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Les technologies numériques sont-elles la solution pour gérer et sortir de la crise liée à la pandémie de Covid-19 ?

Technologie et covid-19

Technologie et covid-19

Nombreux sont les articles et communiqués de presse promouvant des technologies en particulier numériques pour gérer et accélérer la sortie de crise, aussi bien côté économique que sanitaire. Blockchain, intelligence artificielle, IOT, smart city, smart building, smart home / domotique, NFC / RFID, et informatique quantique vont nous sauver de ce mauvais pas. Il n’y a plus qu’à. En marge de la technologie, l’innovation est aussi de la partie. Ceci dit, d’autres articles sont plus prudents et dénoncent ce solutionnisme technologique à tout crin. Quelle est la réalité derrière les technologies proposées ? Sont-elles des solutions opérationnelles, déployables à grande échelle, de simples opportunités de communication ou des technologies en recherche de problèmes à résoudre ?  Petit tour d’horizon à travers une revue de presse franco-françaises d’articles généralistes ou spécialisées, d’annonces d’entreprises industrielles et de tribunes de sociétés de conseils, un tour d’horizon forcément partiel et probablement partial, sans conclusion définitive, bien entendu.

Et d’abord, la blockchain et la sortie du livre blanc « La blockchain dans le monde d’après », publié par Havas Blockchain avec une préface claironnante de Jacques Séguéla « Tech sans affect n’est que ruine de l’homme. Tech sans Blockchain, ruine de la publicité. A chacun de choisir son destin, en être ou ne pas être. Comment hésiter ? » (1)  Pour les auteurs de ce document, la blockchain est au cœur des enjeux sanitaires (Chapitre 2). La crise du Covid-19 a révélé le potentiel de la blockchain en santé (principalement pour le contact tracing et le partage des données des patients – app StopCovid ou passeport de santé). La question est posée : la blockchain est elle la solution pour un déconfinement réussi ?  Plus loin, la blockchain va renouveler le monde économique & financier (Chapitre 3).

Dans Les Echos, Coronavirus : la blockchain est un outil de gestion de crise et cite les projets d’IBM dans le domaine. « La technologie n’éradiquera pas le Covid-19, mais elle pourrait permettre de mieux gérer l’épidémie. »  Le cabinet de conseil PWC explique comment la blockchain permet de faire face aux conséquences de la crise.  Wavestone, autre cabinet de conseil, renchérit dans une tribune de La Tribune justement.  COVID-19 et Blockchain  : une technologie aux nombreux atouts en période de crise.  Enfin, WeDemain présente trois applications qui utilisent la blockchain pour lutter contre le Covid-19 autour de la modélisation du virus, la luttre contre les fake news médicales et la traçabilité des traitements.

Neil Graham - Artificial intelligence - 1979

Neil Graham – Artificial intelligence – 1979

L’Intelligence artificielle (IA) est présentée comme un outil pour aider les chercheurs dans leurs recherches de traitements et d’un vaccin. Dans le Monde,  Coronavirus : comment l’intelligence artificielle est utilisée contre le Covid-19 « Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. D’un côté, le nouveau coronavirus SARS-CoV-2, qui s’est répandu d’une façon inattendue et globale sur la planète. De l’autre, l’intelligence artificielle (IA), qui a connu la même diffusion mondiale par ses succès dans les domaines de la reconnaissance d’images, des jeux (go, poker, jeux vidéo…), de la traduction automatique, de la reconnaissance de la parole, de la conduite sans pilote… Il était donc naturel que cette dernière cherche à s’attaquer au défi urgent du contrôle de la pandémie.  L’Usine Nouvelle nous explique comment l’Europe compte sur l’IA pour accélérer la découverte de médicaments.  Pour le JDN Tech, l’IA est aussi une nouvelle arme pour faire respecter les gestes barrières et éviter un rebond.

Enfin, le Conseil de l’Europe a publié un site Intelligence artificielle et contrôle du COVID-19.

