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Quand l’Académie des Technologies se penche sur le futur de la mobilité terrestre

Convention & Grands Prix de l’Académie des technologies

Convention & Grands Prix de l’Académie des technologies

Le 18 novembre 2019 a eu lieu la troisième édition de la Convention & Grands Prix de l’Académie des technologies. Consacré à la mobilité terrestre du futur, cet événement a notamment a abordé deux thèmes « Mobilité électrique : hybride rechargeable, électrique, pile à hydrogène, un nouvel écosystème à développer » et « Enjeux technologiques et industriels du véhicule connecté et automatisé ».

Pascal Viginier, Académie des Technologies

Pascal Viginier, Académie des Technologies

Pascal Viginier, le Président de l’Académie des technologies, a rappelé le rôle de l’académie que l’on peut résumer par son devise « pour un progrès raisonné, choisi et partagé » qui résonne avec deux autres devises intemporelles – « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » et « Le progrès ne vaut que si il est partagé par tous. ».

Cette introduction a été suivi par une vidéo ci-dessous présentant l’académie avec des interventions, entre autres, d’Alain Cadix, Thierry Breton, François Bourdoncle et Laurent Alexandre.

Dominique Christian et Patrick Pelata

Dominique Christian et Patrick Pelata

Dominique Christian, philosophe et Patrick Pelata, ancien Directeur général délégué du groupe Renault ont ensuite échangé leur point de vue sur le sujet en prenant parfois quelques tangentes. Territoires et mobilités se confondent. Flou et ambiguïté. L’homme est de plus en plus mobile, y compris en terme de sexualité nous a dit Dominique Christian. Dans ce nouveau monde, nous sommes passés d’un modèle de domination à celui de contrôle. Il évoque furtivement la furtivité, le brugnon. « On ne sait pas si c’est de la prune ou de la pêche », du phalanstère de Charles Fourier avant d’asséner «  Je suis philosophe, je m’occupe des questions, ça me suffit, pas des réponses. » en délaissant une question sur la voiture électrique qui lui est posée.

Pour Patrick Pelata, au 20ème siècle, la voiture a donné une liberté en réponse à un besoin d’évasion mais a également donné l’espace urbain à l’automobile.  Le transport dans son ensemble (terrestre, maritime, aérien) représente 30% des émissions à effet de serre. Nous avons 30 ans pour que le parc «  transport »  soit à zéro pour répondre aux alertes du Giec de ne pas dépasser les 1,5°c d’augmentation de température.  La voiture fait partie des solutions si bien sûr l’électricité est décarbonée. Uber ajoute 10 à 20% d’effets de serre supplémentaire.  Uber, Lyft ou Tesla pensent que la décarbonisation peut se faire sans régulation / intervention des pouvoirs publics, ce qui n’est pas son avis. ll ne faut pas laisser les entreprises gérées les données générées par la mobilité pour conclure un échange pour le moins asymétrique. Le rapport de Patrick Pelata sur la filière automobile.

Première table ronde

Première table ronde

Ensuite, la première table ronde « Mobilité électrique : hybride rechargeable, électrique, pile à hydrogène, un nouvel écosystème à développer » a vu Patrick Bastard, Renault, Thierry Faugeras, Eren Industries, Marc Granger, Alstom, Stéphanie Jumel, EDF et Pierre Toulhoat, du BRGM, échanger leur point de vie sur le sujet.

Pour Marc Granger, Alstom, le train et le transport partagé est (sans surprise) une des (la ?) solution(s) de la mobilité terrestre. Les régulations pour les robots taxi seront proches de celles qui s’appliquent au transport ferroviaire. Pour la voiture autonome, Le V2V (communication Véhicule to vehicule) ne sera pas suffisant, il faudra une couche de V2I (Véhicule to Infrastructure). Les trains à hydrogène Alstom sont une réalité depuis un an, vendus en Allemagne avec 1000 km d’autonomie. Il reste bien sûr à gérer le problème de l’infrastructure hydrogène, sujet non abordé.

Une voiture électrique consomme comme un gros chauffe-eau nous dit Stéphanie Jumel, EDF. Le réseau électrique sait gérer la consommation des véhicules électriques. 75,000 bornes de chargement électrique en 2022, c’est l’ambition d’EDF à travers sa filiale Izivia.

Thierry Faugeras présente Eren Industries, une entreprise luxembourgeoise qui développe des technologies innovantes dans les domaines du stockage électrique.

La France possède des réserves de terres rares qu’elle n’exploite pas pour des raisons principalement écologiques. Elle préfère acheter à l’extérieur nous dit Pierre Toulhoat, BRGM, le Service géologique national.  Un sujet qui pourrait être rapidement revu dans le cadre d’une approche souveraine.

Et l’on apprend qu’il existe des Kangoos (et Master) à hydrogène. Mais c’est très complexe nous dit Patrick Bastard, Renault, par ailleurs optimiste sur le futur de l’écosystème véhicule électrique, stockage et énergies propres.

Marc Mortureux, La Plateforme Automobile

Marc Mortureux, La Plateforme Automobile

Ensuite, Marc Mortureux, Directeur général de la Plateforme automobile nous parle de l’impact du digital sur les chaines de valeur de l’industrie automobile. C’est une disruption non seulement digitale mais sociétale. On demande à l’industrie de passer de véhicules à moteurs thermiques, avec conducteur, à usage personnel à des véhicules électriques, partagées et autonomes. Il faut voir la filière automobile comme apporteur de solutions au problème de la neutralité carbone en non uniquement comme une des causes au problème.

La seconde table ronde a comme thème « Enjeux technologiques et industriels du véhicule connecté et automatisé » et a permis à Guillaume Devauchelle, Valeo, Laurent Kocher, Groupe Keolis, Carla Gohin, Groupe PSA,  Régis Lemarchand, Generali et  Arnaud Vamparys, Orange de présenter les points de vue de leurs entreprises respectives.

