Archives de l’auteur : Pierre Metivier

A propos Pierre Metivier

Conférencier, animateur, formateur, conseil et expert de l'innovation autour des services (mobiles) sans contact / NFC et de l'internet des objets. Co-auteur du livre « Web 2.0, 15 ans déjà et après ? 7 pistes pour rééchanter Internet », Editions Kawa, 2020. Auteur de l’ouvrage « Le mobile NFC, télé-commande de notre quotidien », Editions Afnor, 2015. Ancien délégué général du Forum SMSC (Forum des services mobiles sans contact). Auparavant, responsable pendant 25 ans du développement de produits et services dans plusieurs entreprises d’informatique, de logiciels et de l’Internet (notamment Commodore, Apricot, Borland Intl, CompuServe, AOL) dont cinq ans passés aux Etats-Unis.

Les atouts des entreprises qui résistent aux crises, une étude et deux séances des Mardis de l’innovation

MardisInno Entreprises et crises

MardisInno Entreprises et crises

La nouvelle étude internationale « Pérennité, innovation et résilience des entreprises », réalisée pendant 18 mois (automne 2019 – printemps 2021), ayant porté sur plus de 1000 entreprises à travers le monde a été présentée en deux parties dans le cadre des Mardis de l’Innovation par Marc Giget, de l’Académie des Technologies et du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation. La première intitulée « Comment les entreprises historiques dominent l’innovation dans le monde » a eu lieu le 3 novembre 2020 et vous pouvez retrouver le replay à la fin de ce billet. Présentée le 30 mars 2021, la seconde partie a été consacrée aux atouts des entreprises qui résistent aux crises. Comme le précise le programme, « L’étude s’appuie sur les facteurs fondamentaux de permanence de ces entreprises, de leurs principes, de leurs valeurs, de leurs stratégies de résistance, d’adaptation et de rebond. Elle analyse également les dynamiques spécifiques aux différentes catégories d’entreprises à grande résistance, allant des leaders historiques américains, aux groupes de luxe français, en passant par le Mittelstand allemand, les groupes japonais légendaires et les discrètes mais puissantes entreprises familiales. Un parcours passionnant au cœur des stratégies d’entreprises qui interpellent sur le rebond post-Covid-19. »

1 – La résilience des entreprises historiques japonaises.

La résilience des entreprises historiques japonaises

La résilience des entreprises historiques japonaises

Les entreprises japonaises sont obsédées par le futur, par leur pérennité (perpétuation) et leur constant renouveau. 52% des entreprises de plus de 3 siècles sont japonaises (vs 43% en Europe et 5% pour le reste du monde) et une douzaine ont plus de 1000 ans. Ces entreprises ont survécu aux multiples crises et conflits qui ont secoué le Japon. Leurs valeurs fondamentales allient qualité, sérénité, stabilité, sens du service, prudence de gestion et hardiesse en terme d’investissements, appuyées par une innovation continue. Elles se renouvellent en associant continuité des personnes (et des compétences) et transformation permanente. La continuité de l’identité de l’entreprise, ses valeurs et sa mission vont de pair avec l’obsession du leadership technologique. Quelques exemples étudiés :

  • Kongo-Gumi Co (1400 ans). En faillite en 2005, l’entreprise renait à l’intérieur d’un nouveau groupe et la famille est toujours présente.
  • Panasonic et son fondateur iconique Konosuke Matsushita.
  • FujiFilm. Face à la crise du passage de la photo argentique à numérique, Kodak et Fujifilm ont eu deux approches très différentes expliquant leurs parcours diamétralement opposés.
  • Nintendo et ces produits cultes planétaires. 4 valeurs-clé : Singularité, flexibilité, sincérité et humilité.

La culture vivante du Monozukuri est basée sur l’art et la joie de réaliser des choses aussi parfaites et aussi efficaces que possible, en harmonie avec la nature et la société humaine.
Importance de l’harmonie et de l’équilibre entre les différents partenaires (écosystème) d’une entreprise.

