Archives mensuelles : décembre 2016

Regard sur le spectacle le plus innovant de cette fin d’année, une interview de Marc Giget

Le Rouge et le Noir, l'opéra-rock

Le Rouge et le Noir, l’opéra-rock

Nos lecteurs les plus fidèles sont familiers avec Marc Giget, Président et directeur scientifique de l’European Institute for Creative Strategies & Innovation et du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation et animateur infatigable des Mardis de l’Innovation depuis 17 ans, des Rencontres Nationales des Directeurs de l’Innovation, événements dont de nombreux comptes rendus sont présents dans ce blog. Marc Giget est un expert mondialement connu et reconnu de l’innovation et même si en France ce sujet est souvent associé à technologie, l’innovation est présente dans tous les domaines y compris le spectacle. Et c’est donc à l’occasion de la sortie de l’opéra-rock, Le Rouge et le Noir, qu’il a abordé ce sujet au cours d’une interview retranscrite ici.

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Pourquoi présenter comme exemple d’innovation de cette fin d’année un spectacle parisien, joué classiquement sur scène, dans un music-hall art déco et traitant qui plus est d’un roman du début du 19ème siècle ! L’innovation serait-elle devenue nostalgique ?

Marc Giget, Mardis de l'Innovation

Marc Giget, Mardis de l’Innovation

Le monde du spectacle est très vaste et globalement assez figé. Il y a très peu de nouveaux formats, à l’exception récente des compétitions de e-sport, notamment League of Legend, qui rassemblent à travers le monde des dizaines de milliers de personnes dans d’immenses « Arenas ». Pour le reste, les évolutions sont surtout technologiques : nouveaux effets spéciaux et extensions numériques, recouvrant différentes formes de diffusion (opéras dans les cinémas par exemple), d’accès on-line et d’interactivité.

Ce qui fait que l’opéra rock « Le Rouge et le Noir » émerge du maelström des spectacles de fin d’année – marqué par de multiples reprises et comédies musicales assez standards dans leurs réalisations – tient à la fois à la grande qualité des talents rassemblés, aux nombreuses innovations introduites dans le spectacle, et surtout à une synthèse créative géniale et harmonieuse de l’ensemble de ces éléments : synthèse entre le 19ème et le 21ème siècle, entre le rock et l’opéra, entre la comédie et le chant, entre le théâtre et l’animation 3D HD, entre Stendhal et Zazie … tout cela sur le thème intemporel du romantisme et des passions humaines.

Le résultat est un spectacle multidimensionnel enchanteur. Une parfaite illustration du concept de « diamant de l’innovation totale » où chaque facette est minutieusement travaillée et contribue à la fascination de l’ensemble.

Dans quelle catégorie peut-on classer cette création ?

C’est un spectacle difficile à classer, car le format est révolutionnaire. Il y a déjà eu des opéras rock, notamment Mozart, produit également par Albert Cohen (que nous avons d’ailleurs déjà invité à la Rencontre Nationale des Directeurs de l’Innovation), mais dans le cas présent, l’opéra et le rock se partagent réellement la scène, tout en laissant également la place au théâtre, car c’est aussi une vraie pièce de théâtre, avec des costumes superbes, et c’est d’ailleurs la première fois que cet immense roman classique est porté au théâtre.

Dans le cadre des Mardis de l’Innovation, vous dites régulièrement que l’objectif de l’innovation est d’enchanter, ou de ré-enchanter le présent. Que ressent et que retient le spectateur d’un tel spectacle ?

Tout d’abord, et avant d’analyser les composantes de cette création hors normes, observons le résultat final à travers les multiples commentaires du spectacle et je n’en citerais que deux assez caractéristiques de ce ressenti (tirés des commentaires de spectateurs sur le site Fnac Spectacles).

