Les bitcoins : bulle spéculative, secte monétaire ou signe des temps à venir ?

Les bitcoins, bulle spéculative, secte monétaire, ou signe des temps à venir

Les bitcoins, bulle spéculative, secte monétaire, ou signe des temps à venir

Ce dernier billet de l’année 2013 est consacré au bitcoin, un sujet à la périphérie de ceux régulièrement abordés dans ce blog. Ce n’est pas à proprement parler un service lié aux technologies sans contact ou à l’internet des objets. Ceci dit, la monnaie, mais est ce vraiment une monnaie, est dite virtuelle. Et puis, France Culture y a consacré deux émissions le week-end dernier, l’occasion donc de partager quelques concept et idées sur le sujet.

Le bitcoin est fascinant, entre curiosité, peur, croyance, révolution planétaire, monnaie des terroristes et des narco-trafiquants, feu de paille médiatique et bulle spéculative. Il est difficile à définir, à expliquer ; le terme même de monnaie lui est contesté. Crypto-monnaie (et qu’est ce donc une crypto-monnaie) parmi des centaines d’autres, elle suscite des réactions des banques centrales et des gouvernements jusqu’en Chine alors qu’elle ne représente qu’une valeur globale de moins de 10 Mds de $ suivant son cours, une goutte d’eau dans le monde de la finance.

Bulle spéculative d’abord. Pour le grand public, c’est une valeur qui est passée de quelques centièmes de dollars à sa création, à 10 $ en début d’année à près de de 1000 $  pour descendre autour de 600 $ à l’heure de cet article. Tout cela n’est pas sans rappelé la bulle des bulbes de tulipes aux Pays-bas au 17ème siècle même si les défenseurs des bitcoins affirment que cela n’a rien à voir. Des fortunes se font et se défont. Le FBI est, presque par hasard, l’organisme qui en possèderait le plus, suite à la saisie de nombreux bitcoins du site Silk Road. Les célèbres frères Winklevoss , à l’origine (disputée) de Facebook (voir le film The social network) sont aussi de grands investisseurs en bitcoins.

Cours du bitcoin depuis sa création

Cours du bitcoin depuis sa création

Ensuite, pourquoi une « secte » monétaire ? Sujet moins abordé. On part d’un postulat, d’un concept, l’existence d’un mystérieux japonais Satoshi Nakamato, « gourou de l’Eglise de Bitcoinologie« , un programmeur que personne ne connait, n’a rencontré, qui aurait développé des algorithmes régulant la création des bitcoins, limitant leur nombre, rendant leur créations possibles en résolvant des énigmes mathématiques de plus en plus difficiles, que des « mineurs » avec des moyens informatiques de plus en plus puissants et consommateurs d’électricité vont créer.

Quelque part, on nous demande de « croire » ce point de départ, cette genèse de tout un système monétaire et beaucoup de personnes croient, sans toujours comprendre et peu d’explications rationnelles et surtout claires sont disponibles.

Et enfin, pour les croyants, ce qui ont la foi dans ce mystérieux système, c’est le signe des temps qui changent, un contournement nécessaire du système bancaire et des gouvernements, c’est la monnaie 2.0, qui n’a plus besoin d’être gérée par les pouvoirs publics, une monnaie libertarienne, révolution inéluctable permise par l’internet, tout comme la dématérialisation et la désintermédiation de la musique, des films, du livre, du commerce, de l’éducation, du paiement… dans un monde enfin libre. Il est donc normal que la monnaie suivent ce même chemin. Soit.

Deux émissions donc sur France Culture sur le sujet que vous pouvez réécouter à commencer par l’excellente « Place de la Toile«  de Xavier de La Porte avec Thibault Henneton.

Le texte de Xavier de la Porte pour son émission résume bien le propos. Extrait : « Il est toujours intéressant de voir les questions prendre de l’ampleur et sortir de leur champ originel. Ainsi en est-il du Bitcoin. Le Bitcoin, cette monnaie virtuelle créée en 2009, … est restée pendant quatre ans un sujet de curiosité pour geek, ou à peu près. Et puis, ces dernières semaines, tout le monde s’est mis à s’y intéresser. Les journalistes généralistes, les banques centrales, les gouvernants, les économistes … Les raisons sont multiples : la découverte d’une économie autour du Bitcoin, une économie un peu souterraine, pour le pire et pour le meilleur, qui fait qu’on peut acheter et vendre des biens et des services en Bitcoin, hors des circuits financiers traditionnels. Et puis la flambée du cours du Bitcoin, qui atteint des hauteurs inédites et fait qu’il existe aujourd’hui des millionnaires en Bitcoin …. L’attention s’est donc portée sur cette monnaie, son origine, son fonctionnement. Et c’est une partie de ce qui va nous intéresser aujourd’hui. Je dis une partie parce que le Bitcoin est une monnaie certes, mais c’est aussi un outil technique et, en tant que tel, les applications possibles de cet outil dépassent largement la monnaie et pourraient bien, à termes, toucher à bien d’autres formes d’échange. »

The Icarus Mining ring

The Icarus Mining ring

Et on commence par une tentative de définition du bitcoin. Pour Pierre Beyssac,  co-fondateur de Gandi, auteur du blog « Signal », le bitcoin est une crypto-monnaie sans plus d’explication (Je suis déjà perdu 😉 ) Pour Philippe Herlin,  chercheur chargé de cours au CNAM, auteur d’un livre intitulé La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires, c’est une monnaie électronique décentralisée dont la clé (de voute du système) est le journal de transactions publiques. Les bitcoins sont créés par une transaction qui vient de nulle part, par des mineurs ». Xavier fait remarquer que le sytème est inégalitaire car ce sont les mineurs avec les puissances de calculs les plus importantes qui gagnent. Pour Bruno Théret, Directeur de recherche au CNRS, auteur de La monnaie dévoilée par ses crises, le bitcoin est une monnaie internationale, l’euro étant nationale. Il indique qu’on trouve une théorie sur internet liant quatre sociétés dont Motorola (*) derrière la création des bitcoin, à la recherche d’une globalisation internationale.

