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« Tout est smart, tout est augmenté : les apports de la 5G », une passionnante matinale IGNES

Le monde 5G (c) 5G PPP

Le monde 5G (c) 5G PPP

« Tout est smart, tout est augmenté : les apports de la 5G » tel était le thème de la matinale consacrée à la 5G organisée par l’IGNES, le Jeudi 28 novembre 2019. Pour rappel, l’IGNES est l’association pour les Industries du Génie Numérique, Energétique et Sécuritaire, autrement dit la Smart Home et du bâtiment connecté. Plus de détails sur le side de l’IGNES

Cette matinale a été l’occasion d’écouter et échanger avec deux imminents spécialistes du sujet, chercheurs, représentant deux entreprises-clés du domaine : Orange pour Eric Hardoin, VP, Ambient Connectivity Research et Huawei, pour Merouane Debbah, Director of The Mathematical and Algorithmic Sciences Lab. Un échange animé par Anne-Sophie Perrissin-Fabert, la nouvelle Déléguée Générale de l’IGNES

Logo 5G (c) 3GPPP

Logo 5G (c) 3GPPP

Rappelons juste quelques acronymes caractérisant la 5G et très présents dans les présentations de nos deux intervenants. Commençons par les 3 piliers de la 5G – eMBB (enhanced Mobile Broadband ou le très haut débit mobile), URLLC (ultra-reliable low-latency communications ou des communication à la latence très courte et à la fiabilité garantie)et  mMTC (massive machine-type communication ou le réseau haut débit pour l’internet des objets type voitures autonomes V2X – Véhicule 2 Everything). On peut y rajouter NR pour Nouvelle Radio, Massive MIMO (Multiple-input multiple-output) et 3GPP, la méta-association mondiale qui définit et standardise les standards radio comme la 5G et dont fait partie l’ETSI, son équivalente européenne.

Note – ce compte-rendu se concentrera plutôt sur le déploiement et les applications de la 5G que sur la partie technique présentée par les intervenants. Vous pouvez retrouver plus de détails dans leurs présentations et d’autres liens en fin de billet.

Merouane Debbah, Huawei France

Merouane Debbah, Huawei France

Merouane Debbah, Director of The Mathematical and Algorithmic Sciences Lab, de Huawei

La 5G aujourd’hui se développe autour de la Release 15 et propose une amélioration sensible niveau performance (x10) des solutions 4G / LTE-A (la partie eMBB) ainsi que le début de l’implémentation de l’URLLC (améliorations en terme de latence et de fiabilité garanties). Les vraies promesses de la 5G se verront avec la R16. La latence d’1 ms promise par la 5G n’est donc pas encore disponible. La conséquence première est que vous n’allez pas avoir de voitures connectées à la 5G demain. La release R16 qui ouvrira la 5 à l’IOT industriel, est en cours de développement et ne sera pas publiée avant plusieurs mois.

Côté déploiement, la France est en retard par rapport à d’autres pays comme la Grande-Bretagne où les offres grand-public sont déjà disponibles.

Déploiement de la 5G dans le monde (c) Huawei

Déploiement de la 5G dans le monde (c) Huawei

L’écosystème des partenaires de la 5 G est en plein développement.

Ecosystème industriel de la 5G (c) Huawei

Ecosystème industriel de la 5G (c) Huawei

Rappelons que pour le grand public, l’adoption de la 5G signifie changer de mobiles. Les grands constructeurs (Samsung, Huawei, LG  …) commencent à proposer des modèles 5G à l’exception notable d’Apple (fin 2020)

Merouane nous décrit ensuite dans sa présentation tous les challenges (et en particulier) technologiques du déploiement de la 5G mais aussi les améliorations apportées y compris au business model des opérateurs avec des exemples. Il existe de nombreuses d’applications potentielles mais on commence par l’accès haut-débit sans fil c’est à dire la fibre sans fibre (nous y reviendrons avec Orange). C’était pareil au début de la 4G. Cloud, drone, transport (la mobilité en général) font partie les applications prometteuses. Les applications utilisant de l’IA vont également bénéficier de la 5G en terme d’efficacité par un accès plus rapide au cloud.

Eric Hardouin, Orange Labs

Eric Hardouin, Orange Labs

Eric Hardouin, VP, Ambient Connectivity Research, Orange.

Il faut signaler que la 5G ne remplace pas les autres connectivités mais les intègre (type LTE ou NR pour New Radio). C’est un réseau de réseaux. Orange teste la 5G, par exemple à la Gare de Rennes, et a déployé commercialement en Roumanie.

