Archives du mot-clé blockchain

Bitcoin, blockchain et NFTs ! Quatre conférences et deux leçons

Coin coin (c) Albertine Meunier

Coin coin (c) Albertine Meunier

Pas moins de quatre conférences ont eu lieu en trois semaines sur ces sujets sans compter d’autres à venir et de nombreux articles récents apportent une nouvelle lumière (une sélection en fin de billet) sur le monde crypto.

Ci-joint un compte rendu rapide de ces conférences, suivis en direct ou en podcast (lien inclus quand disponible), proposant différents points de vue, d’où l’intérêt de les comparer et de les rapprocher et, basé sur ces différentes expertises, en tirer des leçons concernant le bitcoin, la blockchain et les NFTs.

22 mars – Lundis de la Cybersécurité – Blockchains : des Incas au futur Internet, les meilleures applications de demain »
Blockchain Jean-Jacques Quisquater

Blockchain Jean-Jacques Quisquater

Organisé par Gérard Peliks, cet épisode des bien connus Lundis de la Cybersécurité avait comme intervenant principal Jean-Jacques Quisquater, professeur émérite de cryptologie et de sécurité à l’École polytechnique de Louvain, en Belgique. Membre de l’IEEE et académicien titulaire à l’Académie royale de Belgique, il est également chercheur associé au MIT et membre d’honneur de l’ARCSI.

S’en est suivi une revue passionnante du monde de la blockchain par un de ses acteurs, dont les travaux ont permis son développement. Jean-Jacques a régalé et passionné l’audience par ses rappels historiques remontant aux incas (khipu), les premières recherches en 1977, avant le fameux texte fondateur de Satoshi Nakamoto en 2008, pour illustrer son propos. Son enquête très fouillée sur qui se cache derrière ce nom (une question à 60 milliards de $ au cours du jour) est à découvrir. Par delà tous les avantages et possibilités offerts par la blockchain et détaillés avec minutie, Jean-Jacques a également rappelé le problème énergétique posé par l’algorithme de consensus à base de preuve de travail (proof of work) du bitcoin et le fait que sa production en soit dominée par « 4-5 consortia chinois ». Probablement la présentation la plus détaillée que nous ayons eu l’occasion d’écouter sur ces sujets.

–> Le replay ainsi que les 220 slides préparées par le professeur Jean-Jacques Quisquater disponibles sur le site du Medef 92.

6 avril  AFIS – La blockchain et le bitcoin
Blockchain et bitcoin AFIS

Blockchain et bitcoin AFIS

François-Marie Bréon et Jean-Paul Krivine de l’AFIS (Association française pour l’information scientifique)  a invité Jean Paul Delahaye, professeur émérite de l’Université de de Lille, et spécialiste connu et reconnu du monde de la blockchain et du bitcoin pour un présentation intitulé sobrement « La blockchain et le bitcoin ». Des définitions simples et précises – « Une blockchain est un registre partagé infalsifiable indestructible composé de blocs successivement validés, daté et conservés par ordre chronologique. » Des rappels utiles « Dans le cas du bitcoin, les données ne sont pas chiffrées. On peut suivre le contenu des comptes même si on ne connait pas le propriétaire du compte. » Une présentation complète et plus sobre que la précédente, également plus détaillée sur le minage et le chiffrage de la consommation énergétique du bitcoin (100 TWh/an – 10 réacteurs nucléaires au moins).

–> Le site de la conférence. Le replay n’est pas disponible à ce jour. Le live tweet de l’événement permet de revoir en grande partie la présentation avec de nombreuses illustrations

7 avril – La Méthode scientifique, France Culture, NFT, cryptoarts
NFC CryptoArt - La methode scientifique

NFC CryptoArt – La methode scientifique

Qu’est-ce qu’un NFT ? Que renferme la nouvelle technologie constituée par les NFT ? En quoi l’utilisation de la blockchain est-elle un avantage ? Quelles différences entre un NFT et un bitcoin ? Effet de monde ou nouvelle modalité de transaction numérique ? Telles étaient quelques unes des questions posées par Nicolas Martin, l’animateur de la Méthode Scientifique sur France Culture à ses deux invités : Nicolas Pouard, Directeur de la Blockchain Initiative et responsable du lab d’innovation stratégique, Ubisoft et Claire Balva Directrice “Blockchain et cryptoactifs”, KMPG.

