Archives mensuelles : décembre 2014

Le pantalon Norton anti-RFID – une pantalonnade 2.0

Drôle d'endroit pour ranger sa carte de paiement (c) Betabrand / Figaro

Drôle d’endroit pour ranger sa carte de paiement (c) Betabrand / Figaro

En cette fin d’année, l’annonce d’un projet liant un fabricant de vêtements Betabrand et l’éditeur de logiciels antivirus Norton a fait le tour de la planète média. C’est probablement le lien entre le monde physique du jean, symbole de la ruée vers l’or californienne et le monde virtuel de la Silicon Valley qui crée un tel engouement pour un objet pourtant non connecté. Le pantalon Norton, l’armure 2.0 des e-chevaliers des temps modernes.

Deux parties distinctes dans cette affaire.

La première, le fameux scandale des cartes bancaires sans contact. Une légende urbaine et un marronnier depuis 2 ans. Toujours les mêmes infos de base copiées collées, facile pour tous, jusqu’à 15 m de distance. Merci de lire cet article  Jean-Marie Bigard et Jean-Louis Barrault pour lutter contre les légendes urbaines du paiement sans contact sur le sujet pour avoir les deux versions de l’histoire, article qu’il faudrait probablement mettre à jour mais qui globalement montre que si oui, il est possible de lire dans des conditions particulières quelques informations de la carte et votre serviteur sait le faire à titre personnel, cela n’a guère d’intérêt pour des malfrats car très difficile à réaliser dans la vraie vie et pour un gain très faible. Les banques ont mesuré ce risque et il est excessivement faible. Et dans tous les cas, tout achat frauduleux lié à la carte est remboursé.

La carte bancaire à puce, avec ou sans contact est sans aucun doute le moyen de paiement le plus sûr et c’est la raison pour laquelle les Etats-Unis la déploient en ce moment pour réduire la fraude et Apple vient de l’adopter avec l’iPhone 6. En Australie, 70% des paiements cartes sont sans contact (Souce MasterCard). A Londres, on les utilise pour prendre le métro ou le bus directement. Le touriste n’a plus besoin de comprendre comment fonctionne le distributeur de tickets ni faire la queue. Plus rapide, plus simple et « secure ». En France, on devrait atteindre en décembre les 10 millions de transactions mensuelles de paiement sans contact. Des vols liées au sans contact ? Hors les media en mal de scoop, il n’y en a pas. Il y a 10 mois, un représentant du service de la surveillance des moyens de paiement scripturaux de la Banque de France, après deux ans de mise en service, a déclaré dans une conférence que son service n’avait reçu aucune plainte liée au sans contact. A titre personnel, nous n’avons pas d’informations plus récentes mais nul doute que si des fraudes liées au paiement sans contact avait eu lieu, les médias en auraient fait état.

Et nous arrivons à la deuxième partie, ce pantalon Norton qui vogue sur la vague « paranoia vestimentaire » pour reprendre le terme de l’article du Figaro.

La vidéo de présentation signale «En 2015, plus de 70% des cartes de crédit seront vulnérables à ces machines illégales» comme le rappelle le Figaro. Des sources pour cette information ? Que nenni. Une simple affirmation.

Les informations des cartes sont-elles faciles à lire  ? Non bien sûr. Amusant de voir dans la vidéo comment les deux personnes mettent une simple carte ou leur passeport dans une poche, sans sac, sans portefeuille, comme tout à chacun bien sûr. Le fait de mettre une carte sans contact dans un portefeuille, plus la veste ou le sac, plus la multiplicité des cartes rend impossible la lecture. La vraie vie quoi.

Cerise sur la gateau ou ultime pantalonnade (of course) le principe choisi par Betabrand de protéger le pantalon lui-même. Pour que cela soit fonctionnel, il faut :

  • soit changer toute sa garde robe pour n’acheter que des vestes ou des jeans de Betabrand, (business model ambitieux mais risqué) ou
  • ne porter qu’un seul jean (économique mais peu hygiénique) ou, enfin,
  • se décider le matin, après la douche. « Vais je utiliser ma carte de paiement aujourd’hui ? Oui ? alors je porte mon armure 2.0, merci Norton et Betabrands ».
Bouée canard (c) Les SIMs 3

Bouée canard (c) Les SIMs 3

Si malgré tout cela, vous êtes intéressé par acheter la veste ou le pantalon, nous vous recommandons également, particulièrement pour les Parisiens, la bouée canard en cas de montée brusque des eaux de la Seine, et le kit anti venin, au cas où vous vous feriez piquer par une vipère ou un cobra dans le Jardin des Tuileries !

