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RFID, NFC, Internet des objets et innovations sans contact – Bilan 2015 et perspectives 2016 – 2/3 – l’internet des objets

Quel internet des objets ?

Quel internet des objets ?

Après avoir abordé les services NFC dans la première partie, ce billet passera en revue les autres technologies sans contact, les objets connectés et plus globalement l’internet des objets.

Dans ce dernier domaine, nous pouvons reprendre le même texte qu’en 2013 et 2014 « il a régné une grande effervescence autour des objets connectés et des wearables qui n’est par sans rappeler la bulle Internet des années 2000. » Tous les grands acteurs mondiaux sont désormais lancés sur ce « marché » , non seulement les acteurs du numérique en tout genre Microsoft, Apple, Google, Samsung, Cisco, Intel, SAP, Oracle, mais aussi et peut-être surtout les sociétés de services (banques, assurances, telcos, santé, énergie, … ) et les industriels « brick & mortars » en tout genre (commerce, bâtiment, électroménager, automobile, …), de plus en plus conscient que cet internet des objets n’est qu’un autre nom à la numérisation, la dématérialisation et à la désintermédiation qui ont transformées radicalement des industries comme la musique, la photo, le cinéma, l’édition, l’hôtellerie ou le transport et qui menacent toutes les autres. D’où les multiples annonces et rachats d’entreprises et de startups.

Une grande effervescence donc et une confusion toute aussi grande. L’internet des objets est une grand fourre-tout dans lequel on retrouve aussi bien les objets connectés que les objets « smart« , wearables, et de nombreux gadgets connectés, les smart « things » dans le domaine de la maison (la domotique), de la ville, de la santé, du transport mais aussi l’internet des objets industriels – le M2M ou industrie 4.0 et tout la technologie sous-jacente, toute l’infrastructure de type plateforme et réseaux de connectivité. Nul doute que ces sujets continueront à agiter les état-majors des entreprises et les rédactions des journaux et magazines et ce sera d’autant plus le cas en cette période de CES à Las Vegas et sa cohorte de gadgets dont l’utilité et l’usage est un sujet secondaire par rapport à la simple possibilité de connecter un objet qui ne n’a pas encore été. Comme trop souvent, on en publiera les faire-parts de naissance sans jamais citer les avis de décès presque aussi nombreux. A ce sujet, il est toujours passionnant de lire le rapport dOlivier Ezratty sur le CES, en particulier la version complète à venir, mais aussi parcourir les précédentes et retrouver les « smart trucs » qui allaient révolutionner bla-bla-bla et qui ont disparus depuis. Sur les objets connectés, d’excellents blogs spécialisés vous présenteront toutes les derniers nouveautés, nous n’en parlerons pas plus.

Vous trouverez ci-dessous un certain nombre de billets écrits en 2015 liés à la santé, à l’énergie, aux transports pour compléter cette introduction.

Sur la partie infrastructure, trois éléments sont à la base de tous ces développements : la connectivité, la standardisation et les plateformes de gestion d’objets. Et ces trois sujets ont également animé 2015.
Associé Sigfox et le NFC dans un même objet

Associé Sigfox et le NFC dans un même objet

Sur la connectivité longue distance, par-delà les réseaux opérateurs de 2 à 5G, la bataille fait rage entre Sigfox, le premier arrivé et Lora. Sigfox se déploie partout dans le monde avec des accords avec de grands industriels mondiaux. Lora est la solution mise en avant par les opérateurs français, autant par réaction tactique que par choix technologique. Les whites spaces semblent distancés de part leur non-universalité géographique, et leur complexité de mise-en-oeuvre. Sur la connectivité courte distance, nous avons vu dans le rapport précédent que le NFC est très présent mais bien sûr n’est pas la seule technologie disponible – la RFID UHF, le BlueTooth Low Energy, le Zigbee, les nombreux protocoles de la domotique et même les QRcode ont leur usages nous y reviendrons. A noter la possibilité le projet Lysbox a utilisé à la fois Sigfox pour la remontée d’information vers le SI et le NFC pour son acquisition dans la maison. Autre cas, Gazpar, le compteur « communicant » de GrDF qui utilise également cette combinaison de connectivité comprenant le NFC. Le meilleur des deux mondes pour des applications connectées, frugales en énergie et donc économiques.