Naturellement, l’Internet des objets (IoT) doit faire partie des réponses au coronavirus (COVID-19). Le cabinet  Bearing Point aborde dans un webinaire le sujet de la qualité de l’air post  Covid-19 améliorée par l’IoT. Sigfox a lancé un appel à projets IoT pour lutter contre le COVID-19 relayé par le site ObjetConnecté. « Sigfox a énoncé certains exemples qui prouvent que l’IoT est déjà au cœur de cette lutte collective contre le COVID-19. Parmi eux, on distingue des capteurs pour suivre les équipements de protection. Ils identifient la disponibilité de réservoirs d’oxygène pour aider à résoudre les problèmes respiratoires causés par le virus. Ce qui permet d’alerter le personnel des foyers de soins sur les mouvements irréguliers des patients âgés. » Dans ZoneBourse, on trouve cinq sociétés pionnières de l’IoT qui s’associent pour combattre le Covid-19 et offrir aux hôpitaux espagnols une solution clé en main de bouton d’appel d’urgence. Et pour IOT Industriel by Ozone Connect, l’IoT s’inscrit dans la guerre du Coronavirus.  « Naturellement, l’Internet des objets  doit faire partie des réponses au coronavirus ! »

Pour Smart City Mag, Dijon s’appuie sur la smart city pour gérer la crise.

Un webinaire organisé par le Moniteur a été consacré aux opportunités économiques et opérationnelles et nouveaux enjeux du smart building (2).  La troisième partie a été spécifique à la relance de l’activité post-covid. La réouverture des bâtiments tertiaire est accompagnée de nouvelles mesures de distanciation sociale, de nouvelles normes de qualité de l’air, de comptage des personnes dans les bâtiments, de fléchage. Les intervenants de la SBA, Engie Home Solutions et la Maif expliquent comment les différentes technologies du smart building permettent cette réouverture.

Même dans le cadre de la Smart Home / Domotique, un domaine où le risque de contamination est normalement le plus faible, des solutions peuvent aider. Selectra nous explique comment la domotique peut aider à gérer la crise sanitaire.

Paiement sans contact (c) Franck Dubray, Ouest France

Paiement sans contact (c) Franck Dubray, Ouest France

Avec la crise sanitaire, la technologie NFC s’est retrouvée sous les feux de l’actualité avec le paiement sans contact, cartes ou mobile. L’usage a explosé, le paiement pouvant être effectué en magasin jusqu’à 50 € sans toucher au terminal de paiement, ce mode de paiement devenant un geste barrière pour tous. Cette possibilité d’interagir sans contact (NFC et plus globalement RFID) a bien sûr d’autres applications dans un monde nouveau où il devient important d’éviter les contacts. Des experts du NFC Forum en discute dans ce webinaire en anglais comprenant un grand nombre d’applications détaillées. NFC Innovation In The Age Of The Coronavirus. La technologie est depuis longtemps utilisée dans les hôpitaux pour la traçabilité en particulier des matériels et aussi dans la lutte contre les maladies nosocomiales, un sujet déjà abordé dans ce blog – Un confinement doublement sans contact, gestes barrières et solutions technologiques de sortie de crise

L’informatique quantique est  également présente dans ce panorama. Le site Le Big Data pose la question :  COVID-19 : bientôt un remède grâce au Machine Learning quantique ?

Certaines technologies sont montrées du doigt pour des raisons de vie privée et de sécurité des données.  Pour l’Usine Nouvelle, le Bluetooth devient le cyber maillon faible du traçage numérique.

On peut apprendre beaucoup des gestions de crises précédentes et du rôle de l’innovation pour en sortir et c’est ce que nous explique Marc Giget, président de l’EISCI (European Institute for Creative Strategies and Innovation) à travers une étude à télécharger mais également une vidéo (une information déjà présentée dans ce blog).  Il est clé d’innover dès maintenant même si cela est complexe avec les difficultés financières des entreprises en tant de crise. Marc donne des pistes à court, moyen et long terme pour aider les entreprises à sortir de la crise grâce à l’innovation,  des innovations non seulement technologiques mais aussi serviciels, organisationnels, humaines, de business model, …

Future Technology Panic (c) BBC

Future Technology Panic (c) BBC

En parallèle, l’excellent site internetactu.net a adapté et commenté en profondeur sous le titre  « Le (petit) théâtre de la techno », un article américain sur le solutionnisme technologique. « Nombre de politiques publiques reposent désormais sur des questions technologiques. Et quand on envisage de répondre à des problèmes politiques par des solutions technologiques, bien souvent, la conversation publique se concentre sur les choix de conception et les détails des mises en œuvre, au détriment des questions plus difficiles auxquelles il faudrait répondre, à savoir les questions de pouvoir et d’équité. »  Dans un même registre, une tribune d’Olivier Duha dans les Echos pose la question des promesses non tenues de certaines technologies et en particulier l’IA. Covid-19: où est passée l’intelligence artificielle?  « Il est temps de se poser sérieusement la question du bénéfice et de l’intérêt de nos innovations avant de les qualifier de progrès pour l’humanité. » Le rôle des GAFA(M) dans la gestion de crise est également discuté   « Qu’ont fait les GAFA pour nous, dans cette période ? » sur LinkedIn.