Les cryptoarts (sous différentes formes crypto kitties, colored coins, cryptopunks) existent depuis 4 ans mais avec les liquidités rendus disponibles par les différents gouvernements dans le cadre de la crise du la Covid-10, le phénomène a pris de l’ampleur. Un NFT, c’est un jeton / token qui représente un objet physique (ou numérique), il possède une dimension affectivité. Il permet de tracer les droits de propriétés. Dimensions de programmabilité (pour gérer les royalties par exemple par rapport aux certificats de propriété) et interopérabilité. Fongibilité (jeton séparable comme la monnaie) vs non-fongibibilité (le jeton est objet entier, unique, identifié, insécable). Un NFT est unique. Interview de Rodolphe Barsikian, artiste vectoriel et gamer, qui refuse l’opposition du réel et du virtuel

Le NFT permet le développement l’unicité dans le monde virtuel où la copie est standard, permet également de réguler un marché de l’occasion des objets également dans le monde du jeu (Ubisoft), régularisation d’un usage existant comme la vente d’un jouet sur le Boncoin. Notion de #playtoearn. La blockchain devrait avoir un impact important dans le futur sur la gestion des droits d’auteurs et la reconquête de la propriété privé

–> Le replay et de nombreux documents et infographies à retrouver sur la page de l’émission.

7 avril  – Laurence Allard, MobActu « Tout ce que vous avez voulu savoir sur les NFT’s et le CryptoArt : techniques, usages, écologies »
Tout ce que vous voulez savoir ... NFT Cryptoart

Tout ce que vous voulez savoir … NFT Cryptoart

Laurence Allard, maîtresse de conférences, sciences de la communication, IRCAV-Université Paris-Sorbonne Nouvelle/Université de Lille a invité Albertine Meunier (artiste, curatrice de l’exposition « De la Tulipe à la Crypto Marguerite »), Adrian Sauzade (expert praticien en cryptomonnaies) ; Gauthier Roussilhe (designer, auteur notamment du rapport « Que peut le numérique pour la transition écologique ») ; Serge Hoffman (artiste, collectionneur et professeur responsable du département des Arts numériques à La Cambre, Bruxelles) ; Sébastien Gouspillou (CEO de Bigblock DC, Bitcoin mining) et Maël Rolland (doctorant, EHESS, thèse d’économie en cours au sujet des cryptomonnaies) pour échanger sur le sujet.

Ceci est un NFT

Ceci est un NFT

Avec une présentation du phénomène crypto « en sociologue pragmatisme », Laurence Allard a posé les bases du débat. Serge Hoffmann a rappelé l’histoire des NFTs en remontant aux crypto-kitties et la défunte plateforme Ascribe (2013) avant de se lancer dans la création live d’une « oeuvre d’art » (une copie d’écran des intervenant),  de sa mise en ligne et en vente comme NFT en passant par l’utilisation d’un wallet crypto Tezos et la création de 5 copies sur la plateforme HicEtNunc. Une impressionnante démonstration de la simplicité relative à la mise en ligne de NFTs.

Adrian Sauzade est revenu sur les grands concepts de la blockchain, rappelé les caractéritistiques des tokens et des coloredcoins (l’ancêtre des NFTs). Il a ensuite défendu le dogme d’un bitcoin (en format preuve de travail) comme plateforme indispensable (quelque soit ses conséquences écologiques) à l’écosystème blockchain. Albertine Meunier a présenté le point de vue de l’artiste, expliquant comment vendre et collectionner des NFTs, présentant les différentes marketplaces, de nombreuses oeuvres puis l’exposition en cours « De la tulipe à la crypto marguerite » à l’Avant-Galerie Vossen.

