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Bitcoin, blockchain et NFTs ! Quatre conférences et deux leçons

Coin coin (c) Albertine Meunier

Coin coin (c) Albertine Meunier

Pas moins de quatre conférences ont eu lieu en trois semaines sur ces sujets sans compter d’autres à venir et de nombreux articles récents apportent une nouvelle lumière (une sélection en fin de billet) sur le monde crypto.

Ci-joint un compte rendu rapide de ces conférences, suivis en direct ou en podcast (lien inclus quand disponible), proposant différents points de vue, d’où l’intérêt de les comparer et de les rapprocher et, basé sur ces différentes expertises, en tirer des leçons concernant le bitcoin, la blockchain et les NFTs.

22 mars – Lundis de la Cybersécurité – Blockchains : des Incas au futur Internet, les meilleures applications de demain »
Blockchain Jean-Jacques Quisquater

Blockchain Jean-Jacques Quisquater

Organisé par Gérard Peliks, cet épisode des bien connus Lundis de la Cybersécurité avait comme intervenant principal Jean-Jacques Quisquater, professeur émérite de cryptologie et de sécurité à l’École polytechnique de Louvain, en Belgique. Membre de l’IEEE et académicien titulaire à l’Académie royale de Belgique, il est également chercheur associé au MIT et membre d’honneur de l’ARCSI.

S’en est suivi une revue passionnante du monde de la blockchain par un de ses acteurs, dont les travaux ont permis son développement. Jean-Jacques a régalé et passionné l’audience par ses rappels historiques remontant aux incas (khipu), les premières recherches en 1977, avant le fameux texte fondateur de Satoshi Nakamoto en 2008, pour illustrer son propos. Son enquête très fouillée sur qui se cache derrière ce nom (une question à 60 milliards de $ au cours du jour) est à découvrir. Par delà tous les avantages et possibilités offerts par la blockchain et détaillés avec minutie, Jean-Jacques a également rappelé le problème énergétique posé par l’algorithme de consensus à base de preuve de travail (proof of work) du bitcoin et le fait que sa production en soit dominée par « 4-5 consortia chinois ». Probablement la présentation la plus détaillée que nous ayons eu l’occasion d’écouter sur ces sujets.

–> Le replay ainsi que les 220 slides préparées par le professeur Jean-Jacques Quisquater disponibles sur le site du Medef 92.

6 avril  AFIS – La blockchain et le bitcoin
Blockchain et bitcoin AFIS

Blockchain et bitcoin AFIS

François-Marie Bréon et Jean-Paul Krivine de l’AFIS (Association française pour l’information scientifique)  a invité Jean Paul Delahaye, professeur émérite de l’Université de de Lille, et spécialiste connu et reconnu du monde de la blockchain et du bitcoin pour un présentation intitulé sobrement « La blockchain et le bitcoin ». Des définitions simples et précises – « Une blockchain est un registre partagé infalsifiable indestructible composé de blocs successivement validés, daté et conservés par ordre chronologique. » Des rappels utiles « Dans le cas du bitcoin, les données ne sont pas chiffrées. On peut suivre le contenu des comptes même si on ne connait pas le propriétaire du compte. » Une présentation complète et plus sobre que la précédente, également plus détaillée sur le minage et le chiffrage de la consommation énergétique du bitcoin (100 TWh/an – 10 réacteurs nucléaires au moins).

–> Le site de la conférence. Le replay n’est pas disponible à ce jour. Le live tweet de l’événement permet de revoir en grande partie la présentation avec de nombreuses illustrations

7 avril – La Méthode scientifique, France Culture, NFT, cryptoarts
NFC CryptoArt - La methode scientifique

NFC CryptoArt – La methode scientifique

Qu’est-ce qu’un NFT ? Que renferme la nouvelle technologie constituée par les NFT ? En quoi l’utilisation de la blockchain est-elle un avantage ? Quelles différences entre un NFT et un bitcoin ? Effet de monde ou nouvelle modalité de transaction numérique ? Telles étaient quelques unes des questions posées par Nicolas Martin, l’animateur de la Méthode Scientifique sur France Culture à ses deux invités : Nicolas Pouard, Directeur de la Blockchain Initiative et responsable du lab d’innovation stratégique, Ubisoft et Claire Balva Directrice “Blockchain et cryptoactifs”, KMPG.

