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La révolution blockchain, un livre qui ne laisse pas indifférent.

Wow ! Le livre de Philippe Rodriguez qui vient de sortir aux Editions Dunod ne peut laisser indifférent le lecteur et rarement ai-je autant griffonné dans les marges d’un ouvrage. Il faudrait presque un autre livre pour commenter la  » Révolution blockchain « . Nous nous nous contenterons de ce simple billet.

Le livre peut se décomposer en 5 parties : la genèse du protocole (la genèse plutôt que l’histoire, choix assumé devant les expressions mystiques utilisées pendant tout le livre – NDLR) sur 64 pages, une histoire de la monnaie et de l’économie, passionnante (avec une belle omission) sur 47 pages, une définition et le fonctionnement de la blockchain sur 23 pages, les applications actuelles et potentielles sur 43 pages, et notre futur blockchainisé pour un (possible) meilleur des mondes sur 15 pages.

Philippe commence par nous raconter la genèse des crypto-monnaies. On y rencontre de nombreux personnages qui ont participé directement ou indirectement au développement de la blockchain parmi lesquelles Wei Dai, Friedrich Hayek, l’inévitable et célèbre inconnu Satoshi Nakamoto, Bernard Madoff, Nicholas « Black Swan » Taïeb, Bertrand Russell, Milton Friedmann, Alan Turing, Georges Orwell, William Gibson, Julian Assange, Edward Snowden,  Vitalik Buterin et Benedict Cumberbatch. Cherchez l’erreur. On y parle cyberpunks et cypherpunks, hackers et crypto-anarchie. On y apprend aussi que « la réalité, c’est que l’identité de Satoshi Nakamoto n’a pas d’importance. » Une réponse pratique pour évacuer la question dont on n’a pas la réponse. Ceci dit, Satoshi possèderait 1 million de bitcoins, soit, au cours actuel, 1,3 Mds $ en tant que premier mineur. Source Slate. Quelque chose me dit que l’enquête continue même si cela n’a pas d’importance.

L’histoire de l’économie et de la monnaie est passionnante de la roue de pierre de l’ile de Yap aux billets de banques modernes en passant par les meu(b)les de parmesan en Italie pour en arriver bien sûr aux crypto-monnaies. Sauf erreur de ma part, il manque juste l’histoire de la tulipomanie, la première bulle économique aux Pays-Bas qui se termina en crise financière en 1637, alors que les crises de Law et les subprimes sont bien présents dans le récit. Il est vrai que cette histoire de tulipes a des point communs à la valorisation actuelle des bitcoins et que l’ouvrage évite soigneusement les sujets qui fachent.

Si vous cherchez une définition claire des mécanismes de la blockchain, passez votre chemin, ce n’est pas le bon livre. Ce n’est qu’à la page 123 que le sujet est abordé, sans aucun graphique. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » Si cette maxime de Nicolas Boileau est universelle, alors il y a toujours un problème avec les concepts de blockchains et de bitcoins, une fois passé le concept de confiance distribué. Le chapitre est détaillé, on y retrouve tous les concepts, des mineurs aux preuves de travail mais si vous abordez la lecture sans déjà comprendre le mécanisme, il n’est pas sûr que ce soit différent après sa lecture. La description de la mine de bitcoin en Chine (page 135) est à la fois inquiétante et étonnante avec ses 3,000 mineurs et 10,000 unités de « Antminer S3 ». On est en plein « Total Recall » par 30°C. On découvre que 70% de ce travail de minage est effectué par des chinois, étonnant pour un système supposé redynamiser la démocratie. Est-ce bien rassurant ? Et quid pour les autres blockchains en particulier privés, qui gère ce travail de minage ? Et on est un peu perdu quand The DAO se fait hacké alors que les hackers étaient plutôt sympa dans la première partie du livre. Et on aurait aimé un peu plus de détails sur les conséquences de ce hack et en particulier sur la remise en cause d’un des fondements du système. « The code is law ». Le système est infaillible car ce sont des algorithmes qui le gèrent (le sous-titre du livre). Dans le cas de TheDAO, ils ne l’ont pas été. Le chapitre se termine par une histoire sidérante concernant Z-Cash, une crypto-monnaie, je cite Philippe « A l’occasion d’une cérémonie quasi-rituelle, chacun des 6 fondateurs a détruit son ordinateur avec une flamme au propane, afin de s’assurer que personne ne puisse jamais contourner la sécurité du réseau. » Wow. Pas sûr qu’une flamme au butane aurait permis le même niveau de sécurité ! 😉