Sébastien Gouspillou, co-fondateur d’une entreprise de minage BigBlock Data center, qui conçoit et gére des datacenters dédiés aux calculs blockchain, a présenté  le point de vue des mineurs. Sa « mission : to qualify France in the world competition of proof of work » (Linkedin) (1) . Interrogé sur le problème de la consommation énergétique, sa réponse a été qu’il n’existe pas. « Une seule personne est à l’origine de l’info sur la consommation du bitcoin et cette personne (Alex De Vries, DigiEconomist) ne croit pas à ce qu’elle dit » (2). Autres verbatims « On produit deux fois plus d’électricité dans le monde qu’on n’en consomme ! » (3) Les mineurs ne cherchent plus que du décarboné (4). Il a également nié le problème du matériel : GPUs, CPUs et toutes ses immenses fermes de serveurs partout dans le monde (fabrication, minage de terres rares, recyclage).  « Plus ça consommera, moins ça sera un problème. » a-t-il affimé !

Ensuite Gauthier Roussilhe a présenté un sujet sur « L’empreinte écologique du numérique » ou comment réintégrer le numérique dans les limites planétaires. Au sujet de l’écosystème du bitcoin, il a présenté quelques chiffres autour de l’empreinte « superficielle » spécifiques du bitcoin. Enfin, Maël Rolland a eu une approche sociologique et politique différentes, comparant Ethereum et Bitcoin dans le cadre des consensus. Il a également signalé qu’il était difficile de s’exprimer sur ses sujets, la communauté Bitcoin étant très réactive lorsque les arguments n’allaient pas dans leur sens. (5) S’en est suivi un débat riche et passionné.

–> Le site du webinaire et le replay.

Que retenir de ces quatre échanges autour de bitcoin, blockchain et NFTs. D’abord, quelques verbatims éclairant les spécificités de la blockchain.

  • Le sujet est compliqué, « compliqué pour le commun des mortels de comprendre » a précisé Adrian Sauzade (et je confirme en tant que commun des mortel – ndlr)
  • « L’internet a permis la circulation de l’information de pair à pair, les blockchains permettent la circulation de pair à pair » Jean-Paul Delahaye.
  • « L’internet permet de diffuser. On duplique ce que l’on transmet. Sur la blockchain, ce que vous transmettez ne vous appartient plus » Adrian Sauzade
  • « La possibilité de créer des choses non-duplicables dans le monde du numérique a une énorme valeur. » Eric Schmidt, Alphabet

Et deux leçons.

Cryptoarts sélectionnés par Albertine Meunier

Cryptoarts sélectionnés par Albertine Meunier

La première concerne les NFTs.  Ce n’est pas parce que chacun puisse mettre en ligne et en vente des JPG sur des marketplace que chacun est un artiste. Par delà la disparité des oeuvres vendues et les sommes étonnantes atteintes par certaines, le NFT permet le développement de l’unicité dans le monde virtuel où la copie est standard. Elle devrait apporter des solutions dans le futur sur la gestion des droits d’auteurs et une certaine forme de reconquête de la propriété privé.

La consommation des plateformes utilisant une blockchain utilisant la proof of work a été discutée pendant la 4ème conférence. Des artistes s’en sont inquiétés comme Joanie Lemercier et ont partagé leur expérience sur le sujet.

Par contre, le sujet blanchiment d’argent n’a pas été évoqué. Les cryptoarts sont achetés et vendus en cryptomonnaies dont la provenance est anonyme (les écritures dans la blockchain bitcoin sont en clair mais les comptes sont anonymes et le reste tant que les cryptomonnaies ne sont pas converties en monnaie fiat « classique« ). Les créateurs de ransomware pourraient acheter des NFTs pour écouler leurs butins. Certains s’en inquiètent.

Et la seconde leçon s’applique à l’écosystème bitcoin. Clairement identifiés par deux professeurs spécialistes du bitcoin au cours des deux premières conférences et rejetés sans preuve pendant la dernière conférence, la consommation énergétique et le coût écologique (fabrication (et recyclage) des machines, cartes CPU, GPU, fermes de serveurs …) nécessaires au minage du bitcoin sont trop importants pour les bénéfices obtenus. Les données existent et sont publiques. Voir la note (2) pour les liens. Cela ne remet pas en cause les possibilités apportées par les blockchains de type preuve d’enjeux (proof of stake). L’écosystème Ethereum semble l’avoir compris ce qui n’est pas le cas du monde Bitcoin.

