La technologie n’est ni bonne ni mauvaise, elle est ce que les hommes en font

Health care takes on the fight against trafficking

Health care takes on the fight against trafficking

Un fois de plus, le titre d’un article présente négativement la RFID, la technologie radio-fréquence dont nous parlons régulièrement dans ce blog, en l’associant cette fois au trafic d’êtres humains et à l’esclavage. « Human traffickers implant their slaves with RFID chips » que l’on peut traduire mot-à-mot par « des trafiquants d’êtres humains implantent des puces RFID dans leurs esclaves. » Une fois l’article lu, on comprend que nous sommes aux Etats-Unis, dans le monde des proxénètes et des prostituées.

L’information de base de ce premier article est extrait de trois longs articles documentés expliquant le rôle du système de santé américain dans la lutte contre les trafics humains en tout genre puisque 90% des victimes passent au moins une fois dans un hôpital, croisent un docteur ou une infirmière et peuvent donc être prises en charge.

Une des victimes a parlé d’une puce électronique insérée dans son corps lors d’une rencontre avec un médecin. Elle a montré la cicatrice et le médecin a enlevé l’objet. Un proxénète avait donc implanté sur l’une de ses victimes une étiquette RFID (de la taille d’un grain de riz) dans le but de la marquer, de la tracer avec une technologie utilisée pour le suivi des animaux domestiques, pour la « suivre » ou probablement lui faire croire qu’on pourrait la suivre à distance. Comme l’explique l’article, l’étiquette RFID implantée ne permet en aucun cas de suivre qui que soit à distance. L’article ne précise pas non plus si c’est un cas isolé ou un cas fréquent. Par delà l’indicible horreur de ce marquage inhumain (dans les deux sens de terme), est-ce que cela veut dire que la technologie est mauvaise ? L’article ne le dit pas bien sûr, mais l’association dans le titre le sous-entend.

La technologie n’est ni bonne ni mauvaise

La technologie n’est ni bonne ni mauvaise

Rappelons qu’une même plume trempée dans l’encre permet de signer la déclaration des droits de l’homme et du citoyen ou la construction de Dachau, d’écrire les Fleurs du Mal ou Mein Kampf. Le web permet à des milliards de personnes de s’instruire, d’accéder au savoir à l’éducation, mais aussi à des sites de radicalisation d’extrêmes de tout bord, un même mobile va filmer des événements heureux et des exécutions d’otages. Les explosifs permettent la création des routes, des tunnels et bien sûr ils sont utilisés dans les armes de guerre. A haute dose, de nombreux médicaments peuvent tuer et le même couteau qui nous sert chaque jour à nous nourrir peut être létal. Le nucléaire nous a apporté une énergie abondante et propre pour l’atmosphère mais aussi Hiroshima et nous pourrions multiplier les exemples et les appliquer à peu près à tout. Les technologies, les innovations comme un simple crayon(*) ne sont pas responsables de l’usage qui est en fait.

Tout comme les requins, qui font la une des journaux télévisés à chaque morsure et qui ont cette image de tueur #1 de l’homme alors qu’ils ne sont que 15ème sur la liste des animaux les plus dangereux pour l’homme, la RFID est souvent présentée comme une technologie négative alors qu’elle est à la base d’un nombre incroyable d’innovations que nous utilisons chaque jour dans le commerce, le transport, les accès à notre bureau ou à l’hôtel. On la retrouve dans les jeux, dans la musique … sans compter qu’elle est la technologie de base de l’internet des objets, et de loin. Elle permet de s’assurer de la qualité d’une poche de sang ou l’authenticité d’un médicament. Et oui, elle peut également être utilisé aussi bien pour suivre des personnes, de façon bénéfique dans le cas de victimes de la maladie d’Alzheimer, que de façon dramatique, comme dans l’article cité.

Tous ces point positifs ne sont bien sûr pas rappelés, il ne reste qu’un titre, pour faire le buzz et qui est tout ce que se souviendra la plupart des lecteurs.

Et la morale de l’info, comme dirait Raphaël Enthoven dans son excellente chronique matinale sur Europe 1 ?

La technologie n’est ni bonne ni mauvaise, elle est ce que les hommes en font.

