« Le Japon, pays d’innovation », colloque organisé par l’Avrist et le Centre Jean Pépin

Japon, pays d'innovation

Japon, pays d’innovation

Dans le cadre de l’Année France-Japon de l’Innovation, ce 19 Octobre, s’est déroulé à l’Ecole Normale Supérieure, un colloque « Le Japon, pays d’innovation », colloque organisé par l’Avrist et le Centre Jean Pépin, avec l’aide et le soutien de l’Ambassade du Japon en France, et de l’Agence Japan Science and Technology (JST) et une intervention de Marc Giget du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation.

Comme le précisez le programme « Nous sommes tous confrontés à des évolutions drastiques. L’innovation est essentielle pour y faire face. Le Japon fait preuve de créativité pour relever des défis tels que la gestion des ressources énergétiques, la baisse du taux de natalité, le vieillissement des populations, l’ajustement du modèle de croissance économique. Il conserve une importante base de recherche et demeure une économie puissante et innovante. Il développe de nombreuses coopérations en Europe et dans le monde. Le Japon possède ainsi les atouts nécessaires pour devenir – ou redevenir – une source d’inspiration pour industriels, universités et écoles, centres de recherche, pôles de compétitivité et investisseurs européens.

Ce colloque abordera d’abord les défis auxquels le Japon fait face et les stratégies mises en place pour les relever. Puis trois tables rondes successives traiteront par grands domaines de secteurs d’excellence du Japon. Enfin un débat de conclusion avec la salle explorera de nouvelles pistes de coopération entre le Japon et la France, et plus généralement l’Europe. »

Après des introductions de Pierre Caye, Centre Jean Pépin, Catherine Brechiniac, ancienne présidente de CNRS « L’innovation doit être en phase avec la société. », Jean-Claude Arditti, Avrist et maître de cérémonie, et Mr. Kawamura, ministre délégué à l’Ambrassade du Japon, la première session a été consacrée aux Défis du Japon : concurrence et avance industrielle, relations avec la Chine en matière d’économie et de géopolitique, statut professionnel des femmes, quelles innovations dans une société vieillissante et dont la population décroît ? Ces défis sont aussi des incitations au changement de l’organisation sociale et industrielle et à une recherche dont pourraient bénéficier d’autres pays:

Le point de vue d’un économiste sur le Japon. Robert Boyer, Directeur de recherches, Institut des Amériques, CNRS

  • De nombreux aspects positifs au Japon moderne
  • La prise de conscience de l’écologie à long terme a été précoce pour des raisons liées à l’absence de ressources naturelles. Cette absence pousse à l’innovation.
  • Permanence des dépenses publiques permise par une une politique à long-terme.
  • L’innovation ne suffit pas pour la croissance, pas de corrélation 1 à 1.
  • Les deux priorités des gouvernements japonais – éducation et science. Si on mesure la prospérité, le Japon devance les US. La santé, l’éducation et la culture sont les vecteurs d’un nouveau mode développement anthropogénétique.

Pour Robert Boyer, l’inégalité homme / femme dans le Japon contemporain est un frein démographique et de talents (et l’on verra avec Marc Giget que cette notion est de moins en moins actuelle). Efficacité relative des politiques d’innovation actuelles (la Corée et la Chine sont passées devant). La société japonaise n’est pas orientée startup.

Les questions que doit se poser le Japon.

  • Accompagnement social des innovations technologiques ou innovations sociales ?
  • Quelle géopolitique pour le Japon, vers une Communauté Asiatique sur le modèle de la CE ?
  • Une prospérité sans croissance est-elle possible ?
  • Comment assurer la transition d’un modèle industrialiste à une société de bien-être ?

Mr. Shiro Takegami, Directeur du programme inter-ministériel SIP (Strategic Innovation Promotion Program), Secrétariat général du gouvernement japonais.