Tous ces nouveaux acteurs se retrouvent dans des associations d’industriels poussant à la (leur) standardisation même si derrière ces standards, il y a toujours un industriel et sa technologie. Les principales associations sont :

Les alliances de l'IOT (c) Postscapes

Les alliances de l’IOT (c) Postscapes

Les plateformes de gestion d’objets sont multiples. Qu’il est loin le temps de l’ONS (Object Naming Services), un DNS centralisé des objets, qui n’a jamais été utilisé (que ce soit aux US ou en France) et ne le sera probablement jamais. Les plateformes sont nombreuses, toutes ouvertes dans leur communication, plus ou moins ouvertes dans la réalité. Ci joint deux listes et il y en a bien d’autres :

Y a t-il besoin d’un seul standard, d’une seule plateforme, d’une seule solution de connectivité ? Non bien sûr et c’est une des grandes différences avec l’internet « traditionnel » L’internet des objets est une multitude d’intranet des objets qui n’ont pas tous besoin d’être connectés entre eux et qui utilisent et utiliseront les technologies, les protocoles, les plate-formes les mieux adaptés.

A noter enfin en France en 2015, la création de deux entités permettant le design, le développement et la promotion des objets connectés : la Cité des objets connectés à Angers, pour le développement complet d’objets plutôt grand public et ConnectWave, une approche plus expérimentation d’objets connectés industriels, plus étude que réalisation. Deux structures complémentaires à suivre.

Dans le « Bilan 2014 » de l’année dernière, nous avions écrit : « En 2013, le grand public et les media avait découvert les beacons avec le lancement des iPhone 5S et 5C. Elle allait, comme toute nouvelle technologie, révolutionnait la planète et faire disparaitre le NFC. Nous avions expliqué que ce n’était pas le cas, avec raison. Le soufflet est retombé. Ces balises BLE ont toute leur utilité en ‘push’ marketing mais en aucun cas ne peuvent et ne pourront être utilisées dans tous les cas de figure offerts par le NFC. » Il n’y a pas grand chose à rajouter même si des développements sont en cours dans le retail ou le paiement et que de nombreuses sociétés de services offrent les deux technologies. Paypal qui avait annoncé des solutions de paiement à base de beacon a abandonné ce projet et commercialise désormais un terminal de paiement sans contact NFC.

UHF et drone (c) RFID Journal

UHF et drone (c) RFID Journal

En relisant mes billets de l’année, je m’aperçois que je n’ai écrit aucun article sur la RFID UHF en 2015, une première en 5 ans. Honte sur moi. Que les lecteurs me pardonnent. Cela ne m’a empêché de suivre (et de partager) le sujet sur Twitter et dans de nombreuses conférences. Et pourtant, la RFID UHF est l’une des briques de base de l’internet des objets industriels et la technologie a trouvé dans l’engouement pour l’industrie 4.0 un nouvel élan dans de nombreux projets logistiques / « supply chain », dans les applications de traçabilité (santé, hopitaux), la défense, l’aéronautique, l’énergie, l’agriculture … On peut y associer des drones comme dans les deux exemples ci-dessous. Des sociétés comme Airbus ou Decathlon ont continué leur déploiements massifs et à travers l’utilisation de cette technologie, l’Armée américaine est clairement la première entité au monde en terme d’objets connectés. A noter le changement de perception de cette technologie. Vilipendé il y a quelques années comme un technologie susceptible de menacer la vie privée des individus, elle est totalement à la base de nombreux projets internet des objets sans que personne ne s’en émeuve. La perception de ces sujets est bien volatile.

Jeans Kaporal et QR code (c) Le Parisien

Jeans Kaporal et QR code (c) Le Parisien

Tout comme la RFID, notre communication en 2015 sur les codes 2D et autres QRCodes a été très limitée. Et pourtant, c’est clairement une technologie qui a sa place dans notre grand fourre-tout. En plus du paiement et de la fidélité, Starbucks aux US ou Auchan en France, le plus grand retailer au monde Wal*Mart s’est également lancé dans l’aventure d’un paiement à base de QRCode en 2015. Rappelons que « les qualités et les limitations de la technologie QRcode n’ont pas changé. Elle est peu couteuse et simple à mettre en place pour des services de type lecture et partage d’information mais nécessite des manipulations de la part de l’utilisateur, le lancement d’une application spécifique ou d’un lecteur de code 2D et lecture visuelle du code, opérations peu naturelles et chronophages pour le consommateur. » Deux derniers exemples d’utilisations originales de QRcode en 2015 – rendre l’étude des mathématiques plus ludiques, et le QRcode intégré au jeans chez Kaporal.

