Lorsque la pierre liquide devient également connectée

Rencontres de l'industrie cimentière

Rencontres de l’industrie cimentière

Le 18 janvier 2018 se sont déroulées les Rencontres de l’Industrie Cimentière dans un lieu symbolique pour cette industrie, la halle Freyssinet qui abrite en son écrin la Station F. L’occasion de montrer que l’industrie du ciment, non seulement a toujours été innovante mais qu’elle continue à l’être à travers des développement commun avec la recherche, des présentations de startups et l’annonce de la création du Cement Lab dans le cadre de la StationF.

Lorsqu’on parle innovation, il est rare que le ciment ou le béton viennent à l’esprit, et pourtant, ces deux inventions ont marqué leur temps comme l’ont rappelé les différents intervenants.

Le ciment, la pierre liquide comme l’avait surnommé Arago, a été inventé par Louis Vicat en 1817  il y a donc deux cent ans. Une révolution dans la construction et Louis Vicat, n’ayant volontairement pas déposé de brevet pour que sa découverte soit accessible à tous, a permis que son invention se répande partout dans le monde. Le ciment est devenu un élément indispensable à la composition du béton. Autre inventeur à l’honneur pendant cette rencontre, Eugène Freyssinet, un inventeur peu connu du grand public et pourtant, créateur du béton précontraint. L’événement se déroule dans une halle qu’il a conçu, qui porte son nom et qui est maintenant la « maison » de la Station F.

A l’occasion de ces rencontres, le SFIC, le Syndicat Français de l’Industrie Cimentière a annoncé la création de son Cement Lab, un écosystème de startups favorisant l »innovation dans le secteur du ciment. Le rôle de ce lab sera de réflechir autrement en particulier sur des sujets comme les besoins liées à transition écologique, le traitement et la valorisation des déchets, le recyclage et avec le but de diminuer par un facteur quatre les émissions liées à l’industrie. Construire mieux, plus vite et moins cher. Le Cement Lab devra également développer une dynamique d’échanges entre l’industrie, la recherche et les startups pour répondre aux enjeux de la transition énergétique.

Rencontres de l'industrie cimentière

Rencontres de l’industrie cimentière

Quelques autres points forts de cet événement :

  • Un zoom sur la rénovation de la Halle Freyssinet par Anne Bernard-Gély (SFIC) et Thomas le Diouron (Impulse Partners) – Construit vers la fin des années 20, la halle est fabriquée en béton armé, le symbole de la modernité de l’époque. Jean-Michel Villemote la rénove pour créer le plus grand incubateur de startup du monde avec 20 programmes d’accélération et la proximité de fonds d’investissements.
  • La recherche à l’honneur et en particulier la mise en place de la diffraction rayons X en cimenterie, présentée par Frédéric Dunstetter.
  • La présentation de cinq startups :
    • 360 Smart Connect, le créateur du béton connecté dont la proposition est de faire parler le béton, en utilisant la technologie NFC, bien connue des lecteurs de ce blog
    • Smart Cast, batisseur d’innovation, coffrage de dalles novateur
    • Vizcab by Combo solutions, favoriser la créativité autour d’objectifs énergie et carbone qualifiés et partagés.
    • Airware, les drones au service des cimentiers
    • XtreeE – Impression 3D à base de béton

Le discours de clôture est revenu à Jérôme Stubler, PDG de Vinci Construction, une entreprise bien sûr grande consommatrice de ciments et autres produits et matériaux dérivés. Premier souhait – améliorons ensemble l’image du béton. Mettons moins de ciment dans le béton. Même si, l’industrie a réduit depuis 1990 de 39% les émissions de CO2 conséquentes à la fabrication du ciment, Jérôme Stubler, invite l’industrie à réduire de nouveau de 50% dans les 5 ans. Un dernier message à l’intention des services publics, « laissez nous construire des bâtiments expérimentaux. »

Pendant la réception qui a suivi, la musique ambiante nous parvenait d’enceintes en béton pour un son éponyme bien entendu, des enceintes signées « Le pavé parisien » un projet en financement participatif sur KissKissBankBank.

Un événément qui montre une fois de plus qu’aussi bien l’innovation que l’internet des objets touchent toutes les industries y compris bien sûr les matériaux de construction.

A suivre (avec un compte rendu d’Intermat et de World of Concrete)

Pierre Métivier

Pour aller plus loin

La guerre des intelligences aura-t-elle lieu ou Laurent Alexandre est-il un nouveau Deckard ?