La conclusion est forcément décevante. Il est clair que les technologies seules ne résoudront pas la crise. Les exemples cités sont pour la plupart des propositions, des possibilités en quête de déploiement que des cas d’usage en place. La science, la recherche, la médecine, les pouvoirs publics, tous les acteurs du monde médical peuvent s’appuyer sur telle ou telle technologie pour progresser et accélérer la sortie de crise, à la fois sanitaire et économique. Il n’y a pas d’outils magiques, mais de nombreux outils à disposition, à utiliser en respectant l’éthique, la sécurité et la vie privée des patients, dans une entente recherche, industriels, pouvoirs publics et chacun d’entre nous.

Par delà les technologies du numérique (NTIC) abordées dans ce billet, c’est plus globalement celles des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’Information et sciences cognitives) que viendront les solutions à moyen et long terme mais ceci est une autre histoire.

A suivre … en continuant à respecter les gestes barrières et à porter le masque, des actions difficilement remplaçables par le numérique dans l’espace public. Stay safe.

Pierre Métivier
@PierreMetivier

Notes

  1. Hésiter pourtant est une possibilité, la blockchain, pleine de promesses, n’ayant permis, jusqu’à présent, que la création d’un seul produit réellement global (j’insiste sur le global), le bitcoin, un instrument financier principalement spéculatif (Je ne vais pas me faire beaucoup d’amis avec cette phrase )
  2. Un webinaire que j’ai eu le plaisir d’animer.

NFC signifie également Now For Crypto-monnaie et blockchain

NFC Cryptomonnaie et Blockchain

NFC Cryptomonnaie et Blockchain

Les services associant blockchain, bitcoin, crypto-monnaie, sécurité  et NFC (et son cousin technologique, la RFID) se multiplient. L’acronyme NFC pourrait désormais signifier également  » Now For Crypto-monnaie and blockchain « .

Vous trouverez quelques exemples ci-dessous parmi les nombreux articles, annonces, livres blancs publiés sur le sujet.

Autour de la blockchain et en particulier traçabilité, logistique et lutte contre les contrefaçons

ST NFC et blockchain

ST NFC et blockchain

  • Dans un livre blanc récemment publié, ST explique comment associer NFC et blockchain pour développer une logistique plus smart. ST explains how NFC can be combined with blockchain technology to deliver smarter supply chains
  • NXP, le principal concurrent de ST sur ce même marché, propose une approche similaire – NXP explains how NFC and RFID tags can be used to improve the security of blockchain-based supply chain systems. NFCW
  • En Italie, un vin du Piedmont associe dans son bouchon NFC et blockchain – Piedmont winery, Vigneti Massa, is launching the 2018 vintage of its wines with near-field communication (NFC) and blockchain-enabled caps. Coin Telegraph
  • Blockchain Solution Employs NFC for Supply Chain Accountability. RFID Journal
  • Blockchain (and NFC) Protects Sicilian Oranges RFID Journal
  • Luxochain to use NFC and the blockchain to guarantee the authenticity of luxury goods NFCW
  • Startup tracks fine art provenance using NFC tags and blockchain registry. NFCW
  • Dutch bank ABN AMRO announced that it is launching a blockchain inventory tracking platform dubbed Forcefield, the platform is an Internet of Things solution that allows the monitoring of physical trade inventories with sensors and near-field communication chips (NFC).  Coin Telegraph
  •  » Les puces NFC de VeChain entrent dans notre quotidien. Après avoir reçu une mention spéciale lors du LMVH Innovation Award en mai, l’entreprise a dévoilé sa propre blockchain VeChain Thor avec succès. Avant ce lancement, VeChain s’appuyait en effet sur la blockchain d’Ethereum (ETH). »  Coin 24 
  • NFC Smart Card & Blockchain Technology Integration. Fintech Finance