Fin de cette deuxième partie bien confuse, comme le sujet étudié. A suivre … par la troisième et dernière, les perspectives 2016.

Pierre Métivier
@pierremetivier

Pour aller plus loin

Conférences

 Innovation et autres articles
 Les précédents «Bilans et perspectives »

 

Un livre sur le mobile NFC sujet à controverse ou l’interview fantome

Ce texte est une interview au sujet de mon livre sur le NFC que vous auriez du lire sur un media online renommé mais qui, finalement, n’a pas été publiée par le choix de l’éditeur qui l’avait pourtant demandée. Avant de vous narrer ce qui s’est passé, voici l’objet du délit.

« Le mobile NFC, la télécommande de notre quotidien », un livre consacré aux services sans contact aux éditions AFNOR.

Le livre "le mobile NFC" en librairie

Le livre « le mobile NFC » en librairie

« Les éditions AFNOR viennent de publier un livre intitulé « Le mobile NFC, la télécommande de notre quotidien« . Le NFC est la technologie derrière le paiement par carte sans contact. Est ce que cela mérite tout un livre ? Nous avons donc posé un certain nombre de  questions à Pierre Métivier, son auteur, portant tout aussi bien sur le livre que sur la technologie elle-même.

Pourquoi un livre sur le mobile NFC ?

Les cartes sans contact sont partout dans notre quotidien, les commerces, dans les transports, les villes, au bureau, dans l’industrie sans que nous le sachions toujours. Avec le NFC, il se transpose aussi sur le mobile et prend une autre dimension puisque nous avons tous des mobiles dans nos mains. A titre personnel, j’observe les usages de cette technologie depuis plus de 5 ans. Il y avait deux livres techniques très intéressants mais aucun sur les usages, les conséquences non seulement pour les entreprises mais aussi sur chacun d’entre nous. Avec mon éditeur, il nous a apparu important de se poser, de prendre du recul, ce que permet un livre par rapport à l’instantanéité des informations en provenance des réseaux sociaux ou des media.

Le livre parle bien sûr de paiement sans contact et de cartes de transport mais va plus au fond du sujet. On y trouve aussi tout ce qui se fait déjà partout dans le monde, quelque soit le « facteur de forme » (l’objet utilisant la technologie) cartes et mobiles bien sûr, mais aussi jeux, bracelets, appareils électro-ménagers ou appareil photos et bien d’autres objets. Il aborde les sujets du développement et les impacts sociétaux. Le dernier chapitre aborde le NFC comme technologie-clé de l’internet des objets. Dans mes interventions, je parle souvent de mon parapluie connecté grâce au NFC.

Le livre montre donc la diversité des objets connectés grâce au NFC et le foisonnement des domaines d’applications (résumé dans ce graphe extrait du livre ci-dessous) J’espère qu’il donnera envie à des sociétés petites et grandes de se lancer, de développer des services nouveaux à valeur ajoutée pour créer de nouveaux marchés, pour atteindre de nouveaux clients en offrant des services plus simples et plus rapides.

Les principaux domaines d'application du NFC (c) Pierre Metivier

Les principaux domaines d’application du NFC (c) Pierre Metivier

C’est quoi une télécommande de notre quotidien ?

Nous avons commencé à utiliser le mobile pour appeler nos proches, nos collègues, nos clients, et puis nous l’avons utilisé pour lire, écrire, jouer, en tapotant sur un clavier, un écran, nous l’avons tourné vers l’extérieur pour photographier, vers nous-même pour des selfies, pour partager des émotions visuelles. Tout ça reste très « numérique » pour ne pas dire virtuel. Je peux ouvrir une porte dans un jeu sur mon mobile, mais pas dans la vraie vie. J’ai des applications qui regardent mon environnement, qui l’enregistrent, mais qui n’interagissent pas directement avec lui. Avec la technologie NFC, nous allons pouvoir utiliser notre mobile pour interagir avec cet environnement physique, avec les objets de notre quotidien. Je vais pouvoir physiquement ouvrir une porte, accéder au métro, payer dans un magasin, écouter le tamtam derrière une vitrine dans un musée, savoir si le produit devant moi contient du gluten, simplement en approchant de ma main le mobile d’une étiquette, d’un portillon du métro et d’autres objets physiques. Tout comme je peux changer de chaine de télé avec ma télécommande, le mobile NFC me permet d’agir sur mon environnement physique, échanger avec les objets qui le composent.