Plusieurs programmes comme le NEST2050 – National Energy and Environment Strategy for Technologica Innovation towards 2015.
Sous le terme – Japan Revitalization Strategy, le gouvernement japonais pousse la science, la technologie et l’innovation. Le problème #1 du Japon est la baisse des naissances, démographie en berne. Les allemands ont inventé le concept d’industrie 4.0, les japonais ont le concept de société 5.0. Le conseil STI – Science Technologie, Innovation, dépend du 1er ministre japonais, il est composé de représentants de la recherche, de l’université et des industriels comme Mitsubishi, Sumitomo, Toyota. Plus de détails sur http://www8.cao.go.jp/cstp/english/

Prof. Teruo Kishi, Conseiller pour la science et la technologie du Ministre des affaires étrangères du Japon. Le professeur Kishi est très francophile à défaut de parler français, est diplomé de Polytechnique et des Mines. Le Japon est adepte des Sustainable Developement Goals.

Stratégies d’Etat : Stimulation de l’innovation au Japon. Diplomatie scientifique du Japon : ses domaines thématiques et ses aires géographiques privilégiées.

Jacques Maleval, Conseiller pour la science et la technologie, Ambassade de France au Japon nous rappelle que le 1er ministre japonais souhaite que son pays devienne leader en sciences et technologies en 2020, grâce à une association de programmes privés et publics. Mise en place d’une filière spécifique pour la recherche médicale et de la santé – AMED

Présentation générale du programme SIP par Mr. Shiro Takegami, Directeur SIP, sous-projet “Structural Materials for Innovation (SM4I)” et Mr. Masahiro Takemura, SIP Director, Département de l’Innovation, Japan Science and Technology Agency (JST).

Société 5.0

Société 5.0

Programme Impact – Impulsing Paradigm Change through Disruptive Technologies. Les 11 programmes principaux de R&D du SIP japonais. Le développement de l’industrie aéronautique a été réduit pour des raisons historiques, interdiction pour le Japon de construire des avions après la deuxième guerre mondiale. Le Japon se focalise sur la création de nouveaux matériaux pour l’aéronautique.

Stratégie du CNRS au Japon – Le CNRS est le 1er « fournisseur » de publications scientifiques au monde nous dit Arnaud Lalo (Source Nature). Pour plus de détail, le CNRS au Japon, un PDF de 2016.

Domaines d’excellence, réalisations pratiques et résultats

Energie, environnement, transition énergétique, animée par Yukiko Fukasaku, consultante à Innovmonde, Paris.

Yveline Lecler, Professeure émérite Sciences-Po Lyon nous parle d’énergie au Japon. Introduction à la Smart Community du METI (Ministère Economy Trade et Industry). Le rapport de l’Ademe sur l’expérience smart community au Japon est disponible.

Christophe Debouit, NEDO, New Energy and Industrial Technology Development Organization. En France, NEDO coopère avec l’Adème, BPI France et Lyon Smart Community. La Lyon smart community regroute 30 partenaires dont NEDO. C’est à la fois un partenariat public / privé et Japon / France. Projet Européen – smarter togther autour des énergies renouvelables. Le site de Toshiba consacré au Lyon Smart Community.

Natacha Aveline, Directrice de Recherche, CNRS sur les transports ferroviaires japonais « land value capture » Explainer: what is ‘value capture’ and what does it mean for cities? Construction d’un écosystème business au services des citoyens autour des gares. Le développement d’une ligne entraine le développement de services pour les citoyens par l’opérateur de transport. Les opérateurs ferroviaires au Japon proposent de nombreux services variés comme des places en crèche ou des services funéraires. Le modèle « land value capture » est copié partout dans le monde, mais est remis en question au Japon.

