Archives mensuelles : janvier 2013

Paiement : confusion, effusion, profusion ? Un livre et une conférence de l’ACSEL

Paiement : confusion, effusion, profusion ?

Paiement : confusion, effusion, profusion ?

LACSEL, l’Association de l’économie numérique, organisait le 24 Janvier 2013 une conférence dans le cadre approprié du Palais Brongniard pour féter la nouvelle année et présenter le livre « Paiement : confusion, effusion, profusion ? » cosigné par Jean-Pierre Buthion (et Laétitia de Pellegars pour la partie juridique) et basé sur les travaux de la commission moyens de paiement.

Après un premier survol des actions passées et prochaines de l’ACSEL dans le domaine du paiement et en particulier le lancement prochain avec la société CyberSource d’un baromêtre sur la fraude en ligne par Jean-Rémi Gratadour, Laurent Nizri, Président de la Commission moyens de paiement de l’ACSCEL, rappelle que confiance et sécurité sont les clés du succès des nouveaux moyens de paiement.

Jean-Pierre Buthion présente ensuite les grands messages du livre. Avec humour, il suggère de ne pas mettre les exemplaires distribués directement sur eBay tous ensemble, sous peine de faire baisser leur valeur, mais de ne pas attendre trop longtemps non plus, les informations sur les nouveaux moyens de paiement se périmant rapidement. Mr. Buthion a formaté son intervention autour du chiffre trois.

  • Paiement – Une valse à trois temps et plus – Internet, Virement, Espèces, CB.
Jean-Pierre Buthion

Jean-Pierre Buthion

Il rappelle que « Ce n’est pas la technologie qui importe mais les usages », rappel salutaire avant de narrer son expérience du drive de son Super U local, expérience utilisateur difficile à l’en croire y compris sur le paiement. La profusion d’offres de wallet / portefeuilles électroniques n’est pas positive et tous ne survivront pas.

  • Paiement – Trois vecteurs majeurs – Technologie, réglementation, comportement

Il résume l’effusion du paiement ainsi

  • 3 monnaies : fiduciaire, scripturale, électronique
  • 3 moyens de paiement : débit direct , transfert, carte
  • 3 supports : carte, mobile, internet
  • 3 acteurs : établissement de crédit, de paiement, de Monnaie Electronique
  • 3 innovations : NFC / sans contact, m-paiement, cloud

Cette profusion créée une grande confusion pour les utilisateurs, les marchands et les consommateurs

Au sujet des nouveaux moyens de paiement, il conclut :

  • Une vraie évolution ? sans doute. Inédit : le paiement utilise des moyens non dédiés à commencer par le mobile
  • Une révolution ? Peut-être. Tendance : les monnaies alternatives
  • Une vraie rupture ? Absolument. Celle du numérique : personnalisation, identité, choix
Michelangelo - The Creation of Man

Prémonition de la biométrie ?

Le paiement ne sera plus l’acte de payer, mais l’optimisation de l’identité numérique. Il conclut avec le célèbre tableau de Michel-Ange pour illustrer l’importance à venir de la biométrie.

Pour lancer le débat, Laurent Nizri présente une vidéo cocasse qui pourrait s’appeler « et si on transposait l’expérience du paiement online dans un point de vente physique« . Amusant.

Effusion, profusion, confusion – comme un fait exprès, pas moins de sept intervenants plus l’animateur sont rassemblés pour parler paiement ; un débat (ou plutôt une succession d’interventions) animé par Laurent Nizri, Alteir.

Paiement : confusion, effusion, profusion

Paiement : confusion, effusion, profusion

Bruno Gloaguen, Hi-Media, Olivier Mathiot, PriceMinister-Rakuten Group, Eric Gontier, Buyster

B. Gloaguen, Hi-Media, O. Mathiot, PriceMinister, E. Gontier, Buyster

Eric Gontier de Buyster ouvre le bal, en insistant sur l’authentification forte de la solution Buyster et son ergonomie et explique au nom des opérateurs les trois approches des opérateurs télécoms (Kiosque, Buyster et Cityzi)

Pour Bruno Gloaguen, Hi-Media c’est aussi AlloPass, solution de micro-paiement sur un modèle de paiement plutôt opérateur. Le paiement représente plus de 50% du CA de la société.

Olivier Mathiot, Price Minister-Rakuten Group se pose la question suivante à chaque fous qu’on lui présente un nouveau moyen de paiement : « Est ce qu’il apporte un avantage incrémental (augmentation du nombre de clients) et/ou marginaliste (impact sur la marge) ? ». Il est difficile de lui faire adopter un nouveau moyen de paiement mais a intégré Buyster. 2013 sera l’année du M-commerce plutôt que celle du NFC (dans le paiement – NDLR).

