Archives mensuelles : septembre 2016

C’est l’histoire d’un make ou plus exactement un test de Keyduino, un kit Arduino et NFC

Keyduino un kit Arduino et NFC

Keyduino un kit Arduino et NFC

Pardonnez ce titre facile mais en préparant ce billet à propos de Keyduino, il nous est revenu le fait qu’à l’époque de Coluche, nous pouvions déjà acheter et monter des kits électroniques, lire des magazines comme Elektor (en anglais dès 1975) décrivant des montages avec tous les composants nécessaires pour monter des projets « proches » de ceux qu’on retrouve dans le monde des makers. Les voisins de mon adolescence ont probablement oublié mes « émissions FM » pirates qui ont parasité quelque temps l’immeuble où nous habitions, et les copains, les parties de tennis type Pong, très sommaires, sur l’écran de la télé, les raquettes se déplaçant de haut en bas à l’aide de potentiomètres.

Ce retour cyclique de nombres de technologies n’est pas rare dans le domaine des données, du client-server, des automatismes, des forums, de la domotique, de la robotique, de l’électronique et de l’informatique en général, souvent, sous de nouveaux noms. Bien sûr, beaucoup de choses ont évolué. Nous y reviendrons globalement et probablement dans un article prochain. En attendant, revenons-en à nos moutons (électriques) #ofcourse.

Keyduino - Lecture de tag NFC

Keyduino – Lecture de tag NFC

Dans le cas du sujet de ce post, le make, le DIY, « bricolage électronique », le prototypage, se développent grâce à la disponibilité d’une connectivité omni-présente, de processeurs de type Arduino ou RaspberryPi, puissants et économiques, équipés de kits de développement matériel et logiciel, d’une multiplicité de capteurs bon marché et, c’est important, du partage des expériences permis par Internet et le monde de l’open source.

Dans ce cadre-là, nous avons donc testé un kit Keyduino, une plateforme de développement Arduino très orienté RFID HF et NFC, l’occasion de mettre les mains dans le e-cambouis.

Keyduino a été conçu par une équipe d’élèves-ingénieurs / ingénieurs dans la région de Lille avec le support du CITC-EuraRFID à Lille. Son financement a été assuré sur Kickstarter et vous pouvez donc revoir la genèse de ce beau projet.

La documentation « Keyduino for dummies » est très claire que ce soit dans son introduction à la technologie sans contact RFID HF y compris bien sûr NFC, l’installation du kit, matériel et logiciel, que dans son utilisation comme la programmation d’applications de type lectures / écriture de tag et aussi peer-to-peer. Petit clin d’oeil des concepteurs, la documentation est accessible à partir du tag livré avec le kit.

Le Keyduino est donc un kit Arduino sur lequel a été intégré un « lecteur » d’étiquettes sans contact HF et NFC. L’installation est simple. Il faut d’abord télécharger et installer le kit de développement Arduino , ensuite faire de même avec la bibliothèque Keyduino sur un Github spécifique. Un simple copier/coller permet d’installer la bibliothèque Keyduino dans l’arborescence Arduino.

Keyduino - Vérification du port

Keyduino – Vérification du port

Il faut ensuite connecter notre Keyduino à notre ordinateur (Windows, Mac ou Linux) sur un port USB. Une LED s’allume sur le Keyduino et nous sommes donc prêts à expérimenter grâce aux sketchs (programme Arduino) exemples après une petite vérification du port utilisé et du baud rate.

Keyduino - Lecture contenu tag NFC

Keyduino – Lecture contenu tag NFC

Un premier sketch à charger sur l’ordinateur puis à transférer sur le board, permet la lecture de l’iD d’une étiquette NFC et il fonctionne sans problème. Nous avons testé d’autres sketchs comme la lecture du contenu de tags ou l’écriture en format NDEF des mêmes tags. Un grand nombre de programmes sont disponibles et les plus compétents et les plus aventureux pourront développer leurs propres applications, ce que nous n’avons pas fait. On peut ajouter et utiliser une antenne déportée, ainsi qu’alimenter le Keyduino par une source d’énergie extérieure. On peut égaler tester le mode peer-to-peer grâce à une application Android fournie.

La documentation plus technique est très complète et pour toute personne souhaitant prototyper une application sans contact, y compris avec mobile, voire simplement découvrir le monde Arduino, c’est un kit parfait.

Architecture globale du Keyduino

Architecture globale du Keyduino

Vous pouvez vous procurer le kit sur le site Elecrow et Bonus exclusif : si vous souhaitez rencontrer l’équipe Keyduino, ils seront aux Assises de l’ADCET, à Lyon, les 10 et 11 Octobre.

Et si vous cherchez des idées d’applications utilisant le NFC, le site Instructables est une source sans fin d’inspiration.  Plus de 110 projets NFC y sont décrits. Et bien sûr, n’hésitez pas à partager vos propres projets dans les commentaires de ce post.