Les cryptoarts (sous différentes formes crypto kitties, colored coins, cryptopunks) existent depuis 4 ans mais avec les liquidités rendus disponibles par les différents gouvernements dans le cadre de la crise du la Covid-10, le phénomène a pris de l’ampleur. Un NFT, c’est un jeton / token qui représente un objet physique (ou numérique), il possède une dimension affectivité. Il permet de tracer les droits de propriétés. Dimensions de programmabilité (pour gérer les royalties par exemple par rapport aux certificats de propriété) et interopérabilité. Fongibilité (jeton séparable comme la monnaie) vs non-fongibibilité (le jeton est objet entier, unique, identifié, insécable). Un NFT est unique. Interview de Rodolphe Barsikian, artiste vectoriel et gamer, qui refuse l’opposition du réel et du virtuel

Le NFT permet le développement l’unicité dans le monde virtuel où la copie est standard, permet également de réguler un marché de l’occasion des objets également dans le monde du jeu (Ubisoft), régularisation d’un usage existant comme la vente d’un jouet sur le Boncoin. Notion de #playtoearn. La blockchain devrait avoir un impact important dans le futur sur la gestion des droits d’auteurs et la reconquête de la propriété privé

–> Le replay et de nombreux documents et infographies à retrouver sur la page de l’émission.

7 avril  – Laurence Allard, MobActu « Tout ce que vous avez voulu savoir sur les NFT’s et le CryptoArt : techniques, usages, écologies »
Tout ce que vous voulez savoir ... NFT Cryptoart

Tout ce que vous voulez savoir … NFT Cryptoart

Laurence Allard, maîtresse de conférences, sciences de la communication, IRCAV-Université Paris-Sorbonne Nouvelle/Université de Lille a invité Albertine Meunier (artiste, curatrice de l’exposition « De la Tulipe à la Crypto Marguerite »), Adrian Sauzade (expert praticien en cryptomonnaies) ; Gauthier Roussilhe (designer, auteur notamment du rapport « Que peut le numérique pour la transition écologique ») ; Serge Hoffman (artiste, collectionneur et professeur responsable du département des Arts numériques à La Cambre, Bruxelles) ; Sébastien Gouspillou (CEO de Bigblock DC, Bitcoin mining) et Maël Rolland (doctorant, EHESS, thèse d’économie en cours au sujet des cryptomonnaies) pour échanger sur le sujet.

Ceci est un NFT

Ceci est un NFT

Avec une présentation du phénomène crypto « en sociologue pragmatisme », Laurence Allard a posé les bases du débat. Serge Hoffmann a rappelé l’histoire des NFTs en remontant aux crypto-kitties et la défunte plateforme Ascribe (2013) avant de se lancer dans la création live d’une « oeuvre d’art » (une copie d’écran des intervenant),  de sa mise en ligne et en vente comme NFT en passant par l’utilisation d’un wallet crypto Tezos et la création de 5 copies sur la plateforme HicEtNunc. Une impressionnante démonstration de la simplicité relative à la mise en ligne de NFTs.

Adrian Sauzade est revenu sur les grands concepts de la blockchain, rappelé les caractéritistiques des tokens et des coloredcoins (l’ancêtre des NFTs). Il a ensuite défendu le dogme d’un bitcoin (en format preuve de travail) comme plateforme indispensable (quelque soit ses conséquences écologiques) à l’écosystème blockchain. Albertine Meunier a présenté le point de vue de l’artiste, expliquant comment vendre et collectionner des NFTs, présentant les différentes marketplaces, de nombreuses oeuvres puis l’exposition en cours « De la tulipe à la crypto marguerite » à l’Avant-Galerie Vossen.

Sébastien Gouspillou, co-fondateur d’une entreprise de minage BigBlock Data center, qui conçoit et gére des datacenters dédiés aux calculs blockchain, a présenté  le point de vue des mineurs. Sa « mission : to qualify France in the world competition of proof of work » (Linkedin) (1) . Interrogé sur le problème de la consommation énergétique, sa réponse a été qu’il n’existe pas. « Une seule personne est à l’origine de l’info sur la consommation du bitcoin et cette personne (Alex De Vries, DigiEconomist) ne croit pas à ce qu’elle dit » (2). Autres verbatims « On produit deux fois plus d’électricité dans le monde qu’on n’en consomme ! » (3) Les mineurs ne cherchent plus que du décarboné (4). Il a également nié le problème du matériel : GPUs, CPUs et toutes ses immenses fermes de serveurs partout dans le monde (fabrication, minage de terres rares, recyclage).  « Plus ça consommera, moins ça sera un problème. » a-t-il affimé !

