Archives mensuelles : janvier 2016

RFID, NFC, Internet des objets et innovations sans contact – 3/3 – Perspectives 2016

Prédictions NFC et IOT pour 2016

Prédictions NFC et IOT pour 2016

Avant de passer aux prévisions de 2016, prenons le risque, si peu souvent assumé, de revenir en arrière et se rappeler des prévisions de l’année précédente. Et donc, qu’avions nous prévu pour 2015, tout d’abord autour de la technologie NFC puis de l’Internet des objets (connectés) ?

Infrastructure « L’infrastructure du sans contact continuera à se développer, que ce soit en terme de mobiles par le simple renouvellement du parc, des cartes de paiement, de terminaux de paiement électroniques acceptant le paiement sans contact, de services de transport utilisant cartes et mobiles sans contact, de services de vie quotidienne ou de parcours touristiques. »

Globalement correct pour l’infrastructure, en particulier cartes et mobiles sans contact, moins pour le transport (au moins en France).

Paiement mobile « Le paiement sans contact mobile se développera plus rapidement partout dans le monde, derrière la dynamique créée par Apple, qui, par son annonce, a relancé aux US, le Google Wallet et le HCE ainsi que Softcard (anciennement Isis) sans oublier les déploiements sans contact de Visa et Mastercard.»

Partiellement vrai. Une intense activité du paiement sans contact mobile aux US grâce à Apple et au déploiement EMV mais un développement plus que relatif du paiement mobile NFC en France pour des raisons déjà développées. Notons que le paiement sans contact par bracelet dans les festivals a connu un véritable engouement en 2015.

HCE « Nous verrons les premiers tests grandeur nature de solutions de paiement mobile sans contact développées en HCE, avec prudence, en France. »

Avec prudence était l’expression juste 🙂

Paypal « il sera intéressant de suivre la stratégie de Paypal, seul acteur majeur à ne pas supporter le NFC dans le cadre du commerce de proximité et nous suivrons avec intérêt les tests en cours à Nancy sur des solutions de paiement de proximité en ligne. Peut-être pas en 2015 mais rapidement ensuite, Paypal supportera le NFC, soit directement, soit à travers Apple Pay.»

Plus vrai que vrai, Paypal a commercialisé un terminal de paiement électronique sans contact NFC en 2015 et l’expérience de Nancy, lancé en septembre 2014, semble avoir tourné court.

Apple «Les prochaines versions d’iOS étendront l’usage du NFC sur l’iPhone 6, de simple technologie utilisée pour le paiement à tous les modes permis par le NFC – émulation de carte, lecture d’étiquettes et appairage / P2P voire recharge sans fil (voir plus bas)»

Faux. Les versions de l’iPhone sorties en 2015 ne supportent que le mode paiement même si … voire les prédictions 2016.

Lego Dimensions et NFC

Lego Dimensions et NFC

Jeux « Après Activision, Nintendo, Disney , de nouveaux jeux de console utilisant le NFC sous toute ces formes verront le jour y compris avec la belle technologie de ePawn… »

Vrai, Lego a rejoint le club des éditeurs de jeux utilisant le sans contact et de nouveaux jeux utilisant la technologie NFC arrivent comme Malkyrs.

Vie privée « Les différentes « CNIL« européennes continueront leur travail autour des sujets liés à la vie privée. Leurs focalisations passeront de la RFID que personne n’utilise pour espionner les consommateurs parce que c’est non seulement sans intérêt mais impossible industriellement, aux sujets liés au suivi à distance et la traçabilité des personnes induites par l’utilisation des beacons et du mode « push » – envoi de données aux consommateurs sans toujours son accord.»

Partiellement vrai. Le sujet semble s’essouffler, la RFID dans toute ses versions UHF industriel / HF (NFC) est de moins en moins regardée comme un mouton noir qu’il faut tuer (1) Les usages de l’internet des objets (et l’internet en général) ont pourtant des conséquences beaucoup plus directes sur la vie privée de chacun d’entre nous sans que cela semble émouvoir qui que ce soit.

