Archives mensuelles : juillet 2012

Et si le paiement par mobile NFC devenait le standard du paiement sur Internet ?

Payer sur Internet avec son mobile NFC

Payer sur Internet avec son mobile NFC

Quelle idée saugrenue ! Comment le NFC, technologie permettant l’échange de données à courte distance et donc utilisée pour le paiement physique dans les commerces de proximité, pourrait-elle intervenir dans un achat sur Internet sans la présence d’un terminal de paiement ?

Avant de répondre à la question, rappelons d’abord que le paiement de proximité par mobile est pour beaucoup d’analystes l’application clé des mobiles sans contact, celle qui permettra le déploiement de la technologie. Elle consiste à effectuer un paiement dans un magasin en approchant son mobile du terminal de paiement et payer simplement et rapidement avec sa carte de crédit personnelle dématérialisée dans le mobile.

Pour moins de 20 €, et si une carte de paiement est précisée par défaut (ou si une seule carte est présente), le paiement s’effectue d’un geste, sans avoir à charger d’application ni à taper son code PIN (comme sur les péages d’autoroute ou les parking par exemple). Le gain de temps est réel.

Paiement sans contact à Roland Garros

Paiement sans contact à Roland Garros

Il est possible bien sûr de payer des montant supérieurs à 20 €, l’opération nécessite alors le code. Le mobile peut gérer plusieurs cartes dématérialisées (carte de crédits, carte pré-payés, …) voire d’autres moyens de paiement. On choisit alors celui que l’on souhaite pour chaque achat, comme dans le cas d’une carte de paiement standard dans son portefeuille physique. Le gain de temps et la simplification n’existent plus. Par contre il est toujours possible, avec l’aide de son smart phone de vérifier immédiatement son compte bancaire, ce que bien sûr, on ne peux pas faire avec une simple carte. Le paiement n’est qu’une étape d’un processus achat gérée globalement par le mobile (choix du produit ou du service, sélection du magasin, gestion des coupons de réduction ou carte de fidélité par exemple).

Il existe une autre possibilité de paiement permise par le NFC, moins médiatisé, et qui est pourtant promis à un bel avenir. Il s’agit du paiement sur son mobile d’un achat en ligne sur un site de e-commerce par exemple.

Comment donc le NFC, technologie permettant l’échange de données à courte distance pourrait intervenir dans un achat sans la présence d’un terminal de paiement ? La raison est principalement liée à la sécurité et aux commissions bancaires. Ces commissions que doivent payer les (e-)commerçants sont différentes si un achat est effectué avec une carte bancaire physique « card present » ou en ligne, simplement en entrant les informations « card not present« . Les risques de fraude dans ce dernier cas sont plus élevés, car il n y a pas de vérification physique de la carte, et leurs coûts sont répercutés sur les e-commerçants. Les paiements en ligne peuvent bénéficier de contrôles supplémentaires de type « 3D secure« , envoie d’un SMS avec code de contrôle à saisir, ou date de naissance afin de compléter la transaction, mais ces opérations complexifient la procédure de paiement et ne vont pas dans le sens de la simplification de l’expérience du consommateur.

Dans le cas d’un achat sur mobile d’un produit ou service Internet, une carte de paiement NFC, carte bancaire dématérialisé, est considérée comme « card present », de par sa présence sur l’élément sécurisé (secured element) du mobile, le plus souvent la SIM. Son utilisation ne nécessite donc pas les opérations de sécurité précédemment décrites et les risques de fraudes beaucoup plus faibles.

Aux Etats-Unis, le coût d’une transaction en ligne est situé entre 1,95 et 2 % dans le cas d’une carte présente, et de 2,30 à 2,50% dans le cas d’une carte non présente. Ces 0,5% de commissions bancaires économisées justifient pleinement l’utilisation du NFC sur des achats de e-commerce par mobile.

