Le développement de l’internet des objets ne nécessite pas la création d’un standard unique.

AOL, CompuServe and IoT

AOL, CompuServe and IoT

« La nécessité de standards pour l’internet des objets est un sujet traité régulièrement par les médias spécialisés. En reprenant les exemples des sociétés CompuServe et AOL, deux articles récents affirment leurs nécessités. L’occasion de rappeler l’aventure des services en ligne et d’affirmer haut et fort que ‘Et bien non, l’internet des objets n’a pas besoin d’un standard unique’. »

« Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ! » La bohème, Charles Aznavour

Deux articles récents font le parallèle entre les services en ligne type CompuServe et AOL et l‘internet des objets. Pour les plus jeunes de nos lecteurs, rappelons en version TRES brève et bien entendu discutable qu’il y a eu un monde sans internet grand public (1). L’internet d’alors était dédié aux universitaires et aux chercheurs. Des entreprises comme CompuServe, créée en 1969, ont développé des services « privés » fournissant des services équivalents à l’internet dès 1980 avant donc que ce dernier ne devienne accessible au grand public à partir du milieu des années 1990. Ces services intégraient le mail (2), une messagerie instantanée, des forums de discussion et du contenu, ce dernier développé sous un format propriétaire. En France, en plus d’AOL et de CompuServe, Infonie, Wanadoo ou Havas Online  étaient les services en ligne les plus connus et il y en a eu d‘autres. Ils apportaient à travers un logiciel propriétaire un package tout en un – accès, services et contenu.

Ces services ont eu l’immense avantage de vulgariser un service qui ressemblait à l’internet avant l’internet (3) mais ils comportaient quelques inconvénients dont un manque criant d’interopérabilité avec les autres services en ligne et le fameux « walled garden« , contenu et services réservés aux abonnés (à la Canal+). L’arrivée du web et de l’internet ouvert a fait exploser ces services en ligne en quelques années en cassant le business model du « tout en un » – contenu, services et accès. L’accès aux services web, au FTP ont été intégré à ces services en ligne mais l’éclatement de l’offre en accès (rapidement devenu commodité), applications/services comme Google pour la recherche ou MSN Messenger pour la messagerie instantanée et contenu, dont la maîtrise a été rendue à ses créateurs, et le tout a rendu caduque ces SELs disparus en tant que tels. Les survivants sont devenus des FAI – Fournisseurs d’Accès à l’Internet fournissant principalement l’accès.

Pour revenir au sujet de ce billet, contrairement aux SELs utilisant des technologies propriétaires, le développement de l’internet a été permis à travers l’utilisation de standards comme le protocole IP ou l’HTML ce qui permet l’interopérabilité entre les services. Les deux articles cités, un sur CompuServe et l’autre autour d’AOL, font donc le parallèle entre les services en ligne non interopérables disparus et l’absence de standards communs dans l’internet des objets au jour d’aujourd’hui et donc sans standard communs, pas d’internet des objets – CQFD.

IOT standards

IOT standards

Et donc, de grands groupes se lancent dans la bataille en créant des associations dédiées à la création de standards, s’associent avec des entreprises alliées. Ces associations ont pour nom The Thread GroupAllSeen Alliance, IPSO Alliance, the Open Interconnect Consortium ou RainRFID sans oublier Google ou Apple avec leur propres approches.

Chacun a ses idées de protocoles de format, tous ouverts bien sûr et interopérables.

Cette absence d’un standard commun est elle grave ? Pour certains donc, sans standard commun, l’internet des objets ne verra pas le jour et la multiplicité de ses alliances ne va pas dans le bon sens. Pour d’autres, comme votre serviteur, il est illusoire de croire en un internet des objets centralisé, unique, répondant un ou deux standards principaux comme dans l’internet ou le web. Des protocoles et autres « standards » impliqués dans l’Internet des objets, Steve Halliday du  « Internet of things » council » (4) en dénombre plus de 400.

Nous l’avons écrit de nombreuses fois – l’internet des objets sera multiple ou ne sera pas. Du simple tag NFC à la Google car, des wearables utilisant le bluetooth au capteur d’incendie dans la forêt, du capteur actif RFID traçant un container dans un camion aux cookies Mother de sen.se ou aux écrans connectés en iPv6, ce sont des dizaines de protocoles, de réseaux, de technologies différentes qui ne pourront jamais être réduits à un ou deux standards.

