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La révolution blockchain, un livre qui ne laisse pas indifférent.

Wow ! Le livre de Philippe Rodriguez qui vient de sortir aux Editions Dunod ne peut laisser indifférent le lecteur et rarement ai-je autant griffonné dans les marges d’un ouvrage. Il faudrait presque un autre livre pour commenter la  » Révolution blockchain « . Nous nous nous contenterons de ce simple billet.

Le livre peut se décomposer en 5 parties : la genèse du protocole (la genèse plutôt que l’histoire, choix assumé devant les expressions mystiques utilisées pendant tout le livre – NDLR) sur 64 pages, une histoire de la monnaie et de l’économie, passionnante (avec une belle omission) sur 47 pages, une définition et le fonctionnement de la blockchain sur 23 pages, les applications actuelles et potentielles sur 43 pages, et notre futur blockchainisé pour un (possible) meilleur des mondes sur 15 pages.

Philippe commence par nous raconter la genèse des crypto-monnaies. On y rencontre de nombreux personnages qui ont participé directement ou indirectement au développement de la blockchain parmi lesquelles Wei Dai, Friedrich Hayek, l’inévitable et célèbre inconnu Satoshi Nakamoto, Bernard Madoff, Nicholas « Black Swan » Taïeb, Bertrand Russell, Milton Friedmann, Alan Turing, Georges Orwell, William Gibson, Julian Assange, Edward Snowden,  Vitalik Buterin et Benedict Cumberbatch. Cherchez l’erreur. On y parle cyberpunks et cypherpunks, hackers et crypto-anarchie. On y apprend aussi que « la réalité, c’est que l’identité de Satoshi Nakamoto n’a pas d’importance. » Une réponse pratique pour évacuer la question dont on n’a pas la réponse. Ceci dit, Satoshi possèderait 1 million de bitcoins, soit, au cours actuel, 1,3 Mds $ en tant que premier mineur. Source Slate. Quelque chose me dit que l’enquête continue même si cela n’a pas d’importance.

L’histoire de l’économie et de la monnaie est passionnante de la roue de pierre de l’ile de Yap aux billets de banques modernes en passant par les meu(b)les de parmesan en Italie pour en arriver bien sûr aux crypto-monnaies. Sauf erreur de ma part, il manque juste l’histoire de la tulipomanie, la première bulle économique aux Pays-Bas qui se termina en crise financière en 1637, alors que les crises de Law et les subprimes sont bien présents dans le récit. Il est vrai que cette histoire de tulipes a des point communs à la valorisation actuelle des bitcoins et que l’ouvrage évite soigneusement les sujets qui fachent.

Si vous cherchez une définition claire des mécanismes de la blockchain, passez votre chemin, ce n’est pas le bon livre. Ce n’est qu’à la page 123 que le sujet est abordé, sans aucun graphique. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » Si cette maxime de Nicolas Boileau est universelle, alors il y a toujours un problème avec les concepts de blockchains et de bitcoins, une fois passé le concept de confiance distribué. Le chapitre est détaillé, on y retrouve tous les concepts, des mineurs aux preuves de travail mais si vous abordez la lecture sans déjà comprendre le mécanisme, il n’est pas sûr que ce soit différent après sa lecture. La description de la mine de bitcoin en Chine (page 135) est à la fois inquiétante et étonnante avec ses 3,000 mineurs et 10,000 unités de « Antminer S3 ». On est en plein « Total Recall » par 30°C. On découvre que 70% de ce travail de minage est effectué par des chinois, étonnant pour un système supposé redynamiser la démocratie. Est-ce bien rassurant ? Et quid pour les autres blockchains en particulier privés, qui gère ce travail de minage ? Et on est un peu perdu quand The DAO se fait hacké alors que les hackers étaient plutôt sympa dans la première partie du livre. Et on aurait aimé un peu plus de détails sur les conséquences de ce hack et en particulier sur la remise en cause d’un des fondements du système. « The code is law ». Le système est infaillible car ce sont des algorithmes qui le gèrent (le sous-titre du livre). Dans le cas de TheDAO, ils ne l’ont pas été. Le chapitre se termine par une histoire sidérante concernant Z-Cash, une crypto-monnaie, je cite Philippe « A l’occasion d’une cérémonie quasi-rituelle, chacun des 6 fondateurs a détruit son ordinateur avec une flamme au propane, afin de s’assurer que personne ne puisse jamais contourner la sécurité du réseau. » Wow. Pas sûr qu’une flamme au butane aurait permis le même niveau de sécurité ! 😉