Paiement sans contact à Nice

Paiement sans contact à Nice

On peut donc imaginer, que dans le cas d’achat en ligne sur mobile, en plein développement, le paiement par carte de paiement NFC / e-wallet soit offerte au même titre que la paiement par carte bancaire standard (en entrant toutes les informations) ou par d’autres moyens comme Paypal, Buyster ou Kwixo, mais de manière beaucoup plus simple, une sorte de « paiement one-click sécurisé » en ligne, quelque soit le site et donc sans accord nécessaire pour l’utilisation d’un tel moyen de paiement avec le e-commerçant acceptant déjà les cartes bancaires, le NFC apportant la couche sécurité et le modèle « card present« .

A notre connaissance, il n’existe pas encore de sites utilisant le paiement en ligne par carte bancaire dématérialisée NFC, mais pour les raisons décrites ci-dessus de simplicité d’utilisation, de sécurité accrue et de coût pour le commerçant plus faible, on peut imaginer un développement rapide de ce moyen de paiement jusqu’à devenir, qui sait, le standard du paiement mobile sur Internet dans quelques années.

A suivre.

Pierre Métivier

PS. Merci à JL pour m’avoir introduit au concept le premier.

Pour aller plus loin,

NFC, principes et applications de la communication en champ proche, un livre de Dominique Paret

NFC,  Dominique Paret, Editions Dunod

NFC, Dominique Paret, Editions Dunod

Les livres consacrés à la technologie NFC sont très rares. Le livre « NFC, principes et applications de la communication en champ proche » de Dominique Paret, qui vient de paraître aux Editions Dunod, est, à notre connaissance, le premier en français et c’est donc un événement pour tous les acteurs de l’écosystème des services sans contact de proximité.

Commençons par l’auteur. Dominique Paret est une référence dans le monde de la RFID, qu’elle soit appliquée à la logistique (RFID UHF) ou aux services de proximité NFC (RFID HF). Nous avons souvent eu l’occasion de l’écouter lors de conférences relatées dans ce blog. Ingénieur, consultant, professeur dans diverses écoles d’ingénieur, auteur d’une quarantaine d’ouvrages, il a fait partie de la division de Philips devenu NXP qui a défini la technologie NFC et il était logique qu’il soit l’auteur de ce premier livre technique en français.

Dominique Paret

Dominique Paret

Avec l’aide de ses deux co-auteurs, Xavier Boutonnier et Youssef Houiti, c’est une véritable encyclopédie de la technologie qu’il nous livre. Ce livre est clairement destiné aux ingénieurs et aux développeurs de matériels, de puces, d’antennes, de lecteurs, « base station ». Les bases physiques, les couches basses et hautes du protocole de communication sont décrites avec minutie. Illustrés par les équations de Maxwell et de nombreux diagrammes didactiques, le fonctionnement de la technologie est expliquée dans ses moindres détails.

Les standards sont également couverts précisément dans cet ouvrage, d’un point de vue « historique », du passage aux instances européennes puis à l’ISO, les relations entre les industriels des télécoms et de la carte à puce, l’ensemble donnant naissance à la technologie. Pour les développeurs, c’est important de comprendre toutes ces normes ainsi que les procédures de certification afin de déployer des services interopérables. Le livre montre bien également toute l’étendue et toutes les possibilités de la technologie NFC ; la partie spécifique aux mobiles est limitée à une trentaine de pages sur les trois cent soixante dix que comptent l’ouvrage.

Les développements d’applications ou de services sans contact sur OS mobiles de type Android, Windows 8 ou OS Blackberry ne font pas partie des sujets couverts pas plus que les plateformes de type Cityzi ou EasyMove, ce qui fera certainement l’objet d’un autre ouvrage restant à écrire. Néanmoins, les créateurs de services y trouveront les bases nécessaires à la compréhension des avantages et des faiblesses de la technologie, les risques à prendre en compte et les précautions correspondantes.

Le livre de Dominique Paret tient toutes ses promesses d’un ouvrage de référence indispensable à tous les acteurs techniques proches de la technologie et il sera également fort utile pour tous les acteurs de l’écosystème sans contact.

A lire sans hésitation. Vous pouvez même l’emporter en vacances. Le silicium utilisé pour la fabrication des puces NFC se retrouvera en famille sur le sable de la plage.

