Une agriculture écologique, valorisée et valorisante, focus sur une conférence passionnante autour des défis de l’innovation post-covid

Les grands défis d'innovation

Les grands défis d’innovation

Comment relever les défis d’innovation pour la société à l’horizon 2030 ? Pour répondre à cette question, 35 intervenants et 25 organisations (institutions, médias, scientifiques, entreprises et étudiants) ont participé le 17 juin 2021 à la 14ème Rencontre Nationale des Directeurs de l’Innovation et se sont relayés pour partager leurs visions et leurs projets d’un monde post-Covid.

Focus sous forme de transcription (*) sur la séance dédiée à l’agriculture. « L’agriculture française a démontré sa mobilisation et son efficacité pendant la pandémie qui n’a connu aucune pénurie alimentaire. Le secteur fait également face à une transition écologique rapide tout en peinant à faire reconnaître la valeur de ses produits et services. Quelles grandes étapes, projets et objectifs d’innovation de la transition agricole actuelle ? » avec des intervenants du monde de la recherche et, moins connues, des coopératives agricoles.

Toutes les séances de cette conférence sont accessibles en ligne gratuitement sur la chaîne YouTube des Mardis de l’innovation. Vous retrouverez le replay de ce panel Agriculture en fin de ce billet.

Intervenants panel innovation et agriculture

Intervenants panel innovation et agriculture

Sylvie Borzakian, EICSI

Sylvie Borzakian, EICSI

Sylvie Borzakian, EICSI – Nous allons à présent passer au panel « Agriculture écologique plus valorisée et plus valorisante ». Nous avons la chance d’avoir avec nous des coopératives agricoles telles que Terrena et Invivo également Sol et Civilisation et Fermes de Figeac qui sont un peu plus petites mais c’est intéressant d’avoir leur vision ainsi que celle de l’INRAe avec Rémi Cailliatte, directeur de Plant2pro et Catherine Renard, directrice de Qualiment.

Remi Cailliatte Plant2Pro

Remi Cailliatte Plant2Pro

Rémi Cailliatte, Plant2pro – J’introduirai mon intervention en rappelant rapidement que l’agriculture doit à la fois à s’inventer plus économe en ressources naturelles, plus respectueuse de l’environnement et participer à la préservation de la biodiversité. Elle doit en même temps faire face aux changements climatiques et proposer des solutions pour contribuer à son atténuation. Elle doit enfin assurer une production d’abord suffisante pour garantir notre souveraineté alimentaire et de qualité tant sanitaire que nutritionnelle. Cela passe notamment par une « écologisation » des productions agricoles, autrement dit, la mise en oeuvre d’une agriculture agro-écologique. Cette agriculture agro-écologique est caractérisée par trois grands principes :

  • elle mobilise d’abord la diversité à différentes échelles,
  • elle s’appuie sur le bouclage des cycles bio-géochimiques dans une logique de circularité,
  • enfin elle met en jeu les régulations naturelles.

Pour mobiliser ses leviers, il convient d’identifier et de comprendre les processus biologiques qui sous-tendent le fonctionnement des écosystèmes agricoles. L’agro-écologie est donc une agriculture de la connaissance et de la science, c’est une agriculture de l’innovation.

Je suis Rémi Cailliatte, je travaille à l’INRAe et je suis directeur de l’Institut Carnot Plant2pro, l’institut Carnot des productions végétales. Pour relever ces défis, l’institut Carnot Plant2pro propose une vision systémique des productions végétales au service de la transition agro-écologique. Pour cela, nous développons des recherches sur l’ensemble des leviers mobilisables afin d’accélérer le progrès génétique des plantes cultivées par l’exploitation de la diversité afin de développer des stratégies de contrôle et de pilotage de la santé des cultures, de concevoir des systèmes de culture multi performant et de stimuler le développement des technologies du numérique et de la culture de précision. La transition agro-écologique s’appuie sur un changement de paradigme central.

Pour mobiliser les processus biologiques et les régulations naturelles, il faut s’appuyer sur la diversité et ce à différentes échelles. Cela génère des questions de recherche et des fronts de sciences et conduisent à des innovations pour répondre aux enjeux comme, par exemple, pour la santé des cultures et diminuer le recours aux pesticides de synthèse en combinant les résistances génétiques des plantes à des stratégies de bio-contrôle ou via des stratégies de renforcement de l’immunité des plantes. Mais également améliorer la nutrition des plantes en diminuant l’utilisation des engrais. Cela passe par l’utilisation et le pilotage des interactions entre les plantes et le phytodium, c’est à dire, les micro-organismes qui interagissent avec elle. C’est la bio-stimulation. En introduisant également de nouvelles espèces dans les systèmes de culture qui rendent des services en termes de pollinisation, de fertilité, des sols de régulation des bio-agresseurs ou encore en exploitant au mieux le rôle de puits de carbone des cultures pour contribuer à l’effort d’atténuation du changement climatique, en intensifiant les systèmes de culture pour maximiser la séquestration du carbone dans les sols.