A suivre.

@PierreMetivier

PS. Merci à Pierre, Raymond, Romain, Alice et toute l’équipe fort sympathique du CITC-EuraRFID pour leur support.

Pour aller plus loin

Il existe d’autres kits de développement NFC chez les grands industriels du NFC comme ceux de ST MicroElectronics ou NXP, plus complet et corollairement plus complexe. Si vous pensez utiliser un de ses kits, pensez à vérifier la disponibilité des drivers sur votre ordinateur. Le Mac par exemple, n’est pas toujours supporté. #vécu

Smart Planes – les avions vont (enfin) devenir intelligents !

Smart Planes - les avions vont (enfin) devenir intelligents !

Smart Planes – les avions vont (enfin) devenir intelligents !

Le titre de ce billet implique qu’ils ne l’étaient pas. Cette affirmation semble étrange. Les avions, condensés d’innovations industrielles et numériques, ne seraient pas si smart que cela ? Avant d’expliquer cette contradiction, commençons par l’origine de cette histoire.

La 20ème édition du World Satellite Business Week se déroule cette semaine à Paris. Organisé par la société française EuroConsult, c’est probablement la conférence la plus importante de l’industrie de l’espace et l’une des conférences les moins connues et les plus importantes de l’industrie en général. C’est dans les salons feutrés d’un hôtel proche de la Place Vendôme que les contrats de l’industrie aérospatiale se signent. Rappelons que les satellites sont centraux à notre vie de tous les jours, que ce soit pour la téléphonie, la télévision, le système GPS, l’agriculture, la météo, l’écologie, l’énergie, la cartographie, le suivi des objets connectés sans oublier bien sûr les applications militaires et possiblement bientôt l’accès internet à des vitesses équivalentes à la fibre.

Space X

Space X

Pour montrer l’importance de cette conférence, toutes les sociétés de l’industrie (lanceurs, fabricants et opérateurs de satellites) sont présentes – Arianespace, SES, SpaceX, Eutelsat, Intelsat, Viasat, O3B Network, Virgin Galactic, Boeing, Lockheed Martin, Thalès et bien d’autres. Leurs présidents et plus hauts-dirigeants interviennent dans les tables rondes. Un seul exemple – Gwynne Shotwell, la présidente de SpaceX, le projet spacial d’Elon Musk, dont le projet a pourtant reçu un coup d’arrêt suite à l’explosion au sol du lanceur la semaine dernière, était également bien présente dans son panel. Et le hasard faisant bien les choses, c’est pendant cette conférence que Jeff Bezos, Amazon, a annoncé à distance, son projet New Glenn, un nouveau lanceur concurrent de SpaceX.

En parlant des GAFA, il sont bien présents également à l’esprit des participants. Non seulement les projets Space X d’Elon Musk ou New Glenn d’Amazon mais aussi Facebook (dont le projet d’apporter de l’internet par satellite en Afrique sera retardé par l’explosion de SpaceX ET de son satellite) ou OneWeb, un projet (parmi bien d’autres) de constellation satellitaire (des centaines de petits satellites remplaçant les gros satellites actuels). L’expression Uberisation de l’espace a été entendue dans les travées de la conférence.

Moteur à propulsion ionique de Thrustme

Moteur à propulsion ionique de Thrustme

A côté des mastodontes internationaux, dont beaucoup sont européens, et des GAFAs, il y a également des startups dans l’espace. Par exemple, la startup française ThrustMe développe un moteur à propulsion ionique pour satellite,  basé sur une technologie développé conjointement par des équipes du CNRS et l’Ecole Polytechnique ou Space Belt  un projet de créer un super cloud dans l’espace.

Cette année, en plus des sujets comme le financement des satellites (une quarantaine de banques d’affaires dans le domaine et des budgets de plusieurs centaines de millions d’euros) ou la marché de l’observation, une journée a été consacrée aux Smart Planes, et c’est à cette occasion que Thalès et l’opérateur de satellites SES (Société Européenne de Satellites), basé au Luxembourg, ont annoncé l’arrivée mi-2017 sur les vols américains, de la connectivité pour les avions, à travers donc une solution satellitaire.

