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La route demain, quels modèles privilégier pour répondre à ses enjeux ? Une conférence WeDemain

La Route Demain

La Route Demain

A l’occasion de la sortie du troisième numéro de la Route Demain (la revue du Syndicat des Équipements de la Route), une table ronde organisée par la SER et WeDemain s’est tenue le 18 septembre 2019 afin (de tenter) d’y voir plus clair sur l’écosystème des mobilités à venir.

Le programme pose les enjeux. « Comment vous déplacerez-vous dans 10, 20 ou 40 ans ? En métro, bus, tram ou en train ? En vélo ou en trottinette électriques et partagés ? En voiture ou en navette autonome ? .. »  Mobilités, engorgement des villes, surcharge des infrastructures, inégalités territoriales, pollutions atmosphérique et sonore, multi-modalités font partie des mots-clés de ce débat. Toujours d’après le programme, deux modèles devraient se faire face – la route intelligente et ses véhicules connectés et autonomes et la route résiliente, celle des mobilités douces et  d’une multi-modalité harmonieuse.

Un programme qui se termine par les questions suivantes « S’ils peuvent s’opposer par certains aspects, ces deux modèles pourraient aussi se compléter afin de mieux répondre à la nécessité, tant pour les villes que pour les territoires isolés, de la transition écologique et énergétique. Aussi, face à la diversification des modes de transport et de leurs opérateurs, comment partager et réorganiser la ville et les territoires ? Comment des équipements de la route adaptés, nouveaux, polyvalents peuvent-ils y contribuer ? Quelles places pour les usagers des transports de demain ? Enfin, comment ces modèles de mobilités influeront-ils sur nos usages, nos déplacements, l’organisation de nos territoires et le visage de nos villes ? » Et pour répondre à ces questions, des représentants issues du monde politique (Assemblée nationale, Mairie de Paris), du secteur privé et du milieu associatif sans oublier une brillante anthropologue urbaine.

La Route Demain Panel

La Route Demain Panel

Aly Adham, président du Syndicat des Équipements de la Route, et co-organisateur de l’événement, résume le but de cette table ronde (place des différentes mobilités, nouveaux usages, …) avant une présentation plus complète par Sonia Lavadinho, bfluid researchanthropologue urbaine et géographe, spécialiste des questions de mobilités et de leurs implications sur les transformations urbaines. La route est un concept extrêmement ancien, nous parle de proto-ville, des premières routes datant de plus de 7000 ans. C’est un élément de connexion, elle est donc connectée depuis toujours . Elle permet la rencontre, le commerce, l’aventure, de plus en plus rapidement.  Le smartphone a changé notre conception et nos attentes de la mobilité. «  La route ne sera jamais aussi rapide que nos mobiles. La mobilité est dans notre smart phone. »  Sonia utilise le terme «  multimodal » par défaut, ce n’est pas la question première. Quelles villes voulons nous ? Il faut gérer les friches routières et ferroviaires, reconquérir l’objet route. Quelle sera sa nature ?  Une route plus vivante, plus habitée. La route est un des objets les moins utilisés,  » comme un robe de mariée « . Il nous faut lui trouver d’autres usages. Tous les dimanches, la ville de Bogota ferme ses routes, c’est la Ciclovia,  et les habitants se réapproprient les espaces. Super manzana de Barcelone, pour réduire le trafic. Il faut conserver l’espace libre et ouvert pour circuler. Comment va t-on pouvoir harmoniser dynamiques de proximité avec besoins de connectivité lointaine ? Vaste question posée en conclusion de cette première intervention.

Projet de loi mobilités

Projet de loi mobilités

Bérangère Abba, députée de la Haute-Marne, membre de la commission développement durable et aménagement du territoire, nous parle du projet de loi d’orientation de la mobilité dont elle est rapportrice. Contrairement à des versions précédentes, cette loi d’orientation de la mobilité est plus sur la capillarité du réseau et les infrastructures du quotidien et moins sur les grands projets d’infrastructure (autoroute, TGV …) pour répondre aux préoccupations des français, exprimées (sans qu’ils soient citées) par les Gilets Jaunes.  Les routes connectées ou les véhicules autonomes ne sont pas la priorité des élus locaux rencontrés par Bérangère.

