« L’influence de la Femme au Siècle des Nouvelles Technologies du Numérique », une conférence de l’IREST dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes.

L’influence de la Femme au Siècle des Nouvelles Technologies du Numérique

L’influence de la Femme au Siècle des Nouvelles Technologies du Numérique

La conférence intitulée  « L’influence de la Femme au Siècle des Nouvelles Technologies du Numérique » organisée par l’IREST (Institut de Recherches Economiques et Sociales sur les Télécommunications) avec le soutien du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation s’est déroulée le 11 mars 2021 dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes. 

Le pitch de la conférence : « Lors des dernières révolutions industrielles, l’émergence progressive du travail des femmes pouvait être perçue comme une nécessité économique et sociétale. Elles prônaient un modèle sociétal appuyé par une natalité maîtrisée où l’activité féminine permettait d’augmenter les revenus familiaux ainsi que le niveau d’éducation des enfants, toutefois leur accès à l’égalité et au pouvoir restait limité. Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies numériques, cette révolution pourrait théoriquement élargir le champ d’action des femmes actives avec de nouvelles opportunités professionnelles, un meilleur équilibre travail-vie de famille et davantage de parité. Les traits typiquement associés aux femmes comme l’enseignement, la coopération, la communication partagée semblent des qualités clés de réussite dans cette actuelle révolution numérique. Comment cette transformation digitale offrira-t-elle à la Femme la possibilité de façonner davantage ce monde ou au contraire l’exclura elle de son « leadership » ? »

Des intervenantes en provenance de milieux très variées (politique, université, entreprise, recherche, cinéma et sport) ont partagé leurs expériences et leurs conseils sur ces questions après une première intervention de Marc Giget qui a rappelé la place prépondérante de la femme dans l’histoire de l’informatique.

Si vous n’avez eu l’occasion d’y assister ou si vous souhaitez revoir tout ou partie des interventions, vous retrouverez ci-dessus les vidéos séquencées (en cliquant sur les images) ainsi qu’un bref résumé de chaque intervention.

Après l’ouverture par Dominique Balbi, Vice présidente de l’IREST et Sylvie Borzakian, Directrice du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation,  Marc Giget, Club de Paris des Directeurs de l’Innovation, a présenté une keynote intitulée Les femmes et l’informatique, de pionnières à minoritaires.

Richement documentée, la présentation de Marc Giget a balayé l’histoire des liens entre les femmes et l’informatique. De pionnières à minoritaires, d’Ada Lovelace bien sûr au Dr Grace Murray Hopper, la mère des ordinateurs en passant par la fabuleuse histoire des Flappers, un mouvement né aux US après la première guerre mondiale, l’aviatrice Amelia Earhart, Katharine Wright, l’indispensable soeur des frères Wright, les code breakers de la 2ème guerre mondiale, l’étonnante Hedy Lamarr, les ENIAC girls ou Margaret Hamilton, la responsable du code de la Mission Apollo. La masculinisation de l’informatique s’est produite relativement récemment et cette absence des femmes dans la conception des réseaux sociaux (et de nombreux autres domaines comme l’IA) a des impacts négatifs très forts, ce que nous verrons tout au long des interventions.

Marc Giget, Academie des Technologies

Marc Giget, Académie des Technologies

Christine Hennion, Députée des Hauts-de-Seine et Présidente de Femmes@Numérique a présenté le Baromètre numérique sur la place des femmes dans l’économie digitale.

Un constat alarmant : seules 3% des bachelières ont choisi l’option numérique. Elle sont 9% dans les métiers infrastructures et réseaux, 17% dans les métiers de la programmation et du développement, 24% dans les métiers de l’expertise et du conseil numérique et 45% dans les métiers de l’analyse des données et de l’IA.

Christine Hennion, FemmesNumerique

Christine Hennion, FemmesNumerique

Marie-Christine Levet, fondatrice et présidente d’Educapital. L’accès au capital pour les femmes entrepreneurs dans l’économie numérique.

Son parcours part du monde de l’entreprise (Andersen consulting, Disney, PepsiCo) avant le web et la création de Lycos puis la direction de Club Internet et NextRadio TV. Sa dernière aventure, Educapital est la première plateforme d’investissement dans l’éducation innovante. Marie-Christine oeuvre pour la promotion de l’entreprenariat féminin. L’école a un rôle prépondérant tout comme les « role models » féminins. Il faut encourager les jeunes filles à choisir des carrières scientifiques même si l n’y a pas besoin d’être scientifique pour travailler dans le web nous dit-elle. « Chers parents, attention aux jeux que vous offrez aux enfants. » Réduisons les stéréotypes !

