Objets connectés, une nouvelle ruée vers l’or !

La rue vers l'or des objets connectés

La rue vers l’or des objets connectés

En 1848, une information se répand aux Etats-Unis et partout dans le monde à travers le télégraphe et les journaux papiers. On a trouvé de l’or en Californie, à Sutter’s Mill plus exactement. Aussitôt, des dizaines de milliers d’aventuriers se ruent littéralement vers l’Ouest, dans des conditions extrêmes dans l’espoir de devenir riches. Quelques uns y arriveront, trouvant des pépites mais pour beaucoup ce sera un échec, arrivant trop tard, ne trouvant pas le bon filon, ou tombant sur une roche ressemblant à de l’or, de la pyrite. « On estime à moins d’un sur vingt parmi les prospecteurs le nombre de ceux qui obtinrent un profit financier en venant chercher de l’or en Californie » dixit Wikipedia.

Les véritables profiteurs de cette ruée furent les commerçants, les spéculateurs en tout genre et en particulier l’immobilier, les investisseurs dans le chemin de fer et les fabricants d’équipement de prospections de type pelles, vêtements, bâches, toiles de tente, le plus célèbre d’entre eux étant Oscar Levi-Strauss, qui vendit des salopettes en « Denim » dès 1853. Citons aussi Samuel Brannan. qui fit fortune en achetant tout le matériel de prospection disponible à San Francisco en 1848 pour en avoir le monopole et le revendre aux chercheurs d’or avec une marge, s’inspirant du philosophe grec Thalès, qui avait inventé ce stratagème plus de 2,300 ans auparavant en réservant tous les pressoirs pour les olives, créant ainsi le premier monopole commercial.

Cette ruée vers l’or permettra également la création de l’état de Californie, le développement de villes comme San Francisco ou Sacramento, l’achèvement du train transcontinental reliant les deux cotés Est et Ouest des Etats-Unis, le développement de la marine à vapeur …. toute une infrastructure qui n’existait pas en 1848 et qui sera une conséquence majeure de ce « Gold Rush ».

Quel rapport tout cela a t-il avec l’internet des objets ?

En 2014, une information se répand dans le monde à travers l’internet et les journaux papiers et télévisés, on a trouvé un nouveau marché prometteur, les objets connectés, en Californie, dans la Silicon Valley. L’internet des objets est inéluctable, 40, 60, 80 milliards d’objets seront connectés d’ici 2020, plusieurs billions de dollars sont en jeu. Aussitôt des milliers de startups se ruent littéralement sur le sujet, dans l’espoir de trouver le bon filon. Quelques unes y arriveront, devenant elles-mêmes des pépites mais pour beaucoup, Indiegogo ou KissKissBankBank ne suffiront pas.

Les véritables profiteurs de cette ruée seront comme en 1848 les sociétés dans le domaine de l’infrastructure et des outils. De nouvelles sociétés comme SigfoxDemtech ou Libelium par exemple pourraient devenir les prochains Levi-strauss (*). Les fabricants de capteurs et de puces électroniques, de piles et batteries sans oublier les sociétés de conseil les plus « smart » profiteront également de cet engouement.

C’est aussi pour cela que chaque semaine les Oracle, SAP, Cisco, Microsoft, Intel, Bosch, Amazon, IBM, General Electric et bien d’autres annoncent de nouveaux produits et services, de nouvelles plateformes, des accords pour des standards, bases d’une infrastructure sur laquelle tous les chercheurs d’objets connectés bâtiront leurs rêves, souvent dans le(s) nuage(s).

Quant aux objets connectés eux-mêmes, certains trouveront leurs places dans notre vie de tous les jours et feront la fortune de leurs concepteurs mais il est encore trop tôt pour les citer parmi tous les produits connectés régulièrement mis sur le marché.

La comparaison s’arrête là. L’internet des objets est là, inéluctable, construit pour durer à travers en particulier les applications M2M déjà présentes depuis des années, la traçabilité des objets et la logistique, les smart « infrastructures » de type énergie « smart grid » et villes « smart cities ». Les objets connectés et autres « wearables » qui fleurissent dans les médias, les magasins d’électronique grand public et sur les sites de crowdfunding ne sont que la partie visible de l’iceberg « Internet des objets ».

