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Huit ans après la première annonce du STIF, le retour du projet de la carte Navigo sur mobile NFC

Le ticket de transport sur mobile NFC

Le ticket de transport sur mobile NFC (c) Wizway

Le 3 octobre 2017, Ile-de-France Mobilités, le nouveau nom du STIF, l’autorité organisatrice des transports (AOT) pour l’Ile-de-France, a annoncé un certain nombre de mesures liées à la dématérialisation des titres de transports sur mobile NFC, avec des tests en 2018 et un déploiement en 2019. Ce sont bien sûr de bonnes nouvelles pour les franciliens, (potentiellement) l’écologie, nous y reviendrons, et l’écosystème du sans contact.

ViaNavigo 2018-2020

ViaNavigo 2018-2020

  • Les franciliens car il pourront enfin recharger leur forfait Navigo directement sur le mobile sans passer par un automate dans une gare ou une station de métro. Un vrai gain de temps quand on voit les files d’attente à chaque début de mois. Ils pourront également utiliser leur mobile, qu’ils ne lâchent pas des mains, pour valider leur passage.
  • L’écologie puisqu’à terme, le ticket de transport sur mobile pourra remplacer les tickets T+ à bande magnétique pour le voyageur occasionnel,  que beaucoup jettent malheureusement sur la voie publique après utilisation. A terme, avons nous écrit, nous y reviendrons donc.
  • Enfin les industriels des technologies sans contact tels Gemalto, dejamobile, Wizway et de nombreux fournisseurs qui vont développer et déployer les solutions avec les opérateurs de transports franciliens.

Ceci dit, restons prudent, l’histoire (avec un petit h) récente nous le rappelle. Car cette déclaration, de Valérie Pécresse, est très proche de celle de Jean-Paul Huchon, son prédécesseur à la tête de la région et du STIF. Le 16 juin 2009, il y a 8 ans, il annonçait que le pass Navigo allait être hébergé sur mobile NFC, des tests auraient lieu (et ont eu lieu) et tout serait prêt en 2010. Et nous connaissons le (manque de) résultat de cette première annonce. Autres temps. Depuis, l’infrastructure a déjà été en grande partie mise à jour pour accepter la validation NFC dans le cadre du plan sans contact de 2012 (Investissements d’avenir), en parallèle du lancement de la nouvelle carte Navigo, la carte verticale, signé S+arck, la première au protocole NFC. Des tests publics ont bien été effectués sur une ligne de bus à Agenteuil, d’autres moins publics ont eu lieu dans le réseau ferré et j’ai pu voir à titre personnel un passage de valideurs RER avec l’aide d’un mobile NFC il y a plus de 3 ans. La technologie n’est pas le problème.

Prudence également car la solution choisie ne fonctionne pas au jour d’aujourd’hui, avec les iPhones quels qu’ils soient. Un problème connu et reconnu par les industriels et donc ce nouveau service ne toucherait que 900 000 usagers (à mettre en relation avec les millions de franciliens et les nombreux touristes). Ceci dit, Sony et les industriels derrière le standard sans contact Felica au Japon ont su négocié avec Apple pour que cette dernière intègre les fonctionnalités nécessaires à l’utilisation des iPhone à partir de la version 7 sur le réseau de transport japonais. Notre président a rencontré son homologue d’Apple le lundi 9 octobre. Espérons qu’il ait été briefé. Vu les dates annoncées par le communiqué de presse, il reste du temps pour convaincre Apple d’accepter d’ouvrir ses mobiles à la solution mise en place.

Il reste un dernier sujet non abordé dans le communiqué de presse ou dans les articles qui en ont résulté mais qu’on retrouve pourtant sur une infographie du site de l’Ile de France. La solution retenue nécessite une application, ViaNavigo, pour pourvoir utiliser son mobile, que ce soit pour un abonnement que pour un court séjour à Paris. On peut imaginer qu’une grande partie des franciliens installe cette application. Pour les touristes visitant Paris, ou le voyageur occasionnel, c’est moins sûr. Ce qui fait que la solution annoncée ne changera rien à court terme à l’utilisation des tickets de métro et aux deux systèmes de validation – Navigo sans contact (carte et mobile – l’annonce du jour) et le ticket magnétique individuel, les tickets T+, peu impactés par le nouveau système. Une bonne application pour les franciliens mais quasi sans impact pour les touristes ou les voyageurs occasionnels.