Ensuite Gauthier Roussilhe a présenté un sujet sur « L’empreinte écologique du numérique » ou comment réintégrer le numérique dans les limites planétaires. Au sujet de l’écosystème du bitcoin, il a présenté quelques chiffres autour de l’empreinte « superficielle » spécifiques du bitcoin. Enfin, Maël Rolland a eu une approche sociologique et politique différentes, comparant Ethereum et Bitcoin dans le cadre des consensus. Il a également signalé qu’il était difficile de s’exprimer sur ses sujets, la communauté Bitcoin étant très réactive lorsque les arguments n’allaient pas dans leur sens. (5) S’en est suivi un débat riche et passionné.

–> Le site du webinaire et le replay.

Que retenir de ces quatre échanges autour de bitcoin, blockchain et NFTs. D’abord, quelques verbatims éclairant les spécificités de la blockchain.

  • Le sujet est compliqué, « compliqué pour le commun des mortels de comprendre » a précisé Adrian Sauzade (et je confirme en tant que commun des mortel – ndlr)
  • « L’internet a permis la circulation de l’information de pair à pair, les blockchains permettent la circulation de pair à pair » Jean-Paul Delahaye.
  • « L’internet permet de diffuser. On duplique ce que l’on transmet. Sur la blockchain, ce que vous transmettez ne vous appartient plus » Adrian Sauzade
  • « La possibilité de créer des choses non-duplicables dans le monde du numérique a une énorme valeur. » Eric Schmidt, Alphabet

Et deux leçons.

Cryptoarts sélectionnés par Albertine Meunier

Cryptoarts sélectionnés par Albertine Meunier

La première concerne les NFTs.  Ce n’est pas parce que chacun puisse mettre en ligne et en vente des JPG sur des marketplace que chacun est un artiste. Par delà la disparité des oeuvres vendues et les sommes étonnantes atteintes par certaines, le NFT permet le développement de l’unicité dans le monde virtuel où la copie est standard. Elle devrait apporter des solutions dans le futur sur la gestion des droits d’auteurs et une certaine forme de reconquête de la propriété privé.

La consommation des plateformes utilisant une blockchain utilisant la proof of work a été discutée pendant la 4ème conférence. Des artistes s’en sont inquiétés comme Joanie Lemercier et ont partagé leur expérience sur le sujet.

Par contre, le sujet blanchiment d’argent n’a pas été évoqué. Les cryptoarts sont achetés et vendus en cryptomonnaies dont la provenance est anonyme (les écritures dans la blockchain bitcoin sont en clair mais les comptes sont anonymes et le reste tant que les cryptomonnaies ne sont pas converties en monnaie fiat « classique« ). Les créateurs de ransomware pourraient acheter des NFTs pour écouler leurs butins. Certains s’en inquiètent.

Et la seconde leçon s’applique à l’écosystème bitcoin. Clairement identifiés par deux professeurs spécialistes du bitcoin au cours des deux premières conférences et rejetés sans preuve pendant la dernière conférence, la consommation énergétique et le coût écologique (fabrication (et recyclage) des machines, cartes CPU, GPU, fermes de serveurs …) nécessaires au minage du bitcoin sont trop importants pour les bénéfices obtenus. Les données existent et sont publiques. Voir la note (2) pour les liens. Cela ne remet pas en cause les possibilités apportées par les blockchains de type preuve d’enjeux (proof of stake). L’écosystème Ethereum semble l’avoir compris ce qui n’est pas le cas du monde Bitcoin.

A ce jour, que cela plaise ou pas aux aficionados de la cryptomonnaie, le bitcoin est principalement utilisé pour la spéculation financière et le trading, et dans une moindre mesure, le paiement de ransomware, d’achats sur les darkwebs et le blanchiment d’argent (6). Il permet aussi d’acheter des Tesla et payer ses impôts à Zoug en Suisse. Toutes les discussions autour du remplacement du système monétaire ou bancaire par le bitcoin sont des vœux pieux de ses défenseurs et non une demande des gouvernements ou responsables des système financiers en place. Rien de ce que le système bancaire actuel apporte à des milliards d’habitants de la planète à commencer par les paiements, les salaires, les impôts … n’est opérationnel côté bitcoin. Ce dernier n’améliore en rien, n’apporte rien à la vie des citoyens à ce jour. Des solutions comme MPesa, en Afrique,  avec de simples portables, ont résolu des problèmes de bancarisation, bien plus rapidement, écologiquement et économiquement que ne le fera jamais le bitcoin dans sa version actuelle.