Dans le contexte du changement climatique, l’activité agricole passe d’une activité risquée à une activité incertaine. Comment améliorer la résilience des exploitations et des filières, diminuer leur vulnérabilité face aux aléas ? La combinaison des outils d’observation et de monitoring et de la modélisation permettent de construire des outils de prédiction pour répondre aux enjeux de performance mais aussi d’anticipation des différentes pressions climatiques et épidémiologiques. A ces changements de paradigmes s’ajoutent les ruptures technologiques qui constituent des facteurs d’accélération de nos recherches et améliorent notre capacité à piloter des systèmes de plus en plus complexes. Ainsi la combinaison de la génomique et de la phénomique, des stratégies de speed breeding et l’amélioration de l’efficacité des outils bio-technologiques dont l’édition des génomes permet d’accélérer les processus d’innovation variétale mais aussi le développement des approches prédictives en biologie ou encore l’avènement des technologies du numérique, de l’intelligence artificielle et de la robotique dans les productions végétales. La transition agro-écologique induit des changements voire des bouleversements dans les pratiques des agriculteurs et dans les filières. Caractériser et évaluer les bénéfices apportés à la fois sur la sécurisation des productions en termes de quantité et de qualité des produits alimentaires mais également sur l’environnement et sur la qualité de vie sont des facteurs clés d’encouragement à la transition. Cela permet de qualifier et reconnaître les pratiques vertueuses et cette reconnaissance sera d’autant plus efficace qu’elle sera couplé à une valorisation des produits de la récolte assurant leur attractivité et leur compétitivité et qu’elle répondra également aux enjeux de la transition alimentaire qui vous seront décrits par ma collègue Catherine.

Catherine Renard Carnot Qualiment

Catherine Renard Carnot Qualiment

Catherine Renard, directrice, Carnot Qualiment – Je vais vous décrire maintenant ce que nous faisons dans le Carnot Qualiment, votre partenaire de recherche pour l’innovation en alimentation, pour que les produits de cette agriculture écologique décrite par Rémi Cailliatte soient mieux valorisés dans des aliments qui répondent aux enjeux de la transition alimentaire. En effet, une transition alimentaire devra accompagner la transition agro-écologique pour nourrir des populations plus âgées, plus urbaines, avec un besoin de rééquilibrage entre les produits animaux et végétaux et également de diminuer les excès en calories, sel ou sucre. Donc comme vous le voyez, beaucoup de transitions qui suscitent des besoins de connaissances et d’innovation dans un futur proche.

  • En inscrivant la production d’aliments dans la bio-économie et une bio-économie durable et territorialisée, le Carnot Qualiment se trouve donc au cœur de trois enjeux :
  • prendre en compte l’évolution de l’agriculture et donc proposer des procédés qui peuvent s’adapter à des produits agricoles différents et plus variés
  • concilier la production alimentaire et non-alimentaire pour une valorisation complète des produits et des co-produits
  • s’inscrire dans la circularité en développant des procédés qui permettent le bouclage des cycles.

Dans le Carnot Qualiment, nous travaillons donc à développer des solutions pour transformer de façon durable les produits agricoles en aliments à la fois sains et appréciés par les consommateurs. Un point crucial est d’aller vers des procédés durables, sobres et adaptés à la production à plus petite échelle pour deux raisons : d’une part à cause d’un effet d’une plus grande variabilité des produits agricoles comme mentionné par Rémi et d’autre part pour avoir une transformation plus locale répondant aux demandes de proximité et de transparence de nos concitoyens.

Nous développons donc des connaissances à la fois pour identifier les meilleurs compromis pour les procédés existants mais aussi les possibilités de procédés moins classiques depuis les solutions low tech comme la fermentation jusqu’à les technologies plus futuristes comme la lumière pulsée. Un effort particulier est mené sur des végétaux riches en protéines végétales et notamment les légumineuses pour en revisiter l’utilisation alimentaire mais aussi pour mieux connaître leurs effets physiologiques et leur insertion dans une alimentation équilibrée à tous les âges de la vie. Par ailleurs, la transition agro-écologique nous conduit à réévaluer les bénéfices des risques et par exemple chercher de nouvelles solutions pour contrôler les développements de micro organismes pathogènes ou remplacer certains additifs, soit par des procédés soit par des extraits végétaux ou des micro organismes. Enfin un driver de l’innovation en agro-alimentaire est le changement de réglementation. Et un exemple flagrant, c’est ce qui est en train de se passer autour des emballages avec la législation sur les plastiques à usage unique ce qui suscite de nombreuses questions de recherches porteuses d’innovation. D’abord connaître l’effet du recyclage justement des emballages sur leurs propriétés barrières et la sécurité chimique des plastiques recyclés et également avec le Carnot 3Bcar, développer les alternatives bio-sourcées et aptes au contact alimentaire et des méthodes bio-technologiques pour régénérer les monomères et donc refaire des plastiques. Et enfin, à moyen terme, réfléchir à un nouveau trio produits procédés emballages pour ces nouveaux emballages.

Lancelot Leroy Terrena

Lancelot Leroy Terrena

Lancelot Leroy, directeur innovation et développement de la coopérative Terrena – Terrena est une coopérative agricole qui va des parcelles jusqu’à vos assiettes. Cette coopérative agricole est dirigée par des agriculteurs et a 130 ans d’histoire. On ne va pas parcourir l’ensemble de l’histoire mais elle a traversé la grippe espagnole, la grippe de Hong-Kong et l’ensemble des événements du XXème et du début du XXIème siècle. Nous sommes présents sur l’Ouest de la France, essentiellement en Pays de la Loire et dans le nord de la région Nouvelle Aquitaine et vous nous connaissez peut-être plus certainement au travers de nos marques comme Père Dodu, Val Nantais et Ackerman ou par nos alliances au travers de Paysan Breton et plus récemment par une marque que nous avons créée sur laquelle nous reviendrons, La Nouvelle Agriculture, la marque des agriculteurs.