The Guardian (c) Philip Toscano/PA

The Guardian (c) Philip Toscano/PA

A Londres, TfL, Transport for London, l’équivalent de Ile-de-France Mobilités, a déployé depuis 2012 dans les bus et 2014 dans le reste du réseau une autre solution, la possibilité d’utiliser directement d’une carte de paiement sans contact (ou un mobile NFC avec une application de paiement sans contact – Apple Pay, Samsung Pay … )  directement sur les valideurs de transport. Il suffit de valider en entrée et en sortie, le calcul du paiement et la facturation se font ensuite. L’énorme avantage est qu’il n’y a plus besoin, pour un voyage occasionnel, d’acheter des tickets ou une carte sur un automate de vente OU d’installer une application sur mobile. C’est un progrès énorme qu’apprécient les millions de touristes qui visitent Londres, et les londoniens qui prennent, de temps en temps les transports en commun. Elle est beaucoup plus simple pour le voyageur. Les chiffres parlent d’eux même. 300 millions de voyages occasionnels par carte ou mobile sans contact depuis 2012 soit 1/4 des voyages occasionnels. Pour les 6 derniers mois de 2015, 3 millions de voyages ont été validés sur mobile sans contact (3,5% des voyages sans contact –  cartes de transport Oyster et cartes bancaires sans contact) sans application à installer. Source TfL.

Validation par CB sans contact 2021

Validation par CB sans contact 2021

Cette solution, la seule qui permettra de réduire (et à terme de supprimer) les tickets papier, est absente de l’annonce mais est donc présente sur le site de Ile-de-France Mobilités et annoncé pour 2021. Elle nécessite d’ajouter des valideurs en sortie des stations de métro et des gares, car ces dernières ne sont pas toutes équipées.

Espérons que tout cela sera prêt pour les JO de 2024. Il y a eu 8 ans depuis l’annonce du Navigo sur mobile par Jean-Paul Huchon. Il reste 7 ans depuis l’annonce de Valérie Pécresse avant les JO. 15 ans au total, ça devrait le faire, non ? On y croit.

A suivre.

@PierreMétivier

Pour aller plus loin

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De 1965 à aujourd’hui en passant par 2001 : l’odyssée de la maintenance prédictive

La maintenance prédictive est la capacité de prévoir qu’un « device », un objet, électronique ou pas, va tomber en panne avant qu’il ne le fasse. Comme de nombreuses technologies régulièrement présentes dans les média, ce n’est pas une idée nouvelle. Nous avons déjà abordé ce décalage entre l’idée et la réalisation d’innovations en particulier numériques dans ce blog. Innovation et technologies numériques, ou l’éternel retour et le gai savoir

Dans le cas de la maintenance prédictive, l’idée semble apparaitre (1) en 1965 dans une oeuvre de science-fiction. Dans le film 2001 L’Odyssée de l’Espace, Stanley Kubrick et Arthur C Clarke la décrivent très précisément. Hal, l’ordinateur de bord (et intelligence artificielle avant l’heure), annonce aux deux membres de l’équipage qu’un module servant à orienter l’antenne de communication vers la Terre va tomber en panne dans les 72 heures.

Extrait du script original

HAL – Sorry to interrupt the festivities, Dave, but I think we’ve got a problem (2).
BOWMAN – What is it, Hal?
HAL – MY F.P.C. shows an impending failure of the antenna orientation unit.
HAL – The A.O. unit should be replaced within the next seventy-two hours.
BOWMAN – Right. Let me see the antenna alignment display, please.
HAL – The unit is still operational, Dave. but it will fail within seventy-two hours.
BOWMAN – I understand Hal. We’ll take care of it. Please, let me have the hard copy.