Autour de la sécurité (avec ou sans blockchain)

Evivault by FullSecure

Evivault by FullSecure

  • L’entreprise Fullsecure, basée en Andorre, grande spécialiste de la sécurité, commercialise depuis des années, clés USB, disques durs ou PC sécurisés grâce à la technologie NFC. Elle vient également d’annoncer un wallet sécurisé pour crypto-monnaie, Evivault
    Journal du Coin  MideNews
  • Wisekey protège deux millions de montres de luxe NFC sur la blockchain
  • Yubico  » Protect your digital world with YubiKey « 
  • Google eux-même utilise le NFC pour leurs clés de sécurité Titan, pour sécuriser compte et données personnelles, des clés désormais disponible en France. Global Security Mag 

Autour des crypto-monnaies

Deux applications principales de la technologie NFC – le paiement sans contact lié à un compte en crypto-monnaie, et la sécurisation des wallets hardware.

Coinbase NFC payment card

Coinbase NFC payment card

  • Rendons à Ledger ce qui leur appartient. Le leader du marché du wallet crypto-monnaie a compris dès 2014 l’intérêt de la technologie et l’a intégré dans ses premiers wallets hardware. Et  depuis, de nombreux wallets se sont lancés.
  • Coinbase Becomes First ‘Pure’ Crypto Firm Approved as Visa Principal Member Coindesk
  • NFC Wallet Card: Secure Crypto Asset And Personal Data Protection BitCoin Exchange Guide
  •  » Spend with Euno everyday, Through our NFC integrated Mobile Wallet, Take Your Crypto With You EUNO·PAY will be available in more than 150 countries at over 30 million NFC enabled Terminals « 
  • Sugi NFC Wallet Card + Mobile App. Finally. Secure crypto transactions made simple. 
  • Pundi X, un projet qui vise à démocratiser le paiement en crypto-monnaie. Mise à disposition leur propre terminal de paiement électronique et carte NFC.  (Vidéo)  Jounal du Coin
  • Et donc Evivault de FullSecure.

Echanges de données à courte distance entre deux devices dont un seul a besoin d’une source native d’énergie, Secure Element, différents types d’étiquettes et de niveau de protection (RSA, AES, DES), échanges PeerToPeer, disponibilité désormais sur une grande majorité des mobiles (Android, iOS) et des terminaux de paiements dans les magasins, … les avantages sont nombreux pour expliquer la présence de la technologie dans de nombreux domaines d’activités (paiement sans contact, transport, contrôle d’accès, jeux, informations, …) sous différents facteurs de forme comme les cartes, les portes-clés, les mobiles et bien d’autres. Le NFC est clairement une technologie de l’IOT, permettant un lien sécurisé indispensable entre le physique (ou l’analogique) et le numérique, et l’écosystème des crypto-monnaies et de la blockchain l’a bien compris.

Pour l’anecdote, rappelons que les crypto-monnaies sont nées en opposition aux banques traditionnelles. La blockchain allait permettre de désintermédier les banques et tous leurs services. Le bitcoin en était la preuve. La technologie NFC des cartes de paiement sans contact (et des mobiles) était régulièrement critiquée par les médias et comme inutile, non-sécurisée …. Cette même technologie est désormais utilisée pour développer des wallets crypto-monnaie pour les mêmes raisons qu’elle l’est avec succès dans le monde des cartes bancaires sans contact. Les temps changent (*).

Nous suivrons dans ce blog avec intérêt les nouveaux services et développement dans le domaine des applications blockchain et des crypto-monnaies associées au NFC. Et n’hésitez pas, dans la partie commentaires, à proposer d’autres exemples d’applications et services alliant NFC/RFID, blockchain et crypto-monnaies.

A suivre.

Pierre Métivier
@Pierremetivier

(*)  Parmi les détracteurs les plus farouches à la technologie NFC à son lancement grand public, il y a eu Paypal mais la société a changé d’avis et a adopté la technologie. David Markus, le président de Paypal, avait déclaré en 2013 que « le bitcoin, non le NFC, est l’avenir du paiement « .  David Markus tient désormais les rênes de Libra de Facebook, bâti sur un modèle stablecoin plutôt que bitcoin. Il sera intéressant de voir si des wallets comme Calibra utiliseront le NFC pour des échanges de personne à personne ou en magasin. Calibra, dans son QA, explique qu’il sera possible «  d’utiliser votre compte pour payer des transactions au quotidien, par exemple pour payer votre café, vos courses ou vos transports en commun. » Ca ressemble bien à du paiement sans contact / NFC 😉

Pour aller plus loin, sur ce blog

La révolution blockchain, un livre qui ne laisse pas indifférent.

