décrivant les fonctionnalités d’un parcours client « sans contact » commun à toutes les enseignes et les opérateurs de transports regroupé autours du GART qui dès 2009 développaient un DoFoCo, Document Fonctionnel Commun autour de la billetique sans contact.

La Corée du Sud présente une troisième approche, celle d’une forte volonté gouvernementale pour imposer standards et accords entre les différents acteurs.

Quelle est la meilleur méthode ? Occuper le terrain, patienter le temps de s’organiser ou se voire imposer les règles par les pouvoirs publics ? Que ce soit pour des services commerciaux ou des services pour les citoyens, c’est sans aucun doute celle de la concertation permettant un écosystème équilibré et des déploiement interopérables partout sur le territoire. Mais cette concertation prend du temps. Et si les acteurs d’un secteur arrivent à se mettre globalement d’accord, les acteurs de secteurs différents (telecom, banque, commerce, transport, tourisme,….) ont plus de mal à s’accorder, le tout résultant dans des délais et des retards dans le développement des services mobiles sans contact.

Le temps devient un facteur. Les mobiles NFC sont de plus en plus présents dans nos poches (plus d’1 milllion à ce jour et 2,5 millions prévus pour la fin de l’année d’après les opérateurs). En attendant ces accords entre tous les acteurs français, les sociétés opérant des services sans contact au Japon, en Corée, aux USA, tous NFC, pourraient être très tentées de se déployer commercialement en France malgré notre avance initiale.

A suivre.

Pierre Métivier

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