Alors quelle vision avons-nous de cette société et de cette agriculture post-Covid. Pour nous, elle confirme deux choses importantes :

  • la première, c’est que, on a des tendances confirmées au niveau du consommateur, qui veut savoir ce qu’il mange, qui veut savoir qui l’a produit et qui de plus en plus est sensibilisé aux impacts environnementaux de son acte d’achat.
  • la seconde, une importance remise sur la partie alimentation avec notamment des aspects, peut-être en contrepoint, au travers des pénuries mais l’alimentation est revenue au cœur du dispositif avec les images de rayons vides qu’on a pu voir aux informations. Et avec cette importance de l’alimentation, le retour d’une approche ou d’une certaine approche de la ruralité en particulier par les consommateurs urbains. Il y a un certain nombre d’entre eux prenant des maisons secondaires voire tournant la page de la vie urbaine pour s’installer directement à la campagne.

Donc ces éléments viennent renforcer deux idées fortes. Il faut renforcer le lien entre agriculture et consommateurs et d’autre part et comme le dit si bien le sociologue Jean Viard, « L’agriculture n’est pas un problème mais c’est une solution » face à un certain nombre des défis à venir. C’est dans cette logique que Terrena, dès 2008, s’est engagée dans un grand débat en réunissant 2500 agriculteurs sur l’ensemble de son territoire pour projeter finalement quelle serait l’agriculture de demain et quelles étaient les attentes de nos adhérents et en grande majorité ils nous ont dit – aidez-nous à adapter nos pratiques aux nouvelles demandes de la société. Donc c’est à ce moment-là, on est au moment du Grenelle de l’environnement et Michel Griffon sort le concept d’une agriculture écologiquement intensive, ce qui peut paraître un peu perturbant comme ça, qui a fait sourire assez largement à l’époque mais dont l’objectif premier est bien d’utiliser la nature avec l’ensemble de ses capacités pour limiter le recours aux intrants. On peut le résumer à « produire plus et mieux avec moins », c’est à dire, d’utiliser les fonctions des écosystèmes de façon à ce qu’ils soient plus résilients. Et donc, ça nous a amené à développer des solutions de bio-contrôle, le trichogramme, des associations de plantes, la substitution de produits, le développement de nouvelles cultures avec le lin et le lupin, (à l’écran, un exemple de lupin en culture associée avec une céréale) et puis des outils d’aide à la décision de façon à mettre la bonne dose au bon endroit et au bon moment.

Alors pour vous montrer un petit peu ce que l’on fait dans les parcelles pour éviter le recours aux produits chimiques, vous avez à l’écran au niveau 1 la pyrale ici à l’état larvaire, sinon c’est un papillon, qui vient manger l’intérieur des plantes, et qui limitent leur développement et qui peut même aller jusqu’à l’épi de maïs et provoquer des dégâts relativement importants à la fois en rendement et en qualité. Donc pour lutter jusqu’à présent, on avait essentiellement des solutions chimiques et donc on a développé une solution d’agriculture biologique qui est le trichogramme, c’est un petit insecte, un micro hyménoptère qui vient pondre ses œufs à l’intérieur de l’œuf de la pyrale et l’œuf va donc se mettre manger de l’intérieur par la larve de cet insecte et donc on met ça dans les parcelles avec un petit carton mais pour pouvoir y arriver, il faut le mettre au bon moment et donc on a redéveloppé un réseau de piégeage. Vous avez ici un phéromone pour capter ce qu’on appelle le pic de vol et mettre des petites plaquettes dans les parcelles de maïs au bon moment.

Les évolutions en agriculture sont associées au rythme des récoltes donc on essaye tous les ans et le développement de ces changements de pratiques importants, il se fait forcément sur un pas de temps progressif avec une évolution des surfaces fois quinze en dix ans quand même mais avec des changements de pratiques qui se font de façon progressive.

2008 a été aussi un engagement jusqu’au consommateur donc pour incarner ce lien, c’est la naissance d’une marque qui porte la sincérité de ses engagements, la Nouvelle Agriculture et puis de façon à réussir ces deux enjeux importants, l’utilisation du digital pour accélérer ces transformations et les permettre, éviter de ressaisir les informations plusieurs fois. On a besoin de ces informations pour piloter les cultures et pouvoir emporter l’ensemble de ces informations jusqu’au consommateur. Pour vous illustrer ce propos, juste une image. Ici vous avez l’ensemble des parcelles des adhérents avec lesquels nous travaillons qui sont géo-positionnées et sur lequel aujourd’hui nous n’avons plus de contrats de traçabilité en papier ni de conseils ou d’information de vente sous forme papier. En 2020, Terrena s’est re-interrogée sur son projet et donc s’est projetée à 2030 et donc l’agriculture pour Terrena en 2030, c’est une agriculture à impacts positifs. Nous avons défini 5 pactes : un pacte vers nos adhérents, un pacte vers les salariés, un pacte vers les territoires dans lesquels nous sommes, un pacte économique pour la pérennité de l’entreprise et un pacte société. On va juste regarder ce dernier pacte sur lequel nous avons défini cinq axes principaux : baisser les gaz à effet de serre, s’adapter au changement climatique, améliorer le bien-être animal, baisser les intrants notamment phytos, antibiotiques … et développer les protéines locales plutôt que le soja et les autres protéines d’import.