NFC/IOT – « L’utilisation de plus en plus présente du NFC sur les projets de « Wireless charging » comme ceux de AWP voire Apple (à plus long terme) qui pourrait un jour utilisé le NFC pour permettre un rechargement de ses mobiles sans fil.»

Mouais.

NFC / transport – « La prévision que nous aurions aimée écrire – Le STIF et l’Ile de France adopteront le paiement sans contact carte et mobiles après des tests positifs à Argenteuil, l’infrastructure en place et la carte Navigo NFC mais nous ne parierons pas un ticket T+ sur le sujet. Londres continuera la course en tête pour le plus grand bonheur des touristes et des visiteurs de la capitale britannique.»

Vrai malheureusement dans le cas de Paris ou et heureusement pour Londres, ses habitants et ses visiteurs.

L’analyse des prédictions pour 2015 montre un résultat mitigé ce qui ne nous empêchera pas de récidiver pour 2016 🙂

Apple – Même si en 2015, il n’y a pas eu de développement de nouveaux services NFC hors paiement sur iPhone, nous sommes confiant du support complet à venir. Apple est entré au « board of directors » du NFC Forum en 2015 et c’est un signe très encourageant pour le support à venir des différents modes du NFC. Il est même possible d’envisager des solutions liées au transport pour 2017 en France (déjà possible à Londres).

Paiement

  • Au niveau mondial, la bataille entre Apple, Samsung, Google (et potentiellement Microsoft) sur les wallets mobiles NFC va continuer à coup d’annonces et d’accord avec les commerçants et les banques. Et nous ne nous aventurerons pas à annoncer une date quelconque pour un lancement d’une de ces solutions en France alors qu’elles sont disponibles dans les pays anglo-saxons et en particulier USA, Canada et UK.
  • En France, 1er commerce à avoir lancée une carte de paiement sans contact avec la carte Pass, Carrefour pourrait également première (à grande échelle (2)) à sortir une application mobile multi-services, indispensable pour différencier une application de paiement carte et mobile, liant promotion, fidélité, couponing et paiement.
  • Le paiement de proximité va se développer et dépasser les frontières du couple carte/terminal de paiement, que ce soit coté consommateur sous forme « wearable » comme des bracelets, ou côté vendeur, intégré à des appareils électroniques comme les écrans Think&Go / Ingenico. Le paiement sans contact NFC : dans les magasins mais pas que

Commerce – La présence de plus en plus visible dans les commerces d’étiquettes électroniques de gondole NFC permettant de donner des informations sur les produits aux consommateurs. Cette prédiction est basée sur les ventes record de ces étiquettes par des sociétés comme SES.)

Transport – Le STIF continuera à gérer deux systèmes de billets, à distribuer des tickets magnétiques peu écologiques, et les franciliens continueront à faire la queue devant les automates en début de mois alors que des solutions existent. Et Londres restera toujours plus accueillante pour les touristes grâce au sans contact. Les premiers résultats de la JV Wizway officiellement lancée fin 2015 ne devraient pas être visibles pour le grand public avant début 2017.

Biohacking – D’exemple maléfique d’utilisation des étiquettes RFID/NFC au milieu des années 2000, le biohacking continuera à permettre à des esprits libres de comprendre les enjeux liés à la vie privée et à la sécurité et faire évoluer les mentalités sur les usages de la technologie.

Internet des objets – 2016 verra la sortie des premiers objets connectés grand public sans batterie, utilisant les tags dynamiques NFC, permettant le développement d’objets connectés économiques et respectueux de l’environnement.

Internet des objets – Dans la lignée de produit comme la Lysbox, souvent abordé dans ce blog, la technologie NFC sera associée à des connectivités longues distances de type Sigfox ou Lora pour créer des services connectés, proche des citoyens tout en étant peu gourmand en énergie.

Internet des objets – Plus globalement, tout ce qui pourra être connecté le sera, au moins en version proto et sans toujours des usages bien réels malgré les annonces régulières d’innovations révolutionnaires. Par delà les objets connectés grands publics, c’est du côté de la santé, de l’agriculture, de l’eau, de l’énergie et bien d’autres domaines industriels qu’il faudra regarder pour y trouver les développements d’objets connectés les plus prometteurs aux impacts sociétaux les plus importants.