Sur les applications, de nombreux cas sont cités. Ceci dit, le premier mis en avant est le paiement en ligne. Ah ! Much Ado About Nothing. Tout ça pour ça. Le monde n’a pas attendu le bitcoin pour permettre les achats en ligne, de même pour la bancarisation en Afrique, autre exemple cité. Il y a déjà quelques années maintenant qu’indépendamment des blockchains, des solutions comme MPesa sur de simples mobiles ont permis le développement des échanges monétaires dans les régions dépourvues de sytème bancaires. Pour les autres cas, on retrouve les classiques banques, assurances, les smart contracts, les smart marketplaces, les fintech, les smart grids, l’internet des objets, la gestion des titres et même la politique, les élections ne seront plus jamais les mêmes lorsqu’elles seront gérées par les blockchains. Ceci dit, beaucoup de tests, peu de déploiements. Sur l’IoT, le bien connu épisode tiré d’Ubik de Philip K Dick, où une porte refuse de s’ouvrir si elle n’est pas payée, est mis en avant. Et c’est un vrai sujet. Ceci dit, est-ce que ce sera mieux parce qu’une blockchain va gérer l’accès plutôt qu’une IA , un simple boite domotique ou un mobile NFC dans notre main ? Rien n’est moins sûr.

La dernière partie est consacrée aux grandes transitions – démographique, écologique, numérique, démocratique et monétaire. Les trois premières sont reconnues, pour les deux suivantes on pourrait les remplacer par la transition dans la santé publique. Ceci dit, pour Philippe Rodriguez, la blockchain est au centre de toutes ces transitions. Elle va créer de la confiance et accélérer les liens humains (p 203). Philippe nous demande si la Révolution Blockchain sera une rébellion contre les institutions (p 206). Sachant qu’en dehors des crypto-monnaies peu utilisées par le grand public (ce livre vaut 19 €), ce sont surtout les banques, les assureurs, les avocats, les gouvernements comme l’Estonie qui testent la blockchain, on ne voit guère la rébellion. Dans la conclusion lyrique, la technologie blockchain va « briser les chaines de la bureaucratie » en recréant de la confiance, de la démocratie, en nous libérant des institutions existantes (politiques et économiques). L’heure des « communs » a sonné.

Des grandes transitions à venir, Philippe omet celle de l’énergie (indissociable de la transition écologique), pourtant clé et pour cause, la blockchain est énergivore, elle consomme beaucoup d’énergie pour fonctionner. Une simple allusion dans le paragraphe consacré à la mine de bitcoins en Chine. Avec le développement de nombreuses blockchains, quelles seront les conséquences pour la planête ? Pas un mot. De même sur la transition démographique et l’emploi. Quelles sont les conséquences d’une généralisation de la blockchain dans la banque, l’assurance, les notaires et bien d’autres ? La désintermédiation et les plateformes ont supprimé de nombreux postes, qu’en est il de la blockchain qui donne le pouvoir de décisions aux machines ?

Si il y a un reproche à faire à ce livre, c’est qu’il présente le protocole d’un point de vue uniquement positif et optimiste, sans faire face aux difficultés et aux problèmes inhérents. Nous avons déjà évoqué les problèmes non traités liés à

Et il y a d’autres sujets que le livre n’aborde pas :

  • L’absence de scalabilité, c’est à dire que plus elle sera utilisé, plus l’énergie nécessaire et la puissance de calcul nécessaire augmenteront au détriment d’autres traitements. La résolution d’énigmes mathématiques sans objet est-elle la meilleure façon d’utiliser les puissances de calculs disponibles sur la planète ?
  • La gouvernance. Qui est responsable des développements ? Tout le monde, c’est à dire personne. Il y a une gouvernance de l’internet, celle de la blockchain est inconnue. « Sur le bitcoin, on estime à 20%, la part de code du bitcoin écrit par Satoshi Nakamoto toujours présent. Le pouvoir de faire des modifications dans le code open-source du bitcoin est désormais entre les mains de Wladimir Van Der Laan, un développeur de bitcoins financé par le Media Lab du MIT.  » Sources Slate,  Fortune déjà cité dans ce blog
  • Autre sujet sur lequel nous aurions aimé des éclaircissements, Philippe fait clairement la distinction en blockchain public et privé, qu’on pourrait comparer à internet et intranet. L’internet doit son succès à son universalité. La blockchain est testé par des banques, des compagnies d’assurances, des cabinets d’avocats, comme une base de données évoluée, loin de cette universalité décrite dans le livre. Est ce toujours de la blockchain ?
  • Les temps de traitement des transactions Bitcoin ne sont pas plus abordés. Alors que les traitements de transactions chez Visa peuvent aller jusqu’à 56,000 par seconde, la moyenne d’un traitement Bitcoin était de 43 mn en 2016 d’après Reddit. Clairement non adapté au paiement.
  • Comme toute nouvelle technologie/protocole, la blockchain et en particulier ses implémentations crypto-monnaies ont leur utilisation plus sombre en particulier pour le monde du blanchiment d’argent et des achats illicites dans des crypto- ou darknet-market. Silence radio.
  • Pas d’explications non plus sur les raisons de la valorisation du bitcoin, dues à des spéculations principalement en provenance de l’Asie, sans rapport avec les grandes idées de Satoshi Nakamoto. Cela ressemble à notre tulipomanie, étrangement absente de la très complète présentation de la monnaie et l’économie.