Cette annonce a deux conséquences :

  • La première, à court terme, concerne les passagers. Cette disponibilité va permettre d’équiper potentiellement tous les avions en wifi de qualité dans les 3 à 5 ans. Il existe déjà des solutions plus chères et moins performantes. L’annonce SES / Thalès va fortement impacter ce marché.
  • La seconde est peut-être plus importante dans le moyen terme. Les disparitions dramatiques d’avions comme le vol Air France Rio-Paris ou le LH370 de Malaysian Airlines plus récemment ont montré que les avions ne sont pas connectés de bout en bout. Dans le cas de traversées océaniques, ils sont suivis par des radars au large des côtes mais une fois qu’ils disparaissent des radars, ils sont « déconnectés » jusqu’aux radars de la côte suivante (*). Seules, les fameuses boites noires enregistrent les informations du vol et les échanges entre pilotes. Cette nouvelle technologie va permettre l’envoi en temps réel de toutes les données de l’avion pendant toute la durée du vol. Exit les boites noires et leurs recherches par 6000 m de fond. Cette solution prendra plus de temps à implémenter que le wifi passager car il est clair que les échanges doivent êtres normalisés et sécurisés, et recueillir l’accord des autorités du transport aérien.

Le fait de simplement ajouter de la connectivité à un objet ne le rend pas intelligent – cela se saurait, et cela s’applique bien sûr à un avion, d’autant plus si c’est pour simplement permettre aux passagers d’attraper des Pokemon en vol #punintended. Ceci dit, la connectivité on-board aura clairement un impact réel sur tous les vols commerciaux à venir, que ce soit pour le confort des passagers que pour leur sécurité. Ils restent également à définir les applications nouvelles que pourraient permettre cette connectivité. SES a quelques idées proposées sur ce graphe, extrait du Livre blanc de SES – Connecter l’espace aérien.

On-board Connectivité (c) SES

On-board Connectivité (c) SES

mais les acteurs présents à la table ronde sur le sujet sont restés vagues. Comme l’a déclaré Dave Davis, Global Eagle Entertainment : « Airlines are still wondering what to do with all that on-board connectivity. »

A suivre … à Mach 0,8 et 30 000 pieds.

@PierreMetivier

(*) Certaines des pièces de l’avion resteraient connectées, mais nous sortons de notre domaine de compétences. NDLR

Coup de gueule – Il est possible voire probable que les avions de ligne seront connectés en Wifi plus rapidement que les transports en commun terrestres franciliens (et plus globalement français) type métro ou train malgré la complexité technologique sans commune mesure et les annonces des politiques locaux de tout bord. #ohwell A (re)lire Et si les trains de banlieue étaient connectés Wifi ? Janvier 2013

Pour aller plus loin

2016 World Satellite Business Week

2016 World Satellite Business Week

Apple Pay, premier retour d’expériences

Apple Pay - retour d'expérience

Apple Pay – retour d’expérience

Le 18 Juillet 2016, Apple Pay, la solution de paiement mobile de proximité d’Apple, à base de technologie NFC, a été lancé en France. Nous avions longuement décrit les tenants et aboutissants de cette annonce dans un premier article – Lancement d’Apple Pay en France, simple annonce ou date clé pour le paiement mobile sans contact.

Pendant la période estivale, nous avons testé le système de paiement sans contact d’Apple dans des conditions réelles d’utilisation – mobile et carte de paiement personnels, une carte Carrefour Pass dématérialisée dans Apple Pay. Il nous a semblé intéressant de suivre donc le premier article et comparer brièvement l’expérience Apple Pay par rapport aux autres moyens de paiement mobiles de proximité sans contact que nous avions déjà utilisés (Kix de BNP Paribas, M-Cartes du Crédit Mutuel et Orange Cash), et bien sûr les cartes sans contact. Merci de noter que ce test n’a rien de méthodique, ne suit pas de méthodologie ou de volonté d’exhaustivité. Il est le reflet d’une expérience utilisateur (1)

Apple Pay - automate café

Apple Pay – automate café

  • Tout d’abord, Apple Pay fonctionne sans aucun accroc, que ce soit sur des terminaux de paiement électronique (TPE) des grandes surfaces, dans un commerce de proximité, ou avec des automates pour un café dans une station service d’autoroute, ce qui est normal pour un système de paiement 😉 Apple Pay est un service de paiement sans contact NFC et fonctionne sur tous les TPE acceptant le paiement sans contact NFC. Cela va sans dire mais comme tout nouveau système y compris de paiement, il peut y avoir période de rodage. Pas d’échecs ou de surprises dans le cadre de notre utilisation. Et c’était aussi le cas pour les autres solutions de paiement mobile sans contact commercialisées (2).
  • Ensuite, sur l’acte de paiement lui-même :
    • Avec une carte sans contact, pour moins de 20 €, on la pose sur le TPE et le paiement s’effectue. D’une main. Sans autre manipulation. Simple et rapide.
    • Avec un appareil type Samsung Galaxy S4 (ou un Microsoft Lumia) et Kix par exemple, toujours pour moins de 20 €, on pose l’appareil allumé sur le TPE et le paiement s’effectue. Toujours d’une main. Sans autre manipulation. Egalement simple et rapide.
    • C’est un peu différent avec Apple Pay. Grâce à la sécurité apportée par le capteur d’identité par empreinte digitale, Apple Pay, dans sa version Carrefour Pass (1) permet de régler des factures en sans contact sans la limite des 20 € actuellement en cours sur les cartes et autres solutions mobiles sans contact et c’est un vrai plus. Ceci dit, pour tous les paiements, il faut confirmer avec son doigt sur ce fameux capteur biométrique. Pour un droitier (juste un exemple), la plupart du temps, on manipule l’appareil de la main gauche et on « biométrise » avec l’index de la main droite. Et donc un paiement Apple Pay nécessite une opération physique supplémentaire (la confirmation du paiement par le doigt) avec l’utilisation des deux mains. On peut essayer d’enregistrer son pouce de la main droite et confirmer avec ce pouce tout en tenant le mobile de la même main, mais dans ce cas, le mobile est en équilibre précaire dans la main. #experiencevécue Nous n’avons pas trouvé de solutions simples à ce problème. Et donc avantage ici aux solutions sans biométrie – cartes et solutions mobile sans contact « classiques » , pour moins de 20 €.
Apple Pay - automate café