Olivier Binet, Paypal et Roland Entz, Visa Europe France

Olivier Binet, Paypal et Roland Entz, Visa Europe

Roland Entz, Visa Europe France, commence par rappeler que la société est européenne (ce qu’on oublie très souvent), puis le coût du cash en France pour les banques 1 Md €. La Pologne, la Grande-Bretagne, la France et la Turquie sont en avance sur le paiement de proximité par carte de paiement sans contact, passage avant l’utilisation du mobile NFC dans le paiement de proximité. Enfin, il présente V.ME, le mobile wallet de la société.

Olivier Binet, Paypal cite les chiffres impressionnants du paiement mobile réalisé par sa société en 2012, et parle de l’expérience positive de Starbucks sur le mobile. Il n’oublie pas de souligner l’importance de la relation entre le commerçant et son client, relation plus importante que la technologie de paiement utilisée.

Jean-Paul Gauzès, député européen

Jean-Paul Gauzès, député européen

L’interlocuteur suivant, Jean-Paul Gauzès est député européen et le rapporteur de la célèbre (dans le monde du paiement) directive européenne des moyens de paiement.  Passant après les cinq premiers orateurs, il rappelle avec malice que le monde du paiement est complexe et confus et qu’il nécessite clarté et pédagogie. Au niveau de l’Europe, c’est un sujet compliqué, géré à la fois par le Parlement européen et les états membres, et que le manque de connaissance des parlementaires européens sur le sujet est criant. Pour certains MPE, le paiement devrait être un service public.

Laetitia de Pellegars, Wragge&Co

Laetitia de Pellegars, Wragge&Co

Dernière intervenante, Laetitia de Pellegars, Wragge&Co, co-auteur du livre, dans la même veine que Jean-Paul Gazès, propose d’écrire et d’envoyer une fiche à tous les intervenants et participants sur les termes à utiliser autour des moyens de paiement. Elle rappelle que les nouveaux moyens de paiement cassent les modèles et les équilibres existants et regrette que l’adaptation de la directive européenne en France, la DME2, ait pris autant de temps. Enfin, elle signale que les offres de paiement pan-européennes ne s’installent pas en France de part les réglementations en place.

Pierre Alzon, Président de l'ACSEL

Pierre Alzon, Président de l’ACSEL

Pierre Alzon, le Président de l’ACSEL conclut avec énergie cette conférence, notant l’importance du rapport Collin et Colin sur la fiscalité de l’économie numérique  pour mettre en exergue le problème du manque d’harmonie fiscale européenne, qui pénalise les sociétés françaises. Pour toute société soucieuse d’optimisation fiscale légale, il est plus rentable d’aller en Irlande que de rester en France mais « on ne doit pas condamner les joueurs parce que l’arbitre ne fait pas son travail ».

Ces derniers mots ont conclus une conférence de qualité grâce à la variété des acteurs présents, conférence où il ne manquait qu’un débat. Et nous ne pouvons que vous conseiller le livre « Paiement : confusion, effusion, profusion ? » si vous vous intéressez au sujet paiement sous toutes ces formes, quelle que soit votre place dans l’écosystème – banquier, industriel, commerçant ou simple consommateur soucieux de comprendre les mutations introduites par les nouveaux moyens de paiement.

Laurent Nizri, Alteir

Laurent Nizri, Alteir

Comme un résumé des débats de la matinée, la question de Laurent Nizri  aux intervenants « Comment les marchands vont-ils se retrouver parmi tous ces moyens de paiement ? » n’a pas trouvé de réponse.  La route est encore longue.

A suivre … sans aucun doute.

Pierre Métivier

Pour aller plus loin sur le même sujet et sur ce blog

Et si les trains de banlieue étaient connectés Wifi ?

Vue du Transilien en hiver

Vue du Transilien en hiver

Les informations que reçoit le francilien le matin sont souvent celles-ci. AirParif annonce un pic de pollution comme le 13 Janvier 2013 « La pollution en Île-de-France sera élevée aujourd’hui (indice 80/100) et moyenne demain (65/100)« . La vitesse est régulée / réduite sur les autoroutes. L’application Sytadin sur son smartphone lui montre les embouteillages qui ajoutent à la pollution. Cela ne l’empêche pas de prendre la voiture et de se retrouver dans les fameux bouchons.

Ces embouteillages engendrent des retards et des appels téléphoniques / SMS / messages en voiture, qui eux même engendrent des accrochages quand ce ne sont pas des accidents mortels qui ajoutent aux embouteillages et donc à la pollution. Cercle vicieux et air viciée sans fin.