Wow ! Le livre de Philippe Rodriguez qui vient de sortir aux Editions Dunod ne peut laisser indifférent le lecteur et rarement ai-je autant griffonné dans les marges d’un ouvrage. Il faudrait presque un autre livre pour commenter la  » Révolution blockchain « . Nous nous nous contenterons de ce simple billet.

Le livre peut se décomposer en 5 parties : la genèse du protocole (la genèse plutôt que l’histoire, choix assumé devant les expressions mystiques utilisées pendant tout le livre – NDLR) sur 64 pages, une histoire de la monnaie et de l’économie, passionnante (avec une belle omission) sur 47 pages, une définition et le fonctionnement de la blockchain sur 23 pages, les applications actuelles et potentielles sur 43 pages, et notre futur blockchainisé pour un (possible) meilleur des mondes sur 15 pages.

Philippe commence par nous raconter la genèse des crypto-monnaies. On y rencontre de nombreux personnages qui ont participé directement ou indirectement au développement de la blockchain parmi lesquelles Wei Dai, Friedrich Hayek, l’inévitable et célèbre inconnu Satoshi Nakamoto, Bernard Madoff, Nicholas « Black Swan » Taïeb, Bertrand Russell, Milton Friedmann, Alan Turing, Georges Orwell, William Gibson, Julian Assange, Edward Snowden,  Vitalik Buterin et Benedict Cumberbatch. Cherchez l’erreur. On y parle cyberpunks et cypherpunks, hackers et crypto-anarchie. On y apprend aussi que « la réalité, c’est que l’identité de Satoshi Nakamoto n’a pas d’importance. » Une réponse pratique pour évacuer la question dont on n’a pas la réponse. Ceci dit, Satoshi possèderait 1 million de bitcoins, soit, au cours actuel, 1,3 Mds $ en tant que premier mineur. Source Slate. Quelque chose me dit que l’enquête continue même si cela n’a pas d’importance.

L’histoire de l’économie et de la monnaie est passionnante de la roue de pierre de l’ile de Yap aux billets de banques modernes en passant par les meu(b)les de parmesan en Italie pour en arriver bien sûr aux crypto-monnaies. Sauf erreur de ma part, il manque juste l’histoire de la tulipomanie, la première bulle économique aux Pays-Bas qui se termina en crise financière en 1637, alors que les crises de Law et les subprimes sont bien présents dans le récit. Il est vrai que cette histoire de tulipes a des point communs à la valorisation actuelle des bitcoins et que l’ouvrage évite soigneusement les sujets qui fachent.

Si vous cherchez une définition claire des mécanismes de la blockchain, passez votre chemin, ce n’est pas le bon livre. Ce n’est qu’à la page 123 que le sujet est abordé, sans aucun graphique. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » Si cette maxime de Nicolas Boileau est universelle, alors il y a toujours un problème avec les concepts de blockchains et de bitcoins, une fois passé le concept de confiance distribué. Le chapitre est détaillé, on y retrouve tous les concepts, des mineurs aux preuves de travail mais si vous abordez la lecture sans déjà comprendre le mécanisme, il n’est pas sûr que ce soit différent après sa lecture. La description de la mine de bitcoin en Chine (page 135) est à la fois inquiétante et étonnante avec ses 3,000 mineurs et 10,000 unités de « Antminer S3 ». On est en plein « Total Recall » par 30°C. On découvre que 70% de ce travail de minage est effectué par des chinois, étonnant pour un système supposé redynamiser la démocratie. Est-ce bien rassurant ? Et quid pour les autres blockchains en particulier privés, qui gère ce travail de minage ? Et on est un peu perdu quand The DAO se fait hacké alors que les hackers étaient plutôt sympa dans la première partie du livre. Et on aurait aimé un peu plus de détails sur les conséquences de ce hack et en particulier sur la remise en cause d’un des fondements du système. « The code is law ». Le système est infaillible car ce sont des algorithmes qui le gèrent (le sous-titre du livre). Dans le cas de TheDAO, ils ne l’ont pas été. Le chapitre se termine par une histoire sidérante concernant Z-Cash, une crypto-monnaie, je cite Philippe « A l’occasion d’une cérémonie quasi-rituelle, chacun des 6 fondateurs a détruit son ordinateur avec une flamme au propane, afin de s’assurer que personne ne puisse jamais contourner la sécurité du réseau. » Wow. Pas sûr qu’une flamme au butane aurait permis le même niveau de sécurité ! 😉