Le dialogue du film, sorti en 1969, est légèrement différent du script original, mais l’idée est la même.

HAL I’ve just picked up a fault in the AE35 unit. It’s going to go 100% failure in 72 hours.

C’est très clairement de la maintenance prédictive : une application, un logiciel, un algorithme, ici l’ordinateur de bord annonce une future panne et l’équipage peut (théoriquement (3)) réparer avant qu’elle ne se produise.

Beaucoup plus tard, en 1992, la NASA effectue des recherches en ce sens pour le moteur principal de la navette spatiale et l’on retrouve le concept dans le document Fault diagnosis for the Space Shuttle main engine. Rien de spécial en 2001 bien sûr. En 2017, la maintenance prédictive est devenu un énorme marché de 9 milliards de dollars (chiffre 2016 du Cabinet ABI Research cité par Weave) grâce à l’arrivée en grande quantité de capteurs, de connectivités nouvelles, générant et distribuant des données #bigdata dont l’analyse algorithmique ouvre la voie à de nombreuses applications. Les capteurs sont particulièrement importants puisqu’ils permettent de transformer une donnée physique (température, poids, pression, dilatation, vitesse, vibration, …) d’un objet mécanique en donnée numérique qu’il est possible de traiter. Les objets peuvent enfin s’exprimer, en temps réel ce qui permet la naissance de l’internet des objets ou industrie 4.0.

Prenons deux exemples, 52 ans après le script. Deux sociétés tournées vers le transport aérien au sens large se sont emparées du sujet et sont en passe de réaliser cette invention tirée d’un livre/film de science fiction.

Moteur d'ascenseur Schindler

Moteur d’ascenseur Schindler

Tout d’abord, les ascenseurs de la société Schindler sont désormais équipés de nombreux capteurs, attachés sur de nombreux éléments constitutifs de l’appareil. La société développe un sytème, en coopération de Huawei, utilisant toutes les données générées, pour prévoir les pannes, ce qui est bien sûr important, pour les éviter avec des passagers coincés des heures entre deux étages. Tous les industriels de ce secteur travaillent sur des systèmes similaires.

Prenant de la hauteur et encore plus avancée, Air France Industries, une division d’Air France, leader dans la maintenance des flottes d’avions, a développé et utilise Prognos, un système de maintenance prédictive opérationnel à la fois pour les moteurs et pour les avions, basé sur l’analyse des fichiers complexes de données en provenance des systèmes avion pour découvrir les signaux faibles menant à la prédiction des pannes. Quand on connait le coût d’un avion cloué au sol, on comprend l’intérêt à résoudre les problèmes avant qu’ils ne se produisent.

Ces deux exemples concrets d’applications basées sur le traitement des données générées par les « devices » montrent que la maintenance prédictive est promise à un grand avenir. De nombreux autres sociétés en particulier dans le transport ou l’énergie, comme la SNCF ou Vinci, travaillent sur ces sujets où le retour sur investissement est très clairement mesurable.

Ceci dit, pour revenir sur terre, ce serait bien que les constructeurs automobiles se saisissent également du sujet et prédisent la rupture de la courroie de distribution des voitures avant qu’elle ne se produise. #vecu

A suivre ou plutôt … à précéder.

@PierreMetivier

Notes

  1. Si vous connaissez des occurences de l’idée antérieures à 1965, merci par avance de les partager avec les lecteurs en commentaire. NDLR
  2. Une phrase qui n’est pas sans rappeler l’aventure d’Apollo XIII.
  3. #Spoiler

Pour aller plus loin.

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La révolution blockchain, un livre qui ne laisse pas indifférent.

Wow ! Le livre de Philippe Rodriguez qui vient de sortir aux Editions Dunod ne peut laisser indifférent le lecteur et rarement ai-je autant griffonné dans les marges d’un ouvrage. Il faudrait presque un autre livre pour commenter la  » Révolution blockchain « . Nous nous nous contenterons de ce simple billet.