Pour un déploiement urbain, la fibre est toujours préférable à la 5G. La vraie révolution à venir, c’est la garantie de service et la très faible latence. Le « network slicing » permettra d’affecter des ressources réservés, de créer des réseaux privés pour des tâches particulières dans la performance sera garantie quelque soit le trafic sur le même réseau public. En terme d’efficacité énergétique, en 2020, la 5G consommera deux fois moins d’énergie à la 4G. La latence promise d’1 ms n’est pas toujours indispensable et est très couteuse en énergie. Dans de nombreux cas, développer des applications « edge » est plus efficace pour réduire les temps de latence. Le réseau 5G sera installé sur les infrastructures 4G.

Les nouveaux usages de la 5G (c) Orange

Les nouveaux usages de la 5G (c) Orange

La co-construction et le co-développement du réseau, des offres et des services par tous les partenaires y compris clients B2B sont clés non seulement pour comprendre la chaine de valeurs mais aussi pour faciliter l’adoption.

Coconstruction (c) Orange

Coconstruction (c) Orange

Questions / réponses

  • La première question a porté sur la nocivité des ondes 5G. Pour les deux intervenants, les réponses sont apportés les études scientifiques. Il n’y a pas d’études scientifiques qui affirment que les ondes de la 2G à la 5G, à la puissance utilisée par les telcos, soient nocives pour la santé. Les opérateurs et tous les acteurs des telecom ont pour obligation de respecter les directives imposées par les services publics.
  • Sur les consommations énergétiques, on n’est plutôt sur de l’optimisation E2E que sur des technologies de rupture pour Merouane Debbah. Pour Eric Hardoin, la 5 G va se rajouter à la 4G. Elle consomme plus mais transmet plus. Elle est plus économique à donnée équivalente transportée.
  • Sur la 6G, ce n’est pas avant 2030 tempère Eric Hardouin même si la Chine a déjà lancé son plan 6G à 10 ans.
  • Sur les applications, un des drivers de l’adoption de la 5G sera le jeu, les joueurs sont prêts à payer pour une latence minimum.
  • Sur le choix fibre ou 5G en France ? Pour Orange, le fixe c’est la fibre, le mobile c’est 4G puis 5G. L’infrastructure 5G est construit autour de la fibre. Ce qui peut modifier le mix ? Le cout du génie civil, en zone rurale, car creuser des tranchées coûte cher.
  • Sur Wifi 6 vs 5G, il y a aura différentes offres de connectivité et différentes applications. Une question sans réellement de réponse faute de temps.

Un grand merci aux deux intervenants,  Eric Hardoin, VP, Ambient Connectivity Research, Orange et Merouane Debbah, Director of The Mathematical and Algorithmic Sciences Lab pour leurs interventions très professionnelles et documentées ainsi qu’à l’IGNES pour l’organisation.

A suivre … toujours plus vite.

Pierre Métivier
@PierreMetivier

Pour aller plus loin

Tout est smart, les apports de la 5G

Tout est smart, les apports de la 5G

L’internet des objets n’existe toujours pas et n’existera probablement jamais

L'internet des objets n'existe pas

L’internet des objets n’existe pas

Nouvelle et vile tentative d’attirer l’attention du lecteur par un titre accrocheur ! Comment ce blog qui parle d’internet des objets depuis près de 10 ans, peut-il titrer sur la non-existence de son sujet principal (1) ? Cela mérite bien sûr quelques explications.

Il n’y aura pas d’internet des objets ! Et pourtant, les analystes les plus sérieux et les plus grandes entreprises nous prédisent qu’en 2020, (dans 2 mois !), nous aurons des milliards d’objets connectés, un nombre très précisément approximatif entre 20 et 1500 milliards pour Samsung en passant par 50 pour Cisco ou 212 pour IDC.

Que ce soit 20 ou 1 500 milliards (2), cela importe peu. Parmi les questions qui se posent, trois expliquent le titre de l’article « Tous ces objets existants ou à venir sont-ils, seront-ils connectés ensemble dans le cadre d’un internet des objets global, peuvent-ils l’être, existe-t-il un intérêt à ce qu’ils le soient ? » et les réponses sont clairement non. Tous ces objets connectés ne constituent pas un internet des objets unique et global comme l’internet mais ce qu’on pourrait appeler une collection d’intranets des objets, plus ou moins indépendants.