Marie Christine Levet, Educapital

Marie Christine Levet, Educapital

Sarah Saint-Michel, maître de conférences, Ecole de Management de la SorbonneLe leadership à l’ère digitale : Quelle sera l’influence des femmes ?

Sarah aborde la quatrième révolution industrielle avec une approche basée sur les compétences comportementales (les softskills). Etre une femme leader, c’est le parcours de la combattante. Il faut transformer le modèle actuel en un modèle de leadership inclusif en 5 points-clé : Développer une vision inspirante du futur, sortir du cadre et être innovant(e), bienveillance, écoute et altruisme, l’exemplarité : incarner ses valeurs et l’authenticité. « Osons faire preuve de leadership pour un monde plus égalitaire. » conclut-elle.

Sarah Saint Michel, Sorbonne

Sarah Saint Michel, Sorbonne

Laurence Devillers, Professeur en IA et éthique, Sorbonne, LISN-CNRS (Saclay), L’intelligence Artificielle : Comment éviter un paysage IA sans la perspective des femmes ?

80% des concepteurs et codeurs sont des hommes, et 80% des objets connectés ont des voix et des noms de femmes nous rappelle Laurence. « Pourquoi Super Mario et non Super Maria, pourquoi les GPS ont-ils des voix de femmes, . … » Elle nous montre que de nombreux produits et services présentent des problèmes de sexisme et comportent de nombreux stéréotypes. De nombreux biais des données et représentations existent par le manque de présence féminine dans ces domaines. Des projets autour d’une intimité avec les machines / affective computing se développent. L’IA renforce les biais de genre en santé, justice et recrutement. Pour conclure, elle nous propose sa lettre aux 1000 petites filles (et 1000 petits garçons) qui naitront aujourd’hui dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes.

Laurence Devillers, CNRS

Laurence Devillers, CNRS

Brigitte Henriques, Vice-présidente de la Fédération Française de FootballLe football au féminin
A travers l’histoire d’une petite fille de 6 ans triste de ne pas pouvoir s’inscrire dans un club de foot, on découvre la longue et difficile ascension du foot féminin en France, vécue et décrite avec passion par Brigitte Henriques. Aujourd’hui, elles sont plus de 207 000 licenciées, 37 000 dirigeantes et plus de 1000 arbitres. Comme l’avait abordé Marie-Christine Levet, les « role models »  féminins (en l’occurence les joueuses de l’équipe de France) ont un rôle clé dans l’engouement du foot féminin. « La plus value n’est pas d’avoir des femmes à la fédération, c’est la mixité – hommes et femmes. » Le club des 100 femmes dirigeantes du foot féminin a été créé pour donner un coup de pouce au développement à la féminisation des directions de club de football.

Brigitte Henriques, FFF

Brigitte Henriques, FFF

Florent Pratlong, Directeur du Master Management Innovation des Technologies, Université PARIS 1 Panthéon Sorbonne, un des partenaires de la soirée, a présenté le master sous la houlette bienveillante de Marie Curie.

Florent Pratlong, IMT, Sorbonne

Florent Pratlong, IMT, Sorbonne

Enfin, une invité surprise, Isabelle Simeoni, Autrice et Réalisatrice, nous a parlé de son dernier documentaire, Regard noirs  avec Aissa Maiga sur la représentation des femmes noires au cinéma, mettant en évidence un manque de diversité flagrant.

Isabelle Simeoni

Isabelle Simeoni

Cette belle soirée s’est terminée avec une dynamique session de questions/réponses avec les intervenants. Un événement à (re)vivre quand vous le souhaitez en intégralité sur la chaîne des Mardis de l’Innovation.

A suivre

Pierre Métivier
@pierremetivier

Pour aller plus loin

Les femmes de l'informatique

Les femmes de l’informatique

Sauve qui peut, demain la santé. Un livre, une émission de radio et des questions autour de santé, science fiction et … progrès

Sauve qui peut Demain la santé La Volte

Sauve qui peut Demain la santé La Volte

Publié en septembre 2020, le livre  » Sauve qui peut, demain la santé  » aux Editions La Volte est un recueil de nouvelles sur le sujet de la santé de demain, imaginées par des auteurs de science-fiction. Ces 15 textes ont été sélectionnés parmi les 250 reçus par la maison d’édition suite à un appel à textes public.