2  – Les entreprises familiales, notamment européennes.

Les entreprises familiales notamment européennes

Les entreprises familiales notamment européennes

Dans le monde, toutes tailles confondues, 80% des entreprises sont familiales. « Il n’y a pas que la bourse ! » La taille moyenne des 500 premières entreprises familiales mondiales correspond à  un CA moyen de 15 milliards de $ et 48 700 employés. L’âge moyen des 500 plus grosses entreprises familiales est de 80 ans. Parmi les 500, 230 sont européennes, 150 états-uniennes et 94 asiatiques (26 pour le reste du monde). En France, 78% des ETI sont familiales. Non seulement la croissances des entreprises familiales est plus élevée que celle des entreprises cotées mais elles résistent très bien aux crises.

Les priorités d’investissements en innovation des entreprises familiales comprennent l’amélioration des produits existants, le développement de nouveaux produits, l’innovation marketing, l’investissement en R&D, l’innovation en production et le développement de spécialités.

  • Focus sur Kongsberg, Norvège. « Ce qui définit le mieux Kongsberg, c’est l’avenir » pour son PDG.

Les six caractéristiques des entreprises résilientes aux crises et prospères depuis plusieurs générations sont vision à long terme, prudence financière, lien affectif avec l’activité, valeur et loyauté envers les employés, renouvellement entrepreneurial et philanthropie / responsabilité sociale (Peter Vogel, IMD Lausanne). Rester en phase avec la société, ne pas l’agresser sont nécessaire. La société qui réussie est bien au cœur de la société / de la région dans laquelle elle vit.

  • Focus sur l’Association des Hénokiens, le club des entreprises de plus de 200 ans et gérées par un descendant du fondateur.  Leurs six conseils concernant la stratégie intègrent vision à long terme, veiller constamment à la réputation de l’entreprise, innover et s’adapter en permanence. Et pour le contrôle , il faut rester indépendant, assurer au dirigeant la majorité des droits de vote et anticiper sa succession. Valeurs-clé : histoire et tradition, entreprise et famille, fidélité et engagement, mémoire et transmission, innovation et modernité.

Les PME françaises de plus de 100 ans, regroupés sous le label « Entreprises familiales centenaires » sont également très résilientes grâce à leur expérience, flexibilité, vision à long terme, solidité financière, cohésion des salariés et implication des dirigeants.

3 – Les entreprises françaises nées à la Belle Epoque.

Les entreprises françaises nées à la Belle Epoque

Les entreprises françaises nées à la Belle Epoque

Les grandes entreprises françaises nées à la Belle Epoque ont été globales dès leurs créations, avec une vision universelle. Elles sont caractérisées par leur excellence technique et esthétique, leur gestion décentralisée et leur adaptabilité. Elles ont traversé deux guerres mondiales et de nombreuses crises. Leur globalisation est un atout-clé (alors que la France ne représente que 0,7% de la population mondiale).

  • Focus sur LVMH – L’organisation en « maisons », cluster (ou pack) d’entreprises autonomes.

Le concept d’entrepreneur est né en France pendant cette période. La Belle Epoque, c’est aussi la création de l’économie sociale et solidaire.

4 – Les entreprises  du Mittelstand et les fondations allemandes.

Der Mittelstand

Der Mittelstand

Les atouts fondamentaux assurant la résistance, la résilience et l’expansion des entreprises du Mittelstand. La culture familiale est omniprésente. Les atouts fondamentaux incluent propriété familiale, continuité générationnelle, objectif à long terme, indépendance, agilité et souplesse, attachement émotionnel, investissement dans les employés, lean management, innovation continue, orientation client, responsabilité sociale et liens régionaux très forts. Exemples.