« Fantastique! Nous n’avons plus rien à envier à Broadway, Original, fin, surprenant, mise en scène extraordinaire, musique géniale, chanteurs attachants, bref une petite merveille !« 

« Spectacle à voir absolument ! Mise en scène avec décor 3D et jeu de lumière superbe ! Comédie musical/théâtre qui change du format standard des comédies musicales formatées gros budget avec pleins de danseurs. Artistes performants aussi bien en chant qu’en comédie ! Des musiciens qui jouent en live et qui déchirent ! De très belles musiques qu’on ne se lasse pas d’écouter !! Bref on est ressorti avec des étoiles pleins les yeux ! Merci pour ce beau spectacle ! On y retournera avec plaisir :).« 

Il y a beaucoup de commentaires encore plus dithyrambiques, et très peu, qui soient critiques, et encore, peu critiques, plutôt sur des détails (comme l’intérêt de l’insertion des décors 3D, ou de l’équilibre du son avec orchestre rock et dialogues…).

Mais ce qui ressort globalement de ce ressenti très positif et quasi unanime des spectateurs est à la fois l’enchantement de l’ensemble et l’appréciation des différentes facettes artistiques. S’y ajoute la dimension intergénérationnelle – les enfants adorent aussi.

En France, l’innovation est (trop) souvent considérée comme uniquement technologique. En quoi l’innovation, qu’elle soit technologique ou pas, est-elle présente dans le spectacle ?

La mise en scène est particulièrement novatrice, en jouant sur pas moins de deux plans horizontaux et trois plans verticaux, et ceci avec beaucoup de fluidité grâce à la maitrise exceptionnelle de la lumière et à la grande liberté apportée par les décors virtuels en 3D. A ce niveau, le changement est radical et ce spectacle marque une étape-clé. Tout devient possible au niveau des décors qui nous plongent dans un monde proche du cinéma, avec même des clins d’œil au dessin animé (voir la scène de la bibliothèque) sans oublier un rappel humoristique aux effets spéciaux naïfs des opérettes du 19ème siècle (chevaux de bois).

En innovation, la combinaison des talents est primordiale et vous citez souvent comme exemple les génériques de films qui regroupent de nombreux métiers très variés sans lesquels le film ne pourrait exister. Est-ce qu’on retrouve cette notion dans « Le Rouge et le Noir » ?

Côté talents rassemblés, c’est un sans-faute, avec au départ un auteur exceptionnel – Stendhal – au texte d’une actualité brulante, traitant des amours impossibles et des grandes passions humaines intemporelles : l’ambition, la jalousie, la séduction, l’amour, la mort…

L’équipe d’acteurs chanteurs de grande qualité interprète cette œuvre portée par un livret exceptionnel, des textes très fins à la musique très bien composée (Zazie), avec le pari d’un excellent orchestre présent en permanence sur scène (avec une mention particulière pour la bassiste Sabrina Boudaoud).

Un très bel exemple d’innovation complète, globale, portée par une centaine de professionnels (en incluant tous les métiers) au meilleur état de leur art, qui marquera une transition dans le spectacle vivant, ceci grâce à une mise-en-scène audacieuse et une production qui a accepté de prendre le risque d’une innovation radicale.

Nous reviendrons sur les innovations radicales dans le spectacle cette année dans un Mardi de l’Innovation qui traitera également du phénomènes des Arenas et du e-sport.

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Si vous avez vu le spectacle, n’hésitez pas à partager vos réactions dans la partie commentaires et dans tous les cas, chers lecteurs

Bonnes fêtes de fin d’année à toutes et à tous et

A suivre ….. en 2017.

Pour aller plus loin.

  • Le Rouge et le Noir, Opéra Rock en ce moment au Palace de Paris jusqu’au 29 Janvier 2017
  • La bande-annonce

L’Internet des objets industriels, est-ce vraiment si nouveau ?