Après avoir terminé la lecture dimanche de ce pavé de 663 pages, je(*) me suis retrouvé avec beaucoup de questions, d’interrogations et une envie de partager mes (res)sentiments par rapport à ces différents textes, souvent passionnants, bourrés d’idées, comportant de belles envolées lyriques et poétiques, mais parfois violents à outrance et souvent dérangeants dans une critique clairement affichée du système de santé actuel et sur une vision très noire de son futur. Est-ce que c’est vraiment ce qui nous attend ?

J’avais prévu une citation pour illustrer un futur article :

 » Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. »

du Spleen baudelairien #cestdire et je ne savais pas comment approcher cet article tout en restant positif et optimiste.

Heureusement, Nicolas Martin, producteur et animateur de la belle et indispensable émission « La méthode scientifique » sur France Culture m’est venu en aide, en organisant une émission sur le sujet sous le titre « Demain la santé : soignez vous à la SF ! » autour du livre, cette même semaine, un podcast à retrouver sur France Culture.

Comme il a été rappelé pendant l’émission, la science fiction imagine plus souvent des futurs sombres que des bluettes. Les dystopies sont légions et le sujet de la santé est particulièrement propice à une approche sombre et pessimiste.  On retrouve, dans cette anthologie très « manifeste et politique » (les mots de Nicolas Martin), principalement les sujets santé sous les feux des projecteurs médiatiques de type big pharma, les GAFAMs, les réseaux sociaux, l’IA et les data, la déliquescence du système de santé, la numérisation à tout va, la médecine réservée aux plus riches, le manque d’humanité, des sujets traités dans un futur plus ou moins proche … ainsi que quelques propositions liées à la nature, aux communautés #commons, et autres solutions  » magiques « , l’adjectif de nouveau est de Nicolas, le tout dans un style souvent inspiré par Alain Damasio, grand auteur des Editions La Volte. N’oublions pas (au moins) deux séjours (de mémoire) dans l’espace aussi, quand même.

Si la santé de demain est celle de ces textes, on peut se faire du soucis et c’est bien sûr le but des auteurs d’attirer l’attention sur ce qui ne va pas. On peut regretter qu’on n’y  retrouve pas malgrè tout un prolongement des progrès apportés par les sciences et la recherche depuis le début de l’humanité et qui ont permis, par exemple, d’augmenter considérablement le durée de la vie humaine dans de bonnes conditions (un fait rappelé par Nicolas Martin), de diminuer drastiquement la mortalité enfantine et maternelle, de réduire les grandes maladies (variole, paludisme, polio…) partout sur la planète et les progrès continuent. Le futur imaginé par les auteurs ne garde que peu de choses de tout cela. Rien sur tous les progrès en matière de chirurgie, de lutte contre la douleur ou sur le travail des chercheurs dans les labos publics et privés pour poursuivre la lutte contre les maladies.

Progrès dans le domain de la santé

Progrès dans le domaine de la santé (source SciencePop)

Le système de santé publique souffre, doit être protégé à commencer par son personnel mais il fonctionne pour tous, y compris en cette période difficile. Bien sûr, ce n’est pas le rôle d’un recueil de nouvelles imaginant la santé de demain de rappeler tout cela mais c’est important pour le lecteur, de garder cela en tête avant de se plonger dans la lecture du livre, particulièrement en ces temps de pandémie anxiogènes (même si ce n’est pas le sujet central du recueil).

Bien sûr, il faut lire ces textes et écouter l’émission. Cette dernière donne la parole à Stuart Calvo, des Editions La Volte et coordinatrice du livre, Norbert Merjagnan, écrivain, scénariste, l’un des auteurs et Léo Coutellec, philosophe des sciences, maitre de conférence en épistémologie et éthique des sciences contemporaines à Paris-Saclay. Avec les intervenants, vous vous poserez des questions : A quoi tenons-nous dans le domaine de la santé ?  Quels sont nos rapports au soin, à la santé, à l’autre ? La santé est souvent défini comme la non-maladie ou la non-mort, est-ce la bonne vision pour inventer la santé de demain ? Quelle place pour une santé communautaire, pour les médecines alternatives ? So many questions, so little time.