  • Kehr & Sohn (1844) fabrique les meilleures balances du monde depuis 8 générations.  Etre le meilleur mondial sur un marché très précis est son modèle. La relation de confiance – entreprises, fournisseurs, clients – est clé dans la réussite des entreprises du Mittelstand.
  • Schott fabriquent verres et céramiques hautes performances).  Société sœur de l’entreprise Zeiss, elles sont toutes deux controlées par la fondation philanthropique Carl Zeiss dédiée à la science, assurant une protection contre les tentatives d’acquisition.

5 – Les entreprises historiques et familiales américaines.

Les entreprises historiques et familiales américaines

Les entreprises historiques et familiales américaines

La moitié des 500 principales entreprises américaines (en CA) ont plus de 75 ans, et 200 plus de 100 ans . « Il n’y a pas que les GAFA » Certaines entreprises sont iconiques de l’histoire des US (JP Morgan, Coca-Cola, Boeing, Lockheed, 3M, Dupont, Wells Fargo, Ford, Kellogs …). Il existe un vrai respect pour les entreprises et les entrepreneurs  historiques aux US, beaucoup plus qu’en France où aucun chef d’entreprises ne figure dans les 100 français préférés, nous rappelle Marc Giget.

Aux États-Unis également, les entreprises familiales résistent mieux à la crise. Deux exemples :

  • Harley-Davidson, le mythe américain absolu.
  • 3M – l’innovation est bien mise en valeur parmi les valeurs de l’entreprise. La société propose près de 100 nouveaux produits par mois. La reconnaissance et la valorisation des personnes font partie de la culture de l’entreprise.

6 – Le renouveau constant des groupes mondiaux emblématiques multimarques.

En parallèle des «maisons» de luxe, d’autres groupes adoptent la même approche comme le Groupe SEB. Indépendance des entreprises / marques acquises. Gestion souple et continue face à la crise.

7 – Synthèse

Les facteurs fondamentaux de la pérennité et de la résilience par l’innovation.

Des stratégies holistiques, riches d’une grande diversité. Tradition plutôt qu’héritage, renouveau plutôt que nouveau.  Parmi les points-clés – promotion des employés, innovation, maitrise du temps long, transmission, relation harmonieuse à la société, intimité avec les clients et les fournisseurs, innovation totale, le « tous ensemble », dirigeants visionnaires, autonomie financière, utilité sociale et philanthropie, réputation et notoriété.

Résilience des entreprises

Résilience des entreprises

Transmission et innovation sont de mêmes natures.

Facteurs-clés de résistance et résilience des entreprises spécifiques à la crise de la Covid-19.

Résilience des entreprises

Résilience des entreprises

Et fin de la conférence en deux parties indépendantes, à voir et à revoir en replay, ci-dessous et sur la chaine YouTube des Mardis de l’Innovation.

  • « Les atouts des entreprises qui résistent aux crises », le replay de la conférence du 30 mars 2021.

  • « Comment les entreprises historiques dominent l’innovation dans le monde » le replay de la conférence du 3 novembre 2020.

A suivre « saecula saeculorum ».

Pierre Métivier
@PierreMetivier

Pour aller plus loin

  • L’étude « Pérennité, innovation et résilience des entreprises » de Marc Giget et Véronique Hillen, A paraître, 1er semestre 2021
  • Le site du Cercle des Entreprises Centenaires
  • Le site du Cercle des Henokiens
  • L’approche FCLTGlobal sur les facteurs favorisant la résistance des entreprises et leur capacité à créer de la richesse sur le long terme.
  • La chaine YouTube des Mardis de l’Innovation

 

« L’influence de la Femme au Siècle des Nouvelles Technologies du Numérique », une conférence de l’IREST dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes.

L’influence de la Femme au Siècle des Nouvelles Technologies du Numérique

L’influence de la Femme au Siècle des Nouvelles Technologies du Numérique

La conférence intitulée  « L’influence de la Femme au Siècle des Nouvelles Technologies du Numérique » organisée par l’IREST (Institut de Recherches Economiques et Sociales sur les Télécommunications) avec le soutien du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation s’est déroulée le 11 mars 2021 dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes. 