A ce jour, que cela plaise ou pas aux aficionados de la cryptomonnaie, le bitcoin est principalement utilisé pour la spéculation financière et le trading, et dans une moindre mesure, le paiement de ransomware, d’achats sur les darkwebs et le blanchiment d’argent (6). Il permet aussi d’acheter des Tesla et payer ses impôts à Zoug en Suisse. Toutes les discussions autour du remplacement du système monétaire ou bancaire par le bitcoin sont des vœux pieux de ses défenseurs et non une demande des gouvernements ou responsables des système financiers en place. Rien de ce que le système bancaire actuel apporte à des milliards d’habitants de la planète à commencer par les paiements, les salaires, les impôts … n’est opérationnel côté bitcoin. Ce dernier n’améliore en rien, n’apporte rien à la vie des citoyens à ce jour. Des solutions comme MPesa, en Afrique,  avec de simples portables, ont résolu des problèmes de bancarisation, bien plus rapidement, écologiquement et économiquement que ne le fera jamais le bitcoin dans sa version actuelle.

Fermes de serveurs blockchain PoW

Fermes de serveurs blockchain PoW

Si l’existence du bitcoin n’est là que pour maintenir la confiance qu’un système blockchain peut fonctionner à l’échelle mondiale (ce qui a été affirmé pendant la 4ème conférence), l’immense consommation énergétique du bitcoin et son empreinte écologique (y compris matériel – fabrication et recyclage) ne peut se justifier. De nouveau, sans remettre en cause le principe de la blockchain et de toutes ses applications d’aujourd’hui et de demain, la version bitcoin PoW est insoutenable écologiquement (unsustainable). Le bitcoin doit se réformer (7) ou disparaitre sous sa forme présente.

My own 0,02 satoshi.

A suivre.

Pierre Métivier
@PierreMetivier

Notes

  1. Minage au Kazakhstan. L’énergie en France est globalement décarboné. C’est donc pour des raisons économiques que l’entreprise mine au Kazakhstan. Voir (4)
  2. Il existe plusieurs sources y compris universitaires qui étudient la consommation électrique des cryptomonnaies, la plus connue étant l’Université de Cambridge mais aussi DigiEconomist / Joule, une nouvelle étude commune US/Chine journal Nature sans oublier le CNRS.
  3. La différence entre production et consommation d’électricité est d’environ 14 % que ce soit en France ou dans le monde. Production monde, consommation monde. (c) Statista
  4. Entre 60 et 75% du minage est en Chine, globalement alimenté au charbon, voir le tout récent article de la BBC. qui pourrait remettre les engagements des accords de la Cop de Paris.
  5. Deux communautés à priori opposées défendent les cryptomonnaies et en particulier le Bitcoin. La communauté open source / communs et aussi la communauté libertariaine « libertarians » Je rêve d’une étude permettant de comprendre les relations entre les deux communautés.
  6. Suite à la publication deu billet et à des échanges sur Twitter, j’ai clarifié mon propos sur l’usage principal du bitcoin et en particulier sur la partie illicite. Vous trouverez également deux liens vers des sources d’informations (Europol, Chainalysis) sur le sujet dans la partie « Pour aller plus loin« .
  7. La réforme du bitcoin est difficile. Passer à la PoS signifierait l’arrêt de l’industrie du minage. Les entreprises spécialisées ne vont pas d’elles-même arrêter leur activités.

Pour aller plus loin

Les technologies numériques sont-elles la solution pour gérer et sortir de la crise liée à la pandémie de Covid-19 ?

Technologie et covid-19

Technologie et covid-19

Nombreux sont les articles et communiqués de presse promouvant des technologies en particulier numériques pour gérer et accélérer la sortie de crise, aussi bien côté économique que sanitaire. Blockchain, intelligence artificielle, IOT, smart city, smart building, smart home / domotique, NFC / RFID, et informatique quantique vont nous sauver de ce mauvais pas. Il n’y a plus qu’à. En marge de la technologie, l’innovation est aussi de la partie. Ceci dit, d’autres articles sont plus prudents et dénoncent ce solutionnisme technologique à tout crin. Quelle est la réalité derrière les technologies proposées ? Sont-elles des solutions opérationnelles, déployables à grande échelle, de simples opportunités de communication ou des technologies en recherche de problèmes à résoudre ?  Petit tour d’horizon à travers une revue de presse franco-françaises d’articles généralistes ou spécialisées, d’annonces d’entreprises industrielles et de tribunes de sociétés de conseils, un tour d’horizon forcément partiel et probablement partial, sans conclusion définitive, bien entendu.