Sur les applications, de nombreux cas sont cités. Ceci dit, le premier mis en avant est le paiement en ligne. Ah ! Much Ado About Nothing. Tout ça pour ça. Le monde n’a pas attendu le bitcoin pour permettre les achats en ligne, de même pour la bancarisation en Afrique, autre exemple cité. Il y a déjà quelques années maintenant qu’indépendamment des blockchains, des solutions comme MPesa sur de simples mobiles ont permis le développement des échanges monétaires dans les régions dépourvues de sytème bancaires. Pour les autres cas, on retrouve les classiques banques, assurances, les smart contracts, les smart marketplaces, les fintech, les smart grids, l’internet des objets, la gestion des titres et même la politique, les élections ne seront plus jamais les mêmes lorsqu’elles seront gérées par les blockchains. Ceci dit, beaucoup de tests, peu de déploiements. Sur l’IoT, le bien connu épisode tiré d’Ubik de Philip K Dick, où une porte refuse de s’ouvrir si elle n’est pas payée, est mis en avant. Et c’est un vrai sujet. Ceci dit, est-ce que ce sera mieux parce qu’une blockchain va gérer l’accès plutôt qu’une IA , un simple boite domotique ou un mobile NFC dans notre main ? Rien n’est moins sûr.

La dernière partie est consacrée aux grandes transitions – démographique, écologique, numérique, démocratique et monétaire. Les trois premières sont reconnues, pour les deux suivantes on pourrait les remplacer par la transition dans la santé publique. Ceci dit, pour Philippe Rodriguez, la blockchain est au centre de toutes ces transitions. Elle va créer de la confiance et accélérer les liens humains (p 203). Philippe nous demande si la Révolution Blockchain sera une rébellion contre les institutions (p 206). Sachant qu’en dehors des crypto-monnaies peu utilisées par le grand public (ce livre vaut 19 €), ce sont surtout les banques, les assureurs, les avocats, les gouvernements comme l’Estonie qui testent la blockchain, on ne voit guère la rébellion. Dans la conclusion lyrique, la technologie blockchain va « briser les chaines de la bureaucratie » en recréant de la confiance, de la démocratie, en nous libérant des institutions existantes (politiques et économiques). L’heure des « communs » a sonné.

Des grandes transitions à venir, Philippe omet celle de l’énergie (indissociable de la transition écologique), pourtant clé et pour cause, la blockchain est énergivore, elle consomme beaucoup d’énergie pour fonctionner. Une simple allusion dans le paragraphe consacré à la mine de bitcoins en Chine. Avec le développement de nombreuses blockchains, quelles seront les conséquences pour la planête ? Pas un mot. De même sur la transition démographique et l’emploi. Quelles sont les conséquences d’une généralisation de la blockchain dans la banque, l’assurance, les notaires et bien d’autres ? La désintermédiation et les plateformes ont supprimé de nombreux postes, qu’en est il de la blockchain qui donne le pouvoir de décisions aux machines ?

