IA, cyber-sécurite, IOT et systèmes critiques aux Assises de l’Embarqué

Les Assises de l'Embarque 2019

Les Assises de l’Embarque 2019

Embedded France est l’association des représentants français des logiciels et systèmes embarqués. Elle est ouverte à tous les acteurs industriels (grands groupes, PME, start-ups…), académiques (Universités, Instituts de recherche, Ecoles d’ingénieurs …) et aux associations professionnelles représentatives de domaines intégrant des systèmes embarqués. L’association a pour objectif de développer l’emploi dans la filière française des systèmes et logiciels embarqués et de contribuer à la compétitivité de ce secteur. Et elle tenait ses Assises le 19 novembre à Bercy, et on y a parlé IA, cyber-sécurite, IOT, systèmes critiques et mobilités. Ci-joint donc un compte-rendu trop long d’une journée passionnante. De nombreux liens sont présents dans ce post, n’hésitez pas à les découvrir pour plus de détails.

Tout d’abord, les différentes commissions ont présenté le résultat de leurs travaux de l’année et les projets pour l’année prochaine. Dans les grandes lignes :

Retrouvez toute les actions et l’actualité des groupes de travail d’Embedded France.

Les GT Embedded France

Les GT Embedded France

Première table Ronde : Quelles perspectives selon les secteurs ? Analyse des besoins et des freins en matière de sécurité et de sûreté dans l’automobile, l’aéronautique, le ferroviaire… avec  des représentants de Renault, PSA, Safran et Alstom. Clairement une table ronde dans la lignée des débats de la Convention de l’Académie des Technologies autour de la Cybersécurité dans le transport terrestre de demain, compte-rendu sur ce post. Le sujet est d’actualités.

Comme la veille, les constructeurs et les équipementiers (et tout l’écosystème) rappellent que la lutte contre les cyber-risques se gagnera ensemble. Il est indispensable d’être groupé pour résister à ces attaques invisibles.  Il n’est pas facile d’expliquer pour les constructeurs que, malgré tous les efforts effectués pour sécuriser les systèmes numériques de la voiture, le risque zéro n’existe pas.

Le cas du Boeing 737 Max est utilisé pour illustrer l’importance des homologations dans le transport et l’importance des conséquences. De nouveau, mutualiser les expériences, collaborer. 60% des problèmes cyber sont humains précise Eric Dequi, Groupe PSA. Dans les multicoeurs des microprocesseurs utilisés dans les voitures, un des coeurs est (sera?) dédié à la cybersécurité.

TR1 Perspectives

TR1 Perspectives

La table ronde suivante est consacrée à la  Sûreté et sécurité : quels solutions pour faire sauter les verrous techno ? avec des représentants de Provenrun, Microsoft France, l’ANSYS, le CEA et Avnet. Pour rappel (j’en ai eu besoin), la sécurité désigne les moyens de prévention et d’intervention contre les risques à caractère accidentel, la sureté concerne la prévention des actes de malveillance. Cela s’applique bien sûr également au monde IT. Confusionnant avec la cybersecurity qui est malveillante.

Où l’on parle donc safety et sécurité, sureté et cyber sécurité, OT et IT – des problèmes symétriques ou asymétriques ? Sur la sécurité, on n’a plus d’excuses, les solutions existent. Dans l’industrie, on n’est pas dans le grand public. Un appareil doit fonctionner 10, 20, 40 ans pour Guillaume Crinon, Avnet. Hommage du panel pour les travaux du CEA et de  l’INRIA. Le site de la plateforme S3P, l’alliance Smart, Safe and Secure. http://www.s3p-alliance.fr

TR2 Sureté et Sécurité

TR2 Sureté et Sécurité

Les 10 nominés aux Trophées de l’Embarqué 2019 ont présenté leurs solutions avant la remise des prix en fin de journée.

  • Allshot – un airbag pour motard
  • Antbot, un robot qui ne se désoriente pas
  • Association Catie et la plateforme 6Tron
  • CorWave, une pompe cardiaque implantable de nouvelle génération
  • Edge Technologies, capteurs intelligents dans des environnements type Seveso.
  • Grapheal, un assisant de soin intelligent pour le suivi de la cicatrisation < #NFC inside
  • CetraC  un switch 100% hardware
  • Toucango – Innov+ Technologies innovantes de reconnaissance faciale , système intelligent d’assistance à la vigilance des conducteurs professionnels
  • WeProov, solution d’inspection digitale qui automatise la gestion des sinistres.
  • Yumain, Edge computing sensor, des capteurs basses consommations.