Fermes de serveurs blockchain PoW

Fermes de serveurs blockchain PoW

Si l’existence du bitcoin n’est là que pour maintenir la confiance qu’un système blockchain peut fonctionner à l’échelle mondiale (ce qui a été affirmé pendant la 4ème conférence), l’immense consommation énergétique du bitcoin et son empreinte écologique (y compris matériel – fabrication et recyclage) ne peut se justifier. De nouveau, sans remettre en cause le principe de la blockchain et de toutes ses applications d’aujourd’hui et de demain, la version bitcoin PoW est insoutenable écologiquement (unsustainable). Le bitcoin doit se réformer (7) ou disparaitre sous sa forme présente.

My own 0,02 satoshi.

A suivre.

Pierre Métivier
@PierreMetivier

Notes

  1. Minage au Kazakhstan. L’énergie en France est globalement décarboné. C’est donc pour des raisons économiques que l’entreprise mine au Kazakhstan. Voir (4)
  2. Il existe plusieurs sources y compris universitaires qui étudient la consommation électrique des cryptomonnaies, la plus connue étant l’Université de Cambridge mais aussi DigiEconomist / Joule, une nouvelle étude commune US/Chine journal Nature sans oublier le CNRS.
  3. La différence entre production et consommation d’électricité est d’environ 14 % que ce soit en France ou dans le monde. Production monde, consommation monde. (c) Statista
  4. Entre 60 et 75% du minage est en Chine, globalement alimenté au charbon, voir le tout récent article de la BBC. qui pourrait remettre les engagements des accords de la Cop de Paris.
  5. Deux communautés à priori opposées défendent les cryptomonnaies et en particulier le Bitcoin. La communauté open source / communs et aussi la communauté libertariaine « libertarians » Je rêve d’une étude permettant de comprendre les relations entre les deux communautés.
  6. Suite à la publication deu billet et à des échanges sur Twitter, j’ai clarifié mon propos sur l’usage principal du bitcoin et en particulier sur la partie illicite. Vous trouverez également deux liens vers des sources d’informations (Europol, Chainalysis) sur le sujet dans la partie « Pour aller plus loin« .
  7. La réforme du bitcoin est difficile. Passer à la PoS signifierait l’arrêt de l’industrie du minage. Les entreprises spécialisées ne vont pas d’elles-même arrêter leur activités.

Pour aller plus loin

NFC signifie également Now For Crypto-monnaie et blockchain

NFC Cryptomonnaie et Blockchain

NFC Cryptomonnaie et Blockchain

Les services associant blockchain, bitcoin, crypto-monnaie, sécurité  et NFC (et son cousin technologique, la RFID) se multiplient. L’acronyme NFC pourrait désormais signifier également  » Now For Crypto-monnaie and blockchain « .

Vous trouverez quelques exemples ci-dessous parmi les nombreux articles, annonces, livres blancs publiés sur le sujet.

Autour de la blockchain et en particulier traçabilité, logistique et lutte contre les contrefaçons

ST NFC et blockchain

ST NFC et blockchain

  • Dans un livre blanc récemment publié, ST explique comment associer NFC et blockchain pour développer une logistique plus smart. ST explains how NFC can be combined with blockchain technology to deliver smarter supply chains
  • NXP, le principal concurrent de ST sur ce même marché, propose une approche similaire – NXP explains how NFC and RFID tags can be used to improve the security of blockchain-based supply chain systems. NFCW
  • En Italie, un vin du Piedmont associe dans son bouchon NFC et blockchain – Piedmont winery, Vigneti Massa, is launching the 2018 vintage of its wines with near-field communication (NFC) and blockchain-enabled caps. Coin Telegraph
  • Blockchain Solution Employs NFC for Supply Chain Accountability. RFID Journal
  • Blockchain (and NFC) Protects Sicilian Oranges RFID Journal
  • Luxochain to use NFC and the blockchain to guarantee the authenticity of luxury goods NFCW
  • Startup tracks fine art provenance using NFC tags and blockchain registry. NFCW
  • Dutch bank ABN AMRO announced that it is launching a blockchain inventory tracking platform dubbed Forcefield, the platform is an Internet of Things solution that allows the monitoring of physical trade inventories with sensors and near-field communication chips (NFC).  Coin Telegraph
  •  » Les puces NFC de VeChain entrent dans notre quotidien. Après avoir reçu une mention spéciale lors du LMVH Innovation Award en mai, l’entreprise a dévoilé sa propre blockchain VeChain Thor avec succès. Avant ce lancement, VeChain s’appuyait en effet sur la blockchain d’Ethereum (ETH). »  Coin 24 
  • NFC Smart Card & Blockchain Technology Integration. Fintech Finance

