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Le béton connecté, c’est du concret(e) : un bref compte rendu des salons « Intermat » et « World of Concrete ».

Béton connecté

Béton connecté

Un jeu de mot qui fonctionne beaucoup mieux en anglais qu’en français puisque « concrete » en anglais signifie aussi bien concret / réel que béton.

Ceci dit, « the facts remain ». Dans la smart city de demain, il n’y aura pas que les voitures, les vélos partagés, les bâtiments, la signalisation, les compteurs d’énergie, les transports en communs, les portes, les lampadaires … qui seront connectés. Les composants de base de la construction eux-mêmes le seront. Les acteurs des industries à la fois cimentières et de la construction en sont bien conscients. Nous les avions laissé à l’occasion des Rencontres de l’Industrie Cimentière à la Station F le 18 janvier 2018. Nous les retrouvons à l’occasion des salons conjoints «  World of Concrete et Intermat » qui se sont tenus à Paris Villepinte le 27 avril 2018 et en particulier pour des échanges plus approfondis avec deux des startups présentes le 18 janvier – 360 Smart Connect et XTREEE au cours d’une table ronde.

Un petit rappel, pour les lecteurs férus d’innovations numériques et habitués au CES de Las Vegas, au MWC de Barcelone ou à Vivatech à Paris, le salon Intermat regroupe tous les 3 ans l’ensemble des acteurs de la construction et des travaux publics. 1500 exposants, 200 000 visiteurs en provenance de 167 pays (2018). Le salon «  World of Concrete » est donc spécialisé dans la filière béton. Parce que l’innovation n’est pas que numérique, nous vous encourageons à regarder, aussi bien les lauréats que les nominés aux Awards du Salon Intermat pour découvrir la richesse de l’innovation dans cette industrie.

En ce qui concerne la table ronde, elle a commencé par une présentation du nouvellement créé Cement Lab, un espace pour l’innovation dans l’industrie cimentière lancé à la Station F, pour passer des idées à la réalisation. La Station F est un exemple d’un bâtiment industriel transformé en bâtiment tertiaire. Pour Rolland MELET, fondateur de 360 Smart Connect, le Cement Lab a une grande importance, car il permet la prise de  conscience que ce qui s’est passé dans la musique, l’hôtellerie, les taxis, la voiture, peut et va arriver dans la construction.

Le «  béton connecté », alliant technologie NFC intégré dans le béton et la plateforme de gestion de ces étiquettes et des données générées, permet de connecter l’ouvrage à ses données. Il est adapté au monde de la construction, économique dans le moyen d’accès puisqu’un smartphone suffit sans application à installer (webapps) et il est simple à déployer. La donnée est le nouveau composant du béton (tout comme le gravier, le sable, le ciment et bien d’autres). Les produits de la société permettent, par exemple, le suivi des tests béton (reliant le résultat du test et la maquette en supprimant les risques d’erreurs) ou des pièces préfabriquées.

Le «  béton connecté »  permet de créer de la matière communicante, intégrer la traçabilité des matériaux et permet la gestion du BIM (*) distribué bine plus efficace que le level 3, centralisé. Pour Rolland, le béton est généreux, c’est une matière géniale, qui accepte sans sourciller de l’électronique sans l’abimer, la protège au contraire. Le béton est « digitalo-compatible ».

360 SmartConnect

360 SmartConnect

XTREEE - Récifs artificiels

XTREEE – Récifs artificiels

Autre acteur de l’innovation autour du béton, Xtreee. Alban Mallet, son CEO, nous dit que l’impression 3D en béton n’a aucun intérêt pour faire des murs droits. L’industrie sait très bien le faire. Il y a bien sûr des interactions entre construction traditionnelle et impression béton 3D. Parmi les réalisations concrètes : des récifs artificiels en béton. Contrairement aux blocs de béton utilisés jusqu’à présent, les formes sophistiqués sont adaptées à tous les poissons et favorisent la biodiversité. Il existe un seuil de rentabilité entre impression 3D béton et moules / coffrages comme au Mucem ou au stade Jean Bouin.