Quelles sont les caractéristiques qui différencient le NFC par rapport à d’autres technologies comme le Bluetooth ou le Wifi ?

Ce n’est pas facile à résumer en quelques lignes mais je voudrais mettre en avant sa frugalité, son faible coût, son coté écologique, le respect de la vie privée et son universalité.

Une étiquette NFC tout comme une carte de transport ou de paiement ne contient pas de piles ou de batterie. C’est la seule technologie radio-fréquence où un seul des deux objets a besoin d’énergie pour qu’il y ait échange électronique. Cela permet de développer des services sans contact et des objets connectés sans batterie et sans maintenance. C’est aussi une technologie qui, par design, respecte la vie privée de l’individu. De part la courte distance, il faut qu’il y ait choix de l’utilisateur, action, pour qu’un échange se fasse. Certaines technologies permettent d’enregistrer l’entrée de clients dans un magasin sans que ceux-ci soit au courant. Dans le cas du NFC, c’est toujours le consommateur qui choisit par un geste volontaire. Enfin son universalité car c’est une technologie normalisée, présente désormais sur tous les smartphones depuis son intégration dans l’iPhone 6 (et l’Apple Watch).

Dans tous les cas, ces technologies sont complémentaires. Bluetooth et NFC fonctionnent très bien ensemble par exemple dans des enceintes musicales, le NFC pour appairer le mobile et l’enceinte et le bluetooth pour transférer les données.

Sans rapport, il y a un QRcode sur le livre mais pas d’étiquettes NFC, pourquoi ?

(sourire) C’est une bonne question. On aurait pu bien sûr intégrer une ou plusieurs étiquettes NFC et il existe des livres et des magazines l’ayant fait dans le passé. Ceci dit, pour une simple lien vers le site de l’éditeur qui ne sera peut-être utilisé qu’une seule fois, un QRCode est très bien. Par contre, aussitôt que le geste est répété, multiple, qu’il concerne de nombreux utilisateurs, alors oui, le NFC est la bonne solution.

Un regret par rapport au livre ?

Qu’on ne puisse pas acheter le livre en paiement sans contact (sourire). Son coût de 28 €, choisi par l’éditeur, est lié au nombre de pages. En théorie, on pourrait dans les magasins qui acceptent le paiement mobile sans contact au dessus de 20 € avec utilisation du code. Mais en réalité, le paiement sans contact est principalement utilisé pour des montants de moins de 20 €. J’aurais du faire un livre moins long mais le sujet était trop riche.

Qu’est ce qui va permettre le succès de ces services ?

Le paiement par carte sans contact se développe partout dans le monde y compris en France mais nous ne sommes que 6ème en Europe en terme d’usage loin derrière la Grande-Bretagne par exemple. Une visite dans le métro de Londres est une expérience enrichissante à ce sujet. Les usages vont continuer à se développer au fur et à mesure de la mise-à-niveau des infrastructures sans contact dans les commerces, le transport, notre environnement, dans la ville et dans nos mobiles eux-mêmes. Avec cette infrastructure et la découverte par les consommateurs et les citoyens des gains de temps et la simplicité apportés par les services sans contact, nul doute que l’usage sera de plus en plus présent dans notre quotidien. »

-/-

Pour les habitués de ce blog et pour les lecteurs du livre, rien de très surprenant dans mon propos, rien qui ne me semble sujet à polémiques ou à controverses. Et pourtant, une fois l’interview éditée, un échange de mails avec l’éditeur s’en est suivi qui a commencé par « Je ne partage pas totalement votre enthousiasme sur le sans contact, ET (donc) nous ne pourrons pas le publier en l’état. »

Les objections portent sur l’usage réel du paiement sans contact, la sécurité, le fait qu’un des objets n’ait pas de batterie et le respect de la vie privée. J’ai donc envoyé en complément d’information les derniers chiffres du Groupement CB, le rapport de l’Observatoire de la fraude de la Banque de France, l’article du Magazine MISC de Janvier 2015 sur la conclusion de la police scientifique sur la sécurité des cartes sans contact, des données publiées, signées, vérifiables et royalement ignorées par cet éditeur.