La première monnaie internationale a été l’or et ce n’est plus le cas. Le terme de mineur (pour les créateurs de bitcoins) n’est pas anodin. 12 millions de bitcoins sur 21 ont été créés, 80% sont thésaurisés à des fins spéculatives. Les bitcoins permettent des transactions sans coût et sans passer par le système bancaire. Pour Bruno Théret, le bitcoin était prévu pour des échanges, mais est plutôt utilisé pour de la spéculation, en contradiction même avec les raisons de sa création. Paradoxe du bitcoin – on se passe du régulateur mais on retrouve les mêmes problèmes type spéculation. Peut-être la meilleure définition – Le bitcoin, c’est de l’or numérique.

Le bitcoin ne menace pas les systèmes financiers. A travers l’usage des ordinateurs, les « mineurs » transforment l’électricité en bitcoin tout comme les alchimistes essayaient de transformer le plomb en or. Un système de transactions plutôt qu’une monnaie et c’est la raison pour laquelle Google s’intéresse au bitcoin, afin de développer des systèmes transactionnels différents.

« La folie « bitcoin », la monnaie virtuelle qui inquiète les marchés financiers » était l’un des deux sujets de la deuxième émission, plus courte, ce même week-end consacré au Bitcoin dans l’émission « L’Economie en questions » par Dominique Rousset.

Les invités,  Benjamin Coriat, professeur de sciences économiques à l’Université Paris 13, Olivier Pastré, professeur d’économie à Paris VIII, Dominique Plihon, professeur d’économie financière à l’Université Paris XIII et David Thesmar, professeur de finances à HEC, sont tout aussi à la peine pour partager une définition claire de ce qu’est un bitcoin.

Pour Olivier Pastré, la création des bitcoin est complexe mais leur utilisation est plus simple. Le bitcoin peut être assimilié à une pyramide de Ponzi à la Maadof, une pure spéculation.  Idéologie libertarienne, sans contrôle, le bitcoin excite la blogosphère mais c’est un épiphénomène, représentant moins d’une dizaine de milliards de $ à comparer avec le shadow banking,  un autre contournement du système bancaire représentant 700 Mds $.

Autre sujet évoqué évoqué en parallèle, la carte Nickel,  1er compte bancaire avec les principaux attributs (carte de paiement, RIB, prélèvement) mais sans banque (ni crédit, ni chéquier). On passe à la création de monnaie locale comme en Argentine. Tout cela alimente de nombreuses réflexions nécessaires sur le rôle de la monnaie et des banques.

Conclusion – Deux émissions aux approches différentes et donc complémentaires, la première plutôt ouverte, explicative et conceptuelle, la deuxième plutôt critique, présentant une vue de l’establishment et minimisant l’importance réelle du phénomène bitcoin.  Pour l’auditeur moyen comme l’auteur de ce blog, tout en étant passionnant, il n’est pas sur que ces deux  débats aient pu réellement éclairé le rôle du bitcoin aujourd’hui et demain dans notre société. Bulle spéculative, secte monétaire ou signe des temps à venir, la question reste ouverte ; sûrement un peu des trois, mais difficile de décider. A titre personnel, je ne mettrai pas un kopek, un sesterce, un écu ou un won et resterai, par rapport à cette monnaie électronique, agnosTIC 😉

En anglais, donner son opinion se résume par ces quelques mots –  my two pennies worth (version UK) ou my (own) two cents (version US). Aujourd’hui, ce sont mes « mes 0,0000002 bitcoin » sur le sujet.

A suivre .. l’année prochaine. Bonnes fêtes de fin d’année à tous et merci de votre fidélité à la lecture de ce blog.

Pierre Métivier.

Note

(*) Satoshi Nakamato pour  SAmsung, TOSHIba, NAKAmichi et MOTOrola ? – Polygon

Pour aller plus loin.

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A propos Pierre Metivier

Responsable pendant 25 ans du développement de produits et services dans plusieurs entreprises d’informatique, de logiciels et de l’Internet (notamment Commodore, Apricot, Borland Intl, CompuServe, AOL) dont cinq ans passés aux Etats-Unis. Spécialiste des services mobiles et objets connectés, il a été délégué général du Forum SMSC et est l’auteur de l’ouvrage de référence « Le mobile NFC, télé-commande de notre quotidien » (2015) ainsi que du Blog « Avec et sans contact ». Il est aujourd’hui expert et enseignant / formateur en gestion des innovations numériques à forte valeur ajoutée utilisateurs à l'EISCI (Mardis de l'Innovation, Club de Paris des Directeurs de l'Innovation).

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