L'IOT industriel comme une seconde vague

L’IOT industriel comme une seconde vague

Les conférences et les articles autour de l’internet des objets industriels se multiplient, faisant croire à une découverte récente par ces mêmes industriels de ces technologies, qui seraient donc la déclinaison des objets grands publics vers l’industrie. Certains analystes montrent même cette évolution, comme sur ce graphe(*), où l’internet industriel serait une suite, une deuxième vague, au développement de la branche consommateur.

Que nenni. Contrairement aux idées reçues, l’internet des objets industriels est bien antérieur à celui du grand public. L’IoT est né dans le milieu industriel et continue à y croitre bien plus vite que dans le marché consommateur.

Petit rappel – Le terme « Internet of things » a été prononcé la première fois le siècle dernier par Kevin Ashton il y a près de 20 ans, au siècle dernier, alors qu’il travaillait sur des projets à base de technologie RFID. La RFID justement est très présente depuis des années dans un grand nombre d’entreprises pour la traçabilité des biens ou l’accès des personnes aux lieux ou aux biens – dans le commerce, l’aéronautique, l’énergie ou le militaire. Rappelons que le plus grand utilisateur d’objets connectés au monde est l’Armée américaine. Airbus est très actif dans ces sujets tout comme Decathlon, Schneider Electric ou Air Liquide pour ne citer que ces quelques fleurons français. On pourrait également parler de Machine-to-Machine #M2M, une technologie à base de SIM permettant la traçabilité à longue distance qui s’est aussi développée depuis de nombreuses années et en particulier la gestion de flotte de véhicules.

Trois grands facteurs expliquent le regain d’intérêt pour le sujet Internet des objets industriels.

  • L’arrivée de nouveaux réseaux de communication nombreux et économiques, Indoor et outdoor de type LPWA – les Sigfox, LoraWan, NB-IOT, sans oublier Wifi, Zigbee et bien sûr la RFID, le NFC toujours bien présents et bien d’autres nouveaux comme celui d’UWinLoc, aux coûts très réduits pour de la géoloc indoor. Tous ces réseaux augmentent le champ des possibles (technique et économique) par rapport aux précédents réseaux opérateurs de type 2,3 et 4G.
  • L’arrivée en grande quantité de capteurs, qui transforment des données physiques en données numériques et d’actionneurs qui transforment des données numériques en actions physiques, permettant de dépasser la simple identification des objets et leur géolocalisation pour la création de services beaucoup plus complets, et économiquement viables et puis, dans une moindre mesure dans l’industrie,
  • l’omni-présence des smartphones, véritables interfaces hommes-machine/objets IHM/IHO dans nos poches, permettant le développement d’objets plus simples, permettant également de déporter toute une partie de l’intelligence de l’objet connecté vers le mobile et permettant ainsi la connectivité d’objets existants.

A ces trois facteurs, il faut ajouter des plateformes de gestions d’objets et le traitement des données par l’utilisation d’algorithmes quels que soient leur noms – intelligence artificielle, réseaux neuronaux, systèmes experts, … #younameit

Le tout permet et permettra la création de nouveaux services, économiquement viables et donc le développement de nouveaux marchés. Et même si beaucoup reste à faire, c’est bien dans l’industrie, la santé, l’agriculture, le transport, les usines … que la vraie révolution de l’internet des objets se produit et ceci depuis quelques années déjà..

A suivre.

@pierremetivier

Ecrit dans un train au retour du Parc des Expositions de Villepinte pour une énième table ronde autour de l’Internet des objets industriels dans le cadre des salons Smart Industries et Connect+ avec Airbus, Vallourec, Zimmer Biomet et les amis du CNRFID avec lesquels nous avons, entre autres, rappelé cette antériorité et l’existence de nombreuses implémentations bien plus importantes que les objets connectés grand public.

Smart industries et l'internet des objet industriels

Smart industries et la conférence sur l’internet des objets industriels

(*) Nous n’avons pas retrouvé l’auteur de ce graphe mais le concept de 1st wave – consumer, 2nd wave industry et 3rd wave tout est connecté provient d’Ericsson et a été régulièrement repris depuis. 

Pour aller plus loin