Marc Giget, Club de Paris

Marc Giget, Club de Paris

Conférence invitée : Marc Giget, directeur scientifique du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation.
 » On n’a une partie de soi qui devient japonais quand on connait le Japon. »  nous dit Marc Giget

Ce qu’il a le plus apprécié des entreprises japonaises :

  • Qualité technique et excellence
  • Un marketing et un sens du client au plus haut niveau mondial
  • Une culture de l’harmonie
  • Une grande ouverture à l’expertise extérieure
  • Une très grande qualité d’écoute et d’échanges
  • Un grand respect et une politesse à toute épreuve
  • Une approche philosophique de l’entreprise
  • Une profondeur humaine attachante

Se battre contre les idées reçues – Le pourcentage de femmes au travail au Japon sera plus important qu’aux US en 2016. Source OCDE. Le management japonais de l’innovation a été la référence mondiale dans les années 70-90 – nombre de brevets, % du PIB en R&D. Recul dans les années 90-2010, De nombreuses raisons : une démographie en berne « Comment faire de la croissance quand la population décroit ? », crise de de la dette, montée de la concurrence chinoise et coréenne, les catastrophes naturelles et le fait que la création de startups n’est pas dans la culture japonaise.

Panasonic et Tesla

Panasonic et Tesla

Retour d’un leadership japonais. 40 des 100 entreprises les plus innovantes du classement Thomson Reuters sont japonaises. Exemple de Softbank (27% d’AliBaba, ARM, Aldebaran), Softbank Vision Fund – 100 Md $. Elon Musk, Tesla est dépendant des entreprises japonaises. Ex. Panasonic Lion-Lithium Giga Factory. Generation Pokemon, Pikachu plus connu chez les jeunes américains que Mickey. Le Japon, le pays le plus « vieux » du monde est la référence de la culture de la jeunesse mondiale.

Plus de points communs entre le Japon et la France qu’il n’y parait.

On enchaine avec Santé, neuro-sciences, vieillissement, animée par Roberte Manigat, Médecin de santé publique.

Denis Le Bihan, Directeur de Neurospin, CEA et professeur à Kyoto. On parle neurosciences La neuroimagerie permet de savoir ce qui se passe dans le cerveau sans l’ouvrir. « Un grain de riz a deux fois plus de gènes que nous ! Il faut rester modeste. » « Comprendre le cerveau humain, le reprogrammer dans le cas où des fonctions ont disparu. » Les nouveaux outils de MRI pour le cerveau sont du même niveau que le Large Hadron Collider ou les radiotéléscopes géants. Les nouvelles imageries sont des outils indispensables dans la lutte contre le cancer, la cirrose, les ACV, Alzheimer …

Hovagim Bakardjian, Institut du Cerveau/Moelle épinière, Paris nous parle de plusieurs projets en coopération avec le Japon – Interface cerveau-ordinateur, hyperscanning et thérapie par la musique. Ses recherche actuelles concernent la maladie d’Alzheimer.

Rachel Sherrard, Professeure à l’Université Pierre et Marie Curie sur santé, neurosciences et vieillisement. Article – Développement, Réparation et vieillissement cérébral. Le Japon est une « blue zone », une région où réside un pourcentage important de centenaires.

Enfin, Katsuhiko Mikoshiba, Laboratoire de neurobiologie du développement, Institut de la Science du Cerveau, RIKEN insiste sur l’importance des échanges d’étudiants et des chercheurs entre Japon et France.

Softbank

Softbank

Next Organisation industrielle et numérisation, Usine du futur, Matériaux, Robotique, Technologies de l’information et de la communication, objets connectés, Espace, animée par Elisabeth Frémaux, Ingénieur robotique et coach.

Hadrien Szigeti, Développement stratégique à Dassault Systèmes sur l’Usine du futur, parle de l’alliance pour l’industrie du futur.

  • Le Deep learning, lancé il y a 3 ans, sur un algorithme dont on ne sait pas comment il fonctionne.
  • Aux US, des dizaines de startups se sont lancées pour exploiter commercialement le deep learning.
  • En France, plusieurs centres de recherche essaient de comprendre comment fonctionne l’algorithme.