Sur chacun de ces axes, nous allons définir des objectifs précis et progressif d’ici à 2030 et pour y arriver nous avons également tout un travail sur le digital de façon à permettre le développement de solutions à moindre coût sur la partie relations agriculteurs et de pouvoir emporter cette sincérité de façon forte jusqu’au consommateur.

Pour vous illustrer et pour terminer, j’ai pris juste une filière que nous utilisons presque tous les jours avec une baguette et donc sur ce blé Nouvelle Agriculture et cette baguette Nouvelle Agriculture, qu’est-ce que nous avons fait ? Assez rapidement, nous avons défini en amont le choix de variétés qui soient bonnes d’un point de vue qualitatif mais qui permettent d’être moins sensible à l’ensemble des maladies que nous rencontrons. L’agriculteur va donc les semer donc il y a un pilotage de la date des semis et un accompagnement sur tout l’itinéraire de façon précise pour mettre la bonne dose au bon moment et au bon endroit notamment en azote, en fongicide, en insecticide. Une fois que la parcelle est récoltée, elle va dans des silos dédiés qui ont été nettoyés et qui subissent une conservation sans insecticide de stockage donc avec une ventilation soignée qui peut aller jusqu’à une ventilation froide avec des groupes froids qui sont installés. Cet allotement va donc jusqu’au meunier, qu’il a des lots bien identifiés, qui va faire son travail attentif de meunier pour générer donc une farine qui servira à une baguette dans le prix reste bien sûr accessible. Il y a une question derrière tout ça d’accessibilité, de qualité et bien sûr et de traçage. On a développé une petite application monagriculteur.coop qui permet de remonter sur l’ensemble des maillons de la filière le meunier, le stockage, l’agriculteur et en amont les différents intrants qui ont servi à la production de cette baguette.

Cette approche, nous l’avons sur l’ensemble de nos filières alors on ne l’a pas fait en un jour et progressivement l’ensemble des filières se développe, pour une agriculture bien sûr, elle aussi la plus valorisée et plus valorisante pour chacun des maillons de la filière.

Sylvie Borzakian, EICSI – Nous voyons effectivement que de lourdes responsabilités pèsent sur le monde de l’agriculture, c’est vous qui nourrissez la planète et il vous faut répondre à de multiples enjeux, écologiques, économiques, sociétaux et technologiques. On voit qu’on a besoin d’énormément de technologie, de digital pour pouvoir répondre à tous ces enjeux et on n’a pas toujours de l’autre côté cette vision de l’agriculture et c’est bien de pouvoir le partager. C’est vraiment très intéressant pour nous et nous continuerons l’échange en fin de table ronde. Nous allons accueillir à présent Guillaume Dherissard, qui est directeur général des Fermes de Figeac et Didier Christin qui est délégué général de Sol et Civilisation, ils vont former un binôme et nous parler de ce qu’ils font dans leur région.

Guillaume Dherissard, directeur général des Fermes de Figeac et Didier Christin, délégué général de Sol et Civilisation – Nous sommes très heureux de partager avec vous comment nous envisageons les trajectoires d’innovation en particulier dans cette situation post-covid mais qui a des racines plus profondes sur les trajectoires d’innovation, en agriculture, en alimentation et dans le monde rural. Nous avons choisi de faire cette intervention à deux voix parce que d’abord Sol et Civilisation et les Fermes de Figeac cheminent depuis 30 ans maintenant sur justement ces trajectoires d’innovation et puis parce que nous pensons que les solutions à cette crise ou à ces enjeux se jouent tout à la fois et de façon concomitante dans des démarches de territoire et dans des démarches plus nationales pour bien les aborder dans leur globalité.

Didier Christin Sol et Civilisation

Didier Christin Sol et Civilisation

Didier Christin, Sol et Civilisation – Dans un premier temps au nom de Sol et Civilisation, je ferai un cadrage un peu général sur ces questions de transition agricole, alimentaire et rurale et puis ensuite Guillaume dira plus spécialement comment à l’échelle d’un territoire et d’une coopérative, ces questions-là, ces innovations-là, sont pensées et mises en œuvre et les richesses que cela permet de créer.

Sol et Civilisation a été créée il y a une trentaine d’années en 1991 par des responsables agricoles, des personnes qui avaient des responsabilités dans le monde agricole, alimentaire, rural et qui sentaient que dans un monde qui devenait de plus en plus urbain, les questions justement agricoles et alimentaires allaient se poser de façon de plus en plus complexes et qu’il allait falloir pouvoir pour le monde agricole et rural se relier à tous les acteurs de la société qui étaient de plus en plus divers et multiples et je dirais d’autant plus que l’agriculture, l’alimentation, la ruralité ont au cœur de leurs activités mais aussi de leur identité, le fait de travailler avec ce qu’on appelle maintenant des biens communs naturels comme le sol, la biodiversité, l’eau et puis maintenant la qualité de l’air ou de l’atmosphère et c’est bien que tout à chacun considère aujourd’hui que leur devenir est l’affaire de tous. A Sol et Civilisation, nous essayons d’accompagner ses réflexions là et de comprendre, faciliter, anticiper les transformations agricoles et alimentaires dans ce monde en mutation.