Vous trouverez en bas de ce billet des liens traitant de ces différents sujets « oubliés » du livre.

Conclusion

Comme indiqué en introduction de ce billet, la  » Révolution blockchain  » est un livre qui ne laisse pas indifférent son lecteur. Passionnant, lyrique, parfois dythirambique, enflammé, foisonnnant d’idées, on est loin d’un livre technique des Editions Dunod et sa conclusion s’approche des idées développées dans « La zone du dehors« , le livre de science-fiction d’Alain Damasio ou de #32mars, un manifeste autour des idées de Nuit Debout au Cherche Midi. Le livre présente une vue volontairement positive et enthousiaste du monde de la blockchain et du bitcoin, sans aspérité ni problèmes et donc sans aborder les sujets qui prêtent à discussion, ce qui réduit sa portée. C’est donc une lecture à compléter par d’autres lectures pour une vision globale et diversifiée d’un protocole en devenir.

« Algorithmes ou institutions, à qui donnerez vous votre confiance ? » est le sous-titre du livre. Les femmes et les hommes, chacun d’entre nous, semblons étrangement absents de ce choix.

Et l’avenir nous dira si les nombreuses prophéties de Philippe Rodriguez se réaliseront. Rendez-vous dans 10 ans, avec le livre.

A suivre.

@pierremetivier

PS. Ce billet est une simple « fiche de lecture » traitant du livre. Il ne remet pas en cause l’intérêt réel du protocole blockchain.

Pour aller plus loin

  • Le texte du communiqué de presse Dunod

Pour beaucoup, la Blockchain est perçue comme une nouvelle technologie – une de plus ! En réalité, son potentiel de rupture est énorme. Le bitcoin, monnaie virtuelle dont la gestion échappe aux banques centrales et son protocole associé, la Blockchain sont fondés sur une technologie disruptive des échanges sur un réseau « indélibile » et en théorie impossible à pirater ou falsifier. A ce jour, les répercussions connues sont limitées aux domaines de la finance et de l’assurance mais la Blockchain pourrait prochainement toucher d’autres secteurs d’activité comme la gestion de l’énergie, l’Automobile et la santé.

Certes, il s’agit d’une technologie immature et très complexe.

Cet essai engagé analyse les enjeux et les risques liés à ce nouvel outil ainsi que ses impacts sociétaux, comme de nouveaux moyens pour entreprendre, la possibilité de coopérer en confiance avec plus d’acteurs et de Business Model radicalement nouveaux.

Publics visés

  • Professionnels de la banque et de l’assurance
  • Consultants
  • Etudiants des masters Finance
  • Public motivé

Les bitcoins : bulle spéculative, secte monétaire ou signe des temps à venir ?

Les bitcoins, bulle spéculative, secte monétaire, ou signe des temps à venir

Les bitcoins, bulle spéculative, secte monétaire, ou signe des temps à venir

Ce dernier billet de l’année 2013 est consacré au bitcoin, un sujet à la périphérie de ceux régulièrement abordés dans ce blog. Ce n’est pas à proprement parler un service lié aux technologies sans contact ou à l’internet des objets. Ceci dit, la monnaie, mais est ce vraiment une monnaie, est dite virtuelle. Et puis, France Culture y a consacré deux émissions le week-end dernier, l’occasion donc de partager quelques concept et idées sur le sujet.

