Archives mensuelles : février 2019

« Les collectivités territoriales et les questions de mobilité », une conférence du Grale au constat inquiétant.

Collectivités territoriales et mobilité

Collectivités territoriales et mobilité

« Les collectivités territoriales et les questions de mobilité », tel était le sujet de la conférence organisée par le GRALE (Groupement de recherche sur l’administration locale en Europe, de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne) avec le soutien de la Chaire EPPP  (Economie des Partenariats Public Privé ) le 13 février à la Maison des Sciences Economiques, un sujet proche de l’actualité des ronds points de ces trois derniers mois, impactant chacun d’entre nous entre transport individuel, services publics et impacts environnementaux, entre « fin du monde et fin du mois ».

L’invitation précisait « La mobilité des individus et les transports de marchandises ne cessent d’augmenter et sont à l’origine d’impacts environnementaux sur lesquels les pouvoirs publics ont des difficultés à agir. Les solutions sont de nature politique, technique et comportementale : aménagement du territoire, véhicules moins émetteurs de GES, développement des transports doux, nouvelles pratiques de l’automobile, etc. En vertu de leurs compétences en matière de mobilité, d’urbanisme, d’aménagement et d’organisation des activités sur leur territoire, les collectivités ont un rôle particulier à jouer, quel que soit le mode de transport.

  • Comment financer aujourd’hui ces initiatives, sachant que la problématique de la mobilité dépasse souvent le cadre local ?
  • Comment, notamment, traiter les spécificités rurales et urbaines (conditions spatiales, objectifs, moyens) ?
  • Comment composer avec des systèmes de financement différents selon les modes de transport ?»
François Colet Institut Vedecom

François Colet Institut Vedecom

Premier intervenant : François Colet, Responsable des Projets Systèmes de Charge Innovants & Energie Partagée, Institut Vedecom. L’Institut Vedecom est un institut français de recherche partenariale publique-privée et de formation dédié à la mobilité individuelle décarbonée et durable).  M. Colet est un spécialiste de la voiture (Renault) et en particulier électrique, ayant travaillé sur la Zoé. Sa présentation se focalise sur les nouvelles motorisations (hors essence et diesel) en particulier électrique, hydrogène et gaz naturel.

En Europe (hors Italie et Allemagne), il n’y a pas de client pour les véhicules à gaz naturel, pas de demande en France et donc pas d’infrastructure. Il n’y pas non plus d’infrastructure pour l’avitaillement pour véhicule à hydrogène. Il évalue à 7 ans l’écart du déploiement hydrogène par rapport à l’infrastructure électrique. Il note que le camion électrique est devenu « réalité » avec Tesla, cette motorisation pour les camions n’était pas prévue dans les plans au départ des constructeurs traditionnels. Pour François Colet, la solution hydrogène se développera lorsqu’elle sera également adapté aux bâtiments.

Les 5 tendances portant l’électromobilité

Les 5 tendances portant l’électromobilité

Avant l’annonce par Anne Hidalgo de la mise en place d’une mesure pour interdire le véhicule thermique à Paris, le véhicule électrique était rural. 60 à 70% des Européens n’ont pas de parking fixe ce qui a un fort impact sur l’infrastructure de recharge. Il y a 160 sociétés françaises habilitées à revendre de l’électricité, 750 en Allemagne ce qui a un fort impact sur les bornes de recharge. Notion d’itinérance (partage d’infrastructure) comme chez les opérateurs télécom. Cette interopérabilité est difficile à mettre en place sur des parkings payants car ce sont des régies et donc des espaces privés et non publics.

Ecosystème de la borne de recharge

Ecosystème de la borne de recharge

50% des véhicules électriques dans le monde sont en Chine. Aujourd’hui, tout le monde imagine piloter la recharge (et les données) – maison, énergie, borne, voiture … comme pour l’écosystème des paiements sans contact ou la smart home (NDLR) Les écosystèmes sont complexes. L’énergie n’est qu’un coût fractionnel du parking.

En réponse à une question sur le recyclage des batteries, M. Colet rappelle que les batteries de nos mobiles (et surtout leur lithium – précision de M. Colet) sont recyclées dans le béton car elles deviennent d’excellents retardateurs de solidification en hiver et après on ne sait pas. Autrement dit, le problème du recyclage des batteries est global et ne concerne pas uniquement les voitures. (*)

Patrice Saint-Blancard Région Centre Val de Loire

Patrice Saint-Blancard Région Centre Val de Loire

Le deuxième intervenant, Patrice Saint-Blancard, est Directeur des transports et mobilités durables au Conseil régional Centre-Val de loire. Il illustre, à travers le réseau REMI de la région, la complexité de gérer la mobilité dans un territoire comme la région Centre-Val de Loire. Contrairement aux grandes villes comme Paris avec une densité de population forte, les transports publics sont peu utilisés (10% et principalement par les scolaires). Entre coût des matériels (type TER), les plans et règlements comme le SRADDET (Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoire) ou le PCAET (Plan Climat, Air, Energie, Territorial), il est très difficile de développer des politiques de transport et mobilités durables en environnement rural compatibles avec les budgets des régions et les objectifs de l’économie durable.