Pendant ce temps, la recherche progresse et démontre tous les jours que la technologie, les données et leurs traitements, utilisés dans des cadres législatifs bien définis (confiance, vie privée), ne sont pas l’ennemi de la santé, et tout au contraire, lui permettent de progresser, aujourd’hui et demain. Trois exemples pour illustrer ce propos.

Coeur artificiel Carmat

Coeur artificiel Carmat

  • En début d’émission, Nicolas Martin a évoqué un film « Never let me go / Auprés de moi toujours« , (Attention spoiler – film décrivant une clinique élevant des enfants pour leurs organes à des fins chirurgicales – fin spoiler). Dystopie quand tu nous tiens. Ceci dit, un des intervenants de l’émission a rappelé que malheureusement le trafic d’organes existait dès à présent. L’entreprise Carmat développe un cœur artificiel qui pourrait sauver la vie de nombreux patients ne pouvant recevoir une greffe. Les organes artificiels sont à terme une piste prometteuse pour supprimer le trafic d’organes.

Hemarina

Hemarina

  • Une des nouvelles raconte l’histoire d’un psychologue capable d’analyser des patients venant de tout l’univers (galaxie ?) et des IA évoluées. Intéressant. Sans rapport, quoique et plus près de nous, aujourd’hui, la société Hemarina travaille sur le sang de vers marins aux services des transplantations. Les solutions dans le domaine de la santé peuvent venir d’autres espèces, dès aujourd’hui, même si elles ne sont pas extra-terrestres. N’attendons pas le premier contact !

Pheal

Pheal

  • Pheal est un projet qui remet le patient au centre de sa santé, et qui, grâce aux objets connectés, et aux traitement des données générées, en relation avec toutes les parties prenantes de la santé, permet de combattre efficacement des maladies chroniques et en particulier la mucoviscidose. Les résultats sont prometteurs.

 

Trois exemples bien concrets qui montrent, dès aujourd’hui, que les acteurs présents de la santé, s’appuyant sur la recherche et la technologie, sont à la source d’histoires vraies au moins aussi passionnantes que celles des auteurs de science fiction dystopique, avec non seulement des happy-end mais des bénéfices réels et concrets pour les malades concernés.

Partageons cette réalité comme des histoires de sciences fictions, et non seulement imaginons mais créons une santé de demain, avec tous les acteurs, médecins, chirurgiens, infirmiers, personnels hospitaliers, chercheurs, entreprises, services publics, associations de patients et chacun d’entre nous, qui continuera à progresser au service de tous, comme elle l’a fait jusqu’à présent.

 » Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. » Alain

A suivre … dans un plus ou moins proche futur.

Pierre Métivier

@PierreMetivier

Note – Trop de « je » dans ce texte, mais les sujets et l’approche du livre m’ont réellement beaucoup questionné personnellement pour les éviter. Et pour qu’il n’y ait pas méprise, je suis un fan de SF. De Damasio, Liu Cixin, Gibson à Brunner, Zelazny, Dick, Spinrad, Silverberg, Van Vogt, Herbert, Stapledon, Asimov, Bradbury, Clarke, Vonnegut, Jacques Sternberg… Sheckley et Douglas Adams aussi, le rire est important même en SF, malheureusement absent de ce recueil mais c’est une autre histoire, ou est-ce une autre histoire ?

Pour aller plus loin

Le bitcoin, le grand absent des rapports sur la sobriété numérique.

2020 aura vu la montée du concept de sobriété numérique, en réponse aux inquiétudes anciennes mais de plus en plus présentes, de l’impact environnemental du numérique. Pas moins de quatre rapports très détaillés ont été publiés cette année en France – la feuille de route numérique et environnement du CNNum, « Déployer la sobriété numérique » du Shift Project, « Pour un numérique soutenable » de l’ARCEP et « Sobriété numérique : une démarche d’entreprise responsable  » du Cigref (avec The Shift Project). Le sujet a également fait partie des échanges de la récente Convention Citoyenne pour le Climat.