Si il y a un reproche à faire à ce livre, c’est qu’il présente le protocole d’un point de vue uniquement positif et optimiste, sans faire face aux difficultés et aux problèmes inhérents. Nous avons déjà évoqué les problèmes non traités liés à

Et il y a d’autres sujets que le livre n’aborde pas :

  • L’absence de scalabilité, c’est à dire que plus elle sera utilisé, plus l’énergie nécessaire et la puissance de calcul nécessaire augmenteront au détriment d’autres traitements. La résolution d’énigmes mathématiques sans objet est-elle la meilleure façon d’utiliser les puissances de calculs disponibles sur la planète ?
  • La gouvernance. Qui est responsable des développements ? Tout le monde, c’est à dire personne. Il y a une gouvernance de l’internet, celle de la blockchain est inconnue. « Sur le bitcoin, on estime à 20%, la part de code du bitcoin écrit par Satoshi Nakamoto toujours présent. Le pouvoir de faire des modifications dans le code open-source du bitcoin est désormais entre les mains de Wladimir Van Der Laan, un développeur de bitcoins financé par le Media Lab du MIT.  » Sources Slate,  Fortune déjà cité dans ce blog
  • Autre sujet sur lequel nous aurions aimé des éclaircissements, Philippe fait clairement la distinction en blockchain public et privé, qu’on pourrait comparer à internet et intranet. L’internet doit son succès à son universalité. La blockchain est testé par des banques, des compagnies d’assurances, des cabinets d’avocats, comme une base de données évoluée, loin de cette universalité décrite dans le livre. Est ce toujours de la blockchain ?
  • Les temps de traitement des transactions Bitcoin ne sont pas plus abordés. Alors que les traitements de transactions chez Visa peuvent aller jusqu’à 56,000 par seconde, la moyenne d’un traitement Bitcoin était de 43 mn en 2016 d’après Reddit. Clairement non adapté au paiement.
  • Comme toute nouvelle technologie/protocole, la blockchain et en particulier ses implémentations crypto-monnaies ont leur utilisation plus sombre en particulier pour le monde du blanchiment d’argent et des achats illicites dans des crypto- ou darknet-market. Silence radio.
  • Pas d’explications non plus sur les raisons de la valorisation du bitcoin, dues à des spéculations principalement en provenance de l’Asie, sans rapport avec les grandes idées de Satoshi Nakamoto. Cela ressemble à notre tulipomanie, étrangement absente de la très complète présentation de la monnaie et l’économie.

Vous trouverez en bas de ce billet des liens traitant de ces différents sujets « oubliés » du livre.

Conclusion

Comme indiqué en introduction de ce billet, la  » Révolution blockchain  » est un livre qui ne laisse pas indifférent son lecteur. Passionnant, lyrique, parfois dythirambique, enflammé, foisonnnant d’idées, on est loin d’un livre technique des Editions Dunod et sa conclusion s’approche des idées développées dans « La zone du dehors« , le livre de science-fiction d’Alain Damasio ou de #32mars, un manifeste autour des idées de Nuit Debout au Cherche Midi. Le livre présente une vue volontairement positive et enthousiaste du monde de la blockchain et du bitcoin, sans aspérité ni problèmes et donc sans aborder les sujets qui prêtent à discussion, ce qui réduit sa portée. C’est donc une lecture à compléter par d’autres lectures pour une vision globale et diversifiée d’un protocole en devenir.

« Algorithmes ou institutions, à qui donnerez vous votre confiance ? » est le sous-titre du livre. Les femmes et les hommes, chacun d’entre nous, semblons étrangement absents de ce choix.

Et l’avenir nous dira si les nombreuses prophéties de Philippe Rodriguez se réaliseront. Rendez-vous dans 10 ans, avec le livre.

A suivre.

@pierremetivier

PS. Ce billet est une simple « fiche de lecture » traitant du livre. Il ne remet pas en cause l’intérêt réel du protocole blockchain.

Pour aller plus loin

  • Le texte du communiqué de presse Dunod

Pour beaucoup, la Blockchain est perçue comme une nouvelle technologie – une de plus ! En réalité, son potentiel de rupture est énorme. Le bitcoin, monnaie virtuelle dont la gestion échappe aux banques centrales et son protocole associé, la Blockchain sont fondés sur une technologie disruptive des échanges sur un réseau « indélibile » et en théorie impossible à pirater ou falsifier. A ce jour, les répercussions connues sont limitées aux domaines de la finance et de l’assurance mais la Blockchain pourrait prochainement toucher d’autres secteurs d’activité comme la gestion de l’énergie, l’Automobile et la santé.