Et un petit retour sur Arcure, protection périmétrique autour des engins industriels mobiles et des robots, lauréat du Trophée 2018 de l’Embarqué IoT pour l’industrie et les services.

Les premiers résultats de l’étude DGE/ Embedded France sur les Systèmes Cyber-Physiques ont été présentés par Hervé Dissaux, Katalyse.

5 axes prioritaires – Fortification des apports français sur les briques technologiques, structuration de l’écosystème pour une réponse cohérente et puissante, Développement d’une réponse pour le maintien de la souveraineté technologique française, appui au développement de solutions CPS, Appui à l’intégration des CPS dans les PME françaises.

6 préconisations – Appuyer un lieu de convergence des forces vives de la filière, soutenir les travaux de standardisation, créer un appel à projets innovants et des challenges ouverts sur les CPS, continuer à développer des briques et des solutions sur étagère, sensibiliser les PME, améliorer l’accompagnement des PME.

En attendant la nouvelle version de l’étude, ci-joint le doc de travail de mai 2017

Troisième table ronde intitulée “L’IA au service de la sûreté et cybersécurité” Quels risques et opportunités ? avec des représentants d’Altran, du CEA List, du Laas CNRS et de IRTSystemX.

L’ANITI, l’institut interdisciplinaire d’intelligence artificielle de Toulouse,y est présenté. Co-construction chercheurs et industriels   Autre sujet abordé . L’intelligence artificielle hybride : l’art de concilier la logique et l’apprentissage  Il existe un programme ambitieux au CEA autour de l’intelligence artificielle de confiance nous dit François Terrier CEA. Certaines branches / technologies de l’ IA ne sont pas (encore) disponibles sur des systèmes embarqués.  Confiance et hybridation, les deux mots-clés retenus par Loïc Cantat, IRTSystemX. Sur les navires militaires, il y avait des marins pour surveiller que les bonnes personnes étaient aux bons endroits, aujourd’hui ce sont les « User Behaviour Analytics » qui gèrent cette surveilleance nous dit  Hervé Le Duff, Altran.  Une très bonne question juridique sur la responsabilisation des utilisateurs de l’IA est posé par la salle.  » Le docteur est-il responsable d’une décision médicale prise un système à base dl’IA. » Un vraie sujet sans réponse précise. Existe-t’elle cette réponse ?

A la question – L’IA , plutôt risques ou opportunités pour les CPS, les deux bien sûr, l’attaquant a les mêmes technologies, voire, est en avance.

TR3 IA et cybersécurité

TR3 IA et cybersécurité

Nous souhaitons un bon anniversaire au Conseil de l’innovation, 1 an déjà 🎂 avec notre hôte Mathieu Weill, Direction Générales des Entreprises. La DGE se transforme et tne distribue plus d’argent sur des projets individuels, il y a des opérateurs pour cela, essentiellement  BPI France. Les questions auxquelles tentent de répondre la DGE : En 2025, qu’est ce qu’on va produire, avec qui et comment ? Innovation et production. Quels métiers et compétences ?

Bertrand Tavernier Thales

Bertrand Tavernier Thales

Le Grand Témoin, Bertrand Tavernier, VP Software, Thales Group nous parle de « Digital Transformation : from cloud to field » ave énergie et passion. Il aborde des sujets comme les chaines de décision critique, from OT to IT, from field to cloud, sureté et sécurité, défend l’Open Source Hardware et en particulier l’écosystème RISC-V.  L’ Open Source est très compatible avec l’open innovation.

L’annonce et la remise des Trophées 2019 de l’Embarqué concluent cette belle journée. Et les prix ont été attribués à :

  • Catégorie IoT Industriel et Services ANTBOT, un robot qui ne se désoriente pas
  • Catégorie IoT grand public  Toucango – Innov+ système intelligent d’assistance à la vigilance des conducteurs professionnels
  • Catégorie Santé & aide aux personnes – 2 ex-aequo
    • Grapheal  un assisant de soin intelligent pour le suivi de la cicatrisation (avec du NFC inside)
    • CorWave, une pompe cardiaque implantable de nouvelle génération
  • Catégorie Coup de coeur du jury – Association Catie et la plateforme 6Tron
  • Prix du public  Allshot – un airbag pour motard
Assises de l'Embarqué Photo finale

Assises de l’Embarqué Photo finale

Un grand merci à Cédric Demeure, son président et Cendrine Barruyer, sa déléguée générale pour une belle soirée

Pierre Métivier
@pierremetivier

Note – Il y avait doublement du #NFC à Bercy, à la fois dans la discussion automobile (cité dans les technos voiture (portières et clés)) et pendant le break, un service de newsletter accessible par NFC. Universel je vous dis ! 