La guerre des intelligence Laurent Alexandre

La guerre des intelligence Laurent Alexandre

« La guerre des intelligences » est un livre choc, très médiatisé, avec un auteur régulièrement présent dans les médias, auteur auprès duquel il nous faut rester modeste pour commenter l’ouvrage, étant donné l’érudition et l’expérience accumulée en tant que chirurgien, neurobiologiste et énarque. Mais bien sûr, cela ne va pas nous arrêter.

Après le livre de jean-Gabriel Ganascia « Le Mythe de la singularité » lui aussi commenté dans une précédente fiche de lecture, « La guerre des intelligences » traite également l’intelligence artificielle avec une approche très différente. Le livre parle du développement, de l’avènement inexorable et de sa probable « prise de pouvoir » sur nous autres, pauvres humains si nous n’en prenons pas conscience et si nous ne faisons rien. Laurent Alexandre y décrit un grand nombre de scenarii, et leurs conséquences sur notre société à commencer par l’école rendue rapidement obsolète. En parallèle de cette intelligence artificielle qui se développe, notre (1) propre cerveau va être augmentée par deux moyens différents, la biotechnologie y compris une sélection positive (qu’il nomme clairement eugénisme) et les manipulations génétiques, et puis la fusion de nos cerveaux et du monde numérique. #transhumanisme #RayKurzweil #Matrix.

Un livre passionnant et foisonnant, qui part d’un présent bien réel et la vision de la montée en puissance à la fois de l’efficacité de l’intelligence artificielle grâce aux recherches menées par les GAFAM+ et leurs équivalents chinois, une montée en puissance permise par la volonté de quelques uns et par les connaissances qu’ils possèdent sur nous à travers les moteurs de recherches, les applications GPS, les réseaux sociaux, les mails …. L’intelligence artificielle, dans sa version actuelle, ce sont des algorithmes nourris par le big data et ces données sont le quasi monopole des GAFAM+.

Il y a beaucoup d’informations, d’études, de recherches, d’érudition, de lyrisme allant parfois jusqu’au mysticisme dans ce livre, mais aussi beaucoup de prédictions, d’imaginations, de conditionnels, de raccourcis, de films/livres de science-fiction (2), une science-fiction souvent plus fictionnel que scientifique.

Le passé et le présent peuvent-ils nous annoncer l’avenir ?

Dans le dernier numéro de l’excellente revue WeDemain (#20 décembre 2017, N° dans lequel on retrouve également une chronique de …. Laurent Alexandre), Cédric Villani, chargé d’une mission sur l’IA par le Président de la République déclare: « Toute prédiction en matière d’intelligence artificielle est pure folie. ». Et il est vrai que non seulement les prédictions sont rarement confirmées dans le temps, mais rare sont les événements, les développements, les innovations qui ont été annoncées avant leur arrivée.

Dans un monde où l’on ne connait pas la météo qu’il fera dans 3 jours, où personne n’a vu venir Facebook ou Twitter et leur rôles, ni l’iPhone, où les smart cars devraient déjà avoir envahi nos rues, quel crédit porter à toutes ces prédictions autour de l’IA, quel crédit porter à des affirmations sur ce qui se passera en 2030, 2060, 2100 voire dans un milliard d’années ! L’avantage de parler d’avenir lointain, c’est que personne ne peut vous contredire.

Quelques citations forcément tronquées :

« En 2035, l’éducation deviendra une branche de la médecine. »
« Dans un milliard d’années, elle (l’IA) sera toujours là. »
« Une autre perspective est envisageable : … Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, … a imaginé un futur où des fusées… permettraient de coloniser le cosmos et d’y installer 1000 milliards d’êtres humains. La limitation des naissances n’aurait plus lieu d’être. »
« La colonisation du système solaire par Elon Musk et Jeff Bezos n’est qu’un tout premier exemple ».

Sur ces deux derniers points, comment peut on penser que la colonisation du cosmos voire du simple système solaire soit une solution pour les problèmes décrits dans le livre à commencer par la surpopulation !?!?! A part notre belle Terre, les autres planètes du système solaire nous sont très hostiles et ne peuvent être une solution d’hébergement. Quand au cosmos, c’est une vue de l’esprit. Aucune exoplanête n’est atteignable par nos technologies actuelles. #WarpSpeedMisterSulu. Ce type d’hypothèses irréalistes jette un voile sur la crédibilité des autres hypothèses du livre.

« Alors nous entrerons dans une économie démiurgique où l’automatisation et la disponibilité infinie de l’énergie feront que rien ne sera impossible. »

Sur cet autre point, notons que les contraintes physiques et en particulier énergétiques sont donc vite balayées. Le cloud et ses fermes de serveurs, le bitcoin (et les blockchains) sont des exemples de technologies très gourmandes en énergie et une omni-présence des IA traitant des quantités incroyables de données en provenance de milliards d’objets connectés et de capteurs, eux-même alimentés, ne vont pas diminuer ce besoin en énergie bien au contraire.