Google car

Google car

Que l’attente des « smart cars » autonomes de type Google cars ne vous empêche pas de dormir. Malgré les nombreux articles les concernant, elles ne seront pas réellement opérationnelles dans des environnements ouverts avant 10 ou 15 ans.

Et puis bien sûr, le mobile est et sera de plus en plus au centre de tout cet écosystème de l’internet, de l’internet des objets, des objets connectés, des objets « smarts, le mobile, et en particulier dans sa version NFC, comme télécommande de notre environnement, mais cela, cher lecteur, vous le saviez déjà 🙂

Voila en trois billets, notre résumé 2015 et quelques directions pour 2016 « and beyond« , bien sûr très succinctes. En attendant les prochaines annonces et les déploiements à venir, de nouveau, bonne année 2016 (connectée ou pas) à chacun d’entre vous et vos proches, un grand merci pour votre fidélité depuis près de six ans et plus de trois cents cinquante articles et en espérant vous rencontrer, cher lecteur, à l’occasion d’une conférence ou d’un salon.

A suivre … ensemble sur le blog, sur Twitter et IRL.

Pierre Métivier
@pierremetivier

Notes

  1. Remember  » Kill the chip/sheep ».
  2. Avant Carrefour, Casino et récemment Intermarché ont testé et testent des solutions multi-services mais Carrefour semble le mieux passé pour un déploiement à grande échelle avec sa longue expérience avec la carte Pass.

Pour aller plus loin

RFID, NFC, Internet des objets et innovations sans contact – Bilan 2015 et perspectives 2016 – 2/3 – l’internet des objets

Quel internet des objets ?

Quel internet des objets ?

Après avoir abordé les services NFC dans la première partie, ce billet passera en revue les autres technologies sans contact, les objets connectés et plus globalement l’internet des objets.

Dans ce dernier domaine, nous pouvons reprendre le même texte qu’en 2013 et 2014 « il a régné une grande effervescence autour des objets connectés et des wearables qui n’est par sans rappeler la bulle Internet des années 2000. » Tous les grands acteurs mondiaux sont désormais lancés sur ce « marché » , non seulement les acteurs du numérique en tout genre Microsoft, Apple, Google, Samsung, Cisco, Intel, SAP, Oracle, mais aussi et peut-être surtout les sociétés de services (banques, assurances, telcos, santé, énergie, … ) et les industriels « brick & mortars » en tout genre (commerce, bâtiment, électroménager, automobile, …), de plus en plus conscient que cet internet des objets n’est qu’un autre nom à la numérisation, la dématérialisation et à la désintermédiation qui ont transformées radicalement des industries comme la musique, la photo, le cinéma, l’édition, l’hôtellerie ou le transport et qui menacent toutes les autres. D’où les multiples annonces et rachats d’entreprises et de startups.

Une grande effervescence donc et une confusion toute aussi grande. L’internet des objets est une grand fourre-tout dans lequel on retrouve aussi bien les objets connectés que les objets « smart« , wearables, et de nombreux gadgets connectés, les smart « things » dans le domaine de la maison (la domotique), de la ville, de la santé, du transport mais aussi l’internet des objets industriels – le M2M ou industrie 4.0 et tout la technologie sous-jacente, toute l’infrastructure de type plateforme et réseaux de connectivité. Nul doute que ces sujets continueront à agiter les état-majors des entreprises et les rédactions des journaux et magazines et ce sera d’autant plus le cas en cette période de CES à Las Vegas et sa cohorte de gadgets dont l’utilité et l’usage est un sujet secondaire par rapport à la simple possibilité de connecter un objet qui ne n’a pas encore été. Comme trop souvent, on en publiera les faire-parts de naissance sans jamais citer les avis de décès presque aussi nombreux. A ce sujet, il est toujours passionnant de lire le rapport dOlivier Ezratty sur le CES, en particulier la version complète à venir, mais aussi parcourir les précédentes et retrouver les « smart trucs » qui allaient révolutionner bla-bla-bla et qui ont disparus depuis. Sur les objets connectés, d’excellents blogs spécialisés vous présenteront toutes les derniers nouveautés, nous n’en parlerons pas plus.

