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Lancement d’Apple Pay en France, simple annonce ou date clé pour le paiement mobile sans contact

Lancement Apple Pay en France

Lancement Apple Pay en France

Apple Pay, la solution de paiement de proximité d’Apple, à base de technologie NFC, est désormais disponible en France (1) depuis le mardi 18 juillet 2016. Le service a été lancé avec trois partenaires – la BPCE (le groupe Banque Populaire et Caisses d’Epargne), Carrefour Banque (cartes Pass – plus de 2,5 millions de cartes de paiement) et Edenred et ses Tickets-Restaurants. Orange en fin d’année 2016, Boon, une solution en pré-payé d’origine allemande et d’autres partenaires non annoncés vont suivre le mouvement.

Cela signifie que si vous avez un iPhone 6 dans leurs différentes versions, une Apple Watch (avec iPhone 5 ou 6) et que vous avez une carte de paiement d’un des trois partenaires cités ci-dessus, vous pouvez dématérialiser votre carte de paiement (sans contact ou pas) et payer avec votre mobile (ou montre) Apple dans les plus de 420 000 magasins équipés de terminaux de paiement électronique sans contact en France. (Source Groupement CB – Juin 2016 – voir détails sur graphique ci-dessous)

Paiement sans contact Carrefour Pass sur Apple Pay

Paiement sans contact Carrefour Pass sur Apple Pay

La procédure d’inscription est simple, il suffit de lancer l’application Wallet (ne cherchez pas une application Apple Pay), puis scanner / photographier la carte dont le contenu visible sera analysé. Une fois les renseignements correctement intégrés, il faut encore appeler sa banque, parler quelques minutes avec un(e) employé(e) pour confirmer que la carte est bien la votre et l’issue de cet appel, votre carte est opérationnelle immédiatement. (2)

Une fois en magasin, le paiement s’effectue comme s’effectue tous les paiements (cartes et mobiles) sans contact NFC, facilement et instantanément, sans code pour moins de 20 € (35 € pour la carte Carrefour Pass dans les magasin Carrefour). La seule différence est l’identification biométrique, le doigt sur le bouton Principal de l’iPhone pour confirmer la transaction. Une fois le paiement effectué, le ticket CB est imprimé comme dans toute transaction carte. Une notification est également envoyée sur le mobile #nicetouch. Une expérience sans surprise, très propre comme sait les construire Apple et comme le permet la technologie sans contact NFC.

Ceci dit, le paiement mobile sans contact est disponible en France depuis près de 5 ans sur mobiles Android et Windows Phone. Les applications Kix de BNP Paribas, M-Carte de Crédit Mutuel / CIC sont opérationnelles depuis 2011. Se sont ajoutées des solutions à la Société Générale et à la Banque Postale. Plus récemment, Orange a lancé Orange Cash, un portefeuille de paiement sans contact et en ligne, en mode prépayé, qui nécessite que l’utilisateur dépose auparavant un montant sur son portefeuille avant de pouvoir payer. Cette solution est disponible pour les clients de l’opérateur. Enfin, cinq banques – BNP Paribas, La Banque Postale, Société Générale, Crédit Mutuel Arkéa et le groupe Crédit Agricole se sont associées pour développer une version mobile NFC sans contact du service PayLib qui devrait être disponible fin 2016, et qui se présente « comme une solution de paiement unique, utilisable sur internet et aussi dans les commerces de proximité ».

Et donc, que change cette disponibilité d’Apple Pay en France ?

Pour pouvoir répondre à cette question, il est nécessaire d’étudier les éléments clés du déploiement du paiement mobile sans contact jusqu’à présent à travers le prisme du peu d’usages qui en résulte alors que le paiement carte sans contact en plein essor partout dans le monde et bien sûr en France (voir statistiques Juin 2016 ci-dessous).