A suivre.

@PierreMetivier

(*) Même si il n’est pas perçu comme cela, le crayon a été une formidable innovation, comme la plume d’ailleurs. 

Note

Rappelons également que, derrière la perception très négative du public de la présence dans un corps humain d’un puce électronique, le nombre des personnes vivant grâce à des simulateurs cardiaques implantés dans leur corps se compte désormais en millions (1 million en 2009 dixit Wikipedia)  Et qu’en parallèle des biohackers testent la technologie RFID en se l’injectant volontairement dans le corps, afin d’en comprendre les conséquences de l’avènement de l’homme augmenté, cher à Ray Kurzweil mais ceci est une autre histoire.

Pour aller plus loin.

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A propos Pierre Metivier

Responsable pendant 25 ans du développement de produits et services dans plusieurs entreprises d’informatique, de logiciels et de l’Internet (notamment Commodore, Apricot, Borland Intl, CompuServe, AOL) dont cinq ans passés aux Etats-Unis. Spécialiste des services mobiles et objets connectés, il a été délégué général du Forum SMSC et est l’auteur de l’ouvrage de référence « Le mobile NFC, télé-commande de notre quotidien » (2015) ainsi que du Blog « Avec et sans contact ». Il est aujourd’hui expert et enseignant / formateur en gestion des innovations numériques à forte valeur ajoutée utilisateurs à l'EISCI (Mardis de l'Innovation, Club de Paris des Directeurs de l'Innovation).

2 réflexions au sujet de « La technologie n’est ni bonne ni mauvaise, elle est ce que les hommes en font »

  1. Denis

    Sur le fond, « La technologie n’est ni bonne ni mauvaise, elle est ce que les Hommes en font. » est un poncif idiot car il masque le fait que « les Hommes » qui peuvent décider de ce qui sera fait d’une technologie sont souvent ni vous, ni moi, ni l’utilisateur de la dite technologie, ni l’acheteur.

    La technologie est un *multiplicateur de force* pour *celui qui la contrôle*.

    Si chacun peut s’approprier une technologie, alors oui, son usage sera « ce que les Hommes en font », mais combien des technologies qu’on voit apparaitre de nos jours son *spécifiquement conçues* pour soustraire à l’acheteur et/ou à l’utilisateur toute possibilité de contrôle ?
    DRM, Cloud, « walled garden » en tout genre, ERP tentaculaires, plateforme de « réseautage social » fermées, ces dictatures technologiques, parfois bienveillantes, restent des dictatures, car seule une infime minorité des Hommes, jamais représentative, pourra décider d’utiliser ces technologies pour faire le bien ou pas.

    Dans le cas présent, la technologie des puces implantables est largement répandue, les lecteurs sont faciles à trouver, à des prix accessibles, les protocoles sont connues, il existe même des cloneurs/émulateurs.
    Grâce à la traçabilité de ces puces, il est aussi possible à la police de remonter la filière d’approvisionnement des ces trafiquants et ajouter à la longue liste d’indices qui permettent de mettre ces ordures derrière des barreaux.

    Certaines technologies sont neutres, mais ne propageons pas le mythe qu’elles le sont intrinsèquement toutes.

    Répondre
  2. Pierre Metivier Auteur de l’article

    Denis,

    Merci pour cette longue réponse, même si, vous vous en doutez, ma vision du sujet diffère de la votre.

    Tout en étant conscient des utilisations néfastes de certaines technologies, je suis plus optimiste que vous l’êtes sur leurs utilisations dans un contexte positif y compris celles que vous citez.

    Même si mon propos ne se limitait pas aux technologies dites numériques, l’open que vous défendez (j’imagine en lisant vos commentaires sur les DRM, les walled garden et autres réseaux sociaux fermés mais corrigez moi si je me trompe) ne résout pas non plus tous ces problèmes, il suffit de voir certaines utilisations bien « sombres » des bitcoins.

    Enfin, sur votre point d’utiliser les informations de la puce pour remonter au proxénète, le simple témoignage de la victime suffira amplement 😉

    Merci encore d’avoir pris le temps pour l’échange.

    Pierre

    Répondre

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