Vous trouverez ci-dessous un certain nombre de billets écrits en 2015 liés à la santé, à l’énergie, aux transports pour compléter cette introduction.

Sur la partie infrastructure, trois éléments sont à la base de tous ces développements : la connectivité, la standardisation et les plateformes de gestion d’objets. Et ces trois sujets ont également animé 2015.
Associé Sigfox et le NFC dans un même objet

Associé Sigfox et le NFC dans un même objet

Sur la connectivité longue distance, par-delà les réseaux opérateurs de 2 à 5G, la bataille fait rage entre Sigfox, le premier arrivé et Lora. Sigfox se déploie partout dans le monde avec des accords avec de grands industriels mondiaux. Lora est la solution mise en avant par les opérateurs français, autant par réaction tactique que par choix technologique. Les whites spaces semblent distancés de part leur non-universalité géographique, et leur complexité de mise-en-oeuvre. Sur la connectivité courte distance, nous avons vu dans le rapport précédent que le NFC est très présent mais bien sûr n’est pas la seule technologie disponible – la RFID UHF, le BlueTooth Low Energy, le Zigbee, les nombreux protocoles de la domotique et même les QRcode ont leur usages nous y reviendrons. A noter la possibilité le projet Lysbox a utilisé à la fois Sigfox pour la remontée d’information vers le SI et le NFC pour son acquisition dans la maison. Autre cas, Gazpar, le compteur « communicant » de GrDF qui utilise également cette combinaison de connectivité comprenant le NFC. Le meilleur des deux mondes pour des applications connectées, frugales en énergie et donc économiques.

Tous ces nouveaux acteurs se retrouvent dans des associations d’industriels poussant à la (leur) standardisation même si derrière ces standards, il y a toujours un industriel et sa technologie. Les principales associations sont :

Les alliances de l'IOT (c) Postscapes

Les alliances de l’IOT (c) Postscapes

Les plateformes de gestion d’objets sont multiples. Qu’il est loin le temps de l’ONS (Object Naming Services), un DNS centralisé des objets, qui n’a jamais été utilisé (que ce soit aux US ou en France) et ne le sera probablement jamais. Les plateformes sont nombreuses, toutes ouvertes dans leur communication, plus ou moins ouvertes dans la réalité. Ci joint deux listes et il y en a bien d’autres :

Y a t-il besoin d’un seul standard, d’une seule plateforme, d’une seule solution de connectivité ? Non bien sûr et c’est une des grandes différences avec l’internet « traditionnel » L’internet des objets est une multitude d’intranet des objets qui n’ont pas tous besoin d’être connectés entre eux et qui utilisent et utiliseront les technologies, les protocoles, les plate-formes les mieux adaptés.

A noter enfin en France en 2015, la création de deux entités permettant le design, le développement et la promotion des objets connectés : la Cité des objets connectés à Angers, pour le développement complet d’objets plutôt grand public et ConnectWave, une approche plus expérimentation d’objets connectés industriels, plus étude que réalisation. Deux structures complémentaires à suivre.

Dans le « Bilan 2014 » de l’année dernière, nous avions écrit : « En 2013, le grand public et les media avait découvert les beacons avec le lancement des iPhone 5S et 5C. Elle allait, comme toute nouvelle technologie, révolutionnait la planète et faire disparaitre le NFC. Nous avions expliqué que ce n’était pas le cas, avec raison. Le soufflet est retombé. Ces balises BLE ont toute leur utilité en ‘push’ marketing mais en aucun cas ne peuvent et ne pourront être utilisées dans tous les cas de figure offerts par le NFC. » Il n’y a pas grand chose à rajouter même si des développements sont en cours dans le retail ou le paiement et que de nombreuses sociétés de services offrent les deux technologies. Paypal qui avait annoncé des solutions de paiement à base de beacon a abandonné ce projet et commercialise désormais un terminal de paiement sans contact NFC.