Certes, il s’agit d’une technologie immature et très complexe.

Cet essai engagé analyse les enjeux et les risques liés à ce nouvel outil ainsi que ses impacts sociétaux, comme de nouveaux moyens pour entreprendre, la possibilité de coopérer en confiance avec plus d’acteurs et de Business Model radicalement nouveaux.

Publics visés

  • Professionnels de la banque et de l’assurance
  • Consultants
  • Etudiants des masters Finance
  • Public motivé

Les coulisses de la création, un livre à deux voix de Cédric Villani et Karol Beffa

On ne présente plus Cédric Villani, sa carrière de mathématicien multi-facettes, ses nombreux engagements, aussi bien dans la promotion de ses domaines scientifiques que dans le monde des associations culturelles et sociales ou de la politique. Curieux de tout, généreux dans sa volonté de partager simplement des concepts complexes, sa présence dans les médias, que ce soit par ses mots et par son « look Spiderman du XIXème», reconnaissable entre tous, n’a qu’un seul but, promouvoir ses projets scientifiques et humanistes.

Karol Beffa est un peu moins connu du grand public. Compositeur contemporain, d’une facture  » classique « , à contre courant de la musique contemporaine d’état, un sujet sur lequel nous reviendrons. Il a été consacré meilleur compositeur aux Victoires de la Musique et a été également titulaire d’une chaire au Collège de France. Vous trouverez des liens vers sa musique en bas de cette note de lecture.

Ces deux copains de l’ENS (Normal Sup, 1ère école en terme de Prix Nobel passés par ses bancs) ont décidé de confronter et de partager dans un petit livre, « Les coulisses de la création , d’où viennent les idées» (qui vient d’être réédité en format poche aux Editions Champs Sciences), leurs expériences et leurs idées autour de la créativité, et nous faire découvrir leurs processus créatif, comment naissent et progressent leurs idées que ce soit pour le musicien devant son instrument ou sa feuille couverte de portées vides, ou pour le mathématicien face à un problème qui résiste depuis des dizaines d’années à de nombreux chercheurs.

De ce rapprochement est donc né un petit livre de dialogues, facile à lire et plein d’idées, un je(u) d’échanges entre ces deux créateurs. Spécialistes dans leurs domaines, mais ouverts aux et curieux des autres domaines, ils sont donc capables de se donner la réplique et aller plus loin dans la conversation.

Après un début de souvenirs d’école dans les chapitres appelés Genèse (sans rapport bien entendu avec le créationnisme #pasdeçacheznous) et (marteau sans) Maîtres (#poke Karol Beffa), on entre dans les échanges plus « créatifs », autour des thèmes majeurs comme la souffrance, les contraintes, la naissance des idées, l’éducation ou le progrès, des approches plus proches des concepts que le simple lecteur se fait des rouages de la créativité et de l’innovation. On y parle aussi bien théorie mathématique ou musicale (faut-il renouveler le solfège ?) le que numérique (composition automatique d’oeuvres ou vérification automatique de preuves de théorèmes), hasard, travail seul ou en équipe.

Un livre sérieux, où l’humour a peu de place, sauf peut-être dans le chapitre Pastiches (qui aurait pu s’appeler potaches), un chapitre qui montre leur humour anti-système, présentant l’absurdité des pseudo-connaissances en inventant oeuvres, théories ou personnages factices dans leurs domaines respectifs. Le livre donne envie de relire Satie et sa description de sa journée type en tant que compositeur, lui aussi anti-système et ou inspiration est synonyme de créativité. Extrait :