Le pitch de la conférence : « Lors des dernières révolutions industrielles, l’émergence progressive du travail des femmes pouvait être perçue comme une nécessité économique et sociétale. Elles prônaient un modèle sociétal appuyé par une natalité maîtrisée où l’activité féminine permettait d’augmenter les revenus familiaux ainsi que le niveau d’éducation des enfants, toutefois leur accès à l’égalité et au pouvoir restait limité. Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies numériques, cette révolution pourrait théoriquement élargir le champ d’action des femmes actives avec de nouvelles opportunités professionnelles, un meilleur équilibre travail-vie de famille et davantage de parité. Les traits typiquement associés aux femmes comme l’enseignement, la coopération, la communication partagée semblent des qualités clés de réussite dans cette actuelle révolution numérique. Comment cette transformation digitale offrira-t-elle à la Femme la possibilité de façonner davantage ce monde ou au contraire l’exclura elle de son « leadership » ? »

Des intervenantes en provenance de milieux très variées (politique, université, entreprise, recherche, cinéma et sport) ont partagé leurs expériences et leurs conseils sur ces questions après une première intervention de Marc Giget qui a rappelé la place prépondérante de la femme dans l’histoire de l’informatique.

Si vous n’avez eu l’occasion d’y assister ou si vous souhaitez revoir tout ou partie des interventions, vous retrouverez ci-dessus les vidéos séquencées (en cliquant sur les images) ainsi qu’un bref résumé de chaque intervention.

Après l’ouverture par Dominique Balbi, Vice présidente de l’IREST et Sylvie Borzakian, Directrice du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation,  Marc Giget, Club de Paris des Directeurs de l’Innovation, a présenté une keynote intitulée Les femmes et l’informatique, de pionnières à minoritaires.

Richement documentée, la présentation de Marc Giget a balayé l’histoire des liens entre les femmes et l’informatique. De pionnières à minoritaires, d’Ada Lovelace bien sûr au Dr Grace Murray Hopper, la mère des ordinateurs en passant par la fabuleuse histoire des Flappers, un mouvement né aux US après la première guerre mondiale, l’aviatrice Amelia Earhart, Katharine Wright, l’indispensable soeur des frères Wright, les code breakers de la 2ème guerre mondiale, l’étonnante Hedy Lamarr, les ENIAC girls ou Margaret Hamilton, la responsable du code de la Mission Apollo. La masculinisation de l’informatique s’est produite relativement récemment et cette absence des femmes dans la conception des réseaux sociaux (et de nombreux autres domaines comme l’IA) a des impacts négatifs très forts, ce que nous verrons tout au long des interventions.

Marc Giget, Academie des Technologies

Marc Giget, Académie des Technologies

Christine Hennion, Députée des Hauts-de-Seine et Présidente de Femmes@Numérique a présenté le Baromètre numérique sur la place des femmes dans l’économie digitale.

Un constat alarmant : seules 3% des bachelières ont choisi l’option numérique. Elle sont 9% dans les métiers infrastructures et réseaux, 17% dans les métiers de la programmation et du développement, 24% dans les métiers de l’expertise et du conseil numérique et 45% dans les métiers de l’analyse des données et de l’IA.

Christine Hennion, FemmesNumerique

Christine Hennion, FemmesNumerique

Marie-Christine Levet, fondatrice et présidente d’Educapital. L’accès au capital pour les femmes entrepreneurs dans l’économie numérique.

Son parcours part du monde de l’entreprise (Andersen consulting, Disney, PepsiCo) avant le web et la création de Lycos puis la direction de Club Internet et NextRadio TV. Sa dernière aventure, Educapital est la première plateforme d’investissement dans l’éducation innovante. Marie-Christine oeuvre pour la promotion de l’entreprenariat féminin. L’école a un rôle prépondérant tout comme les « role models » féminins. Il faut encourager les jeunes filles à choisir des carrières scientifiques même si l n’y a pas besoin d’être scientifique pour travailler dans le web nous dit-elle. « Chers parents, attention aux jeux que vous offrez aux enfants. » Réduisons les stéréotypes !