Et si on mettait du Wifi dans les trains de banlieue ?

Cela encouragerait les automobilistes franciliens à utiliser intelligemment leur temps de transport quotidien à travers la lecture d’information, d’envoi de mail et autres activités en ligne et donc à délaisser leur voiture. Et l’on sait qu’il suffit d’un petit pourcentage d’automobilistes en moins sur les routes pour fluidifier rapidement la circulation. L’idée n’est pas nouvelle. Elle est en place dans des villes comme Boston , dans certains trains de grande banlieue au Canada, globalement dans les transports américains ou plus près de nous au Pays-Bas.

Baromètre de la circulation

Baromètre de la circulation

L’idée n’est pas nouvelle donc mais à notre connaissance n’a pas été testée en Ile-de-France(*). Nous entendons déjà les « naysayers« .

  • Cela va couter cher. Et c’est vrai, l’installation de bornes Wifi dans chaque wagon a un coût. La pollution due aux aux embouteillages, les accidents de la circulation, les services de secours, les ambulances, les hôpitaux, les maladies dues à la pollution, les heures perdues pour les entreprises coutent chères également. Il serait intéressant de calculer les coûts et économies réalisés d’un tel projet.
  • Tous les passagers vont recevoir des ondes Wifi supplémentaires. Et c’est vrai. Ils en reçoivent toute la journée chez eux, au bureau, dans la rue en provenance du soleil, de la radio, des mobiles, de leur box, et donc oui, nous serions à quelques ondes supplémentaires. On peut imaginer des wagons avec et sans wifi. Et puis entre les gaz d’échappement du Triangle de Rocquencourt à 8:30 le mardi et le wifi dans un train, quel est le plus néfaste ?
  • Le Wifi dans les trains est injuste car il profiterait principalement aux franciliens éloignés et pas aux parisiens ou à ceux qui sont les plus proches de Paris car il n’y aurait plus de place assises au fur et à mesure du remplissage du train pour les voyageurs des banlieues les plus proches de Paris. C’est vrai également. Trois points
    • C’est justement ces automobilistes éloignés qu’il faut transférer sur les trains car ils viennent de plus loin et donc participent plus à la pollution.
    • Ce ne serait pas la première fois qu’une mesure présentée comme globale ne profite qu’à une partie des franciliens sans que cela pose de problèmes aux bénéficiaires. Lors de la dernière augmentation des tarifs des transports en Ile-de-France, il a été expliqué qu’en compensation, tous les utilisateurs de Navigo pourraient utiliser les transports en Ile-de France sur toutes les zones gratuitement. Cet avantage est très bien pour les parisiens mais n’apporte rien de plus pour les franciliens les plus éloignés qui  payent déjà cette possibilité à travers leur abonnement multi-zones.
    • Enfin, si le Wifi dans les trains était un succès, ce que l’on peut espérer, et engendrait une augmentation significative de leur utilisation, alors il faudrait réaménager les horaires, prévoir plus de trains. Ce serait clairement une bonne chose en terme de développement durable.
  • Il est possible d’utiliser la 3G proposée par les opérateurs. En théorie, oui. En pratique, ils existent de nombreux tunnels et zones blanches (y compris près de grandes villes) qui rendent l’utilisation du 3G impraticable. De plus, chacun ne dispose pas d’une clé 3G sur son PC ou sa tablette.
Transilien nocturne

Transilien nocturne

Il y a surement d’autres objections, il y a toujours des objections à chaque nouveau projet innovant.

Alors le STIF et la SNCF Francilien, chiche, on innove ? Vous êtes sur Twitter @RERC_SNCF, @RERD_SNCF, @LigneJ_SNCF, @LigneL_SNCF mais on ne peut vous contacter dans vos trains que sur smartphone. Le Lab Transilien, espace d’innovation participative, vient de fermer. Ne vous découragez pas. Utilisons le numérique au service de l’écologie et indirectement de la sécurité routière. Si on est capable de mettre du Wifi dans les avions, les bus ou dans les TGV, et même les voitures deviennent connectées, on doit pouvoir le faire dans un train de banlieue ou certains de ses wagons. Testons le wifi dans les trains de banlieue et mesurons l’impact sur la circulation et la pollution. Diminuer la pollution et les accidents de la route, cela vaut la peine d’essayer, non ?

A suivre

Pierre Métivier
(*) L’article est orienté autour de l’Ile-de-France mais pourrait bien sûr s’appliquer à d’autres métropoles villes françaises. L’Ile-de-France n’a malheureusement pas le monopole des embouteillages et de la pollution.