Donc pour cela, nos responsables ont souhaité créer un lieu avec comme fil directeur, l’idée de faciliter, de comprendre et de faire émerger de nouvelles formes de collaboration au cœur des activités reliant les êtres humains, leur projet et leur milieu de vie. C’est ce qui guide nos actions et nos réflexions depuis plus de 30 ans puisque ce lieu se veut tout à la fois être un lieu de réflexion et d’action.

Quelques mots maintenant sur la façon dont on aborde cette crise Covid. Nous avons regardé pour la filière céréalière française au moment de la crise et du premier confinement environ 80 articles grand public et analysé des grands enjeux alors d’un point de vue stratégique (ça n’a pas de valeur scientifique) les grands enjeux qui se jouaient autour de cette crise et je vais en ressortir trois éléments-clés :

  • premièrement, c’est que, dans la plupart des articles, il est ressorti que d’une crise sanitaire très vite, tout le monde a considéré qu’il s’agissait d’une crise systémique, c’est à dire, qu’il mettait en jeu tout un tas de dimensions, certes les enjeux de santé mais des enjeux alimentaires, des enjeux économiques, des enjeux de démocratie, la place de la science et qu’à l’image de toutes les grandes crises actuelles aujourd’hui, ces crises-là, il faut les regarder de façon systémique.
  • le deuxième grand enjeu qui en était ressorti, c’est qu’on a beaucoup parlé, à l’heure de la distanciation sociale, des questions d’interdépendance, des dépendances, des liens qui pouvaient à la fois être vus comme une très grande vulnérabilité pour nos sociétés, la dépendance à tout un tas de produits qu’on ne fabriquaient plus, ou qu’on risquait de ne plus avoir dans nos placards au moment de la crise mais aussi une grande opportunité au sens où cette crise a mis en avant tous les enjeux qui existent autour de la capacité à être acteurs de ces liens, savoir les piloter pour bien prendre en compte les questions stratégiques.
  • troisième point qui ressortait, c’était que l’agriculture, l’alimentation et le rural, dans ce contexte-là, apparaissaient plus comme des facteurs de réassurance et de confiance que de vulnérabilité. Si on regarde une étude qui a été commandée par les Familles Rurales sur les territoires ruraux – Perception et Réalité de vie – ils avaient demandé à l’Ifop de poser un certain nombre de questions en 2018 et ils avaient fait la même chose en 2020 au moment de la crise, juste à la fin du premier confinement, on voit dans ces données que pour 72 % des personnes interrogées, c’était +29 points sur la question du renouveau du monde rural, qui les jugeaient dynamique + 16 points et moderne +12 points à tel point même que dans ce sondage, l’idée que le monde urbain apparaît plutôt en déclin pour 58 % des gens par rapport à 49 % des gens pour le rural donc on voit bien que dans cette crise systémique actuelle, le rural, l’agriculture l’alimentation apparaissent comme des éléments qui permettent de relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

Quels sont ces défis ? Il s’agit à la fois d’améliorer la qualité du vivant des produits agricoles, de l’air, de l’eau … mais qu’il y a aussi tous les liens à prendre en compte, qui ont été révélés plus spécialement à travers cette crise, les gens, les liens au vivant que nous avons tous, le lien à soi-même et puis le lien aux autres, c’est à dire, comment on refait société autour de ces questions agricoles, alimentaires et rurales. Il y a une énorme opportunité, un champ d’action aujourd’hui qui a déjà été travaillé par des organisations agricoles et alimentaires et passons la parole à un opérateur comme Guillaume Dherissard, des Fermes de Figeac, pour voir comment, dans leur territoire, ils créent de la richesse à partir de ce type d’innovation.

Guillaume Dherissard Fermes de Figeac

Guillaume Dherissard Fermes de Figeac

Guillaume Dherissard, Fermes de Figeac – Les Fermes de Figeac sont une coopérative agricole qui a une quarantaine d’années d’existence, qui comme son nom l’indique, est dans la région de Figeac. Nous sommes dans l’est du Lot sur 80 000 hectares, c’est à-peu-près 15 % du département, dans la région du Quercy. C’est un bassin de vie de 45 000 habitants, les agriculteurs représentent encore 7 % de la population active et c’est un territoire globalement de prairies, 38 000 hectares de prairies, 37 000 hectares de forêt et 5 000 hectares de terres cultivées, des céréales essentiellement. Nous sommes une coopérative d’éleveurs, environ 650 exploitations. Les trois quarts de la production départementale du lait se font donc sur notre zone (66 millions de litres de lait) et il y a approximativement 25 000 vaches allaitantes.

Alors notre raison d’être : l’idée de cette coopérative a été d’activer, depuis son origine, un certain nombre de liens pour créer de la valeur et elle a écrit, il y a quelques temps déjà, sa vision en changeant de paradigme. L’idée, ce n’est pas simplement de produire ou de proposer des produits agricoles mais c’est bien d’être gestionnaire du vivant aujourd’hui pour la société. Pour ce faire, l’idée de base, c’est évidemment de cultiver au maximum un certain nombre de liens avec ces parties prenantes agricoles et non agricoles.

Alors, quelques cas concrets de cette innovation en marche. Il y a une trentaine d’années, cette coopérative, c’était cinq magasins alimentaires de proximité et puis les dépôts agricoles et une aide technique auprès des agriculteurs. Et puis on a retravaillé un petit peu tout ça et on s’est donné trois défis pour l’avenir :

  • d’abord être acteur d’une alimentation locale de qualité pour tous, c’est la question alimentaire évidemment qui est centrale,
  • la deuxième c’est d’essayer de mettre en avant et en valeur l’ensemble des ressources liées au vivant sur ce territoire et puis enfin,
  • c’est dans cette période clé de la transition énergétique, de faire des agriculteurs des acteurs positifs des énergies renouvelables.