Autour de la sécurité (avec ou sans blockchain)

Evivault by FullSecure

Evivault by FullSecure

  • L’entreprise Fullsecure, basée en Andorre, grande spécialiste de la sécurité, commercialise depuis des années, clés USB, disques durs ou PC sécurisés grâce à la technologie NFC. Elle vient également d’annoncer un wallet sécurisé pour crypto-monnaie, Evivault
    Journal du Coin  MideNews
  • Wisekey protège deux millions de montres de luxe NFC sur la blockchain
  • Yubico  » Protect your digital world with YubiKey « 
  • Google eux-même utilise le NFC pour leurs clés de sécurité Titan, pour sécuriser compte et données personnelles, des clés désormais disponible en France. Global Security Mag 

Autour des crypto-monnaies

Deux applications principales de la technologie NFC – le paiement sans contact lié à un compte en crypto-monnaie, et la sécurisation des wallets hardware.

Coinbase NFC payment card

Coinbase NFC payment card

  • Rendons à Ledger ce qui leur appartient. Le leader du marché du wallet crypto-monnaie a compris dès 2014 l’intérêt de la technologie et l’a intégré dans ses premiers wallets hardware. Et  depuis, de nombreux wallets se sont lancés.
  • Coinbase Becomes First ‘Pure’ Crypto Firm Approved as Visa Principal Member Coindesk
  • NFC Wallet Card: Secure Crypto Asset And Personal Data Protection BitCoin Exchange Guide
  •  » Spend with Euno everyday, Through our NFC integrated Mobile Wallet, Take Your Crypto With You EUNO·PAY will be available in more than 150 countries at over 30 million NFC enabled Terminals « 
  • Sugi NFC Wallet Card + Mobile App. Finally. Secure crypto transactions made simple. 
  • Pundi X, un projet qui vise à démocratiser le paiement en crypto-monnaie. Mise à disposition leur propre terminal de paiement électronique et carte NFC.  (Vidéo)  Jounal du Coin
  • Et donc Evivault de FullSecure.

Echanges de données à courte distance entre deux devices dont un seul a besoin d’une source native d’énergie, Secure Element, différents types d’étiquettes et de niveau de protection (RSA, AES, DES), échanges PeerToPeer, disponibilité désormais sur une grande majorité des mobiles (Android, iOS) et des terminaux de paiements dans les magasins, … les avantages sont nombreux pour expliquer la présence de la technologie dans de nombreux domaines d’activités (paiement sans contact, transport, contrôle d’accès, jeux, informations, …) sous différents facteurs de forme comme les cartes, les portes-clés, les mobiles et bien d’autres. Le NFC est clairement une technologie de l’IOT, permettant un lien sécurisé indispensable entre le physique (ou l’analogique) et le numérique, et l’écosystème des crypto-monnaies et de la blockchain l’a bien compris.

Pour l’anecdote, rappelons que les crypto-monnaies sont nées en opposition aux banques traditionnelles. La blockchain allait permettre de désintermédier les banques et tous leurs services. Le bitcoin en était la preuve. La technologie NFC des cartes de paiement sans contact (et des mobiles) était régulièrement critiquée par les médias et comme inutile, non-sécurisée …. Cette même technologie est désormais utilisée pour développer des wallets crypto-monnaie pour les mêmes raisons qu’elle l’est avec succès dans le monde des cartes bancaires sans contact. Les temps changent (*).

Nous suivrons dans ce blog avec intérêt les nouveaux services et développement dans le domaine des applications blockchain et des crypto-monnaies associées au NFC. Et n’hésitez pas, dans la partie commentaires, à proposer d’autres exemples d’applications et services alliant NFC/RFID, blockchain et crypto-monnaies.

A suivre.