Open Interconnect Consortium

Open Interconnect Consortium

Et donc ce n’est pas grave car chaque objet connecté n’a pas vocation à échanger nativement avec tous les autres. Le traceur d’une valise dans un container entre Hong-Kong et San Francisco n’a guère de chance d’être en contact avec un détecteur d’incendie en Corse, ou le transpondeur des vélos permettant de connaître le classement des coureurs à chaque étape du Tour de France ignore totalement, avec raison, le degré d’hygrométrie du géranium situé dans un quartier chic de Paris – même le jour de la dernière étape du Tour de France !

Le vrai sujet à suivre est celui des APIs et des données,  les APIs permettant l’accès aux données générées par tous ces objets, les APIs permettant des liens « adhoc », lorsque le besoin s’en fait sortir. Des entreprises s’y emploient également, souvent les mêmes que les précédentes mais ceci est une autre histoire, à développer dans un autre post.

Avant de se lancer dans l’aventure, il n’est donc pas besoin de patienter pour le standard unique et magique de l’internet des objets : il n’y en a pas et il n’y en aura probablement jamais !

A suivre.

Pierre Métivier

  1. Salutation amicale pour les différentes promotions d’élèves de la Rouen Business School maintenant Neoma Business School à qui j’ai dit chaque année que j’avais connu un temps sans micro-ordinateur, sans mobile et sans internet mais que les dinosaures avaient disparu. Je rajoute que mon compte Facebook date de 2005, quand même, mais ceci est également une autre histoire !
  2. 70004.2133 a été mon identifiant CompuServe pendant bien longtemps ! Et le votre ?
  3. Les défenseurs du Minitel nous diront que ce rôle de vulgarisation revient donc au Minitel, mais ceci est aussi une autre histoire.
  4. dont l’auteur est membre

L’auteur de ce blog a travaillé pour CompuServe et AOL entre 1995 et 2009 à différents postes en France, Europe et aux Etats-Unis.

Pour aller plus loin

Le titre auquel vous avez (failli) échappé ! Internet of things standards ? Don’t worry, be API !

Les mots en images ont été réalisés avec http://metaatem.net/words/

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A propos Pierre Metivier

Responsable pendant 25 ans du développement de produits et services dans plusieurs entreprises d’informatique, de logiciels et de l’Internet (notamment Commodore, Apricot, Borland Intl, CompuServe, AOL) dont cinq ans passés aux Etats-Unis. Spécialiste des services mobiles et objets connectés, il a été délégué général du Forum SMSC et est l’auteur de l’ouvrage de référence « Le mobile NFC, télé-commande de notre quotidien » (2015) ainsi que du Blog « Avec et sans contact ». Il est aujourd’hui expert et enseignant / formateur en gestion des innovations numériques à forte valeur ajoutée utilisateurs à l'EISCI (Mardis de l'Innovation, Club de Paris des Directeurs de l'Innovation).

4 réflexions au sujet de « Le développement de l’internet des objets ne nécessite pas la création d’un standard unique. »

  1. rollandmelet

    Peut être aussi que cette multiplicité et cette non interopérabilité sera de nature à rassurer nos concitoyens, de plus en plus inquiet du coté « big brother » de l’IoT

    Répondre
  2. Remy DAVID

    « chaque objet connecté n’a pas vocation à échanger nativement avec tous les autres » Ceci est vrai pour la grande majorité des objets, mais pas pour le smartphone qui est en quelque sorte « l’anneau qui les controlera tous ».

    Le fait qu’il existe des APIs est une chose, mais leur nombre toujours plus croissant rend la tâche d’intégration herculéenne pour tout nouvelle application ou service voulant être interopérable avec un maximum d’objets. La barrière à l’entrée devient de plus en plus compliquée à lever, et bientôt seul les entreprises aux reins très solides (toujours les mêmes, Apple, Google…) pourront s’attaquer au problème en employant une armée de développeurs.

    Tout ça au dépend des start-up et des entrepreneurs qui souhaitent innover…

    Répondre
  3. Franck LEFEVRE

    Hello Pierre,

    Merci de nous rappeler ce fait que certain considéreront pourtant comme un avis.
    Ne décris-tu pas là le propre de l’internet des objets ? …permettre la création d’usages par agrégation, en sachant gérer l’interopérabilité avec agilité.
    Connais-tu http://www.thethingbox.com ?

    A bientôt.

    Franck

    Répondre

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