Quand l’Académie des Technologies se penche sur le futur de la mobilité terrestre

Convention & Grands Prix de l’Académie des technologies

Convention & Grands Prix de l’Académie des technologies

Le 18 novembre 2019 a eu lieu la troisième édition de la Convention & Grands Prix de l’Académie des technologies. Consacré à la mobilité terrestre du futur, cet événement a notamment a abordé deux thèmes « Mobilité électrique : hybride rechargeable, électrique, pile à hydrogène, un nouvel écosystème à développer » et « Enjeux technologiques et industriels du véhicule connecté et automatisé ».

Pascal Viginier, Académie des Technologies

Pascal Viginier, Académie des Technologies

Pascal Viginier, le Président de l’Académie des technologies, a rappelé le rôle de l’académie que l’on peut résumer par son devise « pour un progrès raisonné, choisi et partagé » qui résonne avec deux autres devises intemporelles – « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » et « Le progrès ne vaut que si il est partagé par tous. ».

Cette introduction a été suivi par une vidéo ci-dessous présentant l’académie avec des interventions, entre autres, d’Alain Cadix, Thierry Breton, François Bourdoncle et Laurent Alexandre.

Dominique Christian et Patrick Pelata

Dominique Christian et Patrick Pelata

Dominique Christian, philosophe et Patrick Pelata, ancien Directeur général délégué du groupe Renault ont ensuite échangé leur point de vue sur le sujet en prenant parfois quelques tangentes. Territoires et mobilités se confondent. Flou et ambiguïté. L’homme est de plus en plus mobile, y compris en terme de sexualité nous a dit Dominique Christian. Dans ce nouveau monde, nous sommes passés d’un modèle de domination à celui de contrôle. Il évoque furtivement la furtivité, le brugnon. « On ne sait pas si c’est de la prune ou de la pêche », du phalanstère de Charles Fourier avant d’asséner «  Je suis philosophe, je m’occupe des questions, ça me suffit, pas des réponses. » en délaissant une question sur la voiture électrique qui lui est posée.

Pour Patrick Pelata, au 20ème siècle, la voiture a donné une liberté en réponse à un besoin d’évasion mais a également donné l’espace urbain à l’automobile.  Le transport dans son ensemble (terrestre, maritime, aérien) représente 30% des émissions à effet de serre. Nous avons 30 ans pour que le parc «  transport »  soit à zéro pour répondre aux alertes du Giec de ne pas dépasser les 1,5°c d’augmentation de température.  La voiture fait partie des solutions si bien sûr l’électricité est décarbonée. Uber ajoute 10 à 20% d’effets de serre supplémentaire.  Uber, Lyft ou Tesla pensent que la décarbonisation peut se faire sans régulation / intervention des pouvoirs publics, ce qui n’est pas son avis. ll ne faut pas laisser les entreprises gérées les données générées par la mobilité pour conclure un échange pour le moins asymétrique. Le rapport de Patrick Pelata sur la filière automobile.

Première table ronde

Première table ronde

Ensuite, la première table ronde « Mobilité électrique : hybride rechargeable, électrique, pile à hydrogène, un nouvel écosystème à développer » a vu Patrick Bastard, Renault, Thierry Faugeras, Eren Industries, Marc Granger, Alstom, Stéphanie Jumel, EDF et Pierre Toulhoat, du BRGM, échanger leur point de vie sur le sujet.

Pour Marc Granger, Alstom, le train et le transport partagé est (sans surprise) une des (la ?) solution(s) de la mobilité terrestre. Les régulations pour les robots taxi seront proches de celles qui s’appliquent au transport ferroviaire. Pour la voiture autonome, Le V2V (communication Véhicule to vehicule) ne sera pas suffisant, il faudra une couche de V2I (Véhicule to Infrastructure). Les trains à hydrogène Alstom sont une réalité depuis un an, vendus en Allemagne avec 1000 km d’autonomie. Il reste bien sûr à gérer le problème de l’infrastructure hydrogène, sujet non abordé.