A suivre

Pierre Métivier

NFC Book, Wiley

NFC Book, Wiley

Signalons également, uniquement en anglais, aux éditions Wiley, « Near Field Communication, from Theory to Practice » un livre d’origine turque, un des pays les plus avancés dans le domaine, nous en avons déjà parlé dans un précedent billet. Ce livre, écrit par des membres du NFC Lab d’Istanbul, complète bien le livre de Dominique Paret en couvrant les développements d’applications NFC sur plateforme Android et en décrivant également les sujets tels la cryptographie, la sécurité et les sujets liés respect de la vie privée

Face à la désintermédiation, les services mobiles NFC au secours des entreprises

Désintermédiation et NFC

Désintermédiation et NFC

La montée en puissance de l’Internet et de l’Internet mobile renforce la désintermédiation, un concept qui fait peur à de nombreuses entreprises, avec raison.

Rappelons d’abord tout vient ce concept en commençant par la notion d’intermédiaire. Un intermédiaire est une personne ou une société mettant en relation des personnes ou des sociétés avec un besoin, une demande et des personnes ou sociétés avec un produit, une solution, une offre. C’est un acteur clé sur le marché de l’offre et la demande. Ces intermédiaires sont pléthores autour de nous, dans tous les domaines, aussi bien commerciaux que média ou culturel, du tangible et de l’intangible. Quelques exemples parmi beaucoup d’autres :

  • Les banques sont des intermédiaires entre les emprunteurs et les financeurs.
  • Les maisons de disques et les disquaires sont des intermédiaires entre les musiciens et les mélomanes.
  • Les éditeurs, imprimeurs, bibliothécaires et libraires sont intermédiaires entre les écrivains et les lecteurs.
  • Les médias, journalistes, journaux, TV, radios sont des intermédiaires entre l’actualité et les citoyens.
  • Les grandes surfaces, les grossistes et les petits commerces sont des intermédiaires entre le maraicher ou l’enseigne de mode et le consommateur.
  • Les agents immobiliers sont des intermédiaires entre les vendeurs et les acquéreurs de maisons et autres biens immobiliers.
  • Les agences de voyages sont des intermédiaires entre les hôtels / compagnies aériennes et les voyageurs.
  • Les opérateurs télécom sont des intermédiaires entre les fournisseurs de contenu et d’applications et les consommateurs.

Tous ces intermédiaires comprennent l’offre et la demande et les « matchent » contre un pourcentage de la transaction. Ce sont des millions de postes partout dans le monde.

App NFC Michelin

App NFC Michelin

On parle de désintermédiation lorsque ces intermédiaires sont de moins en moins utilisés, que la vente ou l’échange se fait en direct du producteur au consommateur. Dans le monde de la finance, le terme n’est pas nouveau. Une « loi bancaire (dite) de désintermédiation » a été votée en Janvier 1984, avec un impact important sur le marché bancaire. Plus récemment, la numérisation, la dématérialisation et Internet ont permis un développement important de la désintermédiation, à travers le e-commerce, les sites de ventes en direct, les sites de biens et de services, les blogs, les AppStores, les sites de réseaux sociaux comme Twitter. Le consommateur y voit la possibilité de payer moins cher, plus rapidement, de maitriser son choix, ou de choisir lui-même ses sources d’information. Il maitrise les outils lui permettant de trouver ce qu’il veut, quand il veut sans passer par un ou plusieurs intermédiaires.

N’y a-t-il plus alors d’intermédiaires ? Si bien sûr, il y a toujours des intermédiaires, mais ce ne sont plus les mêmes. Ces nouveaux intermédiaires s’appellent Google, Paypal, Apple, Amazon ou eBay. Ils fournissent aux consommateurs les outils leur permettant de choisir, d’acheter, de payer des biens et d’accéder à des services sans passer par les intermédiaires traditionnels, se développant aux dépens de ces derniers.

Les smartphones jouent un rôle clé dans le développement de la désintermédiation puisque ce n’est plus simplement derrière son PC au bureau ou chez soi que l’on peut choisir, acheter, consommer mais partout et tout le temps.