Le livre peut se décomposer en 5 parties : la genèse du protocole (la genèse plutôt que l’histoire, choix assumé devant les expressions mystiques utilisées pendant tout le livre – NDLR) sur 64 pages, une histoire de la monnaie et de l’économie, passionnante (avec une belle omission) sur 47 pages, une définition et le fonctionnement de la blockchain sur 23 pages, les applications actuelles et potentielles sur 43 pages, et notre futur blockchainisé pour un (possible) meilleur des mondes sur 15 pages.

Philippe commence par nous raconter la genèse des crypto-monnaies. On y rencontre de nombreux personnages qui ont participé directement ou indirectement au développement de la blockchain parmi lesquelles Wei Dai, Friedrich Hayek, l’inévitable et célèbre inconnu Satoshi Nakamoto, Bernard Madoff, Nicholas « Black Swan » Taïeb, Bertrand Russell, Milton Friedmann, Alan Turing, Georges Orwell, William Gibson, Julian Assange, Edward Snowden,  Vitalik Buterin et Benedict Cumberbatch. Cherchez l’erreur. On y parle cyberpunks et cypherpunks, hackers et crypto-anarchie. On y apprend aussi que « la réalité, c’est que l’identité de Satoshi Nakamoto n’a pas d’importance. » Une réponse pratique pour évacuer la question dont on n’a pas la réponse. Ceci dit, Satoshi possèderait 1 million de bitcoins, soit, au cours actuel, 1,3 Mds $ en tant que premier mineur. Source Slate. Quelque chose me dit que l’enquête continue même si cela n’a pas d’importance.

L’histoire de l’économie et de la monnaie est passionnante de la roue de pierre de l’ile de Yap aux billets de banques modernes en passant par les meu(b)les de parmesan en Italie pour en arriver bien sûr aux crypto-monnaies. Sauf erreur de ma part, il manque juste l’histoire de la tulipomanie, la première bulle économique aux Pays-Bas qui se termina en crise financière en 1637, alors que les crises de Law et les subprimes sont bien présents dans le récit. Il est vrai que cette histoire de tulipes a des point communs à la valorisation actuelle des bitcoins et que l’ouvrage évite soigneusement les sujets qui fachent.

Si vous cherchez une définition claire des mécanismes de la blockchain, passez votre chemin, ce n’est pas le bon livre. Ce n’est qu’à la page 123 que le sujet est abordé, sans aucun graphique. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » Si cette maxime de Nicolas Boileau est universelle, alors il y a toujours un problème avec les concepts de blockchains et de bitcoins, une fois passé le concept de confiance distribué. Le chapitre est détaillé, on y retrouve tous les concepts, des mineurs aux preuves de travail mais si vous abordez la lecture sans déjà comprendre le mécanisme, il n’est pas sûr que ce soit différent après sa lecture. La description de la mine de bitcoin en Chine (page 135) est à la fois inquiétante et étonnante avec ses 3,000 mineurs et 10,000 unités de « Antminer S3 ». On est en plein « Total Recall » par 30°C. On découvre que 70% de ce travail de minage est effectué par des chinois, étonnant pour un système supposé redynamiser la démocratie. Est-ce bien rassurant ? Et quid pour les autres blockchains en particulier privés, qui gère ce travail de minage ? Et on est un peu perdu quand The DAO se fait hacké alors que les hackers étaient plutôt sympa dans la première partie du livre. Et on aurait aimé un peu plus de détails sur les conséquences de ce hack et en particulier sur la remise en cause d’un des fondements du système. « The code is law ». Le système est infaillible car ce sont des algorithmes qui le gèrent (le sous-titre du livre). Dans le cas de TheDAO, ils ne l’ont pas été. Le chapitre se termine par une histoire sidérante concernant Z-Cash, une crypto-monnaie, je cite Philippe « A l’occasion d’une cérémonie quasi-rituelle, chacun des 6 fondateurs a détruit son ordinateur avec une flamme au propane, afin de s’assurer que personne ne puisse jamais contourner la sécurité du réseau. » Wow. Pas sûr qu’une flamme au butane aurait permis le même niveau de sécurité ! 😉