« Ensuite, je vous ai indiqué que nous ne pouvons pas publier le texte en l’état car il ouvre la porte à un ensemble de réactions qui seront similaires aux miennes, et que nous devons en tenir compte.« 

Pour ce journaliste, les faits et les chiffres n’ont pas d’importance. Il a une « opinion » sur le sujet,  et ne peut publier des textes qui seraient contraire à cette opinion, voire une ligne éditoriale, anti-NFC, qui serait également dommageable pour ses lecteurs. Et même lorsqu’on a des convictions, on peut écouter d’autres d’opinions. Un quotidien de gauche publie des interviews de politiciens de droite et inversement, pour apporter aux lecteurs les différentes facettes d’un sujet. Cela s’appelle l’information et le débta d’idées. Dans notre cas, le média a donc refuser de publier cet interview qu’il avait demandé au sujet du livre sous prétexte qu’il présente le sujet différemment de sa propre conviction. Un journal IT d’opinion donc. « Does not compute. » Enfin, comme je l’ai suggéré, il aurait pu compléter cet interview par un article contrepoint, mettant en avant sa perception des faiblesses du sans contact. Mais non, simple retrait de l’interview. Étonnant, non ?

Avec le recul, cet interview n’avait probablement pas sa place dans ce média. Et vous chers lecteurs, qu’en pensez-vous ?

Bonnes vacances à tous.

Pierre Métivier

Pour aller plus loin

  • Lire le livre bien sûr et merci à tous pour vos messages suite à vos lectures.
Le mobile NFC, télécommande de notre quotidien

Le mobile NFC, télécommande de notre quotidien

Le NFC est-il compatible avec le e-commerce ? Une belle table ronde de Shake Event, Marseille

NFC et ecommerce ? Challenge accepted

NFC et ecommerce ? Challenge accepted

#Shake15 – Comment faire du paiement un levier de conversion pour votre site ?

Tel était le titre de la table ronde à laquelle votre serviteur était invité à participer le mardi 30 juin à Marseille dans le cadre de Shake Event, le bel événement crée par Hervé « Valvert » Bourdon et Jacques Froissant. Quelle curieuse idée d’inviter un spécialiste du NFC à une conférence dédiée surtout à l’écosystème e-commerce. Le site précisait :

« Avec le développement du commerce électronique, les moyens de paiement en ligne se diversifient. Les nouvelles niches incitent prestataires, banques, e-commerçants ou éditeurs à développer et proposer des solutions alternatives. Pourquoi faut-il proposer différents moyens de paiements ? Que faut-il penser de bitcoin et des cryptomonnaies ?
Où en est on sur la technologie NFC ? Y a t-il des différences dans les modes de paiements pour l’international ? Comment se protéger des fraudes ? »

Sur le plateau, la compagnie était belle avec Céline Lazorthes, CEO de Leetchi, Philippe Rodriguez, directeur associé d’Avolta Partners et président de Bitcoin France et David Kim, Adyen sans oublier Annie Lichner pour l’animation dynamique. Les différentes interventions ainsi que nos interactions ont semblé intéresser notre auditoire courageux d’être là suite aux agapes de la nuit précédente et l’heure matinale de cette première table ronde.

Ce billet ne couvrira que ma propre intervention « enrichie » (les 5 minutes imparties étaient incompatibles avec la richesse du sujet) et disponible au format Slideshare ci-dessous ainsi que mes réponses aux questions après les propos liminaires. Ce Storify fournira une deuxième version de cette table ronde, vue de l’auditoire.