UHF et drone (c) RFID Journal

UHF et drone (c) RFID Journal

En relisant mes billets de l’année, je m’aperçois que je n’ai écrit aucun article sur la RFID UHF en 2015, une première en 5 ans. Honte sur moi. Que les lecteurs me pardonnent. Cela ne m’a empêché de suivre (et de partager) le sujet sur Twitter et dans de nombreuses conférences. Et pourtant, la RFID UHF est l’une des briques de base de l’internet des objets industriels et la technologie a trouvé dans l’engouement pour l’industrie 4.0 un nouvel élan dans de nombreux projets logistiques / « supply chain », dans les applications de traçabilité (santé, hopitaux), la défense, l’aéronautique, l’énergie, l’agriculture … On peut y associer des drones comme dans les deux exemples ci-dessous. Des sociétés comme Airbus ou Decathlon ont continué leur déploiements massifs et à travers l’utilisation de cette technologie, l’Armée américaine est clairement la première entité au monde en terme d’objets connectés. A noter le changement de perception de cette technologie. Vilipendé il y a quelques années comme un technologie susceptible de menacer la vie privée des individus, elle est totalement à la base de nombreux projets internet des objets sans que personne ne s’en émeuve. La perception de ces sujets est bien volatile.

Jeans Kaporal et QR code (c) Le Parisien

Jeans Kaporal et QR code (c) Le Parisien

Tout comme la RFID, notre communication en 2015 sur les codes 2D et autres QRCodes a été très limitée. Et pourtant, c’est clairement une technologie qui a sa place dans notre grand fourre-tout. En plus du paiement et de la fidélité, Starbucks aux US ou Auchan en France, le plus grand retailer au monde Wal*Mart s’est également lancé dans l’aventure d’un paiement à base de QRCode en 2015. Rappelons que « les qualités et les limitations de la technologie QRcode n’ont pas changé. Elle est peu couteuse et simple à mettre en place pour des services de type lecture et partage d’information mais nécessite des manipulations de la part de l’utilisateur, le lancement d’une application spécifique ou d’un lecteur de code 2D et lecture visuelle du code, opérations peu naturelles et chronophages pour le consommateur. » Deux derniers exemples d’utilisations originales de QRcode en 2015 – rendre l’étude des mathématiques plus ludiques, et le QRcode intégré au jeans chez Kaporal.

Fin de cette deuxième partie bien confuse, comme le sujet étudié. A suivre … par la troisième et dernière, les perspectives 2016.

Pierre Métivier
@pierremetivier

Pour aller plus loin

Conférences

 Innovation et autres articles
 Les précédents «Bilans et perspectives »

 

RFID, NFC, internet des objets et innovations sans contact – Bilan 2015 et perspectives 2016 – 1/3 – NFC

NFC RFID IOT Bilan 2015 Perspectives 2016

NFC RFID IOT Bilan 2015 Perspectives 2016

« J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans ».
Charles Baudelaire (cité par Raphaël Enthoven).

Deux vers bien à propos à l’heure de commencer cette 6ème édition de ce billet « Bilan et perspectives ». Pas facile de se renouveler sans paraphraser. Et donc cette année, je laisserai le soin à Raphaël Enthoven d’expliquer ce que sont ces bilans annuels ce qui ne n’empêchera pas, bien sûr, d’en écrire un voire trois car ce bilan sera structuré pour la première fois séparé en 3 parties – Bilan NFC, Bilan IoT et autres technologies et enfin Perspectives 2016, la richesse de l’actualité en 2015 sur tous ces sujets rendant cette partition nécessaire.

Les bilans de fin d’année par Raphaël Enthoven

Et donc, commençons par les services permis par la technologie NFC.