Marie Christine Levet, Educapital

Marie Christine Levet, Educapital

Sarah Saint-Michel, maître de conférences, Ecole de Management de la SorbonneLe leadership à l’ère digitale : Quelle sera l’influence des femmes ?

Sarah aborde la quatrième révolution industrielle avec une approche basée sur les compétences comportementales (les softskills). Etre une femme leader, c’est le parcours de la combattante. Il faut transformer le modèle actuel en un modèle de leadership inclusif en 5 points-clé : Développer une vision inspirante du futur, sortir du cadre et être innovant(e), bienveillance, écoute et altruisme, l’exemplarité : incarner ses valeurs et l’authenticité. « Osons faire preuve de leadership pour un monde plus égalitaire. » conclut-elle.

Sarah Saint Michel, Sorbonne

Sarah Saint Michel, Sorbonne

Laurence Devillers, Professeur en IA et éthique, Sorbonne, LISN-CNRS (Saclay), L’intelligence Artificielle : Comment éviter un paysage IA sans la perspective des femmes ?

80% des concepteurs et codeurs sont des hommes, et 80% des objets connectés ont des voix et des noms de femmes nous rappelle Laurence. « Pourquoi Super Mario et non Super Maria, pourquoi les GPS ont-ils des voix de femmes, . … » Elle nous montre que de nombreux produits et services présentent des problèmes de sexisme et comportent de nombreux stéréotypes. De nombreux biais des données et représentations existent par le manque de présence féminine dans ces domaines. Des projets autour d’une intimité avec les machines / affective computing se développent. L’IA renforce les biais de genre en santé, justice et recrutement. Pour conclure, elle nous propose sa lettre aux 1000 petites filles (et 1000 petits garçons) qui naitront aujourd’hui dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes.

Laurence Devillers, CNRS

Laurence Devillers, CNRS

Brigitte Henriques, Vice-présidente de la Fédération Française de FootballLe football au féminin
A travers l’histoire d’une petite fille de 6 ans triste de ne pas pouvoir s’inscrire dans un club de foot, on découvre la longue et difficile ascension du foot féminin en France, vécue et décrite avec passion par Brigitte Henriques. Aujourd’hui, elles sont plus de 207 000 licenciées, 37 000 dirigeantes et plus de 1000 arbitres. Comme l’avait abordé Marie-Christine Levet, les « role models »  féminins (en l’occurence les joueuses de l’équipe de France) ont un rôle clé dans l’engouement du foot féminin. « La plus value n’est pas d’avoir des femmes à la fédération, c’est la mixité – hommes et femmes. » Le club des 100 femmes dirigeantes du foot féminin a été créé pour donner un coup de pouce au développement à la féminisation des directions de club de football.

Brigitte Henriques, FFF

Brigitte Henriques, FFF

Florent Pratlong, Directeur du Master Management Innovation des Technologies, Université PARIS 1 Panthéon Sorbonne, un des partenaires de la soirée, a présenté le master sous la houlette bienveillante de Marie Curie.

Florent Pratlong, IMT, Sorbonne

Florent Pratlong, IMT, Sorbonne

Enfin, une invité surprise, Isabelle Simeoni, Autrice et Réalisatrice, nous a parlé de son dernier documentaire, Regard noirs  avec Aissa Maiga sur la représentation des femmes noires au cinéma, mettant en évidence un manque de diversité flagrant.

Isabelle Simeoni

Isabelle Simeoni

Cette belle soirée s’est terminée avec une dynamique session de questions/réponses avec les intervenants. Un événement à (re)vivre quand vous le souhaitez en intégralité sur la chaîne des Mardis de l’Innovation.