XTREEE – Poteau Krypton

Le ciment et béton ont permis de couler la pierre, permettre des innovations architecturales depuis leurs création. De même, l’impression 3D béton permet de créer des formes autrement impossibles à générer.  Deux exemples : le poteau Krypton en 2016 à Aix-en-Provence ou le collecteur d’eau de pluie développé avec Point P.

 

Les technologies type béton connecté et impression 3D en béton sont bien concrètes et et ne sont que deux parmi de nombreuses innovations à venir ouvrant un champ nouveau des possibles de la construction, une industrie en plein renouvellement, intégrant des éléments clés de la smart city en devenir.

A suivre

Pierre Métivier

PS. Notons que les badges d’accès au salon « World of Concret » étaient eux-même réalisés en béton.

(*) Building Information Modeling. Un process basé sur un modèle 3D regroupant les informations et les outils nécessaires pour planifier, concevoir, construire et gérer plus efficacement des bâtiments et des infrastructures. Définition adaptée librement d’AutoDesk  et de Wikipedia.

Pour aller plus loin

Intermat Village Startup

Intermat Village Startup

Lorsque la pierre liquide devient également connectée

Rencontres de l'industrie cimentière

Rencontres de l’industrie cimentière

Le 18 janvier 2018 se sont déroulées les Rencontres de l’Industrie Cimentière dans un lieu symbolique pour cette industrie, la halle Freyssinet qui abrite en son écrin la Station F. L’occasion de montrer que l’industrie du ciment, non seulement a toujours été innovante mais qu’elle continue à l’être à travers des développement commun avec la recherche, des présentations de startups et l’annonce de la création du Cement Lab dans le cadre de la StationF.

Lorsqu’on parle innovation, il est rare que le ciment ou le béton viennent à l’esprit, et pourtant, ces deux inventions ont marqué leur temps comme l’ont rappelé les différents intervenants.

Le ciment, la pierre liquide comme l’avait surnommé Arago, a été inventé par Louis Vicat en 1817  il y a donc deux cent ans. Une révolution dans la construction et Louis Vicat, n’ayant volontairement pas déposé de brevet pour que sa découverte soit accessible à tous, a permis que son invention se répande partout dans le monde. Le ciment est devenu un élément indispensable à la composition du béton. Autre inventeur à l’honneur pendant cette rencontre, Eugène Freyssinet, un inventeur peu connu du grand public et pourtant, créateur du béton précontraint. L’événement se déroule dans une halle qu’il a conçu, qui porte son nom et qui est maintenant la « maison » de la Station F.

A l’occasion de ces rencontres, le SFIC, le Syndicat Français de l’Industrie Cimentière a annoncé la création de son Cement Lab, un écosystème de startups favorisant l »innovation dans le secteur du ciment. Le rôle de ce lab sera de réflechir autrement en particulier sur des sujets comme les besoins liées à transition écologique, le traitement et la valorisation des déchets, le recyclage et avec le but de diminuer par un facteur quatre les émissions liées à l’industrie. Construire mieux, plus vite et moins cher. Le Cement Lab devra également développer une dynamique d’échanges entre l’industrie, la recherche et les startups pour répondre aux enjeux de la transition énergétique.

Rencontres de l'industrie cimentière

Rencontres de l’industrie cimentière

Quelques autres points forts de cet événement :

  • Un zoom sur la rénovation de la Halle Freyssinet par Anne Bernard-Gély (SFIC) et Thomas le Diouron (Impulse Partners) – Construit vers la fin des années 20, la halle est fabriquée en béton armé, le symbole de la modernité de l’époque. Jean-Michel Villemote la rénove pour créer le plus grand incubateur de startup du monde avec 20 programmes d’accélération et la proximité de fonds d’investissements.
  • La recherche à l’honneur et en particulier la mise en place de la diffraction rayons X en cimenterie, présentée par Frédéric Dunstetter.
  • La présentation de cinq startups :
    • 360 Smart Connect, le créateur du béton connecté dont la proposition est de faire parler le béton, en utilisant la technologie NFC, bien connue des lecteurs de ce blog
    • Smart Cast, batisseur d’innovation, coffrage de dalles novateur
    • Vizcab by Combo solutions, favoriser la créativité autour d’objectifs énergie et carbone qualifiés et partagés.
    • Airware, les drones au service des cimentiers
    • XtreeE – Impression 3D à base de béton