Et d’abord, la blockchain et la sortie du livre blanc « La blockchain dans le monde d’après », publié par Havas Blockchain avec une préface claironnante de Jacques Séguéla « Tech sans affect n’est que ruine de l’homme. Tech sans Blockchain, ruine de la publicité. A chacun de choisir son destin, en être ou ne pas être. Comment hésiter ? » (1)  Pour les auteurs de ce document, la blockchain est au cœur des enjeux sanitaires (Chapitre 2). La crise du Covid-19 a révélé le potentiel de la blockchain en santé (principalement pour le contact tracing et le partage des données des patients – app StopCovid ou passeport de santé). La question est posée : la blockchain est elle la solution pour un déconfinement réussi ?  Plus loin, la blockchain va renouveler le monde économique & financier (Chapitre 3).

Dans Les Echos, Coronavirus : la blockchain est un outil de gestion de crise et cite les projets d’IBM dans le domaine. « La technologie n’éradiquera pas le Covid-19, mais elle pourrait permettre de mieux gérer l’épidémie. »  Le cabinet de conseil PWC explique comment la blockchain permet de faire face aux conséquences de la crise.  Wavestone, autre cabinet de conseil, renchérit dans une tribune de La Tribune justement.  COVID-19 et Blockchain  : une technologie aux nombreux atouts en période de crise.  Enfin, WeDemain présente trois applications qui utilisent la blockchain pour lutter contre le Covid-19 autour de la modélisation du virus, la luttre contre les fake news médicales et la traçabilité des traitements.

Neil Graham - Artificial intelligence - 1979

Neil Graham – Artificial intelligence – 1979

L’Intelligence artificielle (IA) est présentée comme un outil pour aider les chercheurs dans leurs recherches de traitements et d’un vaccin. Dans le Monde,  Coronavirus : comment l’intelligence artificielle est utilisée contre le Covid-19 « Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. D’un côté, le nouveau coronavirus SARS-CoV-2, qui s’est répandu d’une façon inattendue et globale sur la planète. De l’autre, l’intelligence artificielle (IA), qui a connu la même diffusion mondiale par ses succès dans les domaines de la reconnaissance d’images, des jeux (go, poker, jeux vidéo…), de la traduction automatique, de la reconnaissance de la parole, de la conduite sans pilote… Il était donc naturel que cette dernière cherche à s’attaquer au défi urgent du contrôle de la pandémie.  L’Usine Nouvelle nous explique comment l’Europe compte sur l’IA pour accélérer la découverte de médicaments.  Pour le JDN Tech, l’IA est aussi une nouvelle arme pour faire respecter les gestes barrières et éviter un rebond.

Enfin, le Conseil de l’Europe a publié un site Intelligence artificielle et contrôle du COVID-19.

Naturellement, l’Internet des objets (IoT) doit faire partie des réponses au coronavirus (COVID-19). Le cabinet  Bearing Point aborde dans un webinaire le sujet de la qualité de l’air post  Covid-19 améliorée par l’IoT. Sigfox a lancé un appel à projets IoT pour lutter contre le COVID-19 relayé par le site ObjetConnecté. « Sigfox a énoncé certains exemples qui prouvent que l’IoT est déjà au cœur de cette lutte collective contre le COVID-19. Parmi eux, on distingue des capteurs pour suivre les équipements de protection. Ils identifient la disponibilité de réservoirs d’oxygène pour aider à résoudre les problèmes respiratoires causés par le virus. Ce qui permet d’alerter le personnel des foyers de soins sur les mouvements irréguliers des patients âgés. » Dans ZoneBourse, on trouve cinq sociétés pionnières de l’IoT qui s’associent pour combattre le Covid-19 et offrir aux hôpitaux espagnols une solution clé en main de bouton d’appel d’urgence. Et pour IOT Industriel by Ozone Connect, l’IoT s’inscrit dans la guerre du Coronavirus.  « Naturellement, l’Internet des objets  doit faire partie des réponses au coronavirus ! »

Pour Smart City Mag, Dijon s’appuie sur la smart city pour gérer la crise.

