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Puce RFID sur Europe 1, de la difficulté à couvrir en 3 mn à la radio un sujet touchant à la fois technologie, vie privée, santé et éthique

Thomas Sotto (c) Europe 1

Thomas Sotto (c) Europe 1

Europe 1, mercredi matin 8 Février, Matinale de Thomas Sotto, journal de 8:00 présenté par Bérengère Bonte. La « une » est consacrée à une entreprise belge dans laquelle une dizaine d’employés, sur la base du volontariat, ont été implantés avec une « puce RFID » (*) dans la main. Le terme « Puce RFID » est impropre, nous devrions utiliser « étiquette NFC », explication en bas de ce billet. Nous garderons Puce RFID  pour rester en cohérence avec le contenu d’Europe 1.

En 2 minutes 40 de reportage, vont donc succéder une interview d’un responsable de New Fusion et volontaire de l’expérience, un commentaire du Président de la Ligue belge des Droits de l’Homme, un appel rapide au docteur Gérald Kierzek et une brève conclusion.

Les enregistrements et textes.

  • Le podcast de la matinale de Thomas Sotto – le reportage est dans la plage horaire 1:25:52 / 1:28:30 ainsi que la transcription texte complète du reportage en bas du billet.
  • Des informations complémentaires sous la forme du reportage de la RTBF sur le même sujet (interview du même responsable de l’entreprise et du même président des droits de l’homme) avec les images mais sans l’appel au docteur Kierzek – bonus.
Tim Pauwels - New fusion (c) Copie écran reportage RTBF

Tim Pauwels – New fusion (c) Copie écran reportage RTBF

A l’écoute de cette une ce mercredi, il nous a semblé que quelques compléments d’information étaient nécessaires pour éclairer le sujet trop vite abordé.

Deux dates tout d’abord. La première mention connue de l’utilisation des étiquettes électroniques en injection sous-cutanée pour identifier les personnes est lié à une boite de nuit en Espagne, le fameux Baja Beach Club, de Barcelone, en 2004 une opération réservée aux VIP de la boite, il y a donc 13 ans.  En 2015, une entreprise suédoise a précédé notre entreprise belge, non pas pour imposer une surveillance « tracking » (nous y reviendrons) mais comprendre l’intérêt, les interactions et les conséquences d’une telle opération.

Il y a donc de nombreuses facettes à ce sujet, tournant autour de la technologie, de la santé, de la vie privée, et de l’éthique.

  • Technologie – La RFID est une famille de technologies d’échanges de données par radio-fréquence entre deux objets, le plus souvent un lecteur et une étiquette (notre puce RFID). Il en existe plusieurs types, pour différents usages, LF, HF, UHF, avec de nombreuses caractéristiques, en particulier distance de lecture. C’est une technologie très présente dans l’industrie, les entrepôts, les cartes de paiement, de transport, d’accès, les jeux, les musées … et globalement l’internet des objets. Le NFC correspond à une fréquence dont l’une des caractéristiques premières est sa courte distance de lecture de 3 à 5 cm. La précision est importante pour la suite et indispensable à tout article sur le sujet. Un peu comme si on utilisait le terme jumelle à la place de microscope. Leur usage est très différent et pourtant les deux servent à observer.
  • Santé – Le docteur Gérald Kierzek a justement rappelé les effets secondaires liés à l’injection et à la présence de corps étrangers dans le corps. Ensuite il a dit craindre les « effets biologiques des rayonnements des puces » pas suffisamment étudiés. Pour rassurer l’excellent docteur, les puces utilisés n’émettent pas, elles sont passives, ne comportent pas de batterie, pas plus que les cartes de crédit, les cartes de transports type Navigo, les cartes type Velib ou les cartes d’accès en entreprise. Seuls les terminaux de paiement électronique (TPE), les valideurs de transports ou les lecteurs (et non capteurs cités dans le reportage) des portillons d’entreprises émettent. Il n’y a pas de rayonnement du à la puce RFID.Ajoutons simplement pour ceux qui craignent ces corps étrangers dans leur corps que des centaines de milliers de personnes sont sauvés chaque année par l’implantation de pacemakers électronique dans leur corps, des appareils bien plus imposants et électroniquement complexes, des patients qui ne pourraient pas vivre sans ses appareils implantés dans leur corps. Par comparaison, la taille de la puce implantée dans le cas qui nous intéresse est celle d’un grain de riz.
  • Vie privée / « tracking » – La distance de lecture est donc de 3 à 5 cm max. Pour vous le prouver (**), essayer (les franciliens) de passer votre carte Navigo à plus de 5 cm du valideur du métro et le portillon ne s’ouvrira pas. Ces puces ne permettent pas d’être tracées facilement à votre insu. Comme avec le badge, l’entreprise sait que vous rentrez dans l’entreprise à telle heure et vous en sortez à telle heure. Le fait d’utiliser ces puces n’ajoute en rien la capacité à tracer des gens à distance et à leur insu.