Dans tous les cas, ce livre permet au lecteur de réfléchir à la place des technologies numériques et bio-technologiques et leurs conséquences sur chacun d’entre nous, sur le moyen et le long terme. Sa lecture nécessite de ne pas oublier que le futur et le conditionnel sont probablement et logiquement les temps les plus utilisés dans l’ouvrage.

Laurent Alexandre est à la fois très optimiste et anxiogène : optimiste quand à la capacité de l’humanité à se saisir du sujet et se mettre d’accord à l’échelle mondiale, pour partager auprès de chacun d’entre nous les bienfaits à la fois des biotechnologies et de l’IA et contrôler le développement de cette dernière et tout aussi anxiogène à travers des hypothèses à la Matrix où l’IA prend le pouvoir, ou des groupes de terroristes développent et utilisent des versions hostiles aux humains.

Un coup de dés jamais n'abolira le hasard

Un coup de dés jamais n’abolira le hasard

Reste un dernier cri du coeur pour défendre le corps (y compris la cuisine et le goût), bien malmené pendant le livre (3)  Une remarque personnelle – N’oublions pas non plus le hasard, quel que soit sa forme, un son, une lumière qui détourne l’attention, qui nous fait changer notre façon de penser, qui nous perd, et qui nous fait réfléchir différemment et qu’aucune fonction @ALEAtoire n’émulera jamais.

Si tout ce que nous présente Laurent Alexandre dans son livre s’avère vrai, alors, la seule question importante est : tout comme Deckard alias Harrison Ford dans Blade Runner est peut-être un réplicant, Laurent Alexandre est-il lui-même une IA ? Rappelons que le nom de Deckard est proche de / basé sur Descartes. Les réplicants pensent, et donc ils sont …. enfin … ils le pensent. Et les IA ? Laurent ?

A suivre, dans dix ans, cent voire un milliard d’années.

@PierreMetivier

Notes

  1. Nous … la fourchette est grande entre les « happy few » et l’humanité toute entière. Rappelons que 3 milliards d’habitants de la planète n’ont pas accès à Internet.
  2. Pour des réflexions à très long terme sur une histoire à venir de l’humanité et sur l’augmentation du cerveau, relire Olaf Stapledon, non cité. Les derniers et les premiers, Créateur d’étoiles et Sirius
  3. En cela, il diffère de Michel Houellebecq et son livre « La possibilité d’une ile » sur le sujet de la dématérialisation de l’esprit. Quant notre « esprit » ne nécessitera plus de cerveau biologique.

Pour aller plus loin

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Le mythe de la Singularité : faut il craindre l’intelligence artificielle ? Un livre passionnant de Jean-Gabriel Ganascia

Le mythe de la Singularité : faut il craindre l'intelligence artificielle ? Jean-Gabriel Ganascia

Le mythe de la Singularité : faut il craindre l’intelligence artificielle ? Jean-Gabriel Ganascia

L’intelligence artificielle fait partie de ces buzzwords très présents aujourd’hui dans les médias alors que le sujet existe depuis de nombreuses années (1). (Re)lire à ce sujet Innovation et technologies numériques, ou l’éternel retour et le gai savoir Oct. 2016 sur ce blog.

Le terme Intelligence articielle lui-même a été inventé en 1955 (plus de 60 ans déjà) et pour la presse, il inclut pèle-même les chatbots, le deep learning, les algorithmes, le big data, les robots …  Le sujet fait peur, renvoie vers la domination à venir de la machine / ordinateur / robot sur l’homme, et le spectre du chômage de masse. Une image sombre et c’est demain.

Dans ce contexte, la lecture d’un livre nommée « Le mythe de la Singularité : faut-il craindre l’intelligence artificielle ? » s’impose. Son auteur, Jean-Gabriel Ganascia, philosophe, professeur, chercheur au CNRS (en particulier dans le domaine de l’intelligence artificielle) connait bien le sujet et dans une livre concis, il analyse avec raison et passion deux sujets complémentaires, l’intelligence artificielle et son corollaire la Singularité. Peu sont ceux qui osent avoir une vision différente, qui ose questionner la pensée unique sur le sujet, une pensée partagée par de grands scientifiques comme Stephen Hawking  et patrons des grandes entreprises numériques américaines comme Elon Musk (2), et c’est ce qui rend la lecture du livre de Jean-Gabriel Ganascia particulièrement passionnante.