Le bitcoin est fascinant, entre curiosité, peur, croyance, révolution planétaire, monnaie des terroristes et des narco-trafiquants, feu de paille médiatique et bulle spéculative. Il est difficile à définir, à expliquer ; le terme même de monnaie lui est contesté. Crypto-monnaie (et qu’est ce donc une crypto-monnaie) parmi des centaines d’autres, elle suscite des réactions des banques centrales et des gouvernements jusqu’en Chine alors qu’elle ne représente qu’une valeur globale de moins de 10 Mds de $ suivant son cours, une goutte d’eau dans le monde de la finance.

Bulle spéculative d’abord. Pour le grand public, c’est une valeur qui est passée de quelques centièmes de dollars à sa création, à 10 $ en début d’année à près de de 1000 $  pour descendre autour de 600 $ à l’heure de cet article. Tout cela n’est pas sans rappelé la bulle des bulbes de tulipes aux Pays-bas au 17ème siècle même si les défenseurs des bitcoins affirment que cela n’a rien à voir. Des fortunes se font et se défont. Le FBI est, presque par hasard, l’organisme qui en possèderait le plus, suite à la saisie de nombreux bitcoins du site Silk Road. Les célèbres frères Winklevoss , à l’origine (disputée) de Facebook (voir le film The social network) sont aussi de grands investisseurs en bitcoins.

Cours du bitcoin depuis sa création

Cours du bitcoin depuis sa création

Ensuite, pourquoi une « secte » monétaire ? Sujet moins abordé. On part d’un postulat, d’un concept, l’existence d’un mystérieux japonais Satoshi Nakamato, « gourou de l’Eglise de Bitcoinologie« , un programmeur que personne ne connait, n’a rencontré, qui aurait développé des algorithmes régulant la création des bitcoins, limitant leur nombre, rendant leur créations possibles en résolvant des énigmes mathématiques de plus en plus difficiles, que des « mineurs » avec des moyens informatiques de plus en plus puissants et consommateurs d’électricité vont créer.

Quelque part, on nous demande de « croire » ce point de départ, cette genèse de tout un système monétaire et beaucoup de personnes croient, sans toujours comprendre et peu d’explications rationnelles et surtout claires sont disponibles.

Et enfin, pour les croyants, ce qui ont la foi dans ce mystérieux système, c’est le signe des temps qui changent, un contournement nécessaire du système bancaire et des gouvernements, c’est la monnaie 2.0, qui n’a plus besoin d’être gérée par les pouvoirs publics, une monnaie libertarienne, révolution inéluctable permise par l’internet, tout comme la dématérialisation et la désintermédiation de la musique, des films, du livre, du commerce, de l’éducation, du paiement… dans un monde enfin libre. Il est donc normal que la monnaie suivent ce même chemin. Soit.

Deux émissions donc sur France Culture sur le sujet que vous pouvez réécouter à commencer par l’excellente « Place de la Toile«  de Xavier de La Porte avec Thibault Henneton.

Le texte de Xavier de la Porte pour son émission résume bien le propos. Extrait : « Il est toujours intéressant de voir les questions prendre de l’ampleur et sortir de leur champ originel. Ainsi en est-il du Bitcoin. Le Bitcoin, cette monnaie virtuelle créée en 2009, … est restée pendant quatre ans un sujet de curiosité pour geek, ou à peu près. Et puis, ces dernières semaines, tout le monde s’est mis à s’y intéresser. Les journalistes généralistes, les banques centrales, les gouvernants, les économistes … Les raisons sont multiples : la découverte d’une économie autour du Bitcoin, une économie un peu souterraine, pour le pire et pour le meilleur, qui fait qu’on peut acheter et vendre des biens et des services en Bitcoin, hors des circuits financiers traditionnels. Et puis la flambée du cours du Bitcoin, qui atteint des hauteurs inédites et fait qu’il existe aujourd’hui des millionnaires en Bitcoin …. L’attention s’est donc portée sur cette monnaie, son origine, son fonctionnement. Et c’est une partie de ce qui va nous intéresser aujourd’hui. Je dis une partie parce que le Bitcoin est une monnaie certes, mais c’est aussi un outil technique et, en tant que tel, les applications possibles de cet outil dépassent largement la monnaie et pourraient bien, à termes, toucher à bien d’autres formes d’échange. »