Une voiture électrique consomme comme un gros chauffe-eau nous dit Stéphanie Jumel, EDF. Le réseau électrique sait gérer la consommation des véhicules électriques. 75,000 bornes de chargement électrique en 2022, c’est l’ambition d’EDF à travers sa filiale Izivia.

Thierry Faugeras présente Eren Industries, une entreprise luxembourgeoise qui développe des technologies innovantes dans les domaines du stockage électrique.

La France possède des réserves de terres rares qu’elle n’exploite pas pour des raisons principalement écologiques. Elle préfère acheter à l’extérieur nous dit Pierre Toulhoat, BRGM, le Service géologique national.  Un sujet qui pourrait être rapidement revu dans le cadre d’une approche souveraine.

Et l’on apprend qu’il existe des Kangoos (et Master) à hydrogène. Mais c’est très complexe nous dit Patrick Bastard, Renault, par ailleurs optimiste sur le futur de l’écosystème véhicule électrique, stockage et énergies propres.

Marc Mortureux, La Plateforme Automobile

Marc Mortureux, La Plateforme Automobile

Ensuite, Marc Mortureux, Directeur général de la Plateforme automobile nous parle de l’impact du digital sur les chaines de valeur de l’industrie automobile. C’est une disruption non seulement digitale mais sociétale. On demande à l’industrie de passer de véhicules à moteurs thermiques, avec conducteur, à usage personnel à des véhicules électriques, partagées et autonomes. Il faut voir la filière automobile comme apporteur de solutions au problème de la neutralité carbone en non uniquement comme une des causes au problème.

La seconde table ronde a comme thème « Enjeux technologiques et industriels du véhicule connecté et automatisé » et a permis à Guillaume Devauchelle, Valeo, Laurent Kocher, Groupe Keolis, Carla Gohin, Groupe PSA,  Régis Lemarchand, Generali et  Arnaud Vamparys, Orange de présenter les points de vue de leurs entreprises respectives.

Seconde table ronde

Seconde table ronde

Guillaume Devauchelle, Valeo a rappelé que son groupe avait créé le Stop&Go que l’on trouve désormais sur la plupart des voitures actuelles et a rassuré les représentants des constructeurs en leur assurant, non sans malice, que l’équipementier n’avait pas l’intention de fabriquer des voitures. Il était temps de connecter la voiture au reste de notre environnement. Grâce au véhicule autonome, nous allons retrouver du temps de libre pour mieux vivre. Apprendre, se relaxer, « améliorer sa vision » par des exercices, sont des exemples d’activités cités par Guillaume que nous pourrons exercer dans nos voitures autonomes.

Parmi les 5 niveaux définis d’autonomie, le 2ème niveau est OK, le niveau 3 dans certains cas comme les embouteillages (20 mn sur l’A13 #cestduvécu) pour Carla Gohin, Groupe PSA . Dans cette mutation vers une voiture plus propre permis par le numérique, il ne faut pas oublier de prendre en compter les impacts des services numériques intégrés dans la voiture (les fermes de serveurs par exemple).

La numérisation du véhicule apporte de nouveaux risques pour Régis Lemarchand, Generali. Les évolutions du cadre juridique sont plus lentes que les nouveaux services et technologies. Exemple de la trottinette.

Il sera importance d’avoir une bonne connectivité pour remonter les données des futures voitures autonomes, génératrices de grandes quantités de données, ainsi que les échanges de données entre les voitures et les feux pour fluidifier le trafic nous dit (logiquement) Arnaud Vamparys pour Orange. Des tests de voitures connectés 4G/5G sont en cours sur le circuit de Linas-Monthléry.

Comme Orange, nous gérons une bande passante, qui s’appelle le bitume, nous dit Laurent Kocher, Groupe Keolis. Ne perdons pas de vue le besoin fondamental des personnes à se déplacer et n’oublions pas non plus que les solutions doivent fonctionner partout sur le territoire.

Carla Gohin, Groupe PSA, rappelle le projet français SAM pour expérimenter collégialement le véhicule autonome et rappelle l’importance d’expliquer au public les avantages apportés par les véhicules autonomes.