Seconde table ronde

Seconde table ronde

Guillaume Devauchelle, Valeo a rappelé que son groupe avait créé le Stop&Go que l’on trouve désormais sur la plupart des voitures actuelles et a rassuré les représentants des constructeurs en leur assurant, non sans malice, que l’équipementier n’avait pas l’intention de fabriquer des voitures. Il était temps de connecter la voiture au reste de notre environnement. Grâce au véhicule autonome, nous allons retrouver du temps de libre pour mieux vivre. Apprendre, se relaxer, « améliorer sa vision » par des exercices, sont des exemples d’activités cités par Guillaume que nous pourrons exercer dans nos voitures autonomes.

Parmi les 5 niveaux définis d’autonomie, le 2ème niveau est OK, le niveau 3 dans certains cas comme les embouteillages (20 mn sur l’A13 #cestduvécu) pour Carla Gohin, Groupe PSA . Dans cette mutation vers une voiture plus propre permis par le numérique, il ne faut pas oublier de prendre en compter les impacts des services numériques intégrés dans la voiture (les fermes de serveurs par exemple).

La numérisation du véhicule apporte de nouveaux risques pour Régis Lemarchand, Generali. Les évolutions du cadre juridique sont plus lentes que les nouveaux services et technologies. Exemple de la trottinette.

Il sera importance d’avoir une bonne connectivité pour remonter les données des futures voitures autonomes, génératrices de grandes quantités de données, ainsi que les échanges de données entre les voitures et les feux pour fluidifier le trafic nous dit (logiquement) Arnaud Vamparys pour Orange. Des tests de voitures connectés 4G/5G sont en cours sur le circuit de Linas-Monthléry.

Comme Orange, nous gérons une bande passante, qui s’appelle le bitume, nous dit Laurent Kocher, Groupe Keolis. Ne perdons pas de vue le besoin fondamental des personnes à se déplacer et n’oublions pas non plus que les solutions doivent fonctionner partout sur le territoire.

Carla Gohin, Groupe PSA, rappelle le projet français SAM pour expérimenter collégialement le véhicule autonome et rappelle l’importance d’expliquer au public les avantages apportés par les véhicules autonomes.

Après cette dernière table ronde, les Grands Prix de l’Académie des Technologies sont remis à :

  • Mob-Energy un service de recharge mobile et autonome dans la catégorie Technologie. Les autres nominés étant : at optima, EIFHYTEC et K-Ryole.
  • Groupeer une billettique scolaire, nouvelle génération, dans la catégorie Technologie et Société Les autres nominés étant : ecov et tictactrip
Grand Prix de l'Académie des Technologies

Grand Prix de l’Académie des Technologies

La conclusion de la Convention revient à Anne-Marie IDRAC, ancienne ministre et haute représentante pour le développement des véhicules autonomes et qui a remis un rapport en 2018 sur le sujet au gouvernment.

Anne-Marie Idrac

Anne-Marie Idrac

Elle résume très clairement les débats, citant tous les intervenants par leur noms et notant clairement les points-clés et les oublis. Par exemple, elle signale que le transport de marchandise #logistique n’a pas été abordé par les intervenants et que le #ecommerce a un effet très négatif sur la production de gaz à effet de serre.

Devant l’augmentation des acteurs de l’écosystème mobilité et les nouveaux modèles d’affaires, les fabricants de voiture risquent de devenir des « commodities », des « fabricants de caisse » en français même si elle a confiance dans les constructeurs nationaux pour éviter cet écueil. Autre petite pique aux intervenants : « Vous avez été pudiques sur un thème, les business models » Les expérimentations en cours sont gratuites. « On ne fait pas payer les cobayes ». Qui paye quoi ? Attention au gratuit, c’est un sujet chaud en cette période d’élection. Toujours sur le business model «  Faire rouler des flottes de véhicules autonomes 80% du temps rempli à 75% entre Roissy et Paris comme certains le proposent, ce n’est pas gagné, surtout avec un conducteur  accompagnateur à bord. Je préfère un bon RER B ».

Une piste à suivre pour ces véhicules autonomes, suggéré par Mme Idrac, la logistique urbaine. Elle rappelle également que la question des données n’est pas clairement résolue pas plus que la cybersécurité, les comportements, l’éthique, les sujets économiques, les discriminations, …

Deux derniers verbatims « Je préfère un bus qui arrive à l’heure que 4 applications qui me disent qu’il va bientôt arriver. » et « Pour les véhicules autonomes dans les campagnes, il va falloir repeindre les bords des routes à la peinture blanche ».

Des messages simples, clairs et réalistes en complément de l’enthousiasme d’une partie des intervenants précédents.

Conclusion provisoire – Le véhicule autonome (niveau 3+) et partagé, dans sa version électrique ou à hydrogène, ne sera pas sur nos routes à grande échelle avant quelques années, ce qui n’empêche pas de travailler sur une filière française de la voiture autonome et de coopérer avec le reste de la planète sur les sujets liés à l’éthique et à la cybersécurité.

Et un grand merci à l’Académie pour ces débats sérieux et passionnants.

A suivre … sur mon vélo ou en transport partagé !

Pierre Métivier

@pierremetivier

Pour aller (écologiquement) plus loin

  • Le rapport de Anne-Marie Idrac sur les véhicules autonomes
La photo de famille

La photo de famille

Et pour remercier ce qui tous ceux qui ont été jusqu’à la fin de ce billet, le dessin de Geluck sur le sujet 😉

Le Chat (c) Philippe Geluck

Le Chat (c) Philippe Geluck