Déploiement CB sans contact - Juin 2016 (c) Groupement CB

Déploiement CB sans contact – Juin 2016 (c) Groupement CB

Visibilité / image

Tweet de Thibaut Faurès Fustel de Coulanges, CEO be2bill et Dalenys

Tweet de Thibaut Faurès Fustel de Coulanges, CEO be2bill et Dalenys

L’arrivée d’Apple Pay en France va permettre de relancer le sujet du paiement mobile sans contact dans les media, en particulier ceux pour lesquels « si ce n’est pas disponible sur Apple, ça n’existe pas » comme l’a rappelé avec humour Thibaut sur Twitter.

Disponibilité de l’infrastructure et écosystème complexe

En simplifiant, l’infrastructure côté consommateur consiste en deux parties – les terminaux de paiement acceptant le paiement sans contact et les mobiles NFC avec des portefeuilles électroniques NFC

  1. Côté infrastructure, environ 30% des magasins sont équipés en TPE sans contact en France, un pourcentage en progression constante mais qui reste faible (voir stats ci-dessus). En 2020, tous les TPE seront sans contact. En attendant, l’arrivée des iPhones pourrait influencer des commerçants à accélerer la mise-à-jour mais l’impact est incertain.
  2. Côté mobiles, l’équation est complexe. Jusqu’à présent (voir exceptionS plus bas), il fallait un mobile NFC, une SIM NFC fournie par votre opérateur mobile ET une banque fournissant une application de portefeuille sans contact. Et bien sûr les fabricants de mobiles, les opérateurs mobiles et les banques ne fournissaient pas tous de tels services.

Si vous étiez utilisateur de Samsung Série S ou Nokia Lumia, chez Orange ou SFR et à la BNP Paribas ou au CIC / Crédit Mutuel, bingo, vous étiez éligible. 3 sur 3 Mais si vous étiez utilisateur d’un iPhone, chez Free et chez LCL, oops, vous n’étiez pas éligible. 0 sur 3. Et le 3 sur 3 est nécessaire, 1 ou 2 sur 3 ne suffisent pas.

Une première exception à cette équation est arrivée l’année dernière. Orange Cash, l’offre de wallet prépayé NFC, fonctionne indépendamment des banques, puisque que c’est un portemonnaie que vous chargez vous-même, mais bien sûr elle ne fonctionne que pour les clients Orange et mobile Android et Windows Phone. Une deuxième exception sera donc présente en fin d’année. La solution PayLib, proposée par les banques, qui sera elle indépendante des opérateurs mobiles, et qui ne nécessitera plus une SIM spécifique NFC #ofcourse (et dont il n’est pas encore clair qu’elle fonctionnera sur iPhone).

Et donc l’arrivée d’Apple Pay en France permet aux utilisateurs iPhone 6 et Apple Watch (avec iPhone 5 ou 6) d’espérer, quel que soit leur opérateur, une solution. Mais il faut le bon partenaire bancaire / carte et à ce jour, seuls la BPCE, Carrefour Banque et Edenred pour les tickets restaurants sont disponibles. Ce qui veut dire que si vous possédez un iPhone 6 et au-delà et tout autre banque, il vous faudra patienter encore.

Orange a annoncé l’arrivée fin 2016 d’Apple Pay également pour les clients iPhone de l’opérateur, quel que soit leur banque, à travers un support d’Orange Cash.

Tout cela pour dire que l’arrivée cette semaine d’Apple Pay ouvre le marché aux utilisateurs d’iPhone 5 et 6 ET possesseurs d’une carte Carrefour Pass, d’une carte VISA, d’une banque du groupe BPCE ou d’une carte Ticket restaurant Edenred, quel que soit leur opérateur mobile. Cela signifie que pour la première fois, certains abonnés de Free vont pouvoir utiliser le paiement mobile sans contact NFC.

Ceci dit, le marché des mobiles a beaucoup évolué ces derniers années et l’hégémonie d’Apple dans les smartphones est battu en brèche en particulier par les mobiles Android. Voir les derniers chiffres. Près de 75% de ventes Android sur le 1er trimestre 2016 vs. 20% sur iOS sur le marché des smart phones (Source Etude Kantar media et Ecrans Mobiles). Et donc un impact plus médiatique que réel.