L’artiste doit régler sa vie. Voici l’horaire précis de mes actes journaliers : Mon lever : à 7h18 ; inspiré : de 10h23 à 11h47. Je déjeune à 12h11 et quitte la table à 12h14. Salutaire promenade à cheval, dans le fond de mon parc : de 13h19 à 14h53. Autre inspiration : de 15h12 à 16h07. … 😉

Toujours sur le plan musique, Karol Beffa profite de l’occasion pour régler quelques comptes avec le monde de la musique contemporaine étatique et on lit avec délectation ses descriptions de ce monde fatueux et ankylosé dans leur certitudes sérielles. Il serait possible simplement de sourire et ignorer ses pédants si ce n’est le fait que ces mêmes personnes distribuent l’argent public à leurs disciples, sans se soucier de la réalité des oeuvres créées et de l’intérêt du public, au détriment d’autres compositeurs n’adhérant pas à leurs concepts musicaux surranés.

On y apprend aussi au détour des pages que György Ligeti, autre musicien contemporain que beaucoup connaissent parfois sans le savoir, (Lux Aeterna accompagne le voyage de Discovery One dans les immensités sidérales de 2001 L’Odyssée de l’Espace et des extraits du Requiem sont entendus à chaque apparition du monolithe) avait comme livre de chevet le fameux « Godel, Escher et Bach », livre de toute une génération cherchant du sens entre sciences, cultures, technologies, philosophie, arts, sans frontière ni tabou.

On y croise pour le meilleur et parfois pour le pire Debussy, Ravel, Arvo Part, Boulez, Xenakis, mais aussi Boris Vian, Georges Perec et l’Oulipo ou Daniel Pennac et bien sûr nombres de mathématiciens à commencer par John Nash (celui de film Un homme d’exception) ou Evariste Gallois.

Les maths à la portée de tous

Les maths à la portée de tous #ofcourse

Contrairement à l’idée reçue qui veut trouver un lien fort entre musique et mathématiques, à travers des constructions mathématiques dans les oeuvres musicales (de Bach par exemple) ou le nombre d’or dans certaines partitions, nos deux compères nous expliquent que ce n’est pas le cas. Par contre, on retrouve les grands sujets communs déjà abordés à tout projet créatif et innovant, sans ordre, les contraintes (en particulier de temps), la pression, le hasard, les rencontres, le travail sans relache, les périodes de doutes, les éclairs qui permettent d’avancer … Enfin, certains consultants seront déçus, il n’y a pas besoin de post-its pour être créatif.

Terminons par une citation de Boris Vian, que l’on trouve dans le livre : « Critiques, vous êtes des veaux. » il est donc temps d’arrêter ce petit billet non sans vous avoir encouragé à lire ce bien beau temoignage.

A suivre.

@PierreMetivier

Pour aller plus loin

  • Une conférence de Cédric Villani et Karol Beffa à l’ENS sur le même sujet.

  • La page Facebook de Cédric Villani animée par ses amis. Cédric n’a pas (encore) de compte Twitter.
  • Innovation, humanisme et Fractales  un article sur Musaïques, une des associations présidées par Cédric Villani sur ce blog.
  • La chaine Youtube de Karol Beffa

  • Le blog de Karol Beffa

Bonus puisque plusieurs fois invoqué dans le livre

  • György Ligeti – Lux Aeterna et le Requiem mis en lumière par Stanley Kubrick dans 2001.


RFID, NFC, Internet des objets et innovations sans contact – 4/4 – Perspectives 2017

Prévisions 2017 - Innovation RFID NFC IOT and beyond

Prévisions 2017 – Innovation RFID NFC IOT and beyond

Avant de passer aux prévisions de 2017, prenons le risque de revenir en arrière et se rappeler nos prévisions précédentes. Et donc, qu’avions nous prévu pour 2016, tout d’abord autour de la technologie NFC puis au sujet de l’Internet des objets ?