Tag NFC chez Leclerc

Tag NFC chez Leclerc

Quelles sont les conséquences pour les intermédiaires traditionnels ? Elles sont potentiellement dramatiques pour les entreprises basées sur l’intermédiation – commerces, banques, services… Certains marchés disparaissent – Kodak et ses pellicules était l’intermédaire entre le photographe et ses photos. La société a disparu. Les iTunes, Google Play et autres Appstores désintermédient les opérateurs télecoms et les acteurs traditionnels de la musique, du cinéma ou de la télé. Les liseuses électroniques et autres tablettes court-circuitent les bibliothécaires et les libraires. Certaines compagnies aériennes ne vendent plus leur billet qu’en direct, sans passer par les agences de voyages, menacés.

Les smartphones accélèrent le mouvement puisque ce n’est plus simplement de chez soi, derrière son ordinateur mais à n’importe quel moment et en tout lieu que le consommateur peut choisir, consommer, acheter.

Que peuvent faire les intermédiaires traditionnels ? Deux pistes parmi d’autres.

  1. L’offre multi-canal. Les opérateurs télécoms, les enseignes de la distribution, les transporteurs, les banquiers développent déjà et doivent continuer de développer des services équivalents à ceux proposés par les acteurs de l’Internet. Avec leur connaissances de leurs marchés et de leur clients, ces sociétés ont toutes les données pour fournir et développer des services de type multi-canal, intégrant l’Internet et le mobile, vente ET services aux consommateurs. Il seront d’autant plus fort si ces services sont interconnectés ente eux (commerce, transport, banque, télécom). La fenêtre de tir est faible. Les Google, Paypal, Apple eBay ou Amazon ont clairement une longueur d’avance sur le marché.
  2. Le déploiement des services mobiles de proximité. Ces nouveaux services se doivent d’être des services de proximité, c’est à dire accessible dans les magasins, les bibliothèques, les lieux de culture et de consommation. Une application NFC permet de (re)créer un lien entre le monde réel et le monde virtuel de l’internet, entre les biens tangibles et les écrans connectés aux nuages. Dans une librairie, on peut approcher son mobile NFC d’un livre, obtenir des informations sur ce livre, passer en revue les critiques, passer au livre physiquement à coté et refaire la même chose ET l’acheter. Dans son commerce local, le mobile NFC et une application liant réseaux sociaux, fidélité, information produit et paiement, peut aider le consommateur à faire le bon choix, physiquement dans le magasin. A travers leurs CRM, les enseignes possèdent les informations permettant de développer ses services uniques pour leurs consommateurs.

La désintermédiation commerciale vient du fait que ce qu’on peut faire en magasin, on peut mieux le faire sur Internet (comparaison, produit / prix, information, réseaux sociaux, …). Les services sur mobiles NFC permettent de donner ces mêmes avantages au consommateur directement dans le magasin, en présence des produits, avec l’aide appréciée des commerçants, et la possibilité de repartir directement avec son achat. Les avantages des deux types d’achat (physique et à distance) sont réunis en un seul endroit.

La Croissanterie et Airtag

La Croissanterie et Airtag

Le paiement mobile, en tant que tel, ne suffira pas. Il faut des applications couvrant toutes les activités liées à l’organisation par exemple d’un voyage (avant, pendant ou après), ou la sélection et à l’achat d’un produit. La force des acteurs américains est d’être généraliste, couvrant tous les produits et services. Les acteurs français du commerce, du transport, du tourisme et des télécoms peuvent et doivent développer des applications communes pour offrir des services uniques, basés sur leurs connaissances de leurs marchés et de leurs consommateurs.

Offrir les outils de désintermédiation, en les liant aux services de proximité sans contact, pour rester eux-même acteurs de ce changement inéluctable, c’est le défi à relever pour l’ensemble des acteurs du commerce, de la banque, des telecoms, du tourisme et du transport, afin d’éviter que les sociétés américaines de l’Internet ne le fassent pour eux.

A suivre

Pierre Métivier

Pour aller plus loin, des articles sur

  • la désintermédiation et le voyage.
  • la désintermédiation dans les bibliothèques. Très complet.
  • la désintermédiation dans la finance.
  • la désintermédiation chez les opérateurs.
  • la désintermédiation et le commerce.
  • la désintermédiation et la santé.