Plus sérieusement, les risques de fraude de type vol physique dans la rue ou dans les transports en commun de votre portefeuille ou de votre sac OU d’utilisation malveillante de vos coordonnées carte suite à une commande sur Internet, sont nettement plus réels que ce vol à distance des cartes bancaires sans contact.

Dites Betabrand, vous devriez contacter Jean-Marie Bigard, lui qui a peur des chauves-souris enragées, « une chance sur dix millions de se faire mordre » c’est forcément un client potentiel. Pour les autres, je suis sûr qu’en cette période festive, vous trouverez une autre utilisation à ces 110 €. (Le jean est 168 $ ce qui nous fait 137 € près du double d’un jean Levis mais promo en cette période de crowfunding à 110 €.)

Belles fêtes de fin d'année

Belles fêtes de fin d’année

Voila, ceci dit n’est Noël, et comme chacun sait NFC signifie aussi « Now For Christmas« .

Belles fêtes de fin d’années à toutes et à tous et merci de votre fidélité.

A suivre… en 2015

Pierre Métivier

Mettre le spectre en lumière !

Spectre et Innovation 2014

Spectre et Innovation 2014

L’article le plus consulté de ce blog ne parle pas de NFC ou d’internet des objets, ne s’insurge pas contre les âneries écrites dans les media à l’annonce des beacons l’année dernière, ne raille pas les objets connectés pour bobos ou ne démonte pas les légendes urbaines du paiement sans contact. Non. L’article N° 1 sur plus de 310 s’intitule « La place de la RFID dans le spectre électromagnétique » avec plus de 15,000 lectures et il date d’Aout 2010. Cela montre à la fois un intérêt à comprendre  les radiofréquences, les technologies sous-jacentes aux services qui nous entourent et leur importance dans la plupart des produits et services que nous utilisons aujourd’hui. Nous n’aurions pas de mobiles, pas de télé, pas de radio, pas de laser, pas de radar (j’en connais que ça arrangerait),  pas de sans contact, pas d’internet des objets et globalement pas de vie sur terre (j’aurai peut-être du commencer pas cela) …. si nous n’étions pas entouré de toutes ces ondes, le premier fournisseur en étant le soleil.

Il était donc opportun de participer au colloque « Spectre et Innovation » organisé par l’AFNR fin nov. 2014 à Bercy. Comme le rappelle le site de l’ANFR, « les fréquences radioélectriques appartiennent au domaine public de l’État. Celui-ci a confié à l’ANFR – Agence nationale des Fréquences des missions de planification, de gestion de l’implantation des émetteurs, de contrôle et enfin de délivrance de certaines autorisations et certificats radio ».

Dans son introduction Gilles Brégant, Directeur général de ANFR, parle de TNT et de spectateurs. « Oserai je le néologisme de téléspectrateur ? Bien sûr -NDLR ». Il nous signale que nous pouvons tous demander la mesure des ondes de son domicile – 5,000 demandes en 2014.

Première table ronde – Individu et objets connectés : les fréquences au coeur du quotidien animé par Philippe Bailly