The Icarus Mining ring

The Icarus Mining ring

Et on commence par une tentative de définition du bitcoin. Pour Pierre Beyssac,  co-fondateur de Gandi, auteur du blog « Signal », le bitcoin est une crypto-monnaie sans plus d’explication (Je suis déjà perdu 😉 ) Pour Philippe Herlin,  chercheur chargé de cours au CNAM, auteur d’un livre intitulé La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires, c’est une monnaie électronique décentralisée dont la clé (de voute du système) est le journal de transactions publiques. Les bitcoins sont créés par une transaction qui vient de nulle part, par des mineurs ». Xavier fait remarquer que le sytème est inégalitaire car ce sont les mineurs avec les puissances de calculs les plus importantes qui gagnent. Pour Bruno Théret, Directeur de recherche au CNRS, auteur de La monnaie dévoilée par ses crises, le bitcoin est une monnaie internationale, l’euro étant nationale. Il indique qu’on trouve une théorie sur internet liant quatre sociétés dont Motorola (*) derrière la création des bitcoin, à la recherche d’une globalisation internationale.

La première monnaie internationale a été l’or et ce n’est plus le cas. Le terme de mineur (pour les créateurs de bitcoins) n’est pas anodin. 12 millions de bitcoins sur 21 ont été créés, 80% sont thésaurisés à des fins spéculatives. Les bitcoins permettent des transactions sans coût et sans passer par le système bancaire. Pour Bruno Théret, le bitcoin était prévu pour des échanges, mais est plutôt utilisé pour de la spéculation, en contradiction même avec les raisons de sa création. Paradoxe du bitcoin – on se passe du régulateur mais on retrouve les mêmes problèmes type spéculation. Peut-être la meilleure définition – Le bitcoin, c’est de l’or numérique.

Le bitcoin ne menace pas les systèmes financiers. A travers l’usage des ordinateurs, les « mineurs » transforment l’électricité en bitcoin tout comme les alchimistes essayaient de transformer le plomb en or. Un système de transactions plutôt qu’une monnaie et c’est la raison pour laquelle Google s’intéresse au bitcoin, afin de développer des systèmes transactionnels différents.

« La folie « bitcoin », la monnaie virtuelle qui inquiète les marchés financiers » était l’un des deux sujets de la deuxième émission, plus courte, ce même week-end consacré au Bitcoin dans l’émission « L’Economie en questions » par Dominique Rousset.

Les invités,  Benjamin Coriat, professeur de sciences économiques à l’Université Paris 13, Olivier Pastré, professeur d’économie à Paris VIII, Dominique Plihon, professeur d’économie financière à l’Université Paris XIII et David Thesmar, professeur de finances à HEC, sont tout aussi à la peine pour partager une définition claire de ce qu’est un bitcoin.

Pour Olivier Pastré, la création des bitcoin est complexe mais leur utilisation est plus simple. Le bitcoin peut être assimilié à une pyramide de Ponzi à la Maadof, une pure spéculation.  Idéologie libertarienne, sans contrôle, le bitcoin excite la blogosphère mais c’est un épiphénomène, représentant moins d’une dizaine de milliards de $ à comparer avec le shadow banking,  un autre contournement du système bancaire représentant 700 Mds $.

Autre sujet évoqué évoqué en parallèle, la carte Nickel,  1er compte bancaire avec les principaux attributs (carte de paiement, RIB, prélèvement) mais sans banque (ni crédit, ni chéquier). On passe à la création de monnaie locale comme en Argentine. Tout cela alimente de nombreuses réflexions nécessaires sur le rôle de la monnaie et des banques.

Conclusion – Deux émissions aux approches différentes et donc complémentaires, la première plutôt ouverte, explicative et conceptuelle, la deuxième plutôt critique, présentant une vue de l’establishment et minimisant l’importance réelle du phénomène bitcoin.  Pour l’auditeur moyen comme l’auteur de ce blog, tout en étant passionnant, il n’est pas sur que ces deux  débats aient pu réellement éclairé le rôle du bitcoin aujourd’hui et demain dans notre société. Bulle spéculative, secte monétaire ou signe des temps à venir, la question reste ouverte ; sûrement un peu des trois, mais difficile de décider. A titre personnel, je ne mettrai pas un kopek, un sesterce, un écu ou un won et resterai, par rapport à cette monnaie électronique, agnosTIC 😉

En anglais, donner son opinion se résume par ces quelques mots –  my two pennies worth (version UK) ou my (own) two cents (version US). Aujourd’hui, ce sont mes « mes 0,0000002 bitcoin » sur le sujet.

A suivre .. l’année prochaine. Bonnes fêtes de fin d’année à tous et merci de votre fidélité à la lecture de ce blog.

Pierre Métivier.

Note

(*) Satoshi Nakamato pour  SAmsung, TOSHIba, NAKAmichi et MOTOrola ? – Polygon

Pour aller plus loin.