    De même, la quantité d’information stockée sur ces puces est minimale. La plupart du temps, c’est un identifiant d’une dizaine de caractères. Dans le cas de l’expérience belge, en reprenant les données de l’article de Futura-Sciences (qui suggère la source des puces), elles peuvent contenir 880 octets, une taille très faible qui limite la taille des données personnelles potentiellement stockées.Et rappelons que dans aucun des documents partagés par Edward Snowden à ce jour sur les moyens de surveillance mis en place par la NSA, on ne trouve trace de mentions des technologies RFID et NFC. La NSA ne les considère pas comme des technologies utiles pour la surveillance.

  • Enfin, sur la partie éthique, nous laisserons les penseurs, les sociologues et les philosophes comme Raphaël Enthoven répondre à la question à court terme de l’intérêt d’avoir son indentification électronique sous la peau, et à plus long terme, les conséquences de l’arrivée de l’homme augmenté et du transhumanisme (sujet déjà traité récemment par Raphaël dans Qui vive). Ajoutons simplement que ces pionniers belges, néerlandais, suédois, français, anglais et d’autres partout dans le monde, font partie d’un mouvement – le bio-hacking ou biologie participative, créé par des citoyens pour les citoyens pour comprendre et mieux se préparer avant que les politiques et les GAFA (à commencer par Google) ne s’emparent du sujet. Un grand merci à eux.

Sans porter de jugement à ce reportage spécifique, il est de plus en plus important pour chacun d’entre nous d’avoir de nombreuses sources d’information, en France, à l’étranger, papier et numérique, de se méfier de la pensée unique, des raccourcis, qu’ils soient en provenance de la télévision, de la radio, « peut-on être généraliste et spécialiste ? », de Twitter, du web, et surtout il faut garder son esprit ouvert.

Comme le disait Frank Zappa, un esprit, c’est comme un parachute, il ne fonctionne que si il est ouvert.

A suivre.

@PierreMetivier fidèle auditeur de la matinale. #E1MATIN

(*) Le terme « puce RFID » est régulièrement utilisé alors qu’il est doublement impropre.

  • La puce est un des éléments avec l’antenne et le substrat (ou inlay) que est le support physique sur lequel l’antenne et la puces sont fixés. Les bons termes sont étiquette, tag ou transpondeur.
  • Le terme RFID est imprécis. La RFID est une famille de technologies d’identification par radio-fréquences. Il en existe plusieurs types – LF, HF, UHF, avec de nombreuses caractéristiques. Le NFC correspond à la fréquence HF dont l’une des caractéristiques première est sa courte distance de lecture de 3 à 5 cm.

(**) Il faudra que Thomas délaisse son scooter et descende dans le métro ou prenne un Vélib. 😉

Plus de détails sur ce blog et bien sûr, #selfpromo sur le livre « Le mobile NFC, télécommande de notre quotidien » aux Editions AFNOR.