Apple Pay – paiement d’un café sur automate.

  • Enfin, nous avions vu que la procédure d’installation et de création du compte est clairement en faveur d’Apple Pay (décrit dans le billet précédent) en terme de simplicité et de rapidité.

Quelques conclusions partielles tirées de ces expériences cartes et mobiles sans contact.

La solution paiement carte reste clairement la plus facile à utiliser, d’une main. Sa forme est standard, l’antenne couvre toute la carte et se pose facilement sur l’écran du TPE ou sur le côté suivant le TPE.

C’est un peu plus complexe via mobile.

  • La position de l’antenne NFC n’est pas la même sur tous les mobiles. En haut du mobile pour l’iPhone, Sur la batterie et donc dans la partie basse du dos du Samsung Galaxy S4 par exemple. Et bien sûr, cette position n’est pas indiquée sur les mobiles.
  • Les mobiles sont plus grands que les cartes. C’est une évidence mais un certain nombre de TPE équipés de systèmes cachant l’accès au pad permettant de saisir le code, ne facilitent pas le paiement sans contact par mobile.
  • Et rajoutons pour l’iPhone, cette manipulation à deux mains ajoutant une étape au process paiement.

Il n’est pas possible d’établir une corrélation directe entre ces difficultés inhérentes à l’utilisation du mobile pour expliquer son engouement limité pour le paiement sans contact alors que l’utilisation de la carte sans contact se développe partout dans le monde y compris en France. Les chiffres publiés chaque mois par le Groupement CB sont très clairs. Il y a bien d’autres raisons sur lesquelles nous nous sommes déjà exprimées (voir les liens en bas de ce billet). Néanmoins, ce sont clairement des freins à une adoption massive, freins que devront lever les industriels impliqués dans le paiement mobile sans contact.

La solution mobile a le potentiel d’apporter de vrais avantages aux consommateurs (grâce à toute la technologie embarquée sur le mobile – écran, intelligence, UI, connectivité, sécurité … ) à commencer par des applications multi-services intégrant paiement, informations consommateurs, fidélité, promotions, suivi des dépenses,  … accessibles en sans contact directement dans le magasin (les étiquettes électroniques de gondole intègrent de plus en plus le NFC), mais à ce jour, ces applications n’existent toujours pas (hors en partie Orange Cash et ses promotions – voir billet précédent). Et l’arrivée d’Apple Pay ne change rien. Pour le consommateur, il n’y a donc toujours que peu d’avantages à utiliser son mobile pour payer plutôt que sa carte.

Ceci dit, pour finir sur une note plus optimiste, le paiement mobile sans contact permet de plus en plus de se déplacer en vacances (ou pas) uniquement avec son mobile sans son portefeuille ou sa carte de paiement et de pouvoir payer si besoin. Et qui sait si, un jour, nous n’aurons pas cette application multi-service qui permettra (enfin) de dépasser l’étape carte. A suivre

Bonne rentrée à tous, avec et sans contact.

@PierreMetivier

Notes

  1. Note sur le test – Nous n’avons testé que la solution Carrefour Banque sur Apple Pay sur différents TPEs. Les solutions BPCE et EdenRed peuvent avoir des caractéristiques différentes.
  2. Pour être parfaitement transparent, depuis 5 ou 6 ans que je travaille sur ces sujets cartes et mobiles sans contact, j’ai bien sûr eu l’occasion d’expérimenter des échecs de transactions, sur des solutions en cours de test, sur des combinaisons – mobile, OS, SIM, TPE – générant des problèmes, dans le transport ou sur des automates anciennes générations. Mais aucun problème IRL, dans la vraie vie, avec des solutions commerciales, ce qui ne veut pas dire que cela ne peut jamais arriver.

Pour aller plus loin.