Un webinaire organisé par le Moniteur a été consacré aux opportunités économiques et opérationnelles et nouveaux enjeux du smart building (2).  La troisième partie a été spécifique à la relance de l’activité post-covid. La réouverture des bâtiments tertiaire est accompagnée de nouvelles mesures de distanciation sociale, de nouvelles normes de qualité de l’air, de comptage des personnes dans les bâtiments, de fléchage. Les intervenants de la SBA, Engie Home Solutions et la Maif expliquent comment les différentes technologies du smart building permettent cette réouverture.

Même dans le cadre de la Smart Home / Domotique, un domaine où le risque de contamination est normalement le plus faible, des solutions peuvent aider. Selectra nous explique comment la domotique peut aider à gérer la crise sanitaire.

Paiement sans contact (c) Franck Dubray, Ouest France

Paiement sans contact (c) Franck Dubray, Ouest France

Avec la crise sanitaire, la technologie NFC s’est retrouvée sous les feux de l’actualité avec le paiement sans contact, cartes ou mobile. L’usage a explosé, le paiement pouvant être effectué en magasin jusqu’à 50 € sans toucher au terminal de paiement, ce mode de paiement devenant un geste barrière pour tous. Cette possibilité d’interagir sans contact (NFC et plus globalement RFID) a bien sûr d’autres applications dans un monde nouveau où il devient important d’éviter les contacts. Des experts du NFC Forum en discute dans ce webinaire en anglais comprenant un grand nombre d’applications détaillées. NFC Innovation In The Age Of The Coronavirus. La technologie est depuis longtemps utilisée dans les hôpitaux pour la traçabilité en particulier des matériels et aussi dans la lutte contre les maladies nosocomiales, un sujet déjà abordé dans ce blog – Un confinement doublement sans contact, gestes barrières et solutions technologiques de sortie de crise

L’informatique quantique est  également présente dans ce panorama. Le site Le Big Data pose la question :  COVID-19 : bientôt un remède grâce au Machine Learning quantique ?

Certaines technologies sont montrées du doigt pour des raisons de vie privée et de sécurité des données.  Pour l’Usine Nouvelle, le Bluetooth devient le cyber maillon faible du traçage numérique.

On peut apprendre beaucoup des gestions de crises précédentes et du rôle de l’innovation pour en sortir et c’est ce que nous explique Marc Giget, président de l’EISCI (European Institute for Creative Strategies and Innovation) à travers une étude à télécharger mais également une vidéo (une information déjà présentée dans ce blog).  Il est clé d’innover dès maintenant même si cela est complexe avec les difficultés financières des entreprises en tant de crise. Marc donne des pistes à court, moyen et long terme pour aider les entreprises à sortir de la crise grâce à l’innovation,  des innovations non seulement technologiques mais aussi serviciels, organisationnels, humaines, de business model, …

Future Technology Panic (c) BBC

Future Technology Panic (c) BBC

En parallèle, l’excellent site internetactu.net a adapté et commenté en profondeur sous le titre  « Le (petit) théâtre de la techno », un article américain sur le solutionnisme technologique. « Nombre de politiques publiques reposent désormais sur des questions technologiques. Et quand on envisage de répondre à des problèmes politiques par des solutions technologiques, bien souvent, la conversation publique se concentre sur les choix de conception et les détails des mises en œuvre, au détriment des questions plus difficiles auxquelles il faudrait répondre, à savoir les questions de pouvoir et d’équité. »  Dans un même registre, une tribune d’Olivier Duha dans les Echos pose la question des promesses non tenues de certaines technologies et en particulier l’IA. Covid-19: où est passée l’intelligence artificielle?  « Il est temps de se poser sérieusement la question du bénéfice et de l’intérêt de nos innovations avant de les qualifier de progrès pour l’humanité. » Le rôle des GAFA(M) dans la gestion de crise est également discuté   « Qu’ont fait les GAFA pour nous, dans cette période ? » sur LinkedIn.