Pour aller plus loin

Le Verbatim de l’émission – Europe 1 – Mardi 8 février 2017 – 8:00

  • Berengère Bonte – Bonjour à tous il y a ceux que ça va terrifier et ceux qui en rèvent depuis toujours. C’est promis ce n’est pas une histoire belge. A Malines, près d’Anvers, huit salariés d’une agence spécialisée dans le marketing digital se sont fait implanter sous la peau une puce d’identification par radiofréquence, une puce RFID. L’idée c’est de remplacer les badges d’entrée, durée de vie 15 ans et bien sûr ils sont tous volontaires.
  • Lionel Gougelot – C’est un salarié de l’entreprise qui en avait assez de perdre son badge qui a suggéré à ses dirigeants de lui implanter cette puce sous la peau qui lui permet notamment d’ouvrir la porte de l’agence, ou d’activer son ordinateur quand il présente sa main devant un capteur, une technologie qui offre plus de liberté de mouvement selon l’un des dirigeants, Tim Pauwels (de la société NewFusion non cité sur Europe 1 – NDLR)
  • Tim Pauwels – C’est pas une méthode de contrôle, c’est une méthode de vérification, il n’y a pas de tracking dedans, on ne peut pas suivre nos employés, on peut pas voir à tout moment où est-ce qu’is sont c’est une façon de leur donner un accès plus facile à nos bureaux, ça remplace en fait la clé qu’on utilise ou le mot de passe parce qu’on utilise plusieurs technologies existantes.
  • LG – Mais parce qu’elles contiennent les données personnelles des salariés ces puces RFID suscitent l’inquiétude de la Ligue des Droits de l’Homme en Belgique et de son président, Alexis Deswaef.
  • Alexis Deswaef – On met une puce à un être humain comme on mettrait à un chien ou un chat pour pas qu’on le perde. ici on va vraiment pouvoir fliquer la personne. Avec les données qui sont collectées, la question c’est quoi ça va servir.
  • LG – Car la crainte c’est qu’un employeur utilise ces données pour contrôler le comportement les allées/venues d’un salarié dans une entreprise d’où la demande d’une loi interdisant cette technologie.
  • Thomas Sotto – Incroyable. (A Bérengère Bonte) vous le sentez, vous, le badge sous la peau ? Vous en mettriez un ?
  • BB – Perso pas trop, je vais être honnête.
  • TS – Moi aussi ça m’inquiète l’impact sur la santé, on va passer un coup de fil à notre urgentiste, il est au téléphone parce qu’il est de garde le docteur Kierzek cette nuit. Bonjour Gérald, ma question est tout simple est-ce que c’est dangereux ou pas de se mettre ça sous la peau.
  • Docteur Gérald Kierzek – Je ne parlerais pas de danger, je parlerais plus d’effets secondaires que de complications réelles. C’est lié à la peau, implant, risque de saignement, d’hématome, zone douloureuse. Quelques cas d’infections locales ou d’intolérance à des produits de cet implant. Et puis il y a le retrait car l’organisme va faire une fibrose, va cicatriser autour de cet implant, parfois une localisation et un retrait difficile. Ca, c’est plus des effets secondaires. En revanche, à long terme, on a absolument aucun recul et c’est peut-être là l’inquiétude. L’implantation d’une puce RFID on ne connaît pas les effets biologiques, notamment les rayonnements notamment liés à ses puces RFID et ses effets biologiques sur les tissus. Le recul scientifique et cette veille scientifique qu’on ne peut pas faire et qu’il va falloir suivre de très prêt.
  • TS – Et bien on va garder notre badge dans notre poche arrière de jean et pour la puce on attendra, merci beaucoup Docteur Kierzek et retournez au boulot, aux urgences.

Implant Party et biohacking : réflexions autour des implants NFC dans la main

Implant Party

Implant Party

Samedi soir 13 juin, dans le cadre de Futur-en-Seine avait lieu la première « Implant party » en France. De quoi s’agit il ? La réponse dans le texte présentant la conférence. Extraits :

« La tendance croissante et internationale des implants NFC arrive en France. A l’occasion de Futur en Seine, le collectif de biohackers suédois Bionyfiken organise une « implant party » samedi 13 juin à 19h dans l’auditorium de la Gaité lyrique. L’heure des cyborgs est-elle venue ?

Si l’expérimentation vous intrigue plus qu’elle ne vous effraie, cette soirée-débat sera l’occasion de sauter le pas puisque se déroulera en simultané une séance de pose d’implants NFC avec un praticien certifié.

Etes-vous prêts à vous faire poser un implant NFC et à partager votre expérience ? Pour mieux comprendre cette expérimentation, nous réunissons plusieurs penseurs, activistes ou experts, pour discuter des usages et des implications futures de la technologie des implants NFC.

Que peux-t-on faire avec un implant ? Les exemples vont du déverrouillage automatique de portes ou de téléphones à l’utilisation d’applications, de supports numériques et même de cartes bancaires sans mots de passe. (Un concept novateur, la CB avec mot de passe 😉 NDLR)

Comment se fait-on implanter ? Un professionnel français du perçage sera présent et proposera la pose de ses implants aux curieux. La procédure est simple, peu coûteuse et indolore, et pratiquée dans les meilleures conditions d’hygiène.« 

Première intervention, celle de Hannes Sjoblad, Bionyfiken, l’organisateur de cet événement et bio-hacker actif. Quelques extraits de son message :

Implant Party

Implant Party

Les mouvements DIY (DoItYourself) autour de la biologie, self-quantified, grinders ou bodyhackers font tous partie d’une même idée d’amélioration du corps, qui existe depuis le début de l’humanité. Dans le cas présent, nous avons déjà cartes et badges sans contact et de nombreuses personnes ont déjà des implants type piercing. L’implant NFC est une combinaison des deux. Avec ses deux implants RFID / NFC implantés dans les mains depuis plusieurs années, Hannes portent « en lui » beaucoup de clés et cartes. Le contrôle des armes est un bel exemple de biohacking utile (surtout aux US). Lorsqu’elle est volée, l’arme ne peut plus être utilisée. Parmi les inconvénients cités, la surveillance des données de santé. Et Hannes ajoute que le NFC fonctionne à courte distance et que cela fait partie de sa sécurité. Il cite le bracelet Disney Magic comme exemple d’application sans contact montrant que ce n’est pas la technologie qui compte mais l’expérience de l’utilisateur. Rappelons qu’aussi bien pour le bracelet Disney Magic et le biohacking c’est la même technologie RFID/NFC qui est utilisée – NDLR.