Après cette dernière table ronde, les Grands Prix de l’Académie des Technologies sont remis à :

  • Mob-Energy un service de recharge mobile et autonome dans la catégorie Technologie. Les autres nominés étant : at optima, EIFHYTEC et K-Ryole.
  • Groupeer une billettique scolaire, nouvelle génération, dans la catégorie Technologie et Société Les autres nominés étant : ecov et tictactrip
Grand Prix de l'Académie des Technologies

Grand Prix de l’Académie des Technologies

La conclusion de la Convention revient à Anne-Marie IDRAC, ancienne ministre et haute représentante pour le développement des véhicules autonomes et qui a remis un rapport en 2018 sur le sujet au gouvernment.

Anne-Marie Idrac

Anne-Marie Idrac

Elle résume très clairement les débats, citant tous les intervenants par leur noms et notant clairement les points-clés et les oublis. Par exemple, elle signale que le transport de marchandise #logistique n’a pas été abordé par les intervenants et que le #ecommerce a un effet très négatif sur la production de gaz à effet de serre.

Devant l’augmentation des acteurs de l’écosystème mobilité et les nouveaux modèles d’affaires, les fabricants de voiture risquent de devenir des « commodities », des « fabricants de caisse » en français même si elle a confiance dans les constructeurs nationaux pour éviter cet écueil. Autre petite pique aux intervenants : « Vous avez été pudiques sur un thème, les business models » Les expérimentations en cours sont gratuites. « On ne fait pas payer les cobayes ». Qui paye quoi ? Attention au gratuit, c’est un sujet chaud en cette période d’élection. Toujours sur le business model «  Faire rouler des flottes de véhicules autonomes 80% du temps rempli à 75% entre Roissy et Paris comme certains le proposent, ce n’est pas gagné, surtout avec un conducteur  accompagnateur à bord. Je préfère un bon RER B ».

Une piste à suivre pour ces véhicules autonomes, suggéré par Mme Idrac, la logistique urbaine. Elle rappelle également que la question des données n’est pas clairement résolue pas plus que la cybersécurité, les comportements, l’éthique, les sujets économiques, les discriminations, …

Deux derniers verbatims « Je préfère un bus qui arrive à l’heure que 4 applications qui me disent qu’il va bientôt arriver. » et « Pour les véhicules autonomes dans les campagnes, il va falloir repeindre les bords des routes à la peinture blanche ».

Des messages simples, clairs et réalistes en complément de l’enthousiasme d’une partie des intervenants précédents.

Conclusion provisoire – Le véhicule autonome (niveau 3+) et partagé, dans sa version électrique ou à hydrogène, ne sera pas sur nos routes à grande échelle avant quelques années, ce qui n’empêche pas de travailler sur une filière française de la voiture autonome et de coopérer avec le reste de la planète sur les sujets liés à l’éthique et à la cybersécurité.

Et un grand merci à l’Académie pour ces débats sérieux et passionnants.

A suivre … sur mon vélo ou en transport partagé !

Pierre Métivier

@pierremetivier

Pour aller (écologiquement) plus loin

  • Le rapport de Anne-Marie Idrac sur les véhicules autonomes
La photo de famille

La photo de famille

Et pour remercier ce qui tous ceux qui ont été jusqu’à la fin de ce billet, le dessin de Geluck sur le sujet 😉

Le Chat (c) Philippe Geluck

Le Chat (c) Philippe Geluck

L’internet des objets n’existe toujours pas et n’existera probablement jamais

L'internet des objets n'existe pas

L’internet des objets n’existe pas

Nouvelle et vile tentative d’attirer l’attention du lecteur par un titre accrocheur ! Comment ce blog qui parle d’internet des objets depuis près de 10 ans, peut-il titrer sur la non-existence de son sujet principal (1) ? Cela mérite bien sûr quelques explications.

Il n’y aura pas d’internet des objets ! Et pourtant, les analystes les plus sérieux et les plus grandes entreprises nous prédisent qu’en 2020, (dans 2 mois !), nous aurons des milliards d’objets connectés, un nombre très précisément approximatif entre 20 et 1500 milliards pour Samsung en passant par 50 pour Cisco ou 212 pour IDC.