L’internet est un réseau de réseaux basé sur un protocole clairement défini TCP/IP, où chaque device a son adresse IP, où les sites sont localisés et accessibles grâce aux DNS. Les intranet utilisent globalement les mêmes protocoles que pour l’internet mais pours des usages privés. De son côté, l’ensemble des technologies, objets et services constituant ce qui est nommé Internet des objets est disparate et multiple, en terme de capteurs, actionneurs, de protocoles de communication, de connectivité (du NFC au 5G, en passant par la RFID, le BLE, le LPWA type Sigfox et Lora, et tous les protocoles industriels spécialisées), de standards et surtout d’usages. Un jour, la route et ses infrastructures seront connectés avec les voitures autonomes, les objets connectés de la maison le seront également, et ces deux mondes feront partie d’une smart city en devenir avec les infrastructures énergétiques et de santé. Ceci, quel rapport entre le suivi à distance des pneus chez Michelin et le contenu de mon réfrigérateur ? Quels liens entre les vêtements suivis par RFID chez Décathlon et les pièces d’un A350 ? Entre le livre de la bibliothèque et le pacemaker connecté d’un parent ? Il n’y en a pas (3)

Smart world (c) Libelium

Smart world (c) Libelium

« Tout ce qui peut être connecté le sera. » (4) Il y a foison d’applications réelles (principalement industrielles) et potentielles, beaucoup moins de « business models » viables et des myriades de technologies disponibles pour les réaliser. Des standards uniques et globaux sont illusoires, étant donné la diversité sans fin des projets. Prenons l’exemple d’un répertoire universel permettant le suivi des objets. Il y a 15 ans, des projets type ONS (Object Naming Services) ont vu le jour, aussi bien aux US (GS1 et Verisign) qu’en France (Orange) avec l’idée de devenir les DNS des objets, des annuaires globaux permettant le suivi et la localisation des objets (au départ RFID). Ils ont disparu au profit de plateformes spécialisées ou de « plateformes collaboratives de traçabilité » pour reprendre un terme GS1. Ceci dit, sous l’impulsion de GS1 France et de l’AFNIC, un ONS 2.0 a été annoncé en 2013 et l’idée d’un système ONS global utilisant l’infrastructure DNS ne semble pas avoir été totalement abandonnée (5).

L’internet des objets n’existe toujours pas et n’existera probablement jamais. A sa place, il y aura un multitude d’intranets des objets, au niveau d’une industrie, d’une ville, d’une maison, d’une infrastructure, plus ou moins indépendants des uns et des autres, plus ou moins privées, plus ou moins personnels, avec des technologies, des standards, des connectivités multiples.

Est-ce que tout cela a de l’importance ? Probablement non, sauf peut-être dans le cas de la conception d’un objet / service connecté. Cette compréhension que l’internet des objets n’est pas une entité globale et homogène doit permettre de ne pas essayer de créer des objets « universels » mais de développer dans un cadre réaliste avec les technologies adaptées. « Qui trop embrasse mal étreint. »

Enfin, le terme internet des objets va continuer à perdurer pendant de nombreuses années, et nous continuerons à l’utiliser bien sûr.

A suivre, dès demain, au Forum de l’IOT, bien sûr 😉

Pierre Métivier
@pierremetivier

Notes

  1. Ceci dit, c’est un sujet que nous avions déjà abordé en Novembre 2010 dans ce même blog sous le titre «  l’internet des objets existe-t-il ? »   et la conclusion n’a guère évoluée depuis.
  2. Nous y reviendrons dans un prochain article.
  3. Sauf à stocker ses pneus dans son réfrigérateur ! 😉
  4. Une phrase prononcée par les fondateurs de l’Agence Enero, Marc Charreyron et Olivier Mevel (également à l’origine du Nabaztag).
  5. Aucune information nouvelle n’est disponible depuis 2013, sur l’implémentation ou sur l’usage de l’ONS 2.0.

Pour aller plus loin

Meilleurs voeux numériques bien sûr pour 2019

Voeux numériques pour 2019

Voeux numériques pour 2019

Tout est dans le titre et l’image, l’occasion également de revenir sur les articles du blog cette année.

sans oublier bien sûr l’article numérique vs digital, de 2015, que la carte de voeux illustre.

A très bientôt, « in real life », au cours d’une conférence, d’un salon, d’un rendez-vous, d’une mission ou par hasard.

A suivre … dès demain, le 1er janvier 2019, pour toujours aborder les sujets liés à l’innovation et l’internet des objets sans oublier bien sûr le NFC.

Pierre Métivier
@PierreMétivier