Quand on étudie ces rapports, de nombreuses pistes sont envisagées pour réduire l’impact du numérique sur l’environnement, que ce soit dans la fabrication des appareils (mobiles, ordinateurs, TV, serveurs) que dans notre utilisation du numérique à titre individuel (en particulier les vidéos en streaming type Netflix), professionnel et les infrastructures sous-jacentes – telecom, data centers, IA, serveurs, cloud, 5G, IoT, …

Un simple recherche de mots-clés dans les rapports pré-cités donne les occurences suivant.

Les usages bien sûr sont omniprésents. L’utilisation des services numériques entraine une consommation énergétique qu’il nous faut maitriser. Les termes 5G, IA, streaming, cloud, mobiles, serveurs, IOT figurent également à des degrés divers suivant les sources. Exemple : on ne regarde pas Netflix en entreprise et donc les mots video ou streaming n’apparaissent pas dans le rapport du Cigref. Le point commun de tous ces rapports est l’absence du mot – bitcoin (et la rareté du terme blockchain).  

Pas une seule occurrence des deux termes dans le rapport du Shift Project sur la sobriété numérique (1) et pas plus dans le rapport de l’Arcep – pour un numérique responsable (plus centré sur les télécoms il est vrai). Dans le rapport du CNNUM, il est précisé qu’il faudra  » Établir des critères de durabilité pour les technologies de registres distribués, aussi dites blockchain, et réfléchir à des stratégies de réduction d’impact par usage telles que la cryptomonnaie  » (page 45) mais sans un mot sur le bitcoin lui-même pourtant clairement visé de part sa taille. Dans le rapport du Cigref développé avec The Shift Project, il est simplement écrit  » Il n’existe pas de mesures d’impact environnemental concernant les nouvelles technologies (IA, blockchain, IoT…). » ce qui pourrait être discuté car il existe des rapports sur la consommation énergétique du bitcoin (et de l’IA) – voir en annexe. Ajoutons que sur le site de référence de la sobriété numérique GreenIT.fr, le dernier article au sujet de la consommation énergétique du bitcoin date d’août 2017.

Et pourtant, pour Pierre Boulet, CNRS, fév. 2020 (2) « le réseau Bitcoin a une consommation électrique en 2019 entre 30 et 80 TWh par an et a une empreinte carbone de 15 à 40 MtCO2-eq, comparables à celle de pays comme l’Autriche, la Belgique ou le Danemark. »  Il ajoute « Le problème est que cet impact environnemental ne sert qu’à assurer la sécurité du système, et à rien d’autre. La puissance de calcul nécessaire pour attaquer par la force brutale le Bitcoin nécessite au moins la moitié de la puissance de minage (ou 25 % pour certaines attaques particulières), ce qui est, par construction, prohibitif.« 

Pour la Judge Business School de l’University of Cambridge, et son Cambridge Bitcoin Electricity Consumption Index, le bitcoin consomme entre 35 et 156 TWh annuel, et tout cela sans aucun « usage » réel. Rappelons que pour le citoyen, les usages du bitcoin se limitent à un outil de spéculation financière et une crypto-monnaie principalement réclamée pour payer des ransomwares (3).

Cette absence est incompréhensible. Un simple oubli ? C’est peu probable connaissant le professionnalisme des commanditaires, des auteurs et des associations impliquées. Proposons une autre piste, plus idéologique, due à la nature même du bitcoin et de la famille crypto-monnaie et blockchain.

La famille bitcoin possède des particularités par rapport aux autres technologies numériques. Son origine, toujours inconnue à ce jour (4), lui confère un côté magique. Elle présente, pour ses défenseurs, une image de liberté et d’indépendance, loin des gouvernements, des banques ou des entreprises même si ces dernières s’y intéressent de près à commencer par Facebook. Elle est le symbole d’une confiance dans un numérique indépendant qui va permettre d’assurer des transactions, des contrats, des monnaies (entre 4000 et 7000, personne ne sait réellement d’après le site e-crypto-news(5)), plus globalement de nombreuses fonctions régaliennes sans tiers de confiance humain, sans la présence d’autorités type gouvernementales. On va pouvoir se passer des banquiers, des avocats ou des notaires. Le point de départ est le bitcoin, qui doit prouver son utilité et sa résilience. Pour l’écosystème de la blockchain et des crypto-monnaies, rappeler que le bitcoin, toujours la seule application à l’échelle mondiale de la blockchain, est un gouffre énergétique (ce qui est factuel du fait de la méthodologie utilisée pour la preuve de travail), revient à critiquer la blockchain, tous les avantages qu’elle est censée apporter à la planète  ainsi que toutes les autres crypto-monnaies (un autre débat). La consommation énergétique du bitcoin ne doit pas être un obstacle pour la réussite de cette vision plus globale.  En conséquence, ne pas aborder le sujet de la consommation énergétique du bitcoin dans une étude sur la sobriété numérique de la part de ces auteurs ressemble à un soutien plus ou moins direct à l’écosystème bitcoin, blockchain ou crypto-monnaies au détriment d’une vision globale des services numériques et des solutions à apporter dans le cadre de la sobriété numérique.