La conclusion est forcément décevante. Il est clair que les technologies seules ne résoudront pas la crise. Les exemples cités sont pour la plupart des propositions, des possibilités en quête de déploiement que des cas d’usage en place. La science, la recherche, la médecine, les pouvoirs publics, tous les acteurs du monde médical peuvent s’appuyer sur telle ou telle technologie pour progresser et accélérer la sortie de crise, à la fois sanitaire et économique. Il n’y a pas d’outils magiques, mais de nombreux outils à disposition, à utiliser en respectant l’éthique, la sécurité et la vie privée des patients, dans une entente recherche, industriels, pouvoirs publics et chacun d’entre nous.

Par delà les technologies du numérique (NTIC) abordées dans ce billet, c’est plus globalement celles des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’Information et sciences cognitives) que viendront les solutions à moyen et long terme mais ceci est une autre histoire.

A suivre … en continuant à respecter les gestes barrières et à porter le masque, des actions difficilement remplaçables par le numérique dans l’espace public. Stay safe.

Pierre Métivier
@PierreMetivier

Notes

  1. Hésiter pourtant est une possibilité, la blockchain, pleine de promesses, n’ayant permis, jusqu’à présent, que la création d’un seul produit réellement global (j’insiste sur le global), le bitcoin, un instrument financier principalement spéculatif (Je ne vais pas me faire beaucoup d’amis avec cette phrase )
  2. Un webinaire que j’ai eu le plaisir d’animer.

NFC signifie également Now For Crypto-monnaie et blockchain

NFC Cryptomonnaie et Blockchain

NFC Cryptomonnaie et Blockchain

Les services associant blockchain, bitcoin, crypto-monnaie, sécurité  et NFC (et son cousin technologique, la RFID) se multiplient. L’acronyme NFC pourrait désormais signifier également  » Now For Crypto-monnaie and blockchain « .

Vous trouverez quelques exemples ci-dessous parmi les nombreux articles, annonces, livres blancs publiés sur le sujet.

Autour de la blockchain et en particulier traçabilité, logistique et lutte contre les contrefaçons

ST NFC et blockchain

ST NFC et blockchain

  • Dans un livre blanc récemment publié, ST explique comment associer NFC et blockchain pour développer une logistique plus smart. ST explains how NFC can be combined with blockchain technology to deliver smarter supply chains
  • NXP, le principal concurrent de ST sur ce même marché, propose une approche similaire – NXP explains how NFC and RFID tags can be used to improve the security of blockchain-based supply chain systems. NFCW
  • En Italie, un vin du Piedmont associe dans son bouchon NFC et blockchain – Piedmont winery, Vigneti Massa, is launching the 2018 vintage of its wines with near-field communication (NFC) and blockchain-enabled caps. Coin Telegraph
  • Blockchain Solution Employs NFC for Supply Chain Accountability. RFID Journal
  • Blockchain (and NFC) Protects Sicilian Oranges RFID Journal
  • Luxochain to use NFC and the blockchain to guarantee the authenticity of luxury goods NFCW
  • Startup tracks fine art provenance using NFC tags and blockchain registry. NFCW
  • Dutch bank ABN AMRO announced that it is launching a blockchain inventory tracking platform dubbed Forcefield, the platform is an Internet of Things solution that allows the monitoring of physical trade inventories with sensors and near-field communication chips (NFC).  Coin Telegraph
  •  » Les puces NFC de VeChain entrent dans notre quotidien. Après avoir reçu une mention spéciale lors du LMVH Innovation Award en mai, l’entreprise a dévoilé sa propre blockchain VeChain Thor avec succès. Avant ce lancement, VeChain s’appuyait en effet sur la blockchain d’Ethereum (ETH). »  Coin 24 
  • NFC Smart Card & Blockchain Technology Integration. Fintech Finance

Autour de la sécurité (avec ou sans blockchain)

Evivault by FullSecure

Evivault by FullSecure

  • L’entreprise Fullsecure, basée en Andorre, grande spécialiste de la sécurité, commercialise depuis des années, clés USB, disques durs ou PC sécurisés grâce à la technologie NFC. Elle vient également d’annoncer un wallet sécurisé pour crypto-monnaie, Evivault
    Journal du Coin  MideNews
  • Wisekey protège deux millions de montres de luxe NFC sur la blockchain
  • Yubico  » Protect your digital world with YubiKey « 
  • Google eux-même utilise le NFC pour leurs clés de sécurité Titan, pour sécuriser compte et données personnelles, des clés désormais disponible en France. Global Security Mag 

Autour des crypto-monnaies

Deux applications principales de la technologie NFC – le paiement sans contact lié à un compte en crypto-monnaie, et la sécurisation des wallets hardware.