Le discours de clôture est revenu à Jérôme Stubler, PDG de Vinci Construction, une entreprise bien sûr grande consommatrice de ciments et autres produits et matériaux dérivés. Premier souhait – améliorons ensemble l’image du béton. Mettons moins de ciment dans le béton. Même si, l’industrie a réduit depuis 1990 de 39% les émissions de CO2 conséquentes à la fabrication du ciment, Jérôme Stubler, invite l’industrie à réduire de nouveau de 50% dans les 5 ans. Un dernier message à l’intention des services publics, « laissez nous construire des bâtiments expérimentaux. »

Pendant la réception qui a suivi, la musique ambiante nous parvenait d’enceintes en béton pour un son éponyme bien entendu, des enceintes signées « Le pavé parisien » un projet en financement participatif sur KissKissBankBank.

Un événément qui montre une fois de plus qu’aussi bien l’innovation que l’internet des objets touchent toutes les industries y compris bien sûr les matériaux de construction.

A suivre (avec un compte rendu d’Intermat et de World of Concrete)

Pierre Métivier

Pour aller plus loin

Huit ans après la première annonce du STIF, le retour du projet de la carte Navigo sur mobile NFC

Le ticket de transport sur mobile NFC

Le ticket de transport sur mobile NFC (c) Wizway

Le 3 octobre 2017, Ile-de-France Mobilités, le nouveau nom du STIF, l’autorité organisatrice des transports (AOT) pour l’Ile-de-France, a annoncé un certain nombre de mesures liées à la dématérialisation des titres de transports sur mobile NFC, avec des tests en 2018 et un déploiement en 2019. Ce sont bien sûr de bonnes nouvelles pour les franciliens, (potentiellement) l’écologie, nous y reviendrons, et l’écosystème du sans contact.

ViaNavigo 2018-2020

ViaNavigo 2018-2020

  • Les franciliens car il pourront enfin recharger leur forfait Navigo directement sur le mobile sans passer par un automate dans une gare ou une station de métro. Un vrai gain de temps quand on voit les files d’attente à chaque début de mois. Ils pourront également utiliser leur mobile, qu’ils ne lâchent pas des mains, pour valider leur passage.
  • L’écologie puisqu’à terme, le ticket de transport sur mobile pourra remplacer les tickets T+ à bande magnétique pour le voyageur occasionnel,  que beaucoup jettent malheureusement sur la voie publique après utilisation. A terme, avons nous écrit, nous y reviendrons donc.
  • Enfin les industriels des technologies sans contact tels Gemalto, dejamobile, Wizway et de nombreux fournisseurs qui vont développer et déployer les solutions avec les opérateurs de transports franciliens.

Ceci dit, restons prudent, l’histoire (avec un petit h) récente nous le rappelle. Car cette déclaration, de Valérie Pécresse, est très proche de celle de Jean-Paul Huchon, son prédécesseur à la tête de la région et du STIF. Le 16 juin 2009, il y a 8 ans, il annonçait que le pass Navigo allait être hébergé sur mobile NFC, des tests auraient lieu (et ont eu lieu) et tout serait prêt en 2010. Et nous connaissons le (manque de) résultat de cette première annonce. Autres temps. Depuis, l’infrastructure a déjà été en grande partie mise à jour pour accepter la validation NFC dans le cadre du plan sans contact de 2012 (Investissements d’avenir), en parallèle du lancement de la nouvelle carte Navigo, la carte verticale, signé S+arck, la première au protocole NFC. Des tests publics ont bien été effectués sur une ligne de bus à Agenteuil, d’autres moins publics ont eu lieu dans le réseau ferré et j’ai pu voir à titre personnel un passage de valideurs RER avec l’aide d’un mobile NFC il y a plus de 3 ans. La technologie n’est pas le problème.