Le NFC est-il compatible avec le e-commerce ? J’ai longuement hésité avec « Le NFC est-il soluble dans le e-commerce ? » 🙂

s1 – Quelle drôle d’idée donc d’inviter un spécialiste du NFC à une conférence surtout dédiée à l’écosystème e-commerce. Le ecommerce, c’est le monde de la VPC, des achats en ligne, des site web, du paiement en ligne par carte bancaire, Paypal et de 250 autres moyens. Une approche accusée d’être la cause de la fermeture de nombreux petits commerçants et de la pratique du showrooming. En face, la grande distribution et le commerce de proximité, des magasins physiques, des caisses et leurs caissier(e)s, des étagères, des caddies, des cabas, des coffres à remplir. Un monde où le cash, les chèques et les CB, mais aussi les titres-restaurants sont moyens de paiement commun. Un monde ou les Amazon et Paypal aimeraient mettre un pied avant de l’envahir. Un match « cloud » contre « brick et mortar ». Un vrai challenge donc, bien sur accepté.

s2/3 – Un rappel de ce que permet la technologie NFC, non seulement dans le paiement mais également dans de nombreux services sans contact, le transport, le jeu, l’énergie, l’information, la smart city, la billeterie (comme dans la paiement par bracelet sans contact au HellFest) et bien d’autres domaines ce qui fait du mobile NFC, la télécommande de notre quotidien. (#placementproduit à peine déguisé sachant que la slide suivante montrait une infographie tirée du livre.)

s4 – Focus sur le commerce – Le NFC est utilisé non seulement dans le paiement mais aussi pour la fidélité, le couponing, les promotions, l’infomation consommateur, l’animation commerciale, les bon plans ainsi que les automates type Selecta.

Paiement sans contact mai 2015 (c) Groupement CB

Paiement sans contact mai 2015 (c) Groupement CB

s5/6/7 – Le paiement sans contact est il réellement utilisé ? Bien sûr, quelques chiffres de Mai 2015 en provenance du Groupement Cartes bancaires 32,3 millions de cartes sans contact, 178 million de CA, 16,4 millions de transactions ce joli mois de mai, ceci malgrè les limitations imposées par certains commerçants qui n’acceptent pas la CB à moins de 10 ou 15€, la limite des 20 € et  le nombre encore limité de commerçants équipés – 22,4%. L’évolution de la courbe depuis 3,5 ans montre bien la croissance forte de l’usage du paiement cartes (et mobiles mais surtout cartes) sans contact en particulier dans la restauration rapide, les boulangeries ou les supermarchés de proximité.

s8 – Le déploiement des solutions des paiement sans contact mobile continuent avec des solutions disponibles auprès des banques comme  le CIC, le Crédit Mutuel, la BNPP, la Banque Postale, la Société Générale, le Crédit Agricole et des test en cours à la BPCE. Les opérateurs  telecom tels Orange Cash sont également présents et on attend la solution mobile de Carrefour, qui propose déjà une solution carte sans contact paiement ET fidélité. Et puis les grands groupes internationaux sont maintenant en ordre de bataille et s’apprête à envahir l’Europe avec des services tels Google Wallet, Apple Pay et Samsung Pay. Tous ces produits et services utilisant le réseau d’acceptation cartes bancaires et donc la technologie sans contact NFC.

s9 – Et le ecommerce dans tout cela ? D’abord certaines de ces solutions présentées précédemment permettent un paiement multi-canal, la même application permet le paiement en ligne et le paiement sans contact – c’est le cas d’Orange Cash ou Apple Pay. Ensuite, certaines  versions  associent  paiement , fidélité, couponing ou promotions. C’est le cas par exemple d’Apple Pay avec Apple Wallet, le Google Wallet ou Orange cash (pour la partie promotion) Enfin, le NFC peut permettre un paiement de type « Card present », un paiement de type proximité avec une carte physique et une donc fraude très réduite sur un site web, qui par définition ne peut qu’accepter qu’une transaction avec des chiffres tapée/stockées, sans la vérification de la puce de la carte. La différence en terme de fraude est d’un facteur 20. Vingt fois plus élevés dans les paiement online que des paiements avec la carte physique, tout en rappelant que cette fraude est à la charge du commerçant. Le paiement sans contact pourrait devenir le standard du paiement en ligne comme nous l’avons déjà écrit dans ce blog.

ecommerce et paiement #shake15 (c) Photo Julien Ringard

ecommerce et paiement #shake15 (c) Photo Julien Ringard

S9/10 En conclusion, une information et une image concernant deux mastodontes de l’ecommerce – PayPal et eBay. Paypal, qui après des années de critique du NFC, le fameux « Not For Commerce », après avoir échoué à développer un système de paiement à base de beacons, a annoncé la sortie d’un terminal de paiement compatible NFC (tout comme Square par ailleurs) et enfin cette photo d’un dépot-vente eBay à Paris, acceptant le paiement sans contact.