Sur les applications, de nombreux cas sont cités. Ceci dit, le premier mis en avant est le paiement en ligne. Ah ! Much Ado About Nothing. Tout ça pour ça. Le monde n’a pas attendu le bitcoin pour permettre les achats en ligne, de même pour la bancarisation en Afrique, autre exemple cité. Il y a déjà quelques années maintenant qu’indépendamment des blockchains, des solutions comme MPesa sur de simples mobiles ont permis le développement des échanges monétaires dans les régions dépourvues de sytème bancaires. Pour les autres cas, on retrouve les classiques banques, assurances, les smart contracts, les smart marketplaces, les fintech, les smart grids, l’internet des objets, la gestion des titres et même la politique, les élections ne seront plus jamais les mêmes lorsqu’elles seront gérées par les blockchains. Ceci dit, beaucoup de tests, peu de déploiements. Sur l’IoT, le bien connu épisode tiré d’Ubik de Philip K Dick, où une porte refuse de s’ouvrir si elle n’est pas payée, est mis en avant. Et c’est un vrai sujet. Ceci dit, est-ce que ce sera mieux parce qu’une blockchain va gérer l’accès plutôt qu’une IA , un simple boite domotique ou un mobile NFC dans notre main ? Rien n’est moins sûr.

La dernière partie est consacrée aux grandes transitions – démographique, écologique, numérique, démocratique et monétaire. Les trois premières sont reconnues, pour les deux suivantes on pourrait les remplacer par la transition dans la santé publique. Ceci dit, pour Philippe Rodriguez, la blockchain est au centre de toutes ces transitions. Elle va créer de la confiance et accélérer les liens humains (p 203). Philippe nous demande si la Révolution Blockchain sera une rébellion contre les institutions (p 206). Sachant qu’en dehors des crypto-monnaies peu utilisées par le grand public (ce livre vaut 19 €), ce sont surtout les banques, les assureurs, les avocats, les gouvernements comme l’Estonie qui testent la blockchain, on ne voit guère la rébellion. Dans la conclusion lyrique, la technologie blockchain va « briser les chaines de la bureaucratie » en recréant de la confiance, de la démocratie, en nous libérant des institutions existantes (politiques et économiques). L’heure des « communs » a sonné.

Des grandes transitions à venir, Philippe omet celle de l’énergie (indissociable de la transition écologique), pourtant clé et pour cause, la blockchain est énergivore, elle consomme beaucoup d’énergie pour fonctionner. Une simple allusion dans le paragraphe consacré à la mine de bitcoins en Chine. Avec le développement de nombreuses blockchains, quelles seront les conséquences pour la planête ? Pas un mot. De même sur la transition démographique et l’emploi. Quelles sont les conséquences d’une généralisation de la blockchain dans la banque, l’assurance, les notaires et bien d’autres ? La désintermédiation et les plateformes ont supprimé de nombreux postes, qu’en est il de la blockchain qui donne le pouvoir de décisions aux machines ?

Si il y a un reproche à faire à ce livre, c’est qu’il présente le protocole d’un point de vue uniquement positif et optimiste, sans faire face aux difficultés et aux problèmes inhérents. Nous avons déjà évoqué les problèmes non traités liés à

Et il y a d’autres sujets que le livre n’aborde pas :