Apple NFC

  • « Même si en 2015, il n’y a pas eu de développement de nouveaux services NFC hors paiement sur iPhone, nous sommes confiant du support complet à venir. Apple est entré au « board of directors » du NFC Forum en 2015 et c’est un signe très encourageant pour le support à venir des différents modes du NFC. Il est même possible d’envisager des solutions liées au transport pour 2017 en France (déjà possible à Londres). »

Bilan plus que mitigé – Le sans contact version Apple s’est bien développé globalement mais uniquement en version paiement grâce à ApplePay. Il s’est développé également dans le domaine du transport uniquement au Japon, mais sans passer par la norme NFC, en adaptant l’iPhone au standard sans contact local Felica proposé par Sony. Du sans contact oui, mais propriétaire. On peut considérer cet accord comme un frein au déploiement mondial du NFC. Plus de détails sur « RFID, NFC, internet des objets et innovations sans contact – Bilan 2016  – 1/4 – NFC

Paiement sans contact

  • « Au niveau mondial, la bataille entre Apple, Samsung, Google (et potentiellement Microsoft) sur les wallets mobiles NFC va continuer à coup d’annonces et d’accord avec les commerçants et les banques. Et nous ne nous aventurerons pas à annoncer une date quelconque pour un lancement d’une de ces solutions en France alors qu’elles sont disponibles dans les pays anglo-saxons et en particulier USA, Canada et UK. »
  • « En France, 1er commerce à avoir lancée une carte de paiement sans contact avec la carte Pass, Carrefour pourrait également première (à grande échelle (2)) à sortir une application mobile multi-services, indispensable pour différencier une application de paiement carte et mobile, liant promotion, fidélité, couponing et paiement. »
  • « Le paiement de proximité va se développer et dépasser les frontières du couple carte/terminal de paiement, que ce soit coté consommateur sous forme « wearable » comme des bracelets, ou côté vendeur, intégré à des appareils électroniques comme les écrans Think&Go / Ingenico. Le paiement sans contact NFC : dans les magasins mais pas que. »

De nouveau, bilan mitigé – Si le paiement sans contact cartes est entré dans les habitudes des consommateurs, côté paiement mobile, c’est une autre histoire. Apple Pay a été lancé avec la BPCE, Carrefour Banque et Edenred / Ticket restaurant. Du coup, il y a bien une solution de paiement / fidélité sans contact mobile Carrefour mais uniqument sur iPhone et n’intégrant pas la possibilité de promotions spécifiques. Les paiements autres que cartes et mobiles (type bracelet pour concert / festivals) continuent à se développer ainsi que les TPE intégrés aux automates ou à des écrans. Les autres wallet comme celui de Samsung sont toujours absents du marché français.

Enfin, l’arrêt de Kix de BNPP et de la M-Cartes du Crédit Mutuel / CIC étaient prévisibles de part leur faible taux d’adoption et d’utilisation et ces deux services n’ont pas été remplacés (en attendant le déploiement de Paylib NFC) mais nous ne l’avions pas annoncé.

Transport

  • « Le STIF continuera à gérer deux systèmes de billets, à distribuer des tickets magnétiques peu écologiques, et les franciliens continueront à faire la queue devant les automates en début de mois alors que des solutions existent. Et Londres restera toujours plus accueillante pour les touristes grâce au sans contact.
  • Les premiers résultats de la JV Wizway officiellement lancée fin 2015 ne devraient pas être visibles pour le grand public avant début 2017. »

Correct. A notre connaissance, toujours pas de date d’un premier déploiement Wizway. Patience.  Par contre il est désormais possible de recharger son passe lillois grâce à son mobile sans contact sans faire la queue aux automates. Un vieux rêve des franciliens, mis en oeuvre à Lille. Bravo Transpole et Kéolis. Lille: Le réseau Transpole met une pièce sur le paiement sans contact

Internet des objets

  • « 2016 verra la sortie des premiers objets connectés grand public sans batterie, utilisant les tags dynamiques NFC, permettant le développement d’objets connectés économiques et respectueux de l’environnement. »
  • « Dans la lignée de produit comme la Lysbox, souvent abordé dans ce blog, la technologie NFC sera associée à des connectivités longues distances de type Sigfox ou Lora pour créer des services connectés, proche des citoyens tout en étant peu gourmand en énergie. »

Mitigé – Aucun déploiement de masse de ce type (à notre connaissance), hors quelques expérimentations nouvelles présentées sur les salons comme le MWC2017.