Sur les applications, de nombreux cas sont cités. Ceci dit, le premier mis en avant est le paiement en ligne. Ah ! Much Ado About Nothing. Tout ça pour ça. Le monde n’a pas attendu le bitcoin pour permettre les achats en ligne, de même pour la bancarisation en Afrique, autre exemple cité. Il y a déjà quelques années maintenant qu’indépendamment des blockchains, des solutions comme MPesa sur de simples mobiles ont permis le développement des échanges monétaires dans les régions dépourvues de sytème bancaires. Pour les autres cas, on retrouve les classiques banques, assurances, les smart contracts, les smart marketplaces, les fintech, les smart grids, l’internet des objets, la gestion des titres et même la politique, les élections ne seront plus jamais les mêmes lorsqu’elles seront gérées par les blockchains. Ceci dit, beaucoup de tests, peu de déploiements. Sur l’IoT, le bien connu épisode tiré d’Ubik de Philip K Dick, où une porte refuse de s’ouvrir si elle n’est pas payée, est mis en avant. Et c’est un vrai sujet. Ceci dit, est-ce que ce sera mieux parce qu’une blockchain va gérer l’accès plutôt qu’une IA , un simple boite domotique ou un mobile NFC dans notre main ? Rien n’est moins sûr.

La dernière partie est consacrée aux grandes transitions – démographique, écologique, numérique, démocratique et monétaire. Les trois premières sont reconnues, pour les deux suivantes on pourrait les remplacer par la transition dans la santé publique. Ceci dit, pour Philippe Rodriguez, la blockchain est au centre de toutes ces transitions. Elle va créer de la confiance et accélérer les liens humains (p 203). Philippe nous demande si la Révolution Blockchain sera une rébellion contre les institutions (p 206). Sachant qu’en dehors des crypto-monnaies peu utilisées par le grand public (ce livre vaut 19 €), ce sont surtout les banques, les assureurs, les avocats, les gouvernements comme l’Estonie qui testent la blockchain, on ne voit guère la rébellion. Dans la conclusion lyrique, la technologie blockchain va « briser les chaines de la bureaucratie » en recréant de la confiance, de la démocratie, en nous libérant des institutions existantes (politiques et économiques). L’heure des « communs » a sonné.

Des grandes transitions à venir, Philippe omet celle de l’énergie (indissociable de la transition écologique), pourtant clé et pour cause, la blockchain est énergivore, elle consomme beaucoup d’énergie pour fonctionner. Une simple allusion dans le paragraphe consacré à la mine de bitcoins en Chine. Avec le développement de nombreuses blockchains, quelles seront les conséquences pour la planête ? Pas un mot. De même sur la transition démographique et l’emploi. Quelles sont les conséquences d’une généralisation de la blockchain dans la banque, l’assurance, les notaires et bien d’autres ? La désintermédiation et les plateformes ont supprimé de nombreux postes, qu’en est il de la blockchain qui donne le pouvoir de décisions aux machines ?

Si il y a un reproche à faire à ce livre, c’est qu’il présente le protocole d’un point de vue uniquement positif et optimiste, sans faire face aux difficultés et aux problèmes inhérents. Nous avons déjà évoqué les problèmes non traités liés à

Et il y a d’autres sujets que le livre n’aborde pas :