Procédures d’enregistrement

Sur ce point, l’arrivée d’Apple est un progrès majeur. La procédure d’enregistrement de la carte est d’une grande simplicité et à des années lumières devant les procédures des banques actuelles qui nécessitent des RV avec son banquier, des contrats papier et des attentes de plusieurs jours avant d’utiliser le service, sans oublier la facturation du dit-service à 15 €/an à la BNP Paribas par exemple.

Appétence des consommateurs / quels usages

Ce n’est pas un secret de dire que l’appétence des consommateurs pour le paiement mobile sans contact est loin des espérances des industriels qui ont lancé le service. La raison principale, connue et pourtant très peu abordée depuis 5 ans, est qu’il n’y a (presque) pas d’avantages à utiliser son mobile plutôt que sa carte sans contact pour payer. Est ce le paiement avec son mobile est plus simple qu’avec la carte ? Non. Est-ce ce que c’est plus rapide ? Non plus. L’expérience utilisateur est globalement la même. C’est vaguement plus rapide si vous avez déjà le mobile à la main (parce que vous téléphonez devant la caisse du « fastfood » ou vous chassez des Pokemon Go dans le magasin) au moment de payer, sinon, c’est équivalent. Donc non seulement la version mobile est complexe à installer pour le consommateur, en termes de conditions à remplir (mobile, banque, opérateur), ensuite, en terme de procédures d’inscription – RV banque, contrats papiers, attente plusieurs jours, mais elle n’apporte aucun avantage réel en terme de simplicité d’usage ou de rapidité par rapport à la carte.

Est-ce qu’il y a des fonctionnalités en plus à l’utilisation du mobile par rapport à la carte ? De nouveau non (avec nuances, voir plus bas).  La promesse du paiement sans contact mobile était de pouvoir utiliser tous les avantages liés au mobile – connectivité, interface utilisateur, puissance de calcul – pour créer des applications multi-services – paiement, promotions, fidélité, information produits – et cette promesse n’a pas été remplie.

Wallet Starbucks (c) Forbes

Wallet Starbucks (c) Forbes

La seule application de portefeuille mobile qui ait un usage réellement massif dans le monde est la solution de Starbucks, un wallet en système fermé, limité aux boutiques de la marque. Basé sur des échanges de QRcode entre le mobile et la caisse, et nécessitant de charger manuellement l’application, son expérience utilisateur est bien moins simple que celle des wallet NFC et pourtant elle est très populaire. La raison en est simple. Cette solution de paiement est également une carte de fidélité, permettant aux clients d’obtenir des cafés et autres goodies gratuits. Le wallet Starbucks gère la fidélité. Une idée simple, logique mais peu développée sur les wallets mobiles NFC, en particulier des banques.

Bons plans Orange Cash

Bons plans Orange Cash

Côté portefeuille NFC, seul Orange l’a fait avec son wallet pré-payé Orange Cash et c’est un vrai plus pour celui qui s’y intéresse. En cette période de lancement, il y a de vraies affaires à réaliser. Apple Pay avec son Wallet multi-cartes, Carrefour Banque aussi bien sûr avec son lien privilégié avec les magasins de la marque sont les mieux placés pour le faire également mais peu d’informations sont disponibles dans les deux cas.

Et donc, pour répondre à la question du titre de ce billet, sur le fond, l’arrivée d’Apple Pay en France avec ses trois partenariats ne change pas grand chose au paiement mobile sans contact.

  • C’est une étape parmi d’autres, plus importante par son symbole et son impact médiatique que par l’usage que l’on peut en attendre à court terme.
  • C’est une étape, il y en aura d’autres avec,
    • dans le cadre global du paiement sans contact cartes et mobiles, le déploiement accéléré des TPE sans contact et d’autres facteurs de formes – automates, écrans … , la formation des commerçants au paiement mobile, la réduction du nombre de commerces n’acceptant pas les paiements cartes de moins de 10 ou 15 €, l’utilisation du paiement sans contact directement sur les valideurs de transport comme à Londres, lorsque c’est possible,  et donc
    • spécifiquement côté mobile la simplification des développements paiement (avec le HCE par exemple), les arrivées de Paylib ou de Samsung Pay sans oublier les applications multi-services sur mobile donnant envie d’utiliser le mobile.