Internet des objets

  • « Plus globalement, tout ce qui pourra être connecté le sera, au moins en version proto et sans toujours des usages bien réels malgré les annonces régulières d’innovations révolutionnaires. Par delà les objets connectés grands publics, c’est du côté de la santé, de l’agriculture, de l’eau, de l’énergie et bien d’autres domaines industriels qu’il faudra regarder pour y trouver les développements d’objets connectés les plus prometteurs aux impacts sociétaux les plus importants. »

Correct, à voir à la fois la désaffection des consommateurs sur les objets connectés grand publics comme les smart montres et autres wearables mais pas que, et les développements IOT d’entreprises comme Schneider Electric, Airbus, GRDF, Air Liquide, Vallourec et bien d’autres.

Smart cars

  • « Que l’attente des « smart cars » autonomes de type Google cars ne vous empêche pas de dormir. Malgré les nombreux articles les concernant, elles ne seront pas réellement opérationnelles dans des environnements ouverts avant 10 ou 15 ans. »

Toujours le cas même si les progrès sont indéniables. La voiture autonome par PSA sur Viméo

Le mobile au centre de l’écosystème de l’internet, de l’internet des objets, des objets connectés.

  • « Et puis bien sûr, le mobile est et sera de plus en plus au centre de tout cet écosystème de l’internet, de l’internet des objets, des objets connectés, des objets « smarts, le mobile, et en particulier dans sa version NFC, comme télécommande de notre environnement, mais cela, cher lecteur, vous le saviez déjà 🙂 »

Oui avec pour la première fois une stagnation de la vente des smartphones en 2016. A suivre.

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Cyborg m'était conté.

Cyborg m’était conté.

L’analyse des prédictions pour 2016 montre donc un résultat mitigé ce qui ne nous empêchera pas de récidiver pour 2017 🙂

NFC – Paiement mobile sans contact

  • Les premières solutions mobile sur SIM ayant échouées, les banques vont se reporter sur des solutions HCE indépendantes des opérateurs mobiles. Paylib se déploiera et ne sera pas la seule solution paiement mobile sans contact. Est-ce que cela sera suffisant pour convaincre le consommateur ? Rien n’est moins sûr tant que la solution mobile n’apportera aucune valeur ajoutée à la solution carte sans contact en particulier dans la partie fidélité et promotion. Même topo pour les solutions type Samsung Pay qui tarde à apparaître sur le marché français.

NFC – Electronique

  • En attendant un hypothétique support d’Apple des modes lecteurs de cartes et appairage (un faible espoir avec des annonces récentes d’échanges de données entre appareil iOS à la PalmPilot ou Bump qui pourrait utiliser le NFC), le déploiement de solutions NFC se fera en douceur. Les objets électroniques type appareils photos, enceintes musicales ou imprimantes seront de plus en plus appairables facilement grâce à cette technologie. Des nouveaux objets innovants verront le jour – comme en 2016, des cahiers connectés, un livre, des colliers pour animaux domestiques …  Vous pouvez trouver de nombreux exemples de produits commerciaux NFC sur le site du NFC Forum. A noter aussi les mouvements de type MAKE qui présentent de plus en plus de projets utilisant le NFC – Plus de 120 projets NFC sur le site Instructables.

NFC – Transport

  • Transports franciliens – La présidente de la région et présidente du STIF souhaite une solution NFC dans les transports sur le même modèle que celui de Londres (carte Navigo ET carte de paiement sans contact) ce qui serait une bonne solution, même si difficile à mettre en place (valideurs en sortie dans toutes les gares en IdF). Espérons que cette volonté soit plus couronnée de succès que celle de la précédente présidence, dès 2010, projet qui n’a pas abouti. Ceci dit, ce ne sera pas en 2017.
  • Wizway – Pas d’information permettant d’affirmer qu’il y aura implémentation en 2017.