Prudence également car la solution choisie ne fonctionne pas au jour d’aujourd’hui, avec les iPhones quels qu’ils soient. Un problème connu et reconnu par les industriels et donc ce nouveau service ne toucherait que 900 000 usagers (à mettre en relation avec les millions de franciliens et les nombreux touristes). Ceci dit, Sony et les industriels derrière le standard sans contact Felica au Japon ont su négocié avec Apple pour que cette dernière intègre les fonctionnalités nécessaires à l’utilisation des iPhone à partir de la version 7 sur le réseau de transport japonais. Notre président a rencontré son homologue d’Apple le lundi 9 octobre. Espérons qu’il ait été briefé. Vu les dates annoncées par le communiqué de presse, il reste du temps pour convaincre Apple d’accepter d’ouvrir ses mobiles à la solution mise en place.

Il reste un dernier sujet non abordé dans le communiqué de presse ou dans les articles qui en ont résulté mais qu’on retrouve pourtant sur une infographie du site de l’Ile de France. La solution retenue nécessite une application, ViaNavigo, pour pourvoir utiliser son mobile, que ce soit pour un abonnement que pour un court séjour à Paris. On peut imaginer qu’une grande partie des franciliens installe cette application. Pour les touristes visitant Paris, ou le voyageur occasionnel, c’est moins sûr. Ce qui fait que la solution annoncée ne changera rien à court terme à l’utilisation des tickets de métro et aux deux systèmes de validation – Navigo sans contact (carte et mobile – l’annonce du jour) et le ticket magnétique individuel, les tickets T+, peu impactés par le nouveau système. Une bonne application pour les franciliens mais quasi sans impact pour les touristes ou les voyageurs occasionnels.

The Guardian (c) Philip Toscano/PA

The Guardian (c) Philip Toscano/PA

A Londres, TfL, Transport for London, l’équivalent de Ile-de-France Mobilités, a déployé depuis 2012 dans les bus et 2014 dans le reste du réseau une autre solution, la possibilité d’utiliser directement d’une carte de paiement sans contact (ou un mobile NFC avec une application de paiement sans contact – Apple Pay, Samsung Pay … )  directement sur les valideurs de transport. Il suffit de valider en entrée et en sortie, le calcul du paiement et la facturation se font ensuite. L’énorme avantage est qu’il n’y a plus besoin, pour un voyage occasionnel, d’acheter des tickets ou une carte sur un automate de vente OU d’installer une application sur mobile. C’est un progrès énorme qu’apprécient les millions de touristes qui visitent Londres, et les londoniens qui prennent, de temps en temps les transports en commun. Elle est beaucoup plus simple pour le voyageur. Les chiffres parlent d’eux même. 300 millions de voyages occasionnels par carte ou mobile sans contact depuis 2012 soit 1/4 des voyages occasionnels. Pour les 6 derniers mois de 2015, 3 millions de voyages ont été validés sur mobile sans contact (3,5% des voyages sans contact –  cartes de transport Oyster et cartes bancaires sans contact) sans application à installer. Source TfL.

Validation par CB sans contact 2021

Validation par CB sans contact 2021

Cette solution, la seule qui permettra de réduire (et à terme de supprimer) les tickets papier, est absente de l’annonce mais est donc présente sur le site de Ile-de-France Mobilités et annoncé pour 2021. Elle nécessite d’ajouter des valideurs en sortie des stations de métro et des gares, car ces dernières ne sont pas toutes équipées.

Espérons que tout cela sera prêt pour les JO de 2024. Il y a eu 8 ans depuis l’annonce du Navigo sur mobile par Jean-Paul Huchon. Il reste 7 ans depuis l’annonce de Valérie Pécresse avant les JO. 15 ans au total, ça devrait le faire, non ? On y croit.

A suivre.

@PierreMétivier

Pour aller plus loin

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