Pierre Métivier
@Pierremetivier

(*)  Parmi les détracteurs les plus farouches à la technologie NFC à son lancement grand public, il y a eu Paypal mais la société a changé d’avis et a adopté la technologie. David Markus, le président de Paypal, avait déclaré en 2013 que « le bitcoin, non le NFC, est l’avenir du paiement « .  David Markus tient désormais les rênes de Libra de Facebook, bâti sur un modèle stablecoin plutôt que bitcoin. Il sera intéressant de voir si des wallets comme Calibra utiliseront le NFC pour des échanges de personne à personne ou en magasin. Calibra, dans son QA, explique qu’il sera possible «  d’utiliser votre compte pour payer des transactions au quotidien, par exemple pour payer votre café, vos courses ou vos transports en commun. » Ca ressemble bien à du paiement sans contact / NFC 😉

Pour aller plus loin, sur ce blog

La révolution blockchain, un livre qui ne laisse pas indifférent.

Wow ! Le livre de Philippe Rodriguez qui vient de sortir aux Editions Dunod ne peut laisser indifférent le lecteur et rarement ai-je autant griffonné dans les marges d’un ouvrage. Il faudrait presque un autre livre pour commenter la  » Révolution blockchain « . Nous nous nous contenterons de ce simple billet.

Le livre peut se décomposer en 5 parties : la genèse du protocole (la genèse plutôt que l’histoire, choix assumé devant les expressions mystiques utilisées pendant tout le livre – NDLR) sur 64 pages, une histoire de la monnaie et de l’économie, passionnante (avec une belle omission) sur 47 pages, une définition et le fonctionnement de la blockchain sur 23 pages, les applications actuelles et potentielles sur 43 pages, et notre futur blockchainisé pour un (possible) meilleur des mondes sur 15 pages.

Philippe commence par nous raconter la genèse des crypto-monnaies. On y rencontre de nombreux personnages qui ont participé directement ou indirectement au développement de la blockchain parmi lesquelles Wei Dai, Friedrich Hayek, l’inévitable et célèbre inconnu Satoshi Nakamoto, Bernard Madoff, Nicholas « Black Swan » Taïeb, Bertrand Russell, Milton Friedmann, Alan Turing, Georges Orwell, William Gibson, Julian Assange, Edward Snowden,  Vitalik Buterin et Benedict Cumberbatch. Cherchez l’erreur. On y parle cyberpunks et cypherpunks, hackers et crypto-anarchie. On y apprend aussi que « la réalité, c’est que l’identité de Satoshi Nakamoto n’a pas d’importance. » Une réponse pratique pour évacuer la question dont on n’a pas la réponse. Ceci dit, Satoshi possèderait 1 million de bitcoins, soit, au cours actuel, 1,3 Mds $ en tant que premier mineur. Source Slate. Quelque chose me dit que l’enquête continue même si cela n’a pas d’importance.

L’histoire de l’économie et de la monnaie est passionnante de la roue de pierre de l’ile de Yap aux billets de banques modernes en passant par les meu(b)les de parmesan en Italie pour en arriver bien sûr aux crypto-monnaies. Sauf erreur de ma part, il manque juste l’histoire de la tulipomanie, la première bulle économique aux Pays-Bas qui se termina en crise financière en 1637, alors que les crises de Law et les subprimes sont bien présents dans le récit. Il est vrai que cette histoire de tulipes a des point communs à la valorisation actuelle des bitcoins et que l’ouvrage évite soigneusement les sujets qui fachent.

Si vous cherchez une définition claire des mécanismes de la blockchain, passez votre chemin, ce n’est pas le bon livre. Ce n’est qu’à la page 123 que le sujet est abordé, sans aucun graphique. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » Si cette maxime de Nicolas Boileau est universelle, alors il y a toujours un problème avec les concepts de blockchains et de bitcoins, une fois passé le concept de confiance distribué. Le chapitre est détaillé, on y retrouve tous les concepts, des mineurs aux preuves de travail mais si vous abordez la lecture sans déjà comprendre le mécanisme, il n’est pas sûr que ce soit différent après sa lecture. La description de la mine de bitcoin en Chine (page 135) est à la fois inquiétante et étonnante avec ses 3,000 mineurs et 10,000 unités de « Antminer S3 ». On est en plein « Total Recall » par 30°C. On découvre que 70% de ce travail de minage est effectué par des chinois, étonnant pour un système supposé redynamiser la démocratie. Est-ce bien rassurant ? Et quid pour les autres blockchains en particulier privés, qui gère ce travail de minage ? Et on est un peu perdu quand The DAO se fait hacké alors que les hackers étaient plutôt sympa dans la première partie du livre. Et on aurait aimé un peu plus de détails sur les conséquences de ce hack et en particulier sur la remise en cause d’un des fondements du système. « The code is law ». Le système est infaillible car ce sont des algorithmes qui le gèrent (le sous-titre du livre). Dans le cas de TheDAO, ils ne l’ont pas été. Le chapitre se termine par une histoire sidérante concernant Z-Cash, une crypto-monnaie, je cite Philippe « A l’occasion d’une cérémonie quasi-rituelle, chacun des 6 fondateurs a détruit son ordinateur avec une flamme au propane, afin de s’assurer que personne ne puisse jamais contourner la sécurité du réseau. » Wow. Pas sûr qu’une flamme au butane aurait permis le même niveau de sécurité ! 😉