En attendant, ne boudons pas le plaisir de ce lancement. Oui, un consommateur français (1) peut désormais effectuer des paiement sans contact avec son iPhone en France.

A suivre … et n’hésitez pas à partager vos propres expériences et remarques dans la partie commentaire de ce billet.

@PierreMetivier

Notes

  1. Rappelons que tout utilisateur d’Apple Pay (ou toute solution de paiement sans contact) dans le monde pouvait déjà payer en France avec son iPhone. Ce qui change bien sûr est que des utilisateurs de cartes de paiement françaises puissent le faire.
  2. Nous avons installé et testé (deux paiements) une carte Carrefour Pass sur un iPhone 6. Nous n’avons pas eu l’occasion de tester les services Ticket Restaurant ou BPCE. De même, l’auteur est utilisateur régulier de la solution Kix de BNPParibas depuis son lancement, a utilisé pendant 3 ans la M-Carte du Crédit Mutuel, utilise épisodiquement Orange Cash et teste la solution HCE Visa à la base de Paylib.

Pour aller plus loin

 

De l’écosystème des services mobiles sans contact NFC expliqué comme une course cycliste

New For Cycling

New For Cycling

Le vélo (de route) est un sport individuel mais aussi d’équipe comme vous le confirmera toute personne ayant roulé bien au chaud au sein d’un peloton ou pratiquant régulièrement ce sport dans un club. C’est donc un sport d’équipe aussi bien pour les cyclistes du dimanche que pour les pros, sur une course individuelle et encore plus sur un contre la montre par équipe.

Pourquoi ce billet autour du vélo aujourd’hui dans ce blog consacré à l’innovation et aux applications proposées par les technologies sans contact ? D’abord parce que l’auteur est un fan pratiquant et qu’il avait envie depuis longtemps de partager sa passion mais bien sûr cette raison en elle-même ne suffit pas. Plus sérieusement, on peut tirer quelques enseignements à partir d’analogies entre sport cycliste et la situation actuelle de l’écosystème du sans contact.

Etre dans une échappée et gagner la course ou l’étape, c’est le rêve de chaque coureur. Pour qu’une échappée réussisse alors qu’elle est composé d’éléments d’équipes différentes, il faut qu’elle prenne suffisamment d’avance sur le peloton. Chacun doit collaborer à l’échappée avant de la jouer perso. Une fois l’avance suffisante, à quelques kilomètres de l’arrivée, alors seulement, il est possible pour chacun de tenter sa chance suivant ses forces et son intelligence de course. Mais si la coopération n’est pas totale pendant la plus grande partie de l’échappée, si les arrières pensées individuelles prennent le pas sur l’intérêt commun, alors l’échappée est vouée à l’échec.

Les acteurs de l’écosystème du NFC se sont lancés dans une échappée (*) et ont pris une certaine avance sur les concurrents principalement américains (les grandes sociétés de type Amazon, eBay/Paypal ou Apple). Pour que les services mobiles sans contact se déploient, que le marché se développe, que les usages se multiplient, il faut que les sociétés composant cet écosystème très varié et souvent concurrentiel, prennent de l’avance sur le peloton en coopérant et réussissent à créer cette « interopérabilité » la plus complète possible sans arrière-pensée, seule garantie de réussite.

C’est ce qui s’est passé au départ de l’échappée, de l’aventure du sans contact en France avec des travaux communs, acceptés et partagés dans toutes les équipes. Avec le temps, des frictions sont apparues, que ce soient entre les équipes (celles des opérateurs télécom, des fabricants de puces, de SIM, de TSM) voire au sein d’une même équipe. Les alliances sont souvent fragilisées par des considérations individuelles de marché, et les accords sur le papier sont mis à mal sur le terrain. Ça se regarde dans l’échappée, les relais ne sont plus aussi efficaces. Rajoutons une difficulté : dans les équipes cyclistes, il y a un leader désigné pour qui les équipiers roulent ; dans les équipes industrielles, il n’y pas de leader officiel même si les acteurs les plus importants de chaque équipe jouent ce rôle : citons par exemple Orange en France, clairement l’acteur le plus actif dans l’échappée pour l’équipe des télécom.