Dans les articles et études étudiant la sobriété numérique, les consommations énergétiques des opérateurs télécoms sur la 5G, de Netflix pour le streaming , de l’internet des objets, de l’intelligence artificielle, des fabricants de mobiles en terme de terres rares, des fermes de serveurs, du cloud, et de chacun d’entre nous, les consommateurs, de l’usage de ces mêmes mobiles et services numériques, sont tous étudiés et discutés, des solutions sont proposées et c’est bien. L’absence de l’écosystème bitcoin, blockchain ou crypto-monnaies, sans aucune explication, dans ces mêmes études semble être un parti-pris qui pourrait remettre partiellement en cause l’impartialité de leurs auteurs et leurs conclusions.

Le sujet de ce billet est bien principalement le bitcoin, sa consommation énergétique réelle et mesurée par rapport aux usages apportés aujourd’hui et son absence dans le cadre de nombreuses discussions sur la sobriété numérique et de ses rapports de référence. Il ne remet pas en cause la finalité ou les possibilités offertes par l’écosystème blockchain. Et même si la consommation énergétique s’effectue principalement dans d’autres pays (tout comme la fabrication des mobiles ou le minage physique des terres rares par ailleurs), c’est parce qu’il y a spéculation, achat et vente de bitcoins, en France et ailleurs, que les bitcoins sont minés et donc génèrent cette dépense énergétique qui doit être étudiée (6) comme  toutes les autres technologies numériques, à travers « des stratégies de réduction d’impact par usage «  comme le précise le texte du CNNum déjà cité.

My own two cents ou plutôt my own 0,00000087 bitcoin !

A suivre … en attendant, espérons-le, les retours des auteurs des différents rapports. Ce blog leur est ouvert.

Pierre Métivier
@pierremetivier

Notes

  1. Dans son rapport  » Climat : L’insoutenable usage de la vidéo en ligne, juillet 2019« , The Shift Project indiquait que  » Les émissions de gaz à effet de serre des services de vidéo à la demande (de type Netflix ou Amazon Prime) équivalent à celles d’un pays comme le Chili (plus de 100 MtCO2eq/an). » Tout en prenant tous ces estimations avec des pincettes,  le bitcoin seul (sans ajouter Ethereum et tous les autres crypto-monnaies et autre projets blockchain)  aurait une empreinte carbone de 15 à 40 MtCO2-eq (chiffres CNRS, site  ecoinfo)  ce qui représente entre 15% et 40% de « l’insoutenable » empreinte carbone du streaming et pourtant le sujet est absent des rapports du Shift Project.
  2. Autour de la consommation énergétique de la blockchain sur le site ecoinfo du CNRS
  3. De nouveau, le sujet est le bitcoin lui-même. Et je ne vais pas me faire que des amis avec ce résumé des usages du bitcoin.
  4. Comme le rappelle l’article Wikipedia,  » Satoshi Nakamoto, le pseudonyme utilisé par la ou les personnes qui ont développé Bitcoin posséderait un million de bitcoins qu’il aurait acquis en minant les 20 000 premiers blocs de la chaîne de blocs. »  Ce 19 décembre 2020, la valeur du bitcoin est de 23 800 $, sa fortune est estimée à 23,8 md $
  5. e-cryptonews – How Many Cryptocurrencies Are There In 2020? – 2 déc 2020
  6. Pour une vision positive et optimiste de l’empreinte écologique des crypto-monnaies en général, lire le rapport de Blockchain Partners – Impact écologique des blockchains et cryptomonnaies : idées reçues et réalités

Pour aller plus loin

Carte mondiale du minage des bitcoins