Sur les applications, de nombreux cas sont cités. Ceci dit, le premier mis en avant est le paiement en ligne. Ah ! Much Ado About Nothing. Tout ça pour ça. Le monde n’a pas attendu le bitcoin pour permettre les achats en ligne, de même pour la bancarisation en Afrique, autre exemple cité. Il y a déjà quelques années maintenant qu’indépendamment des blockchains, des solutions comme MPesa sur de simples mobiles ont permis le développement des échanges monétaires dans les régions dépourvues de sytème bancaires. Pour les autres cas, on retrouve les classiques banques, assurances, les smart contracts, les smart marketplaces, les fintech, les smart grids, l’internet des objets, la gestion des titres et même la politique, les élections ne seront plus jamais les mêmes lorsqu’elles seront gérées par les blockchains. Ceci dit, beaucoup de tests, peu de déploiements. Sur l’IoT, le bien connu épisode tiré d’Ubik de Philip K Dick, où une porte refuse de s’ouvrir si elle n’est pas payée, est mis en avant. Et c’est un vrai sujet. Ceci dit, est-ce que ce sera mieux parce qu’une blockchain va gérer l’accès plutôt qu’une IA , un simple boite domotique ou un mobile NFC dans notre main ? Rien n’est moins sûr.

La dernière partie est consacrée aux grandes transitions – démographique, écologique, numérique, démocratique et monétaire. Les trois premières sont reconnues, pour les deux suivantes on pourrait les remplacer par la transition dans la santé publique. Ceci dit, pour Philippe Rodriguez, la blockchain est au centre de toutes ces transitions. Elle va créer de la confiance et accélérer les liens humains (p 203). Philippe nous demande si la Révolution Blockchain sera une rébellion contre les institutions (p 206). Sachant qu’en dehors des crypto-monnaies peu utilisées par le grand public (ce livre vaut 19 €), ce sont surtout les banques, les assureurs, les avocats, les gouvernements comme l’Estonie qui testent la blockchain, on ne voit guère la rébellion. Dans la conclusion lyrique, la technologie blockchain va « briser les chaines de la bureaucratie » en recréant de la confiance, de la démocratie, en nous libérant des institutions existantes (politiques et économiques). L’heure des « communs » a sonné.

Des grandes transitions à venir, Philippe omet celle de l’énergie (indissociable de la transition écologique), pourtant clé et pour cause, la blockchain est énergivore, elle consomme beaucoup d’énergie pour fonctionner. Une simple allusion dans le paragraphe consacré à la mine de bitcoins en Chine. Avec le développement de nombreuses blockchains, quelles seront les conséquences pour la planête ? Pas un mot. De même sur la transition démographique et l’emploi. Quelles sont les conséquences d’une généralisation de la blockchain dans la banque, l’assurance, les notaires et bien d’autres ? La désintermédiation et les plateformes ont supprimé de nombreux postes, qu’en est il de la blockchain qui donne le pouvoir de décisions aux machines ?