Infographie Groupe Argus

Infographie Groupe Argus

Jean-Laurent Franchineau, Vedecom nous emmène 10 à 20 ans dans le futur en nous parlant nouvelles technologies, voitures autonomes et routes connectées. Il nous décrit des routes coopératives, intelligentes, et des échanges d’informations entre route et véhicule.  La route doit être davantage collaborative. Avec la technologie, on peut être de plus en plus assisté. On peut optimiser davantage l’utilisation de la route en la partageant de manière sûre. La route se numérise. La numérisation des infrastructures a une vraie incidence sur la sécurité. « Quand on parle de voiture autonome, il faut se demander de quelle autonomie on parle… une voiture assistée n’est pas une voiture automatique, ce n’est pas pareil ! ». 

Arthur-Louis Jacquier, directeur général de Lime France présente sa société de trottinettes en  libre service ou « free floating ». 2 ans 1/2 d’existence. 14 millions d’utilisations en 15 mois. 65 000 utilisations par jour à Paris. Combien de trottinettes Lime à Paris ? C’est un secret « commercial » mais la ville de Paris le sait, ville avec laquelle l’entreprise coopère pleinement, en particulier sur la question du parking. 50 personnes chez Lime rangent les trottinettes mal garées 7 jours sur 7. La question pour Lime : comment assurer que les trottinettes deviennent un mode de transport à long terme ? Tous les samedis, Lime propose des cours de trottinettes, afin de former les utilisateurs et leur rappeler les règles de « bonne conduite » .

Agnès Laszczyk est VP de la Fédération française des usagers de la bicyclette, la FUB. Elle rappelle que le débat n’est pas que sur Paris et  que le vélo est un véhicule urbain et péri-urbain et va encore plus loin dans sa version électrique. 75% des trajets font moins de 8 km.  La France est 25ème en parc modal de vélo sur 27 en Europe.  Le vélo va se développer de manière considérable car 5 français sur 10 disent vouloir prendre leur vélo.  Agnès présente les propositions de la FUD.  Nous voulons un système « vélo » dans le cadre des lois d’orientation de la mobilité. Il faut faciliter ces déplacements, les parkings, l’inter-modalité, l’entretien des routes. Nous sommes en retard sur les pistes cyclables en France.  Le vélo est zéro carbone contrairement à la trottinette. Nous devons assurer la sécurité avec des pistes cyclables et diminuer la place de la voiture.  Il faut développer les aménagements vélo partout en France, dans toutes les villes et les campagnes. Dans les pays du Nord, les voitures laissent la priorité aux vélos et il y a un vrai partage de la route.

Marion Waller, dir. adj de cabinet de Jean-Louis Missika, Mairie de Paris, termine le tour de table et défend le bilan de la ville autour des mobilités douces, du moins de voitures et de plus de vélos.  Elle a testé une des nouvelles pistes cyclables entre Concorde et Bastille construites pendant l’été. « Les mobilités douces doivent être au centre. La route se partage. Moins de 35% de parisiens ont une voiture, il faut rééquilibrer l’espace public. La transition est évidemment un peu difficile. » Elle nous dit chercher des gens qui demandent de remettre de la voiture sur les voies sur berge ou dans la rue de Rivoli. Léger brouhaha dans la salle y compris l’animateur. «  Il faut moins de voiture c’est une évidence. Faisons des choix pour demain ! Dans 2 ou 3 ans, le débat sera tout autre. Les questions que nous posons ici n’en seront plus demain, c’est évident ! »

Ainsi se termine la table ronde animée par Gérard Leclerc. Elle est suivie par des questions et des remarques de l’audience et des échanges très animés, parfois proches du clash, indiquant que les clivages entre les nombreuses parties prenantes sont toujours présents.

Le débat a été animé, vivant, instructif avec des intervenants et des interventions de qualité. A t-il permis de répondre à la question principale posée « La route demain, quels modèles privilégier pour répondre aux enjeux du monde de demain ? » et toutes les questions sous-jacentes ? Non bien sûr, il n’a pu qu’esquisser quelques pistes. Les échanges se sont focalisés globalement sur la route (logique même si la multi-modalité avec les transports en commun, peu abordée, a un fort impact sur le thème), les rues et particulièrement Paris.