Internet des objets

  • Comme les années précédentes, les chiffres les plus divers seront annoncés, de 20 à 1,200 mds d’objets connectés en 2020, sans aucune précision sur ce qui se trouve derrière ces chiffres. Ces chiffres n’engageront que ceux qui les utiliseront sans autre analyse.
  • 2017 sera l’année de #mot-clé au choix.
  • Les offres de plateformes seront toujours aussi nombreuses et donc fragmentées.
  • De nouveaux standards censés regroupés les précédents s’ajouteront au précédents.
  • L’internet des objets continuera à être décrite comme une technologie alors que ce n’est pas le cas. C’est un fourre-tout, un ensemble de technologies, de capteurs, d’actionneurs, de protocoles, de plateformes qui permet au monde réel et au monde virtuel de dialoguer, qui permet les échanges de données entre humains, ordinateurs, et objets les plus divers (du géranium connecté du bobo parisien à l’A350 d’Airbus en passant par des volcans au Nicaragua.)
  • Les entreprises industrielles continueront à implémenter des solutions pour améliorer l’efficacité des usines, la logistique, la traçabilité. (Plutôt vague comme prévision, je vous l’accorde.)

Blockchain

  • Les tests continueront, les déclarations également, toujours en attente d’une implémentation complète (hors bitcoin). Pour les uns, ce sera la solution universelle à tous les maux et surtout génératrice de beaucoup de mots, pour d’autres, une idée intéressante avec des avantages indéniables et des inconvénients qui ne le sont pas moins. Le bitcoin restera un objet de spéculation sans utilisation pour le consommateur moyen à court-terme. A suivre avec intérêt, l’esprit ouvert, et en particulier dans les domaines de l’assurance et de la banque, en distinguant bien, annonces, tests/PoC et implémentation réelle.

Les sujets comme le big data, l’intelligence artificielle (dans toute ses versions y compris les bots), la robotique, le data analytics continueront à faire couler beaucoup d’encre, sans que l’année 2017 soit plus importante que 2016 ou 2018. Cela fait des dizaines d’années que des les technologies logicielles et matérielles progressent et tous ces sujets continueront à progresser sans révolution annuelle.

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Voila donc en quatre billets, notre résumé 2016 et quelques directions pour 2017 « and beyond« , bien sûr très succinctes.

Dans tous les cas, gardons l’esprit ouvert – L’esprit c’est comme un parachute, si il n’est pas ouvert, il ne fonctionne pas. Frank Zappa (*)

En attendant les prochaines annonces et les déploiements à venir, de nouveau, bonne année 2017 (#ilseraittemps) à chacun d’entre vous et vos proches, un grand merci pour votre fidélité depuis sept ans et près de quatre cents articles et en espérant vous rencontrer, cher lecteur, à l’occasion d’une conférence ou d’un salon (**). Et n’hésitez pas à apporter vos propres prévisions dans la partie Commentaires de ce billet.

A suivre … ensemble sur le blog, sur Twitter et IRL.

@pierremetivier

(*) Déjà cité dans un billet précédent mais il est souvent nécessaire de le rappeler.

(**) Et justement, un dernier mot pour signaler qu’à titre personnel, je viens d’intégrer l’IESCI, l’Institut Européen de Stratégies Créatives et d’Innovation, qui anime le Club de Paris des Directeurs de l’Innovation ainsi que les Mardis de l’Innovation depuis 17 ans (quelques comptes rendus dans ce blog). A ce titre, mes nouvelles fonctions sont celles d’organisateur et animateur de formation et d’événements avec une vision plus globale et moins technologique de l’innovation. Je continuerai bien entendu à suivre de près les développements du numérique et animer ce blog en toute indépendance éditoriale.

Pour aller plus loin