Pour aller plus loin

  • 90 percent of city air pollution comes from motor vehicles, causing 800,000 deaths a year: http://t.co/G4SP9X5m @WorldBank

Les rencontres M2M d’Orange – du M2M à l’Internet des objets

Rencontres M2M Orange

Rencontres M2M Orange

Dans le cadre délicatement suranné de la Cité Universitaire, Orange Business Services a organisé le 15 janvier les Rencontres M2M, à la fois une conférence formelle et un espace d’exposition, l’occasion pour l’opérateur de présenter son offre M2M et celles de ses partenaires. Rappelons que M2M, Machine-To-Machine, est un terme générique pour décrire des applications comprenant une communication entre deux objets à distance, souvent munis de capteurs, et dans le cas des opérateurs, à travers une communication gérée par des cartes SIM et sur les réseaux de type 2,3 et maintenant 4G. Les applications les plus représentatives sont la gestion des flottes de véhicules (taxi, camions, collectivités), la traçabilité de containers, et de nombreux services dans la construction, dans la santé et le service à la personne.

Pour Pascal Ancian, VP, Mobile France & International, qui présentait stratégie et perspectives, c’est un marché qui a progressé en 2012 de 38%. Orange voit la 4G comme un vecteur important du développement du M2M à travers de nouvelles applications utilisant la vidéo comme la télé-surveillance. Il a cité deux nouveaux types d’applications lancées en 2013 pour le suivi des ascenseurs et les affichage publicitaires. Le V2G (Vehicule To Grid), la connexion des voitures électriques au réseau du même nom pour rechargement est aussi un marché prometteur.

Sans transition, un reportage nous a montré une exploitation agricole utilisant une application M2M pour le suivi des vaches attendant des veaux, des capteurs permettant d’alerter en temps réel les éleveurs de l’état de santé des animaux, étant capable de réagir rapidement en cas de besoin. L’exemple des vaches est intéressant car pour beaucoup d’entre elles, elles portent déjà des tags d’identification HF RFID dans les oreilles (une autre technologie sans contact).

Henri Tcheng, Bearing Point, a ensuite présenté l’utilisation du M2M au « coeur de la maison de demain » à travers un grand nombre d’usages de type smart meter, pompe à chaleur, véhicule électrique, sources énergétiques, home care, sécurité, motorisation, éclairage. Cela s’appelait la domotique, c’est devenu la maison intelligente que l’on peut classifier entre 4 grandes catégories – santé du foyer, sécurité du foyer, confort et divertissement et gestion énergétique.

Pour M. Tcheng, l’échec de la domotique est venu de l’absence de normalisation et donc d’un trop grand nombre de protocoles non compatibles entre les différents acteurs du marché. De plus, la valeur n’est pas encore perçue par le consommateur (« trop cher sans réellement de vrais plus« ). M. Tcheng a repris trois exemples de services M2M dans le transport pour montrer qu’il est possible de développer des applications à succès – Wikango, les boitiers Ecotaxe et OnStar. Il en tire trois enseignements. Les applications doivent être Plug & Play, avoir un business model innovant et se concentrer sur un usage. Exemples :

Next, Didier Jaubert, SVP Global Solutions and Services, Orange BS et Mme Lacam-Noel de Malakoff Médéric ont présenté un projet intéressant dans le domaine de la santé – Vigisante, un service permettant le dépistage et le suivi de l’hypertension chez les employés.

La partie officielle de ces Rencontres s’est achevée une présentation par Laurent Ecale, Directeur de l’Unité d’Affaires M2M Access des dernières offres et services de la société.

Partenaires M2M Orange

Partenaires M2M Orange

L’Espace démo rassemblait un certain nombre d’exemples de services M2M utilisant les réseaux de l’opérateur, applications autour de la maison intelligente, de la santé et des smart cities.

Que retenir de ces rencontres ? La 4G était clairement à l’honneur. C’est effectivement le réseau de dernière génération et le plus rapide mais rappelons qu’il n’est pas nécessaire pour toutes les applications. La 3G voire la 2G (qui sera maintenue au moins 5 ans encore) est plus que suffisant pour de nombreuses applications. Comme nous l’avons déjà abordé dans ce blog, il existe également de nouvelles solutions parallèles prometteuses pour la démocratisation du M2M. Ce sont les whites spaces en Grande Bretagne et aux Etats-Unis ainsi que le projet Sigfox en France.

Enfin, M. Tcheng, de Bearing Point, a clairement indiqué qu’il préférait le terme « maison intelligente » au terme de domotique, symbole d’échec commercial. Pour d’autres raisons, il aurait pu également remplacer le terme M2M par Internet des objets mais ceci est une autre histoire, à construire et à raconter.

A suivre

Pierre Métivier

Pour aller plus loin