  • Ludovic Le Moan explique les objectifs de Sigfox (une société que les lecteurs fidèles connaissent bien) : réduire le coût des réseaux et en particulier ceux de l’internet des objets, consommation plus faible, moins de batterie, moins d’opex – coût opérationnel. Sigfox supporte tous les composants radio d’Atmel, Texas et tous les autres.Le but : permettre la connectivité d’objets dont la consommation est de l’ordre du microwatt et donc ne nécéssitant plus de batterie #energyharvesting. Avec la baisse des coûts de réseaux et celle des composants, on va pouvoir tout tracer. Sigfox couvre la France avec 1400 antennes, 85% population indoor 92% outdoor le tout pour 5 millions d’euros. La baisse des coûts verra l’apparition de nombreuses nouvelles applications – suivi du matériel du chantier ou animaux dans les fermes. De nombreuses « business models » seront basés sur le profilage des utilisateurs – introduction parfaite pour l’intervenant suivant.
  • Olivier Desbiey est chargé des Etudes Prospectives de la CNIL. Il nous présente « Le corps, nouvel objet« , un livre blanc de la CNIL. L’internet des objets doit partir du « corps » connecté. La Cnil n’est pas là pour entraver l’innovation mais l’accompagner. De nombreuses utilisations différentes du soi quantifié – routine, sport, suivi maladie. Les consommateurs ont l’impression de contrôler leur données sans se rendre compte qu’elles transitent par des serveurs d’entreprise. Faire comprendre. Olivier cite cet avis des 28 CNILs européennes, le G29 #dontask  Les données générées par les objets connectés sont d’abord aux services des individus.
  • Pour Laetitia Gazel Anthoine, Connecthings la techno a peu d’importance. L’internet des objets, c’est d’abord l’usage et l’utilisateur (même si le NFC une technologie importante pour sa société – NDLR). Plus de 100 000 points connectés par Connecthings dans le monde. Les données générées par l’interaction avec les tags à Bordeaux permet d’améliorer les services pour les usagers. Elle cite l’importance du drive-to-store y compris pour les villes et nous parles des déploiements à Rio-de-Janeiro.
  • Virginie Gretz est présidente et cofondatrice de Vproject et son produit, Mister Gabriel, est un garde du corps virtuel utilisant les montres connectées.  C’est un concept d’airbag vituel. C’est compliqué de faire du hardware pour une startup. Elle doute de la pérennité des Google Glass. Pour Virginie Gretz ainsi que pour Philippe Bailly NPA Conseil, les objets connectés sont toujours à la recherche d’un modèle économique entre simple achat et abonnement à un service. Les objets connectés sont toujours dans le nice-to-have, la plupart des objets autour du fitness. Le sponsoring d’un objet connecté par une entreprise est une piste intéressante tout comme les initiatives des assurances dans l’internet des objets, plutôt en mode bonus que malus. Elle rappelle enfin que la massification des données n’a pas que des des impacts négatifs : cela peut être très positif, dans la santé par exemple.
  • Pour Luis Jorge Romero, ETSI  il est souvent plus facile de faire faire parler 2 machines ensemble que faire parler 2 personnes, ce qu’on peut traduire que la création d’un écosystème est plus complexe que les sujets technologiques. A qui appartient la donnée ? Plus de données, plus de business mais aussi plus de risque pour la vie privée de l’individu. Il rappelle que les places de marché pour la donnée existent déjà – data trading desk.

François Rancy, Directeur du bureau des radiocommunications de l’UIT présente son organisme.  Les fréquences 3G qu’on utilise aujourd’hui ont été définies à la CMR de 1992, la gestion du spectre, c’est voir loin.
3 enjeux principaux :

  • Convaincre les opérateurs que le mobile n’a pas besoin de toutes les fréquences tout le temps.
  • Eviter le brouillage en bandes adjacentes particulièrement pour les objets connectés.
  • Utiliser les fréquences le plus efficacement possible avec une demande croissante.

Dans tous les cas, le but est d’utiliser les fréquences le plus efficacement possible. A plus long terme, offrir le large bande mobile à tous les habitants de la planête.

Joëlle Toledano est l’auteure du rapport « Une gestion dynamique du spectre pour l’innovation et la croissance » rapport qui fait donc des recommandations en terme de gestion de ces fréquences. Le site de la mission. « Le spectre est une denrée rare, il y une croissance énorme de la demande, dans le mobile, les services publics, l’internet des objets. » Elle nous rappelle que le succès de Rosetta, c’est aussi grâce aux fréquences. Les fréquences sont un un bien commun. Il y a des fréquences exclusives et des fréquences partagées, ouvertes. Le sujet des whitespaces est abordé. Un guichet est disponible à l’AFNR pour effectuer des test mais pour une durée limitée.

Fabienne Schmitt des Echos anime la table-ronde suivante : L’individu dans la ville intelligente : les fréquences au service du développement durable.