Alors quelques exemples : si nous parlons d’alimentation, l’idée est à travers de nos magasins de faire des espaces de rencontres et de relations de confiance avec le consommateur. Nous avons lancé un label qui s’appelle la Viande des Eleveurs du Pays de Figeac qui permet de proposer dans nos magasins évidemment la viande de nos éleveurs et puis, petit à petit, nous avons développé cette notion en créant une charte autour des produits que nous vendons dans nos magasins, l’idée étant d’avoir développé des circuits courts, plus ou moins étroits par rapport à notre territoire. La viande vient du Pays de Figeac, le vin vient de Cahors, le sel vient de Guérande et le café vient du commerce équitable. Et puis, progressivement, nous avons souhaité autour de ces questions alimentaires créer d’autres vecteurs de développement. Nous avons aujourd’hui un restaurant et nous travaillons avec le Grand Figeac, la collectivité locale, pour développer de nouvelles productions et notamment avec la Vinadie, une SCIC qui s’est créée il y a quelques temps, nous relançons la vigne autour du Grand Figeac.

Sur la valeur des ressources, la moitié du territoire est en forêt et il semblait aux agriculteurs important de s’investir sur ces nouvelles filières et donc nous avons repris une scierie et, avec la même logique, développé des circuits courts autour du bois. Et nous avons, là encore, créé une marque, Made in Aynac, puisque la scierie est dans un petit village qui s’appelle Aynac, où nous valorisons le bois local et puis dans le même sens nous développons un certain nombre de partenariats avec des entreprises locales notamment le laboratoire, Nutergia, laboratoire parapharmaceutique, pour développer de nouvelles productions et notamment autour des plantes aromatiques et médicinales. Et puis enfin, nous essayons de travailler avec un autre outil qui s’appelle Empreintes, le développement de la bio-économie sur ce territoire.

Il nous semblait très important que les agriculteurs soient des acteurs des énergies renouvelables. Alors pour ce faire, là encore, nous avons cultiver les liens. D’abord, nous avons créé un certain nombre de structures-outil qui permettent de créer des collectifs agricoles autour de l’énergie. Nous sommes partis sur la question du solaire. Aujourd’hui, plus de 80 hectares de toit sont équipés en panneaux photovoltaïques et développons toujours le photovoltaïque sur la zone et puis plus progressivement, nous avons essayé de lancer des projets de méthanisation en circuit court. L’idée est d’avoir des méthanisations où l’apport est total depuis les exploitations et le digestat est lent, étendues sur les exploitations dans un rayon de moins de 5 km. De la même manière, nous avons développé une autre boutique, Figeac ENR, qui consiste à mobiliser l’épargne locale en faisant du crowdfunding et donc les citoyens pour développer du solaire.

Si je résume je pourrais dire que, finalement, nous avons une rosace, une rose des vents autour de notre innovation qui tourne autour de 4 angles.

D’abord, l’idée c’est qu’effectivement l’innovation vient de la rencontre des hommes et des idées et de liens positifs qui permettent de passer de la réflexion à l’action. Pour ce faire, nous avons voulu développer une gouvernance inclusive. Notre coopérative agricole, au sens propre du terme, s’est augmentée et nous avons désormais trois collèges – le collège des agriculteurs, bien sûr, le collège des salariés mais également le collège des parties prenantes, c’est donc une coopérative augmentée qui nous permet aujourd’hui de discuter et dans l’action de poser une stratégie à plusieurs. Nous avons également toujours l’idée d’accompagner des collectifs de projets, dans la diversification à l’école, sur l’énergie, sur l’alimentation et donc nous sommes quelque part des facilitateurs de l’action ensemble. Nous souhaitons être un territoire d’accueil pour la recherche, pour la recherche appliquée, pour la transition agro-écologique et nous cherchons à développer une plateforme d’agro-écologie en Occitanie avec un certain nombre d’instituts de recherche appliquée et des acteurs startup notamment qui nous amènent leurs nouveaux process.

Et puis enfin, il nous semble que la coopération de demain, c’est aussi l’inter-coopération, c’est à dire, la coopération entre notre structure mais également d’autres partenaires économiques voire des collectifs citoyens et nous développons un certain nombre d’outils ou de partenariats, nous permettant d’agir à dessein sur des projets structurants. Je vous ai parlé de Nutergia tout à l’heure mais nous avons d’autres pistes évidemment notamment en local avec d’autres entreprises.

L’agriculture est aujourd’hui confrontée à un certain nombre de défis comme la société. Elle a évidemment son rôle à jouer dans les défis du monde post-Covid et il nous semble que la liaison entre le territoire, la coopération des agriculteurs est source de nouvelles valeurs ajoutées.