En réponse à une question, Hannes voit le travail des bio-hackers comme lui comme des expériences pour comprendre les applications et leur conséquences de l’implantation des implants NFC avant que les grandes entreprises et les gouvernements s’y intéressent.

Une approche très convaincante de l’intérêt potentiel de ces implants NFC pour s’identifier, contrôler son environnement, en étant volontaire et pour démystifier le côté sulfureux de l’implantation sous-cutanée. Un discours très conscient des enjeux et risques autour en particulier de l’éthique, de la sécurité et de la gestion des données personnelles.

Implant Party

Awa NDiaye

Après cette introduction, une courageuse volontaire, Awa NDiaye, de la Ville de Paris, est devenue,devant une salle comble, la première femme « upgradée » (le terme de Hannes) de France. Deux autres volontaires se sont proposées et ont du recevoir leurs implants après la conférence.

Le débat qui en a suivi, animé par Hannes Sjoblad, a réuni Christian Funk de Kaspersky, expert de la sécurité informatique, Remi Sussan, journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies à la FING, Nancy Boehm, designer présente sur Futur-en-Seine avec un projet de Living Joconde et Thomas Landrain, La Paillasse, pour « partager leurs idées sur la manière dont la technologie des implants NFC peut changer la manière dont nous interagissons avec le monde autour de nous« .

Implant Party
Pour Remi Sussan, les gens accepteront d’être « upgradés » principalement pour des raisons des santé et de jeux / entertainment (ce qui nous rappelle les premières expérimentation sans lendemain dans une boite de nuit de Barcelone en 2004). Christian Funk au sujet du biohacking, tout dépend de ce qu’on en fait. Nancy Boehm, après avoir déclaré en souriant qu’elle n’était pas la meilleure personne pour répondre (ayant elle-même des piercings), n’a pas de problème à être « upgradé » tant qu’il est un choix y compris pour le retirer. Enfin, pour Thomas Landrain, de La Paillasse, le biohacking est une question de re-appropriation. A titre personnel, il n’est pas prêt à expérimenter.

Nos quatre panélistes ont semblé perdu pour réagir, en anglais « lost for words« . Les sentiments personnels étaient très présents dans les réponses et non les mots de réactions convenues et connues, comme si l’expérience « live » plus la présentation très convaincante d’Hannes les poussaient à penser différemment …. ce qui était clairement le but de la soirée.

Comme vous le savez, cher lecteur, nous parlons souvent des applications permises par le sans contact en général et le NFC en particulier et des facteurs de forme mutiples – carte, mobile, porte-clés, bracelet, figurine de jeux, montre ou bague comme la bague NFC Ring. Avec ce nouveau facteur de forme, c’est une approche plus personnelle voire plus « intérieure » qui est rendue possible par ses implants.

Et pour répondre à la question que certains d’entre vous ne manqueront pas de me poser, à titre personnel, je n’envisage pas à court-terme un implant NFC pour deux raisons :

  1. Le mobile NFC et les autres facteurs de forme extérieurs au corps remplissent parfaitement leurs rôles. Le plus proche de l’implant sans intervention est la bague NFC ou le tatouage numérique de Motorola.
  2. Le champ des applications possibles est encore limité. Hannes a bien précisé qu’il avait « négocié » lui-même avec tous les fournisseurs de services comme son club de gym pour les faire fonctionner sur ses implants. Les étiquettes NFC disponibles dans les implants n’ont pas capacité à effectuer des paiements ou émuler des cartes de transports par exemple. L’infrastructure globale n’est pas encore utilisable par ces implants. A ce jour, le mobile NFC est une télécommande du quotidien #placementproduit plus performante avec son écran, sa capacité de calcul, son interface utilisateur, ses capteurs et sa connectivité. Par contre, l’implant NFC peut fonctionner pour de nombreuses applications personnelles, qu’il faut programmer soi-même, comme débloquer son mobile ou son PC d’un geste de la main ou ouvrir les portes de chez soi, par exemple, avec les serrures adaptées.

La très bonne nouvelle apportée par cette conférence est que des biohackers, des esprits libres et ouverts, se penchent sur ces questions, testent, réfléchissent, partagent, en toute indépendance et sans à priori. Leurs expériences seront importantes au fur et à mesure du développement de cette technologie.

Une conférence passionnante qu’on aurait aimé plus longue #Cadbury et avec peut-être un volet biohacking et transhumanisme. Gardons le sujet pour une prochaine « Implant party« .

Et vous, êtes vous prêt pour un implant NFC ?

A suivre.

Pierre Métivier

Pour aller plus loin

  • Des photos de l’événement sur Flickr
  • La vidéo de la session que nous vous recommandons de regarder pour bien comprendre le message de Hannes sur le biohacking.