  • L’absence de scalabilité, c’est à dire que plus elle sera utilisé, plus l’énergie nécessaire et la puissance de calcul nécessaire augmenteront au détriment d’autres traitements. La résolution d’énigmes mathématiques sans objet est-elle la meilleure façon d’utiliser les puissances de calculs disponibles sur la planète ?
  • La gouvernance. Qui est responsable des développements ? Tout le monde, c’est à dire personne. Il y a une gouvernance de l’internet, celle de la blockchain est inconnue. « Sur le bitcoin, on estime à 20%, la part de code du bitcoin écrit par Satoshi Nakamoto toujours présent. Le pouvoir de faire des modifications dans le code open-source du bitcoin est désormais entre les mains de Wladimir Van Der Laan, un développeur de bitcoins financé par le Media Lab du MIT.  » Sources Slate,  Fortune déjà cité dans ce blog
  • Autre sujet sur lequel nous aurions aimé des éclaircissements, Philippe fait clairement la distinction en blockchain public et privé, qu’on pourrait comparer à internet et intranet. L’internet doit son succès à son universalité. La blockchain est testé par des banques, des compagnies d’assurances, des cabinets d’avocats, comme une base de données évoluée, loin de cette universalité décrite dans le livre. Est ce toujours de la blockchain ?
  • Les temps de traitement des transactions Bitcoin ne sont pas plus abordés. Alors que les traitements de transactions chez Visa peuvent aller jusqu’à 56,000 par seconde, la moyenne d’un traitement Bitcoin était de 43 mn en 2016 d’après Reddit. Clairement non adapté au paiement.
  • Comme toute nouvelle technologie/protocole, la blockchain et en particulier ses implémentations crypto-monnaies ont leur utilisation plus sombre en particulier pour le monde du blanchiment d’argent et des achats illicites dans des crypto- ou darknet-market. Silence radio.
  • Pas d’explications non plus sur les raisons de la valorisation du bitcoin, dues à des spéculations principalement en provenance de l’Asie, sans rapport avec les grandes idées de Satoshi Nakamoto. Cela ressemble à notre tulipomanie, étrangement absente de la très complète présentation de la monnaie et l’économie.

Vous trouverez en bas de ce billet des liens traitant de ces différents sujets « oubliés » du livre.

Conclusion

Comme indiqué en introduction de ce billet, la  » Révolution blockchain  » est un livre qui ne laisse pas indifférent son lecteur. Passionnant, lyrique, parfois dythirambique, enflammé, foisonnnant d’idées, on est loin d’un livre technique des Editions Dunod et sa conclusion s’approche des idées développées dans « La zone du dehors« , le livre de science-fiction d’Alain Damasio ou de #32mars, un manifeste autour des idées de Nuit Debout au Cherche Midi. Le livre présente une vue volontairement positive et enthousiaste du monde de la blockchain et du bitcoin, sans aspérité ni problèmes et donc sans aborder les sujets qui prêtent à discussion, ce qui réduit sa portée. C’est donc une lecture à compléter par d’autres lectures pour une vision globale et diversifiée d’un protocole en devenir.

« Algorithmes ou institutions, à qui donnerez vous votre confiance ? » est le sous-titre du livre. Les femmes et les hommes, chacun d’entre nous, semblons étrangement absents de ce choix.

Et l’avenir nous dira si les nombreuses prophéties de Philippe Rodriguez se réaliseront. Rendez-vous dans 10 ans, avec le livre.

A suivre.

@pierremetivier

PS. Ce billet est une simple « fiche de lecture » traitant du livre. Il ne remet pas en cause l’intérêt réel du protocole blockchain.

Pour aller plus loin

  • Le texte du communiqué de presse Dunod

Pour beaucoup, la Blockchain est perçue comme une nouvelle technologie – une de plus ! En réalité, son potentiel de rupture est énorme. Le bitcoin, monnaie virtuelle dont la gestion échappe aux banques centrales et son protocole associé, la Blockchain sont fondés sur une technologie disruptive des échanges sur un réseau « indélibile » et en théorie impossible à pirater ou falsifier. A ce jour, les répercussions connues sont limitées aux domaines de la finance et de l’assurance mais la Blockchain pourrait prochainement toucher d’autres secteurs d’activité comme la gestion de l’énergie, l’Automobile et la santé.

Certes, il s’agit d’une technologie immature et très complexe.

Cet essai engagé analyse les enjeux et les risques liés à ce nouvel outil ainsi que ses impacts sociétaux, comme de nouveaux moyens pour entreprendre, la possibilité de coopérer en confiance avec plus d’acteurs et de Business Model radicalement nouveaux.

Publics visés

  • Professionnels de la banque et de l’assurance
  • Consultants
  • Etudiants des masters Finance
  • Public motivé