  • L’absence de scalabilité, c’est à dire que plus elle sera utilisé, plus l’énergie nécessaire et la puissance de calcul nécessaire augmenteront au détriment d’autres traitements. La résolution d’énigmes mathématiques sans objet est-elle la meilleure façon d’utiliser les puissances de calculs disponibles sur la planète ?
  • La gouvernance. Qui est responsable des développements ? Tout le monde, c’est à dire personne. Il y a une gouvernance de l’internet, celle de la blockchain est inconnue. « Sur le bitcoin, on estime à 20%, la part de code du bitcoin écrit par Satoshi Nakamoto toujours présent. Le pouvoir de faire des modifications dans le code open-source du bitcoin est désormais entre les mains de Wladimir Van Der Laan, un développeur de bitcoins financé par le Media Lab du MIT.  » Sources Slate,  Fortune déjà cité dans ce blog
  • Autre sujet sur lequel nous aurions aimé des éclaircissements, Philippe fait clairement la distinction en blockchain public et privé, qu’on pourrait comparer à internet et intranet. L’internet doit son succès à son universalité. La blockchain est testé par des banques, des compagnies d’assurances, des cabinets d’avocats, comme une base de données évoluée, loin de cette universalité décrite dans le livre. Est ce toujours de la blockchain ?
  • Les temps de traitement des transactions Bitcoin ne sont pas plus abordés. Alors que les traitements de transactions chez Visa peuvent aller jusqu’à 56,000 par seconde, la moyenne d’un traitement Bitcoin était de 43 mn en 2016 d’après Reddit. Clairement non adapté au paiement.
  • Comme toute nouvelle technologie/protocole, la blockchain et en particulier ses implémentations crypto-monnaies ont leur utilisation plus sombre en particulier pour le monde du blanchiment d’argent et des achats illicites dans des crypto- ou darknet-market. Silence radio.
  • Pas d’explications non plus sur les raisons de la valorisation du bitcoin, dues à des spéculations principalement en provenance de l’Asie, sans rapport avec les grandes idées de Satoshi Nakamoto. Cela ressemble à notre tulipomanie, étrangement absente de la très complète présentation de la monnaie et l’économie.

Vous trouverez en bas de ce billet des liens traitant de ces différents sujets « oubliés » du livre.

Conclusion

Comme indiqué en introduction de ce billet, la  » Révolution blockchain  » est un livre qui ne laisse pas indifférent son lecteur. Passionnant, lyrique, parfois dythirambique, enflammé, foisonnnant d’idées, on est loin d’un livre technique des Editions Dunod et sa conclusion s’approche des idées développées dans « La zone du dehors« , le livre de science-fiction d’Alain Damasio ou de #32mars, un manifeste autour des idées de Nuit Debout au Cherche Midi. Le livre présente une vue volontairement positive et enthousiaste du monde de la blockchain et du bitcoin, sans aspérité ni problèmes et donc sans aborder les sujets qui prêtent à discussion, ce qui réduit sa portée. C’est donc une lecture à compléter par d’autres lectures pour une vision globale et diversifiée d’un protocole en devenir.

« Algorithmes ou institutions, à qui donnerez vous votre confiance ? » est le sous-titre du livre. Les femmes et les hommes, chacun d’entre nous, semblons étrangement absents de ce choix.

Et l’avenir nous dira si les nombreuses prophéties de Philippe Rodriguez se réaliseront. Rendez-vous dans 10 ans, avec le livre.

A suivre.

@pierremetivier

PS. Ce billet est une simple « fiche de lecture » traitant du livre. Il ne remet pas en cause l’intérêt réel du protocole blockchain.

Pour aller plus loin

  • Le texte du communiqué de presse Dunod

Pour beaucoup, la Blockchain est perçue comme une nouvelle technologie – une de plus ! En réalité, son potentiel de rupture est énorme. Le bitcoin, monnaie virtuelle dont la gestion échappe aux banques centrales et son protocole associé, la Blockchain sont fondés sur une technologie disruptive des échanges sur un réseau « indélibile » et en théorie impossible à pirater ou falsifier. A ce jour, les répercussions connues sont limitées aux domaines de la finance et de l’assurance mais la Blockchain pourrait prochainement toucher d’autres secteurs d’activité comme la gestion de l’énergie, l’Automobile et la santé.

Certes, il s’agit d’une technologie immature et très complexe.

Cet essai engagé analyse les enjeux et les risques liés à ce nouvel outil ainsi que ses impacts sociétaux, comme de nouveaux moyens pour entreprendre, la possibilité de coopérer en confiance avec plus d’acteurs et de Business Model radicalement nouveaux.

Publics visés

  • Professionnels de la banque et de l’assurance
  • Consultants
  • Etudiants des masters Finance
  • Public motivé