A suivre

Pierre Métivier
@pierremetivier

Pour aller plus loin

Les femmes de l'informatique

Les femmes de l’informatique

Sauve qui peut, demain la santé. Un livre, une émission de radio et des questions autour de santé, science fiction et … progrès

Sauve qui peut Demain la santé La Volte

Sauve qui peut Demain la santé La Volte

Publié en septembre 2020, le livre  » Sauve qui peut, demain la santé  » aux Editions La Volte est un recueil de nouvelles sur le sujet de la santé de demain, imaginées par des auteurs de science-fiction. Ces 15 textes ont été sélectionnés parmi les 250 reçus par la maison d’édition suite à un appel à textes public.

Après avoir terminé la lecture dimanche de ce pavé de 663 pages, je(*) me suis retrouvé avec beaucoup de questions, d’interrogations et une envie de partager mes (res)sentiments par rapport à ces différents textes, souvent passionnants, bourrés d’idées, comportant de belles envolées lyriques et poétiques, mais parfois violents à outrance et souvent dérangeants dans une critique clairement affichée du système de santé actuel et sur une vision très noire de son futur. Est-ce que c’est vraiment ce qui nous attend ?

J’avais prévu une citation pour illustrer un futur article :

 » Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. »

du Spleen baudelairien #cestdire et je ne savais pas comment approcher cet article tout en restant positif et optimiste.

Heureusement, Nicolas Martin, producteur et animateur de la belle et indispensable émission « La méthode scientifique » sur France Culture m’est venu en aide, en organisant une émission sur le sujet sous le titre « Demain la santé : soignez vous à la SF ! » autour du livre, cette même semaine, un podcast à retrouver sur France Culture.

Comme il a été rappelé pendant l’émission, la science fiction imagine plus souvent des futurs sombres que des bluettes. Les dystopies sont légions et le sujet de la santé est particulièrement propice à une approche sombre et pessimiste.  On retrouve, dans cette anthologie très « manifeste et politique » (les mots de Nicolas Martin), principalement les sujets santé sous les feux des projecteurs médiatiques de type big pharma, les GAFAMs, les réseaux sociaux, l’IA et les data, la déliquescence du système de santé, la numérisation à tout va, la médecine réservée aux plus riches, le manque d’humanité, des sujets traités dans un futur plus ou moins proche … ainsi que quelques propositions liées à la nature, aux communautés #commons, et autres solutions  » magiques « , l’adjectif de nouveau est de Nicolas, le tout dans un style souvent inspiré par Alain Damasio, grand auteur des Editions La Volte. N’oublions pas (au moins) deux séjours (de mémoire) dans l’espace aussi, quand même.

Si la santé de demain est celle de ces textes, on peut se faire du soucis et c’est bien sûr le but des auteurs d’attirer l’attention sur ce qui ne va pas. On peut regretter qu’on n’y  retrouve pas malgrè tout un prolongement des progrès apportés par les sciences et la recherche depuis le début de l’humanité et qui ont permis, par exemple, d’augmenter considérablement le durée de la vie humaine dans de bonnes conditions (un fait rappelé par Nicolas Martin), de diminuer drastiquement la mortalité enfantine et maternelle, de réduire les grandes maladies (variole, paludisme, polio…) partout sur la planète et les progrès continuent. Le futur imaginé par les auteurs ne garde que peu de choses de tout cela. Rien sur tous les progrès en matière de chirurgie, de lutte contre la douleur ou sur le travail des chercheurs dans les labos publics et privés pour poursuivre la lutte contre les maladies.

Progrès dans le domain de la santé

Progrès dans le domaine de la santé (source SciencePop)

Le système de santé publique souffre, doit être protégé à commencer par son personnel mais il fonctionne pour tous, y compris en cette période difficile. Bien sûr, ce n’est pas le rôle d’un recueil de nouvelles imaginant la santé de demain de rappeler tout cela mais c’est important pour le lecteur, de garder cela en tête avant de se plonger dans la lecture du livre, particulièrement en ces temps de pandémie anxiogènes (même si ce n’est pas le sujet central du recueil).