Remi Mobilité en Region Centre Val de Loire

Remi Mobilité en Region Centre Val de Loire

Et pour rendre plus complexe l’équation, M. Saint-Blancard note que les parisiens qui pourraient venir visiter les Chateaux de la Loire en transport en commun, ne le font guère, préférant la voiture. A une suggestion de la salle pour améliorer la connaissance des lignes nécessaires en région, par l’analyse des données Blablacar. M. Saint-Blancart a répondu que bien sûr, cette approche était utilisée mais qu’elle était loin de suffire.

Etienne Chaufour France Urbaine

Etienne Chaufour France Urbaine

Dernier intervenant : Étienne Chaufour, Directeur Île-de-France, en charge de l’éducation, des solidarités et des mobilités, à France urbaine. France Urbaine vient de la fusion de l’Association des Communautés urbaines et métropoles de France (ACUF) et de l’Association des Maires de Grandes Villes (AMGVF). M. Chaufour a rappelé que les objectifs de toute politique de mobilité étaient d’assurer l’accessibilité des territoires. Il a également rappelé que le coût réel du transport en commun pour les français est de 25% alors qu’il représente entre 60 et 75% pour les européens !!! et que le coût des TER pour les régions est « exhorbitant »

Offre alternative à la voiture solo

Offre alternative à la voiture solo

Hors la voiture solo, l’offre en périphérie est extraordinairement faible ! Que fait-on ? Business as usual ? Tarifer la mobilité à l’usage, l’exemple de Londres ? M. Chaufour présente le concept de package mobilité des agglomérations, une intermodalité intégré, un peu comme les carte type Navigo en Ile de France mais adapté aux régions avec du BlaBlaCar par exemple ou des parking relais.

Assurer l'accessibilité des territoires

Assurer l’accessibilité des territoires

De cette conférence de grande qualité reste un constat alarmant, sur la mobilité en général et celle des régions en particulier. Il ne semble pas y avoir de solutions pour accélérer des offres de mobilité à la fois disponibles à tous dans les régions et durables. L’infrastructure électrique (y compris recharge sur parking) n’est qu’à son début (c’est encore plus lointain pour le gaz ou l’hydrogène). Les transports en commun sont difficiles à mettre en place  financièrement (infrastructure et exploitation train) ou peu écologique (cars) d’autant plus que le citoyen a l’habitude de très peu payer ce type de transport. La « technologie » ne semble pas en mesure d’apporter des solutions à court terme – pas de « smart city » ou de « smart region » capable de résoudre le problème, pas d’objets magiques (hyperloop ou taxis volants sont des simplismes pour Etienne Chaufour). La voiture solo reste la solution la plus adaptée à ce jour et elle n’est guère durable en l’état. Une fois ce constat effectué, il manque clairement les solutions d’un enjeu de société majeur et les innovations impactantes tardent à venir.

A suivre … à vélo dans mon cas pour terminer malgré tout sur une note optimiste.

Pierre Métivier
@PierreMetivier

(*) Note – Suite à la publication de ce compte-rendu, M. Colet m’a envoyé la mise-au- point suivante en ce qui concerne le recyclage des batteries.

 » Pour être exact et précis comme un chercheur doit l’être, ce ne sont pas les batteries qui sont des retardateurs mais le Lithium. Il y a de nombreux autres matériaux dans les batteries qu’on recycle déjà mais pas le lithium car pas assez cher pour que ce soit rentable. La Directive sur les batteries de véhicules électriques modifie un peu ce point de rentabilité en en faisant un point réglementaire.

2 filières ont été mises en place, une en France et l’autre en Belgique avec 2 process différents pouvant traiter des volumétries différentes. Il a été rappelé que 2 Directives existent : l’une s’appliquant au recyclage obligatoire des véhicules et l’autre sur les batteries. Donc, on n’a pas attendu pour mettre en place des process qui coûtent mais ne sont pas utilisés car peu voire pas de batterie de voitures à recycler pour l’instant car elles durent plus que prévu. C’est fait pour l’automobile ce qui n’est pas le cas pour les autres applications utilisant des batteries.

ansi qu’un complément à ma brève conclusion que je vous livre in-extenso.

 » Pour moi, il manque d’outils pour orienter vers des solutions car il y en a de nouvelles non abordées lors de la conférence : les navettes autonomes proposent des tailles plus petites que celles des bus/car et plus grandes que celles des voitures. Dans les initiatives, on peut parler de CityMaker en France qui souhaite modéliser les déplacements en IdF pour aider à la mise en place des politiques publiques. VEDECOM travaille sur les modèles de déplacement tant nationaux que sur des territoires de tailles plus réduites (ce sont mes collègues qui traitent le sujet) Mon équipe travaille sur le sujet déploiement d’infrastructure de recharge pour les véhicules électriques sur un territoire comme le Grand Paris. L’IRT SystemX et l’ITE Efficacity travaillent également ses sujets. »  

Pour aller plus loin