Le débat a globalement occulté les transports en commun (bus, tram mais également métro et train pour désengorger les routes), les piétons (totalement absents sur le panel et dans les échanges) et n’a pas plus abordé l’autopartage (travail ou occasionnel) ou des expériences telles Rezo Pouce. La province a été globalement absente du débat (sauf pour la députée Bérangère Abba). L’urbanisme n’a pas été abordée. Construire de nouveaux immeubles dans Paris (et les grandes villes) et augmenter le nombre d’habitants a bien sûr un impact sur la circulation.

Les intervenants n’ont pas non plus pris en compte un dernier point sans lequel aucune solution n’est possible : la civilité ou plutôt le manque de, de beaucoup trop d’usagers de ces voies, que ce soit les automobilistes, les utilisateurs de camionnettes, camions, trottinettes et autres scooters, des cyclistes et des piétons eux-même. Tant que le Code de la Route (feux, voies de circulation adaptés, priorités, vitesse, … ) n’est pas / n’est plus respecté ou n’est pas adapté aux nouveaux usages, il peut y avoir toute la meilleure volonté derrière la planification des pouvoirs publics locaux et nationaux, cela ne fonctionnera pas. Il suffit de marcher une heure dans Paris pour s’en rendre compte ou observer quelques minutes un carrefour quelconque. Le modèle multi-modal piétons, vélo, voiture, transports en commun fonctionne dans les pays nordiques car leurs habitants sont beaucoup plus respectueux des règles (par conviction ou par obligation et c’est un autre débat).

Et les nouvelles technologies (1) dans tout cela, en particulier, la route « intelligente » et les voitures autonomes ?  Il est clair que cela n’aura aucun impact à court terme devant les autres difficultés énoncées pendant le débat.

Merci encore aux intervenants et aux organisateurs pour ce beau débat.

A suivre … à🚶🏻‍♀️🚶‍♂️ ou en 🛴🚴‍♀️🚴🏻‍♂️🛵🏍🚕🚗🚞🚅🚙🚌🚎🚚🚛

Pierre Métivier
@pierremetivier

Notes

  1. Dans la catégorie nouvelles technologies, l’influence de Waze sur l’utilisation des routes, à la fois dans un sens positif de désengorgement de certaines routes, et négatif d’engorgement d’autres routes, n’a pas non plus été abordée. Ex – La Voix du Nord – Polémique L’État bien conscient de l’impact de Waze, met en garde pour cet hiver

Pour aller plus loin

 

Huit ans après la première annonce du STIF, le retour du projet de la carte Navigo sur mobile NFC

Le ticket de transport sur mobile NFC

Le ticket de transport sur mobile NFC (c) Wizway

Le 3 octobre 2017, Ile-de-France Mobilités, le nouveau nom du STIF, l’autorité organisatrice des transports (AOT) pour l’Ile-de-France, a annoncé un certain nombre de mesures liées à la dématérialisation des titres de transports sur mobile NFC, avec des tests en 2018 et un déploiement en 2019. Ce sont bien sûr de bonnes nouvelles pour les franciliens, (potentiellement) l’écologie, nous y reviendrons, et l’écosystème du sans contact.

ViaNavigo 2018-2020

ViaNavigo 2018-2020

  • Les franciliens car il pourront enfin recharger leur forfait Navigo directement sur le mobile sans passer par un automate dans une gare ou une station de métro. Un vrai gain de temps quand on voit les files d’attente à chaque début de mois. Ils pourront également utiliser leur mobile, qu’ils ne lâchent pas des mains, pour valider leur passage.
  • L’écologie puisqu’à terme, le ticket de transport sur mobile pourra remplacer les tickets T+ à bande magnétique pour le voyageur occasionnel,  que beaucoup jettent malheureusement sur la voie publique après utilisation. A terme, avons nous écrit, nous y reviendrons donc.
  • Enfin les industriels des technologies sans contact tels Gemalto, dejamobile, Wizway et de nombreux fournisseurs qui vont développer et déployer les solutions avec les opérateurs de transports franciliens.

Ceci dit, restons prudent, l’histoire (avec un petit h) récente nous le rappelle. Car cette déclaration, de Valérie Pécresse, est très proche de celle de Jean-Paul Huchon, son prédécesseur à la tête de la région et du STIF. Le 16 juin 2009, il y a 8 ans, il annonçait que le pass Navigo allait être hébergé sur mobile NFC, des tests auraient lieu (et ont eu lieu) et tout serait prêt en 2010. Et nous connaissons le (manque de) résultat de cette première annonce. Autres temps. Depuis, l’infrastructure a déjà été en grande partie mise à jour pour accepter la validation NFC dans le cadre du plan sans contact de 2012 (Investissements d’avenir), en parallèle du lancement de la nouvelle carte Navigo, la carte verticale, signé S+arck, la première au protocole NFC. Des tests publics ont bien été effectués sur une ligne de bus à Agenteuil, d’autres moins publics ont eu lieu dans le réseau ferré et j’ai pu voir à titre personnel un passage de valideurs RER avec l’aide d’un mobile NFC il y a plus de 3 ans. La technologie n’est pas le problème.