Si il y a un reproche à faire à ce livre, c’est qu’il présente le protocole d’un point de vue uniquement positif et optimiste, sans faire face aux difficultés et aux problèmes inhérents. Nous avons déjà évoqué les problèmes non traités liés à

Et il y a d’autres sujets que le livre n’aborde pas :

  • L’absence de scalabilité, c’est à dire que plus elle sera utilisé, plus l’énergie nécessaire et la puissance de calcul nécessaire augmenteront au détriment d’autres traitements. La résolution d’énigmes mathématiques sans objet est-elle la meilleure façon d’utiliser les puissances de calculs disponibles sur la planète ?
  • La gouvernance. Qui est responsable des développements ? Tout le monde, c’est à dire personne. Il y a une gouvernance de l’internet, celle de la blockchain est inconnue. « Sur le bitcoin, on estime à 20%, la part de code du bitcoin écrit par Satoshi Nakamoto toujours présent. Le pouvoir de faire des modifications dans le code open-source du bitcoin est désormais entre les mains de Wladimir Van Der Laan, un développeur de bitcoins financé par le Media Lab du MIT.  » Sources Slate,  Fortune déjà cité dans ce blog
  • Autre sujet sur lequel nous aurions aimé des éclaircissements, Philippe fait clairement la distinction en blockchain public et privé, qu’on pourrait comparer à internet et intranet. L’internet doit son succès à son universalité. La blockchain est testé par des banques, des compagnies d’assurances, des cabinets d’avocats, comme une base de données évoluée, loin de cette universalité décrite dans le livre. Est ce toujours de la blockchain ?
  • Les temps de traitement des transactions Bitcoin ne sont pas plus abordés. Alors que les traitements de transactions chez Visa peuvent aller jusqu’à 56,000 par seconde, la moyenne d’un traitement Bitcoin était de 43 mn en 2016 d’après Reddit. Clairement non adapté au paiement.
  • Comme toute nouvelle technologie/protocole, la blockchain et en particulier ses implémentations crypto-monnaies ont leur utilisation plus sombre en particulier pour le monde du blanchiment d’argent et des achats illicites dans des crypto- ou darknet-market. Silence radio.
  • Pas d’explications non plus sur les raisons de la valorisation du bitcoin, dues à des spéculations principalement en provenance de l’Asie, sans rapport avec les grandes idées de Satoshi Nakamoto. Cela ressemble à notre tulipomanie, étrangement absente de la très complète présentation de la monnaie et l’économie.

Vous trouverez en bas de ce billet des liens traitant de ces différents sujets « oubliés » du livre.

Conclusion

Comme indiqué en introduction de ce billet, la  » Révolution blockchain  » est un livre qui ne laisse pas indifférent son lecteur. Passionnant, lyrique, parfois dythirambique, enflammé, foisonnnant d’idées, on est loin d’un livre technique des Editions Dunod et sa conclusion s’approche des idées développées dans « La zone du dehors« , le livre de science-fiction d’Alain Damasio ou de #32mars, un manifeste autour des idées de Nuit Debout au Cherche Midi. Le livre présente une vue volontairement positive et enthousiaste du monde de la blockchain et du bitcoin, sans aspérité ni problèmes et donc sans aborder les sujets qui prêtent à discussion, ce qui réduit sa portée. C’est donc une lecture à compléter par d’autres lectures pour une vision globale et diversifiée d’un protocole en devenir.

« Algorithmes ou institutions, à qui donnerez vous votre confiance ? » est le sous-titre du livre. Les femmes et les hommes, chacun d’entre nous, semblons étrangement absents de ce choix.

Et l’avenir nous dira si les nombreuses prophéties de Philippe Rodriguez se réaliseront. Rendez-vous dans 10 ans, avec le livre.

A suivre.

@pierremetivier

PS. Ce billet est une simple « fiche de lecture » traitant du livre. Il ne remet pas en cause l’intérêt réel du protocole blockchain.

Pour aller plus loin

  • Le texte du communiqué de presse Dunod

Pour beaucoup, la Blockchain est perçue comme une nouvelle technologie – une de plus ! En réalité, son potentiel de rupture est énorme. Le bitcoin, monnaie virtuelle dont la gestion échappe aux banques centrales et son protocole associé, la Blockchain sont fondés sur une technologie disruptive des échanges sur un réseau « indélibile » et en théorie impossible à pirater ou falsifier. A ce jour, les répercussions connues sont limitées aux domaines de la finance et de l’assurance mais la Blockchain pourrait prochainement toucher d’autres secteurs d’activité comme la gestion de l’énergie, l’Automobile et la santé.

Certes, il s’agit d’une technologie immature et très complexe.

Cet essai engagé analyse les enjeux et les risques liés à ce nouvel outil ainsi que ses impacts sociétaux, comme de nouveaux moyens pour entreprendre, la possibilité de coopérer en confiance avec plus d’acteurs et de Business Model radicalement nouveaux.

Publics visés

  • Professionnels de la banque et de l’assurance
  • Consultants
  • Etudiants des masters Finance
  • Public motivé