Tour de France 2013

Tour de France 2013

Enfin,  comme dans toute échappée cycliste lorsqu’elle échoue, l’énergie mise à la lancer, à l’animer, est perdue et les coureurs n’ont plus aucune chance pour la victoire finale. Dans le cas industriel, ce sont les investissements en temps, en énergie, en ressources – humaines et financières qui seront perdus en cas d’échec.

Dans l’état actuel de la course, l’échappée a de grandes chances de réussir, l’avance est réelle, en particulier en terme de qualité des sociétés la composant et des infrastructures mises en place. Mais la course est loin d’être finie. Le peloton, composé d’équipes non représentées à l’avant (comme les Amazon, eBay/Paypal, Apple), de coéquipiers de l’échappée (Buyster, SMoney, Kwixo, PayLib,…) n’est pas loin. Ces coureurs attendent le regroupement pour contre-atttaquer, sans oublier Google, présent dans l’échappée et dans le peloton. La course est encore longue et donc, à tous les coureurs de l’échappée, pensez d’abord à collaborer avant de gagner. En restant solidaire, vous gagnerez ensemble cette course, sinon…

A suivre … dans la roue et sur ce blog !

Pierre Métivier

(*) Pour les spécialistes de la petite reine, la vraie analogie serait plutôt un coup de bordure plutôt qu’une échappée dans le sens où l’écosystème NFC est de taille importante, comprenant un grand nombre d’acteurs, et donc le peloton des industriels est coupé en deux – les acteurs traditionnels, plutôt européens, opérateurs télécom, banquiers, industriels de la carte à puce, fabricants de mobiles, et de l’autre, les sociétés plutôt américaines, en provenance de l’internet et de la micro-informatique.

L’absence de NFC dans l’iPhone 5, une chance pour l’écosystème du sans contact

iPhone 5 sans NFC  (c) Apple

iPhone 5 sans NFC (c) Apple

Le monde du sans contact attendait avec impatience les annonces d’Apple concernant la présence ou pas de la technologie NFC dans la nouvelle version de son iPhone 5. Nous savons maintenant que ce n’est pas le cas. Apple reste le dernier des grands constructeurs de mobiles à ne pas supporter cette technologie. De nombreuses questions se posent suite à cette annonce. Nous allons proposer quelques éléments de réflexion à quatre d’entre elles.

Et tout d’abord, pourquoi ce choix de ne pas intégrer cette technologie alors que tous ses concurrents l’ont fait ? Quelques pistes en vrac. Que ce soit en terme d’installation ou d’utilisation, l’expérience utilisateur du sans contact n’est pas encore au niveau de la simplicité de ce qu’Apple propose à ses utilisateurs. Il est possible qu’Apple n’ait pas encore découvert une façon de simplifier cette expérience. Voire qu’Apple ait décidé que cela ne rentrait pas dans son écosystème (nous y reviendrons). De même, il n’est pas sûr qu’Apple ait trouvé un modèle permettant d’intégrer ses propres systèmes autour de iTunes et iCloud et les services de proximité permis par le NFC. Globalement, même si l’infrastructure sans contact dans le transport, le tourisme et le commerce (paiement) est de plus en plus importante (8 millions de cartes de paiement sans contact rien qu’en France, 23 000 commerces équipés), le marché n’est pas encore suffisamment mature pour le grand public.