Bien sûr, il faut lire ces textes et écouter l’émission. Cette dernière donne la parole à Stuart Calvo, des Editions La Volte et coordinatrice du livre, Norbert Merjagnan, écrivain, scénariste, l’un des auteurs et Léo Coutellec, philosophe des sciences, maitre de conférence en épistémologie et éthique des sciences contemporaines à Paris-Saclay. Avec les intervenants, vous vous poserez des questions : A quoi tenons-nous dans le domaine de la santé ?  Quels sont nos rapports au soin, à la santé, à l’autre ? La santé est souvent défini comme la non-maladie ou la non-mort, est-ce la bonne vision pour inventer la santé de demain ? Quelle place pour une santé communautaire, pour les médecines alternatives ? So many questions, so little time.

Pendant ce temps, la recherche progresse et démontre tous les jours que la technologie, les données et leurs traitements, utilisés dans des cadres législatifs bien définis (confiance, vie privée), ne sont pas l’ennemi de la santé, et tout au contraire, lui permettent de progresser, aujourd’hui et demain. Trois exemples pour illustrer ce propos.

Coeur artificiel Carmat

Coeur artificiel Carmat

  • En début d’émission, Nicolas Martin a évoqué un film « Never let me go / Auprés de moi toujours« , (Attention spoiler – film décrivant une clinique élevant des enfants pour leurs organes à des fins chirurgicales – fin spoiler). Dystopie quand tu nous tiens. Ceci dit, un des intervenants de l’émission a rappelé que malheureusement le trafic d’organes existait dès à présent. L’entreprise Carmat développe un cœur artificiel qui pourrait sauver la vie de nombreux patients ne pouvant recevoir une greffe. Les organes artificiels sont à terme une piste prometteuse pour supprimer le trafic d’organes.

Hemarina

Hemarina

  • Une des nouvelles raconte l’histoire d’un psychologue capable d’analyser des patients venant de tout l’univers (galaxie ?) et des IA évoluées. Intéressant. Sans rapport, quoique et plus près de nous, aujourd’hui, la société Hemarina travaille sur le sang de vers marins aux services des transplantations. Les solutions dans le domaine de la santé peuvent venir d’autres espèces, dès aujourd’hui, même si elles ne sont pas extra-terrestres. N’attendons pas le premier contact !

Pheal

Pheal

  • Pheal est un projet qui remet le patient au centre de sa santé, et qui, grâce aux objets connectés, et aux traitement des données générées, en relation avec toutes les parties prenantes de la santé, permet de combattre efficacement des maladies chroniques et en particulier la mucoviscidose. Les résultats sont prometteurs.

 

Trois exemples bien concrets qui montrent, dès aujourd’hui, que les acteurs présents de la santé, s’appuyant sur la recherche et la technologie, sont à la source d’histoires vraies au moins aussi passionnantes que celles des auteurs de science fiction dystopique, avec non seulement des happy-end mais des bénéfices réels et concrets pour les malades concernés.

Partageons cette réalité comme des histoires de sciences fictions, et non seulement imaginons mais créons une santé de demain, avec tous les acteurs, médecins, chirurgiens, infirmiers, personnels hospitaliers, chercheurs, entreprises, services publics, associations de patients et chacun d’entre nous, qui continuera à progresser au service de tous, comme elle l’a fait jusqu’à présent.

 » Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. » Alain

A suivre … dans un plus ou moins proche futur.

Pierre Métivier

@PierreMetivier

Note – Trop de « je » dans ce texte, mais les sujets et l’approche du livre m’ont réellement beaucoup questionné personnellement pour les éviter. Et pour qu’il n’y ait pas méprise, je suis un fan de SF. De Damasio, Liu Cixin, Gibson à Brunner, Zelazny, Dick, Spinrad, Silverberg, Van Vogt, Herbert, Stapledon, Asimov, Bradbury, Clarke, Vonnegut, Jacques Sternberg… Sheckley et Douglas Adams aussi, le rire est important même en SF, malheureusement absent de ce recueil mais c’est une autre histoire, ou est-ce une autre histoire ?

Pour aller plus loin