Que ce soit 20 ou 1 500 milliards (2), cela importe peu. Parmi les questions qui se posent, trois expliquent le titre de l’article « Tous ces objets existants ou à venir sont-ils, seront-ils connectés ensemble dans le cadre d’un internet des objets global, peuvent-ils l’être, existe-t-il un intérêt à ce qu’ils le soient ? » et les réponses sont clairement non. Tous ces objets connectés ne constituent pas un internet des objets unique et global comme l’internet mais ce qu’on pourrait appeler une collection d’intranets des objets, plus ou moins indépendants.

L’internet est un réseau de réseaux basé sur un protocole clairement défini TCP/IP, où chaque device a son adresse IP, où les sites sont localisés et accessibles grâce aux DNS. Les intranet utilisent globalement les mêmes protocoles que pour l’internet mais pours des usages privés. De son côté, l’ensemble des technologies, objets et services constituant ce qui est nommé Internet des objets est disparate et multiple, en terme de capteurs, actionneurs, de protocoles de communication, de connectivité (du NFC au 5G, en passant par la RFID, le BLE, le LPWA type Sigfox et Lora, et tous les protocoles industriels spécialisées), de standards et surtout d’usages. Un jour, la route et ses infrastructures seront connectés avec les voitures autonomes, les objets connectés de la maison le seront également, et ces deux mondes feront partie d’une smart city en devenir avec les infrastructures énergétiques et de santé. Ceci, quel rapport entre le suivi à distance des pneus chez Michelin et le contenu de mon réfrigérateur ? Quels liens entre les vêtements suivis par RFID chez Décathlon et les pièces d’un A350 ? Entre le livre de la bibliothèque et le pacemaker connecté d’un parent ? Il n’y en a pas (3)

Smart world (c) Libelium

Smart world (c) Libelium

« Tout ce qui peut être connecté le sera. » (4) Il y a foison d’applications réelles (principalement industrielles) et potentielles, beaucoup moins de « business models » viables et des myriades de technologies disponibles pour les réaliser. Des standards uniques et globaux sont illusoires, étant donné la diversité sans fin des projets. Prenons l’exemple d’un répertoire universel permettant le suivi des objets. Il y a 15 ans, des projets type ONS (Object Naming Services) ont vu le jour, aussi bien aux US (GS1 et Verisign) qu’en France (Orange) avec l’idée de devenir les DNS des objets, des annuaires globaux permettant le suivi et la localisation des objets (au départ RFID). Ils ont disparu au profit de plateformes spécialisées ou de « plateformes collaboratives de traçabilité » pour reprendre un terme GS1. Ceci dit, sous l’impulsion de GS1 France et de l’AFNIC, un ONS 2.0 a été annoncé en 2013 et l’idée d’un système ONS global utilisant l’infrastructure DNS ne semble pas avoir été totalement abandonnée (5).

L’internet des objets n’existe toujours pas et n’existera probablement jamais. A sa place, il y aura un multitude d’intranets des objets, au niveau d’une industrie, d’une ville, d’une maison, d’une infrastructure, plus ou moins indépendants des uns et des autres, plus ou moins privées, plus ou moins personnels, avec des technologies, des standards, des connectivités multiples.

Est-ce que tout cela a de l’importance ? Probablement non, sauf peut-être dans le cas de la conception d’un objet / service connecté. Cette compréhension que l’internet des objets n’est pas une entité globale et homogène doit permettre de ne pas essayer de créer des objets « universels » mais de développer dans un cadre réaliste avec les technologies adaptées. « Qui trop embrasse mal étreint. »

Enfin, le terme internet des objets va continuer à perdurer pendant de nombreuses années, et nous continuerons à l’utiliser bien sûr.

A suivre, dès demain, au Forum de l’IOT, bien sûr 😉

Pierre Métivier
@pierremetivier

Notes

  1. Ceci dit, c’est un sujet que nous avions déjà abordé en Novembre 2010 dans ce même blog sous le titre «  l’internet des objets existe-t-il ? »   et la conclusion n’a guère évoluée depuis.
  2. Nous y reviendrons dans un prochain article.
  3. Sauf à stocker ses pneus dans son réfrigérateur ! 😉
  4. Une phrase prononcée par les fondateurs de l’Agence Enero, Marc Charreyron et Olivier Mevel (également à l’origine du Nabaztag).
  5. Aucune information nouvelle n’est disponible depuis 2013, sur l’implémentation ou sur l’usage de l’ONS 2.0.

Pour aller plus loin