  • Luc Belot, Député du Maine-et-Loire, présente la carte Atout, sans contact (et probablement NFC) de la Ville d’Angers.
    Christine Tissot, Expert IT et comm. des transports, Renault, parle de communication V2V et V2I. Scoop@F est un projet européen de déploiement pilote de systèmes de transport intelligents coopératifs. Elle évoque sans ambages le harcèlement de Google après des villes pour obtenir des données sous un certain format !
  • Frédéric Géraud de Lescazes, Cisco France, décrit les tests de « boulevard connecté » de Nice et ses 200 capteurs.  Il est enthousiaste autour des réseaux Sigfox/LoRa et pour la #FrenchTech
  • Pour Olivier Hersent, Actility, en terme de fréquences, il existe un certain nombre de silos à ouvrir comme le GSMR.  Un batiment est une batterie, stocke de l’énergie sous forme de chaleur. La France, avec 8 millions de chauffages électriques pourrait potentiellement devenir la batterie de l’Europe. Deux réseaux faible conso sont en cours de déploiement, tous les deux français. Celui de Sigfox et LoRa un autre Low Power Wide Area créé par une autre startup française, Sicléeo et racheté depuis. Discussion autour du concept clé « Managed connected objects » / objet connecté géré, un autre composant clé de l’internet des objets.
  • Didier Houssin, Président pour l’Anses aborde brièvement le sujet des ondes radio « électriques » et réaffirme que dans l’état actuelle des connaissances, il n’y a pas d’impact mesurable sur la santé par les ondes radio « électriques » suivant son expression.

Le débat tourne autour de la future loi numérique, les industriels se lachent – listes de courses vs. usines à gaz législative. Luc Belot suggère de traduire ces demandes d’industriels sur le site http://contribuez.cnnumerique.fr/.

On se retrouve avec Valérie Peugeot du Conseil national du numérique. Elle souhaite réserve le terme smart / intelligent(e) aux humains. Sa conception de la ville de demain est très sociétale, partagée, collective, collaborative. Elle parle Open data et open fréquence. La liste des défibrillateurs et des bornes incendies sur openstreetmap est un bien commun. La ville aux N C – connecté, communication, connaissance en commun, coopérative, co-construite. Elle craint l’invisibilité de la technologie, souhaite rendre visible les technologies invisibles comme l’est l’internet des objets (ça se discute NDLR), demande à l’ANFR de partager la cartes des antennes relais sans réponse des intéressés. Après Luc Belot, Valérie Peugeot présente la plateforme contributive du CNN.

Troisième table ronde – Individu et rêve d’ubiquité : les fréquences indispensables aux réseaux du futur ànimé par Elsa Bembaron, Le Figaro.

  • Gabrielle Gauthey, Alcatel-Lucent explique la nécessité de développer la 5G – croissance des terminaux, vidéo et cloud. La 5G permettra de mieux gérer la complexité et l’hétérogénéité de la connectivité de demain, tout en baissant la consommation énergétique.
  • Olivier Huart, TDF propose le concept de la foire aux fréquences, rappelle qu’en 2020 la bande des 700 MHz sera réaffectée au haut débit sans fil – directive européenne. La 5G un infrastructure qui intéresse TDF mais la société est aussi partenaire de Sigfox. Ne pas couper trop vite le MePG2 pour le DVB T2, les télévisions ne pourront pas suivre. TDF, ce n’est pas que la télé, c’est aussi des télécoms d’autant plus que la télé est multiple – linéaire et non linéaire.
  • Pour Mari-Noelle Jego-Laveissière, Orange si rien n’est fait, la facture énergétique d’Orange pourrait atteindre 1 MDs € #oops Elle parle d’un partenariat public privé européen autour des infrastructures de réseaux 5G / horizon 2020. La 5G n’est pas encore défini, plusieurs versions sont à l’étude, il est important que la souche soit homogène.
  • Frédéric Pujol, IDATE rappelle le besoin de plus de vitesse et de bande passante et présente brièvement FirstNet, le réseau « secure » des US.
  • Daniela Genta, VP Radio Regulatory Affairs and Policy, Airbus, European Beacon project  Airbus propose de défragmenter la bande des 500 MHz, libérer les « petites » fréquences.
  • Ulrich Rehfuess, Head of spectrum policy, Nokia Networks explique que la société étudie le monde des « whitespaces » pour améliorer ces services LTE.
  • Peter Stuckmann de la Commission européenne parle de la politique des fréquences au niveau européen.
    Où l’on reparle, de la bande 700 MHz pour le mobile broadband en 2020, les autres bandes UHF restant au TV broadcast jusqu’à 2030.

Enfin, Jean-Pierre Le Pesteur, Président du conseil d’administration de l’AFNR conclut cette journée et note avec justesse les deux approches technologies et sociétales. Mettre le spectre en lumière, sa promesse et le titre de ce compte-rendu.

Pierre Métivier

Pour aller plus loin

Les fréquences de l'internet des objets (c) ANFR

Les fréquences de l’internet des objets (c) ANFR