L’intelligence artificielle est là, bien là pour Jean-Michel Ganascia, mais sous plusieurs formes. Il développe les différences entre le concept de départ,  l’intelligence artificielle faible,  l’intelligence artificielle forte et l’intelligence artificielle générale. Il y a confusion ce qui n’aide pas à la clarté du débat mais c’est surtout la Singularité qui pose le plus de problèmes à l’auteur.

Rappelons que c’est la date à laquelle les ordinateurs seront plus «  intelligents  » que les hommes (et prendront le pouvoir). Les deux prédictions les plus connues sont 2023 pour Vernor Vinge, l’écrivain de science-fiction qui a imaginé le concept, et 2045 pour d’autres comme Ray Kurzweil, futurologue et « chef produit » chez Google. (3)

By Courtesy of Ray Kurzweil and Kurzweil Technologies, Inc.

By Courtesy of Ray Kurzweil and Kurzweil Technologies, Inc.

Jean-Gabriel Ganascia explique donc que la théorie de la Singularité est basée sur deux « lois » ou plutôt conjonctures : celle de Moore et celle de Ray Kurzweil, et sur un concept de science fiction. La loi de Moore prévoit l’augmentation régulière sans fin de la puissance de calcul des processeurs, nécessaires au développement de l’intelligence artificielle. La prédiction de Ray Kurzweil qui, à partir de sa vision de l’histoire de notre planète qu’il imagine asymptotique, associé avec la loi de Moore, aboutit à l’arrivée prochaine de la Singularité. Enfin,  l’auteur regrette que ce soit la science fiction qui soit le socle du concept, car il n’y pas de science dans ce concept.

Rien de scientifique, uniquement des conjonctures non prouvées, dans ces trois éléments servant de base au développement de cette Singularité d’où la notion de Mythe, titre du livre. L’auteur démonte avec précision et une approche à la fois pragmatique et philosophique les trois bases du mythe qui s’effondre de lui-même si on analyse les faits.

Il note également le côté mystique des discours des tenants de la singularité. La Singularité  comme une parousie technologique, une date messianique, qui ajoute du mystère au mythe. (4) (5)

MIT Technologie Review

MIT Technologie Review

La conclusion de Jean-Gabriel Ganascia peut surprendre. Il nous parle des pompiers pyromanes,  le terme décrivant les grandes entreprises numériques (les GAFA+) qui développent l’intellignce artificielle ET qui mettent en garde sur ces dangers potentiels.  Ces entreprises communiqueraient beaucoup sur ce sujet car pendant ce temps-là, on ne parle pas des dangers beaucoup plus présents et réels de pans entiers de responsabilité que les états abandonnent en matière de santé, d’éducation, d’identité à ces mêmes entreprises. Il appelle ce concept le « détournement d’attention ». Est-ce volontaire ? Au lecteur de décider. Mais c’est le vrai sujet qui devrait nous inquiéter beaucoup plus que le mythe de la Singularité.

Une lecture chaudement recommandé d’un auteur humaniste, entre Renaissance et Cioran, pensant différemment et l’exprimant clairement et factuellement. Indispensable.

A suivre, avec la lecture de la Guerre des Intelligences du Dr Laurent Alexandre.

@PierreMetivier

Notes

Neil Graham - Artificial intelligence - 1979

Neil Graham – Artificial intelligence – 1979

  1. L’auteur de cet article lui-même a étudié le sujet pendant ces études universitaires il y a « quelques » années et nombreux sont les concepts déjà présents à l’époque. Merci de ne pas me demander la date de ces études mais ni le web ni les mobiles n’existaient (rassurons le lecteur, les dinosaures avaient disparu !). Indice –>
  2. Même si de grands noms de la science et de l’industrie supporte l’idée de singularité technologique, d’autres n’y « croient » pas parmi lesquelles :  Paul Allen, Jeff Hawkins, John Holland, Jaron Lanier, et Gordon Moore (celui-là même de la loi citée en support du concept). Source Wikipedia
  3. Sur ces dates, sachant que personne n’a su prédire l’arrivée de Twitter ou de Facebook, leur développement, leur rôle dans le monde d’aujourd’hui, pour ne citer que ces deux exemples récents, la raison conseille de prendre avec prudence toutes ces dates annoncées et toutes les prédictions.
  4. On retrouve ces mêmes accents mystiques chez les défenseurs des bitcoins et de la blockchain. Nous l’avions noté en lisant le livre de Philippe Rodriguez, la révolution blockchain, un même vocabulaire religieux, une naissance sans père (dans le cas de la blockchain), un crédo nécessaire – La révolution blockchain, un livre qui ne laisse pas indifférent.
  5. On the possibility of divine intelligence, Ray Kurzweil is quoted as saying, « Does God exist? I would say, ‘Not yet.’

Pour aller plus loin

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