Aux prochaines annonces d’un nouvel objet connecté, au prochain lancement d’une brosse à dent, d’un surveillant de géraniums ou d’une fourchette « intelligente », posez vous la question – véritable pépite ou simple pyrite ? Et aux prochaines annonces des grandes entreprises de l’internet ou de l’industrie, vous saurez maintenant d’où vient cet intérêt soudain à la connexion de tous nos objets.

A suivre.

Pierre Métivier

Notes

  • (*) Après les petits appareils électroménagers Moulinex, nous comparons Sigfox aux jeans Levi-Strauss, espérons qu’ils nous pardonnent 🙂
  • Toute la partie « Gold Rush » est un résumé des articles US et FR de Wikipedia hors la partie Thalès, les photos chercheur et or+quartz proviennent également de Wikipedia.
  • Comme déjà écrit dans d’autres billets parfois provocants autour du coté gadget de certains objets connectés, l’auteur de ce billet possède et utilise quelques objets connectés de chez Withings, Samsung, Fitbit et Garmin et participe au financement participatif de trois projets d’objets connectés. #selfdérision
  • Idée de l’article partagée une 1ère fois pendant l’émission de Michel Alberganti, Science publique « L’Internet des objets est-il compatible avec la vie privée?« 
  • Le titre auquel vous avez échappé « There’s a media world who’s sure all that glitters is gold« 
  • Une analogie similaire a déjà été effectuée autour des bitcoins et leur « mineurs » mais nous nous éloignons du sujet de ce blog.
  • Un article de 2013 sur l’arrivée des  industriels Les grands acteurs industriels investissent le champ de l’Internet des objets
  • En option – à lire en écoutant « Sutter’s Mill » des New Riders of the Purple Sage et ‘ »After the Gold Rush » de Neil Young en version originale, la version Patti Smith fera aussi l’affaire ! 
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A propos Pierre Metivier

Responsable pendant 25 ans du développement de produits et services dans plusieurs entreprises d’informatique, de logiciels et de l’Internet (notamment Commodore, Apricot, Borland Intl, CompuServe, AOL) dont cinq ans passés aux Etats-Unis. Spécialiste des services mobiles et objets connectés, il a été délégué général du Forum SMSC et est l’auteur de l’ouvrage de référence « Le mobile NFC, télé-commande de notre quotidien » (2015) ainsi que du Blog « Avec et sans contact ». Il est aujourd’hui expert et enseignant / formateur en gestion des innovations numériques à forte valeur ajoutée utilisateurs à l'EISCI (Mardis de l'Innovation, Club de Paris des Directeurs de l'Innovation).

4 réflexions au sujet de « Objets connectés, une nouvelle ruée vers l’or ! »

    1. Pierre Metivier Auteur de l’article

      Rolland, le mobilier urbain me semble dans la bonne case. J’ai plus de doute sur des objets communs dont l’apport de connectivité n’ajoute en rien à la valeur d’usage de l’objet.

      La conclusion de l’article est à comparer avec la bulle Internet et tous ces services web sans « business model » et sans réelle utilité.
      Pierre

      Répondre
  1. Franck LEFEVRE

    Bonjour Pierre,

    Merci pour cette Saga à suivre en effet…

    En tant qu’acteur historique de « l’embarqué humanisé » ( Digital Airways est une des plus anciennes entreprises ayant revendiqué l’importance de l’IHM dans les produits embarqués…), nous rencontrons beaucoup de personnes sur ces sujets et produisons quelques choses qui ne demandent qu’à croître.
    Parmi toutes ces personnes cependant, très peu savent répondre quand nous leur posons la question: « Quel est l’intérêt pour votre entreprise de connecter/ouvrir les objets que vous produisez ? ».

    Nous avons bien entendu quelques réponses possibles (qui dépendent beaucoup du type de l’entreprise concernée, avec des pros et des cons) mais ton avis sur le sujet m’intéresse !

    A très bientôt.
    Amicalement.

    Franck LEFEVRE

    Répondre

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