Côté solutions paiement mobile, 2014 avait été l’annonce par Apple d’Apple Pay et du paiement sans contact sur le réseau d’acceptation cartes bancaire, par l’iPhone 6 et l’AppleWatch. Ce support a été confirmé avec les dernières versions du mobile phare de la marque de Cupertino. La déception est venue du non-support des autres fonctions du NFC et en particulier la lecture d’étiquettes. Nous y reviendrons dans la partie perspective de cette série de trois articles. C’est donc toujours une version réduite des fonctionnalités NFC auxquelles ont accès les utilisateurs d’iPhone. Côté usage, Apple Pay n’est pas un un raz de marée pour deux raisons. Premièrement, Apple Pay n’est disponible que dans peu de pays (USA, UK, Canada, Australia,…) et deuxièmement, aux USA, les terminaux de paiement sans contact, liés à l’adoption tardif par le pays de l’EMV, ne sont pas pléthores. La progression n’en est pas moins très prometteuse. Samsung Pay a suivi, sur le même principe, de paiement sans contact mobile et bien sûr Android Pay (anciennement  Google Wallet) sur Android est toujours disponible aux US. Si on ajoute le support du NFC sur Windows Phone, il est clair que toutes les principales plateformes de mobile offrent des solutions de paiement sans contact, plus ou moins disponible suivant la géographie.

Côté carte, le paiement sans contact a fortement progressé. En Grande-Bretagne, un paiement carte sur dix est maintenant sans contact, en France, le graphe-ci-joint par de lui-même et les chiffres d’usage (principalement cartes bancaires mais aussi mobiles) sont impressionnants. Pour le mois de Nov. 2015, 27 millions de paiement sans contact, 284 millions de CA, près de 10 millions de cartes utilisées au moins une fois en sans contact alors que seuls 26% des magasins acceptant la CB sont équipés. Tout cela sans que le vol de données à distance des données bancaires (cartes et mobiles) sans contact, que les media en tout genre nous ont promis depuis des années, se soit produit.

Statistiques Déploiement CB sans contact Nov 15 (c) Groupement CB

Statistiques Déploiement CB sans contact Nov 15 (c) Groupement CB

Paiement NFC sur écran (c) Ingenico / Think & Go

Paiement NFC sur écran (c) Ingenico / Think & Go

La majorité des grands commerçants accepte le paiement sans contact comme Carrefour, Casino, Decathlon, Leroy-Merlin, Total, Picard ou McDonald’s, mais aussi les commerces locaux même si nous ne sommes toujours qu’à 26% de magasins équipés. De nouveaux objets intègrent la possibilité de payer sans contact come les automates de vente Selecta ou les écrans de Think & Go NFC et Ingenico, permettant par exemple, de faciliter le don ou gérer paiement, fidélité, coupons. Les ESL, Electronic Shelf Labels, les étiquettes affichant les prix intégrant désormais le NFC sont aussi en pleine expansion. La seule société française SES – Store Electronic Systems a par exemple annoncé la vente de 10 millions d’étiquettes ESL NFC en un seul contrat en Allemagne mi-décembre.

Coté banques, BNP Paribas, CIC, Crédit Mutuel, la Société Générale et la Banque Postale offraient déjà des solutions de paiement sans contact sur mobile. En 2015, le Crédit Agricole a testé une solution à base de HCE. Enfin, après une année de test en province, Orange a lancé nationalement, Orange Cash, un wallet prépayé, pour ses abonnés sous Android.

Notons que les chiffres de l’usage paiement mobile sans contact restent faibles. Une installation souvent complexe, la non-disponibilité des solutions Apple Pay, Android Pay ou Samsung Pay et pas ou peu de fonctionnalités supplémentaires par rapport à la carte en sont les causes principales. Sans applications multi-services (associant paiement, fidélité, couponing ou paiement sans contact et accès au compte bancaire par exemple), la progression de l’usage se fera en douceur et il sera intéressant de revoir ce marché avec l’arrivée des mastodontes précédemment cités sur le marché français.

Enfin, même les ennemis du NFC d’hier sont devenus des promoteurs de la technologie. Paypal, dont le CEO répétait à loisir que NFC signifiait Not For Commerce, commercialise désormais un terminal de paiement sans contact, Paypal Here de même pour Square dont la solution allait rendre caduque le NFC. Et puis Apple, et nous en avons déjà parlé et nous en reparlerons.