Etienne Gheeraert, Université de Grenoble nous parle des matériaux post silicium : Carbure de silicium, nitrure de gallium, or. Les japonais sont en pointe sur ces sujets de recherche. Toujours pour les japonais, la recherche doit être utile à la société. Les 3 phases de l’innovation selon Etienne Gheeraert – enthousiasme (recherche fondamentale), vallée de la mort (application) et industrialisation. Il nous explique comment le CEA a abandonné le carbure de silicium. France et Japon en pointe sur le développement de composants électroniques en diamant.

Guilhem Penent, ‎Consultant politiques spatiales, ‎Ministère des Affaires étrangères et du Développement international nous parle du spatial.

Pour Edouard Geoffrois, responsable de programme à l’ANR, les professeurs et les chercheurs sont très bien perçus dans la société japonaise. Le gouvernement s’implique pour faire coopérer les compétences académiques, industrielle et scientifiques. Valorisation des savoirs et des techniques.

Exposés : présentations thématiques du programme gouvernemental SIP.

Présentation en détails de 3 des 11 projets principaux de SIP :

  • Véhicules sans conducteurs par Mr. Shiro Takegami, Directeur SIP,
  • Augmenter la résilience sociale aux désastres naturels, Dr. Kenichiro Tsuda, chercheur Senior, SIP
  • Maintenance des infrastructures et rénovation par le Dr.Takayuki Ishizuka, chercheur associé, SIP

Table ronde de conclusion animée par Pierrick Fillon, Asia desk officer à la Commission européenne.

Standardisation et propriété intellectuelle, sujets proposés pour la prochaine édition de cette conférence par Pierrick Fillon, Asia desk officer à la Commission européenne.

Jean-François Sabouret, Directeur de recherches émérite CNRS. L’innovation est pour vocation d’intégrer la technique. Le sens de la durée longue est lié à l’incertitude du futur ressenti par les japonais.

Pierre Caye, Directeur de recherches CNRS, directeur du Centre Jean Pépin pose les questions – Quelles relations mutuellement bénéfiques sont à développer entre le Japon et la France ou l’Europe ? Quels sont les intérêts communs, les défis et opportunités en période de croissance économique lente ?

Robert Boyer et le Prof. Teruo Kishi

Robert Boyer et le Prof. Teruo Kishi

Le Prof. Teruo Kishi conclut en nous disant qu’il ne souvient plus du sujet de la conférence mais qu’il a passé une bonne journée. (Humour ou traduction ? NDLR.) Pour lui, la France et le Japon ont intérêt à s’allier, en pensant aux Etats-Unis et à la Chine. Il est favorable à une coopération plus forte en recherche fondamentale et recherche appliquée France / Japon.

Un conférence très intéressante où l’on a pu voir que les deux pays travaillaient déjà sur des projets actifs de coopération (CNRS ou Nedo par exemple), en France et au Japon et qu’il existe un intérêt fort des représentants des deux pays à développer cette coopération, à travers leurs points communs, et leur positionnement géo-politique (le Japon en concurrence avec la Chine et la Corée du Sud, et la France concurrencée par les Etats-Unis et par ses voisins européens).

A suivre

@pierremetivier

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A propos Pierre Metivier

Responsable pendant 25 ans du développement de produits et services dans plusieurs entreprises d’informatique, de logiciels et de l’Internet (notamment Commodore, Apricot, Borland Intl, CompuServe, AOL) dont cinq ans passés aux Etats-Unis. Spécialiste des services mobiles et objets connectés, il a été délégué général du Forum SMSC et est l’auteur de l’ouvrage de référence « Le mobile NFC, télé-commande de notre quotidien » (2015) ainsi que du Blog « Avec et sans contact ». Il est aujourd’hui expert et enseignant / formateur en gestion des innovations numériques à forte valeur ajoutée utilisateurs à l'EISCI (Mardis de l'Innovation, Club de Paris des Directeurs de l'Innovation).

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