Si Paypal et eBay s’intéressent au paiement sans contact, peut-être le devriez-vous ?


Le débat qui a suivi a abordé un grand nombre de questions entrainant les réponses suivantes de mon côté :

Si la carte bancaire est le moyen de paiement le plus utilisé en France, pourquoi proposer d’autres alternatives ?

Avant même la carte, le moyen de paiement le plus utilisé est de loin le cash.  De tout temps, de nouveaux moyens de paiement ont été développés, pour faciliter les transactions et les sécuriser.

Il faut apporter des services utiles aux consommateurs, en terme de rapidité, de facilité ou d’avantages clients.

Pour les deux premiers points, par rapport à un paiement carte traditionnel, le paiement sans contact permet un usage clairement plus rapide et plus simple, que ce soit avec la carte sans contact ou sa version mobile. On pose la carte/le mobile sur le terminal de paiement, bip, et le ticket CB est  imprimé. Sur le mobile, cela permet des applications multi-services – paiement, fidélité et couponing, utilisant la puissance du mobile, ses connectivités, son interface utilisateur, son écran, …  tout en améliorant la sécurité.

Un exemple d’avantage client d’un nouveau système de paiement réussi (non basé sur du NFC mais du QRCode) : l’application mobile Starbucks. Son succès doit plus au fait qu’elle intègre un service de fidélité et donc des produits gratuits, que par sa simplicité d’usage – plusieurs manipulations sur mobile y compris flashage de QRCode.

Le paiement mobile sans contact : 2015, année du réel décollage ou de la fin des illusions ?

Nous avons montré les courbes d’usage en forte progression, que ce soit en terme de valeurs qu’en nombre de transactions. Aucun doute que le paiement sans contact carte et mobile est là pour rester, en plus, des autres services sans contact de type transport, accès, ouinformations, rapidement présentées.

Ceci dit, lorsqu’une infrastructure à l’échelle de la planète est en jeu à travers la mise-à-jour de terminaux de paiement nouvelle génération incluant le sans contact, il n’y a pas de grand soir. Il y a ce déploiement qui va se prolonger jusqu’à 2020 avec une étape importante en 2016. Sur la partie mobile, l’arrivée des géants comme Apple, Samsung et Google en Europe va bien sûr accélérer le mouvement.

HCE, SIM-centric, NFC, QR code : le paiement sans contact est-ce une bataille technologique ou une vraie révolution des parcours clients ?

Plutôt qu’une bataille technologique, c’est une profusion de différentes solutions qui s’offrent aux développeurs suivant les cas d’usages et le niveau de sécurité nécessaire. Mettons à part le QRcode, une solution non radio-fréquence, qui peut être intéressant dans un cadre de système fermé comme Starbucks ou Auchan,  une solution probablement transitoire en attendant l’universalité du NFC dans les mobiles, liée à l’universalité des terminaux de paiement sans contact NFC /EMV dans le monde. Quelque soit la solution adaptée – HCE, SIM-centric, ou la solution Apple d’un secure element intégré au mobile, cela reste du NFC, utilisant, dans le cadre du paiement, le réseau d’acceptation cartes bancaires.

Sur la révolution des parcours clients, sur le paiement de moins de 20 €, le parcours client est clairement optimisé dans sa partie paiement. On pose la carte, ou le mobile (sans charger d’application, sans flasher un code), un BIP et le tichet CB sort. Pas plus simple et plus rapide.

Enfin, sur la partie parcours client complet mobile, les outils sont là, les expérimentations en cours pour intégrer paiement, fidélité, couponing… Tous les grands retailers y travaillent mais pas de solutions opérationnelles déployées à grande échelle dans tous les magasins à ce jour. C’est la prochaine étape.

Les bitcoins et le NFC pourraient ils remplacer des sociétés comme « Western Union » ?

Dans le cas du NFC, la technologie est volontairement limité à 2/3 cm et n’est donc pas adapté à des transferts d’argent longue distance.

Le paiement du futur ?

Un paiement toujours plus simple, intégré à toute la chaine commerce (fidélité, couponing, promo, …) et dont le consommateur reste le maître. Le choix doit toujours être possible.

A suivre.

Pierre Métivier

Pour aller plus loin

 

Dépot vente eBay acceptant le paiement NFC

Dépot vente eBay acceptant le paiement NFC