Coinbase NFC payment card

Coinbase NFC payment card

  • Rendons à Ledger ce qui leur appartient. Le leader du marché du wallet crypto-monnaie a compris dès 2014 l’intérêt de la technologie et l’a intégré dans ses premiers wallets hardware. Et  depuis, de nombreux wallets se sont lancés.
  • Coinbase Becomes First ‘Pure’ Crypto Firm Approved as Visa Principal Member Coindesk
  • NFC Wallet Card: Secure Crypto Asset And Personal Data Protection BitCoin Exchange Guide
  •  » Spend with Euno everyday, Through our NFC integrated Mobile Wallet, Take Your Crypto With You EUNO·PAY will be available in more than 150 countries at over 30 million NFC enabled Terminals « 
  • Sugi NFC Wallet Card + Mobile App. Finally. Secure crypto transactions made simple. 
  • Pundi X, un projet qui vise à démocratiser le paiement en crypto-monnaie. Mise à disposition leur propre terminal de paiement électronique et carte NFC.  (Vidéo)  Jounal du Coin
  • Et donc Evivault de FullSecure.

Echanges de données à courte distance entre deux devices dont un seul a besoin d’une source native d’énergie, Secure Element, différents types d’étiquettes et de niveau de protection (RSA, AES, DES), échanges PeerToPeer, disponibilité désormais sur une grande majorité des mobiles (Android, iOS) et des terminaux de paiements dans les magasins, … les avantages sont nombreux pour expliquer la présence de la technologie dans de nombreux domaines d’activités (paiement sans contact, transport, contrôle d’accès, jeux, informations, …) sous différents facteurs de forme comme les cartes, les portes-clés, les mobiles et bien d’autres. Le NFC est clairement une technologie de l’IOT, permettant un lien sécurisé indispensable entre le physique (ou l’analogique) et le numérique, et l’écosystème des crypto-monnaies et de la blockchain l’a bien compris.

Pour l’anecdote, rappelons que les crypto-monnaies sont nées en opposition aux banques traditionnelles. La blockchain allait permettre de désintermédier les banques et tous leurs services. Le bitcoin en était la preuve. La technologie NFC des cartes de paiement sans contact (et des mobiles) était régulièrement critiquée par les médias et comme inutile, non-sécurisée …. Cette même technologie est désormais utilisée pour développer des wallets crypto-monnaie pour les mêmes raisons qu’elle l’est avec succès dans le monde des cartes bancaires sans contact. Les temps changent (*).

Nous suivrons dans ce blog avec intérêt les nouveaux services et développement dans le domaine des applications blockchain et des crypto-monnaies associées au NFC. Et n’hésitez pas, dans la partie commentaires, à proposer d’autres exemples d’applications et services alliant NFC/RFID, blockchain et crypto-monnaies.

A suivre.

Pierre Métivier
@Pierremetivier

(*)  Parmi les détracteurs les plus farouches à la technologie NFC à son lancement grand public, il y a eu Paypal mais la société a changé d’avis et a adopté la technologie. David Markus, le président de Paypal, avait déclaré en 2013 que « le bitcoin, non le NFC, est l’avenir du paiement « .  David Markus tient désormais les rênes de Libra de Facebook, bâti sur un modèle stablecoin plutôt que bitcoin. Il sera intéressant de voir si des wallets comme Calibra utiliseront le NFC pour des échanges de personne à personne ou en magasin. Calibra, dans son QA, explique qu’il sera possible «  d’utiliser votre compte pour payer des transactions au quotidien, par exemple pour payer votre café, vos courses ou vos transports en commun. » Ca ressemble bien à du paiement sans contact / NFC 😉

Pour aller plus loin, sur ce blog