Passbook, le mobile wallet de l'Iphone 5

Passbook, le mobile wallet de l’Iphone 5

Ensuite, est-ce un choix à court terme ou à long terme ? Nous prenons le pari d’affirmer que c’est du court terme. Apple a déposé de nombreux brevets autour du NFC, a présenté hier une application Passbook, un Mobile Wallet, gérant les cartes de fidélité, les coupons, la billetique, préfigurant des services de proximité à venir. Sur ce sujet, des articles américains suggèrent même que c’est par pur mercantilisme que l’iPhone 5 ne comprend pas le NFC (dans une prochaine version) alors que le Passbook semble conçu pour fonctionner avec le NFC (ITWire). Rappelons également que toutes les solutions type cloud (particulièrement pour le paiement mais pas seulement) nécessitent une connectivité permanente (3G ou Wifi) trop souvent absente dans les commerces (pas de connectivité dans mon supermarché local par exemple), et ce qui limite également leur utilisation pour les touristes étrangers (coût du roaming). Le NFC est la technologie idéale pour permettre des échanges entre les différents appareils de la gamme en peer-to-peer, partage de photos, de musique, de nombreux jeux ou l’appairage rapide et « seamless » d’un mobile avec des enceintes et transfert de la musique comme le propose déjà Nokia. Enfin, c’est la technologie la plus simple pour un ‘checkin’ Foursquare ou un ‘like’ Facebook. Difficile d’imaginer qu’Apple passe à coté de toutes ses possibilités.

Transfert de musique NFC (c) Nokia

Transfert de musique NFC (c) Nokia

Quelles sont les conséquences pour l’écosystème du sans contact ? D’un côté, c’est une petite déception de ne pas voir Apple rejoindre le monde du NFC, cela aurait donné un formidable coup de projecteur sur la technologie comme l’annonce de Google de proposer le NFC sur les mobiles Android l’avait fait il y a juste un an. De l’autre, c’est du temps que vient de proposer Apple à l’écosystème des services sans contact. Du temps et un espace de liberté, celui des services mobiles de proximité, qu’abandonnent momentanément Apple. La firme de Cupertino annonce clairement à ses concurrents : ce marché n’est pas une priorité, je vous le laisse.

Validation SNCF NFC

Validation SNCF NFC

Ce qui nous amène à la dernière question – que doivent faire maintenant tous les acteurs du sans contact, constructeurs de mobiles, opérateurs télécom, opérateurs de transports, banques, offreurs de services voire collectivités territoriales ? Saisir l’occasion de développer ce marché de services de proximité qu’Apple leur laisse. Fort d’une infrastructure bancaire, transport, tourisme, commerce en place partout dans le monde, ils doivent impérativement se mettre d’accord, coopérer, développer ensemble des services et les développer à un niveau d’interopérabilité qui éventuellement « obligera » Apple à prendre en compte l’existant, et s’y intégrer. Faute de réussir, Apple imposera une nouvelle voie, sa voie, qui sera avec ou sans contact, mais qui sera source de désintermédiation préjudiciable pour beaucoup de ses acteurs(*).

En choisissant de ne pas intégrer le NFC dans l’iPhone 5, Apple vient de donner un à deux ans aux acteurs actuels des services mobiles sans contact à commencer par les banques, les opérateurs télécom, les opérateurs et autorités de transport, les distributeurs et tous les industriels. A ces acteurs d’en profiter, en utilisant la formidable infrastructure en place (commerce, transport, paiement,…) et la puissance combinée des smartphones et du NFC pour développer des applications innovantes aux services des consommateurs, des usagers et des citoyens. Sauront ils le faire ou resteront-ils à attendre, tergiverser, ne pas se mettre d’accord jusqu’au retour d’Apple sur ce marché des services de proximité ? L’avenir le dira.

Pour Apple, NFC signifie « Not Found Currently » in iPhones, aux acteurs du sans contact de prouver que leur propre vision est la bonne, ou attendre qu’Apple leur indique le chemin. A ce moment-là, il sera trop tard.

A suivre.

Pierre Métivier

(*) L’enseigne Casino en France l’a bien compris et nous étudierons ce cas dans un prochain billet.

Près de 20 modèles de mobiles NFC disponibles en France (Samsung, Nokia, RIM Blackberry, Sony, LG, HTC, Acer,…)

Galerie de mobiles NFC

Galerie de mobiles NFC