Prudence également car la solution choisie ne fonctionne pas au jour d’aujourd’hui, avec les iPhones quels qu’ils soient. Un problème connu et reconnu par les industriels et donc ce nouveau service ne toucherait que 900 000 usagers (à mettre en relation avec les millions de franciliens et les nombreux touristes). Ceci dit, Sony et les industriels derrière le standard sans contact Felica au Japon ont su négocié avec Apple pour que cette dernière intègre les fonctionnalités nécessaires à l’utilisation des iPhone à partir de la version 7 sur le réseau de transport japonais. Notre président a rencontré son homologue d’Apple le lundi 9 octobre. Espérons qu’il ait été briefé. Vu les dates annoncées par le communiqué de presse, il reste du temps pour convaincre Apple d’accepter d’ouvrir ses mobiles à la solution mise en place.

Il reste un dernier sujet non abordé dans le communiqué de presse ou dans les articles qui en ont résulté mais qu’on retrouve pourtant sur une infographie du site de l’Ile de France. La solution retenue nécessite une application, ViaNavigo, pour pourvoir utiliser son mobile, que ce soit pour un abonnement que pour un court séjour à Paris. On peut imaginer qu’une grande partie des franciliens installe cette application. Pour les touristes visitant Paris, ou le voyageur occasionnel, c’est moins sûr. Ce qui fait que la solution annoncée ne changera rien à court terme à l’utilisation des tickets de métro et aux deux systèmes de validation – Navigo sans contact (carte et mobile – l’annonce du jour) et le ticket magnétique individuel, les tickets T+, peu impactés par le nouveau système. Une bonne application pour les franciliens mais quasi sans impact pour les touristes ou les voyageurs occasionnels.

The Guardian (c) Philip Toscano/PA

The Guardian (c) Philip Toscano/PA

A Londres, TfL, Transport for London, l’équivalent de Ile-de-France Mobilités, a déployé depuis 2012 dans les bus et 2014 dans le reste du réseau une autre solution, la possibilité d’utiliser directement d’une carte de paiement sans contact (ou un mobile NFC avec une application de paiement sans contact – Apple Pay, Samsung Pay … )  directement sur les valideurs de transport. Il suffit de valider en entrée et en sortie, le calcul du paiement et la facturation se font ensuite. L’énorme avantage est qu’il n’y a plus besoin, pour un voyage occasionnel, d’acheter des tickets ou une carte sur un automate de vente OU d’installer une application sur mobile. C’est un progrès énorme qu’apprécient les millions de touristes qui visitent Londres, et les londoniens qui prennent, de temps en temps les transports en commun. Elle est beaucoup plus simple pour le voyageur. Les chiffres parlent d’eux même. 300 millions de voyages occasionnels par carte ou mobile sans contact depuis 2012 soit 1/4 des voyages occasionnels. Pour les 6 derniers mois de 2015, 3 millions de voyages ont été validés sur mobile sans contact (3,5% des voyages sans contact –  cartes de transport Oyster et cartes bancaires sans contact) sans application à installer. Source TfL.

Validation par CB sans contact 2021

Validation par CB sans contact 2021

Cette solution, la seule qui permettra de réduire (et à terme de supprimer) les tickets papier, est absente de l’annonce mais est donc présente sur le site de Ile-de-France Mobilités et annoncé pour 2021. Elle nécessite d’ajouter des valideurs en sortie des stations de métro et des gares, car ces dernières ne sont pas toutes équipées.

Espérons que tout cela sera prêt pour les JO de 2024. Il y a eu 8 ans depuis l’annonce du Navigo sur mobile par Jean-Paul Huchon. Il reste 7 ans depuis l’annonce de Valérie Pécresse avant les JO. 15 ans au total, ça devrait le faire, non ? On y croit.

A suivre.

@PierreMétivier

Pour aller plus loin

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