En synthèse et en conclusion, je dirais que le monde agricole s’il arrive à se relier positivement à ces parties prenantes, est source d’innovation pour demain et pour reprendre Schopenhauer « Innover, ce n’est pas voir ce qu’on ne voit pas, c’est voir ensemble ce que tout le monde voit »

Rachel Kolbe Invivo

Rachel Kolbe Invivo

Rachel Kolbe-Semhoun , directrice RSE du Groupe InVivo – Comment innovons-nous pour une agriculture écologique, plus valorisée et plus valorisante ? Deux mots sur InVivo. Union de 192 coopératives agricoles françaises, nous avons aussi quatre grands métiers dans notre groupe : agriculture, distribution, « viti vini » et Grains Overseas qui est un commerce de grains. Nous avons un écosystème qui nous permet d’aller du début jusqu’à la fin de toute la chaîne de valeur et c’est ce qui nous donne notre force pour pouvoir toujours faire interagir ceux qui ont des besoins aux différents maillons de la chaîne de valeur.

Alors comment innovons-nous pour une agriculture écologique plus valorisée et plus valorisante ? Tout d’abord, nous avons décidé de devenir une société à mission l’automne dernier et notre raison d’être est de favoriser la transition agricole et alimentaire vers un agro-système résilient et nous allons le faire grâce à des solutions et produits innovants et responsables, en ligne avec les principes d’une culture régénératrice aux bénéfices des agriculteurs et des consommateurs. Cela nous amène avec une nouvelle stratégie 2030 by InVivo de mettre la RSE et l’innovation au cœur de toutes nos opérations et impulser la transition agricole et alimentaire à impact positif avec et pour nos parties prenantes. En termes d’impact positif, nous allons chercher l’impact qui va avoir les trois dimensions de la RSE, l’économique, l’environnemental et le social et on va voir comment nos solutions permettent d’avoir une agriculture qui va aider à réduire les intrants, régénérer les sols, restaurer la biodiversité, contribuer à la neutralité CO2 et diversifier les revenus des agriculteurs.

Nous allons toujours travailler dans cette optique de triple performance pour qu’on arrive à avoir un impact positif et conduire une agriculture positive. Une agriculture positive qui va aider à nourrir une population grandissante avec un régime sain. On va aider à relever des défis environnementaux et créer plus de valeur pour plus d’acteurs. Comment ?

  • Déjà en termes de nourrir une population grandissante, il faut qu’on arrive à avoir des outils et des innovations qui permettent de continuer à produire en grande quantité tout en ayant moins d’impacts négatifs, plus d’impacts positifs et plus d’impact sur la qualité des productions. L’agriculture de précision portée par notre offre be Api est un exemple de comment on arrive à déterminer qu’est-ce qu’il faut mettre comme intrant, à quel moment, en quelle quantité sur une seule et même parcelle. Ça va permettre de réduire les intrants ce qui est déjà gagnant en termes d’économies pour l’agriculteur et ça va aider surtout en productivité. Bioline Agrosciences est un deuxième exemple où nous innovons beaucoup en bio-contrôle, bio-solutions, bio-stimulants. On va travailler avec la nature pour fortifier la productivité des plantes. aladin.farm, c’est un autre exemple qui utilise le digital pour s’assurer que les agriculteurs aient accès à ce type de solutions quand ils en ont besoin. Smag, c’est notre filiale digitale « smart agriculture » avec laquelle on va aider non seulement à apporter des aides à la décision mais aussi à mieux tracer les productions ce qui est primordial à la fois pour la bonne valorisation des récoltes et pour l’information aux consommateurs. Bien sûr, il y a la production des plus petits fermiers comme les jardiniers et nous avons toute une gamme qui va accompagner leur capacité de produire plus et mieux pour eux-mêmes.
  • Ce deuxième impact positif de l’agriculture positive, c’est comment on arrive à relever les défis environnementaux. Bien sûr, la science nous aide à voir comment on s’adapte aux changements climatiques avec certains types d’hybrides qui vont être plus résilients face à certains stress tels que le stress hydrique mais on va aussi voir comment on utilise des bio-stimulants pour passer outre des problématiques anciennes qu’on réglait avec le tout chimique ou bien les interactions entre certaines cultures notamment l’intégration des légumineuses dans les rotations de cultures pour arriver à avoir un écosystème qui est plus résilient et plus producteur. Une deuxième façon de relever ces défis, c’est avec l’high tech et nous avons notre opération InVivo Quest qui existe depuis quatre ans, où chaque année, nous allons dans différentes régions du monde pour déterminer et découvrir quelles sont les nouveautés en technologie pour l’agriculture et comment ça peut nous aider dans notre quête de résilience. Biome Maker est un exemple, Telaqua, apitech, biomede, greenback que des solutions à chaque fois qui vont travailler sur la fertilité des sols, la régénération du microbiome, la capacité de réduire le besoin en eau, la biodiversité. Toutes ces solutions sont une combinatoire qui permet de s’assurer que l’agriculture est aussi en train d’apporter des services environnementaux. D’ailleurs cette technologie nous aide beaucoup notamment pour mesurer et se rendre compte à quel point l’agriculture est en train d’apporter ses services mais à côté de ça c’est aussi les modes culturelles où on arrive à innover et là vous avez l’exemple de Château Maris qui est un vignoble en biodynamie (*), qui va utiliser les principes d’agriculture régénératrice qui vont finalement aidé à régénérer les différentes ressources naturelles « en valorisé et sans valorisé (NDLR ?) ».
  • Troisième impact positif, il y a le fait de pouvoir créer plus de valeur pour plus d’acteurs. Donc, on a des programmes comme agriprogress, une plateforme qui va permettre la traçabilité pour restituer les données aux différentes parties prenantes tout au long de la chaîne de valeur au bon niveau pour que tout le monde se rendent compte de comment cette démarche de progrès est en train d’avancer et les bénéfices de ces progrès. Un certain nombre de labels nous permettent aussi de mieux valoriser les productions. On travaille avec de nombreux acteurs dans notre secteur pour arriver aussi à se mettre d’accord sur quelle est la vision commune et quelles sont les étapes pour pouvoir y arriver comme avec l’agriculture régénératrice et op2b. On travaille sur des productions bas carbone avec le Label Bas Carbone ou notre équipe Agrosolutions est très impliquée avec le but de pouvoir aider les agriculteurs à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, améliorer ou augmenter leurs capacités de séquestrer (le CO2) pour monétiser derrière ce grand service de contribution au changement climatique. Nous travaillons également sur la synergie entre l’agriculture et la création d’énergie. Il y a l’exemple de Cultiv. On va utiliser l’économie circulaire pour pouvoir prendre les « coproduits » et en faire des produits importants vegan, bon pour tous, ou la méthanisation où on voit aussi des systèmes qui se mettent en place qui sont très vertueux.