Billettique mobile dans le métro de Londres (c) TechWeek Europe

Billettique mobile dans le métro de Londres (c) TechWeek Europe

Coté transport, 2015 est une année de transition … quoique. Nice, Strasbourg et Caen avaient déjà ouvert leur billetique aux mobiles sans contact et d’autres villes sont en cours de déploiement. Les horodateurs et de nombreux parkings de Nice, Strasbourg, Caen, Bordeaux ou Lyon, sont également accessibles au paiement sans contact. Des tests sont en cours sur les péages d’autoroute (péage de Montesson sur l’A14 dans l’Ouest parisien) et la ville de Metz a lancé le Pass mobilité, un service mobile multi-service sans contact dans la ville autour du parking. La SNCF a lancé comme prévu une billettique NFC sur son réseau TER. Enfin et surtout, Londres est devenu un cas d’usage emblématique depuis qu’il est possible de valider son transport sur tout le réseau avec une carte de paiement sans contact ou un mobile NFC et son application de paiement. Lancé en Sept. 2014, les usages sont impressionnants. En Juin 2015, plus de 100 millions de voyages payés en posant simplement sa carte ou son mobile sans contact avaient été enregistrés, en provenance de plus de cinquante pays, moins d’un an après sa sortie. A noter en fin d’année, l’annonce de Wizway, une JV transport, regroupant SNCF, RATP, Orange et Gemalto pour le développement d’une plateforme commune de billetique mobile sans contact à vocation national. Les premiers résultats sont prévus pour fin 2016.

Un mot sur le HCE, une technologie permettant du paiement sans contact mobile sans élément physique de sécurité et (donc) sans la nécessité de passer les opérateurs telecom. Ce n’est clairement pas le raz-de-marée annoncé en 2013 même si quelques banques ont lancé ou testent des services. Plus d’offreurs de service (y compris Orange BS) que de services HCE réellement disponible. La prudence semble de mise et les ventes d’éléments sécurisés NFC sont toujours en forte progression.

Jeux NFC

Jeux NFC

Hors paiement, transport et accès (non développé dans ce CR), d’autres usages de type lecture d’étiquettes pour le tourisme, la ville ou des jeux ont également fortement progressé. Le jeu en particulier, suite au succès de Skylander, Activision est désormais suivi par Disney, Lego ou sur des approches très différentes comme Malkyrs.

Enfin, les fabricant de MEMs et autres circuits intégrés comme STMicro, NXP, AMS ou Texas Instruments ont lancé des étiquettes NFC dynamiques permettant d’apporter grâce au mobile, l’énergie nécessaire à son fonctionnement, en mode « energy harvesting » ou collecte d’énergie et donc la création d’objets connectés écologiques car sans batterie, une piste de développement très prometteuse. L’association de deux technologies frugales comme le NFC et Sigfox est aussi une piste importante dans le domaine d’un internet des objets frugal.

Le Mobile NFC, télécommande de notre quotidien.

Le Mobile NFC, télécommande de notre quotidien.

Pour terminer cette première partie très / trop succincte sur le NFC, ajoutons à titre personnel, la sortie au printemps 2015 de mon livre sur le NFC « Le mobile NFC, télécommande de notre quotidien », aux Editions Afnor. Un livre pour apprendre, comprendre et se lancer dans le développement de services sans contact et qui reste plus que jamais d’actualités. #selfpromo 😉

Une année à la fois de consolidation dans les domaines traditionnels du NFC et d’extension par de nouveaux domaines d’usage de la technologie partout dans notre quotidien.

A suivre … avec la deuxième partie autour de l’internet des objets et la troisième prospectives.

Et meilleurs voeux, cher lecteur, pour cette nouvelle année, bien sûr et au plaisir de vous rencontrer au détour d’une conférence ou d’un salon.

Pierre Métivier
@pierremetivier

Autres articles autour du NFC

Les bilans des années précédents