Et enfin je vous laisse avec juste un dernier mot. Arriver à avoir une agriculture positive, c’est forcément l’affaire de tous nos collaborateurs. Avec Colab, ils sont impliqués à chaque étape, nos agriculteurs sont impliqués avec FermesLeader entre autres à chaque étape, le club 2030 sur la co-construction avec nos coopératives et l’Atelier de consommateurs et citoyens, c’est une façon de aussi croiser avec les attentes des consommateurs. Tous ces programmes nous permettent d’avancer vers un progrès à triple performance, qui vaut pour tous avec un impact positif durable.

Marc Giget et Sylvie Borzakian EICSI

Marc Giget et Sylvie Borzakian EICSI

Conclusion de Marc Giget, EICSI – Dans leur panel de ce matin, les étudiants nous ont présenté la vaste enquête de la Conférence des Grandes écoles sur les domaines dans lesquels les jeunes générations actuelles voulaient travailler. Ils montraient la hiérarchie des secteurs : l’environnement, l’énergie, l’humanitaire, l’aéronautique, l’automobile … Dans la demi-douzaine de secteurs privilégiés, il n’y avait pas l’agroalimentaire. Mais si on regarde les anciens élèves, ce qui ont eu leurs diplômes il y a trois / quatre ans, on voit monter l’agroalimentaire en quatrième position devant l’aéronautique et l’automobile alors qu’ils veulent à 80 % travailler dans l’environnement. Il y a un petit déficit de connaissances en fait des entreprises du monde agricole où ils ont une vision uniquement de la ferme isolée, ils entendent parler que les gens ne veulent pas quitter le glyphosate. Nous avons beaucoup voyagé et les coopératives françaises sont un modèle au niveau mondial. C’est une référence, il y a des gens qui veulent développer les mêmes types de choses en Inde ou en Afrique. Elles sont grandes et puissantes, font beaucoup de recherche et développement, sont très préoccupées de l’avenir de l’agriculture dans tous ces domaines. Il y a probablement un déficit de communication et d’image notamment vers la génération montante en dehors du pur réseau agro/véto. Derrière les coopératives, peu de gens savent qu’il y a des dizaines de milliers d’agriculteurs, des dizaines d’autres coopératives. Le cas de Rachel est exemplaire, qui vient de nous parler. Vous avez entendu un petit accent américain, une américaine pure souche de New-York et formée à l’Université de New York, qui voulait absolument travailler dans l’international dans le développement et qui s’épanouit dans une coopérative basée en France, dont le but est de nourrir le monde, en développant la coopération et le développement durable. Il faudrait plus communiquer sur la connexion entre tout cet attrait pour l’environnement, le développement durable et le rôle de ces superbes structures que sont les coopératives.

La séance a été complétée par une session de questions / réponses avec les participants que vous pouvez retrouver en ligne. (2:26:20).

A suivre.

Pierre Métivier
@pierremetivier

Notes

  • * La transcription est basée sur celle proposée par YouTube, corrigée et légèrement éditée pour faciliter la lecture.
  • ** Citée par l’intervenante, la biodynamie est une technique de production agricole « magique » très controversée à juste titre et sans aucune base scientifique. Wikipedia

Pour aller plus loin

  • Le replay de cette cession

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A propos Pierre Metivier

Conférencier, animateur, formateur, conseil et expert de l'innovation autour des services (mobiles) sans contact / NFC et de l'internet des objets. Co-auteur du livre « Web 2.0, 15 ans déjà et après ? 7 pistes pour rééchanter Internet », Editions Kawa, 2020. Auteur de l’ouvrage « Le mobile NFC, télé-commande de notre quotidien », Editions Afnor, 2015. Ancien délégué général du Forum SMSC (Forum des services mobiles sans contact). Auparavant, responsable pendant 25 ans du développement de produits et services dans plusieurs entreprises d’informatique, de logiciels et de l’Internet (notamment Commodore, Apricot, Borland Intl, CompuServe, AOL) dont cinq ans passés aux Etats-Unis.

Une réflexion au sujet de « Une agriculture écologique, valorisée et valorisante, focus sur une conférence passionnante autour des défis de l’innovation post-covid »

  1. Ping : Une économie digitale plus au service des individus, la transcription d’une conférence passionnante autour des défis de l’innovation post-covid | Avec ou sans contact

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