Bitcoin, blockchain et NFTs ! Quatre conférences et deux leçons

Coin coin (c) Albertine Meunier

Coin coin (c) Albertine Meunier

Pas moins de quatre conférences ont eu lieu en trois semaines sur ces sujets sans compter d’autres à venir et de nombreux articles récents apportent une nouvelle lumière (une sélection en fin de billet) sur le monde crypto.

Ci-joint un compte rendu rapide de ces conférences, suivis en direct ou en podcast (lien inclus quand disponible), proposant différents points de vue, d’où l’intérêt de les comparer et de les rapprocher et, basé sur ces différentes expertises, en tirer des leçons concernant le bitcoin, la blockchain et les NFTs.

22 mars – Lundis de la Cybersécurité – Blockchains : des Incas au futur Internet, les meilleures applications de demain »
Blockchain Jean-Jacques Quisquater

Blockchain Jean-Jacques Quisquater

Organisé par Gérard Peliks, cet épisode des bien connus Lundis de la Cybersécurité avait comme intervenant principal Jean-Jacques Quisquater, professeur émérite de cryptologie et de sécurité à l’École polytechnique de Louvain, en Belgique. Membre de l’IEEE et académicien titulaire à l’Académie royale de Belgique, il est également chercheur associé au MIT et membre d’honneur de l’ARCSI.

S’en est suivi une revue passionnante du monde de la blockchain par un de ses acteurs, dont les travaux ont permis son développement. Jean-Jacques a régalé et passionné l’audience par ses rappels historiques remontant aux incas (khipu), les premières recherches en 1977, avant le fameux texte fondateur de Satoshi Nakamoto en 2008, pour illustrer son propos. Son enquête très fouillée sur qui se cache derrière ce nom (une question à 60 milliards de $ au cours du jour) est à découvrir. Par delà tous les avantages et possibilités offerts par la blockchain et détaillés avec minutie, Jean-Jacques a également rappelé le problème énergétique posé par l’algorithme de consensus à base de preuve de travail (proof of work) du bitcoin et le fait que sa production en soit dominée par « 4-5 consortia chinois ». Probablement la présentation la plus détaillée que nous ayons eu l’occasion d’écouter sur ces sujets.

–> Le replay ainsi que les 220 slides préparées par le professeur Jean-Jacques Quisquater disponibles sur le site du Medef 92.

6 avril  AFIS – La blockchain et le bitcoin
Blockchain et bitcoin AFIS

Blockchain et bitcoin AFIS

François-Marie Bréon et Jean-Paul Krivine de l’AFIS (Association française pour l’information scientifique)  a invité Jean Paul Delahaye, professeur émérite de l’Université de de Lille, et spécialiste connu et reconnu du monde de la blockchain et du bitcoin pour un présentation intitulé sobrement « La blockchain et le bitcoin ». Des définitions simples et précises – « Une blockchain est un registre partagé infalsifiable indestructible composé de blocs successivement validés, daté et conservés par ordre chronologique. » Des rappels utiles « Dans le cas du bitcoin, les données ne sont pas chiffrées. On peut suivre le contenu des comptes même si on ne connait pas le propriétaire du compte. » Une présentation complète et plus sobre que la précédente, également plus détaillée sur le minage et le chiffrage de la consommation énergétique du bitcoin (100 TWh/an – 10 réacteurs nucléaires au moins).

–> Le site de la conférence. Le replay n’est pas disponible à ce jour. Le live tweet de l’événement permet de revoir en grande partie la présentation avec de nombreuses illustrations

7 avril – La Méthode scientifique, France Culture, NFT, cryptoarts
NFC CryptoArt - La methode scientifique

NFC CryptoArt – La methode scientifique

Qu’est-ce qu’un NFT ? Que renferme la nouvelle technologie constituée par les NFT ? En quoi l’utilisation de la blockchain est-elle un avantage ? Quelles différences entre un NFT et un bitcoin ? Effet de monde ou nouvelle modalité de transaction numérique ? Telles étaient quelques unes des questions posées par Nicolas Martin, l’animateur de la Méthode Scientifique sur France Culture à ses deux invités : Nicolas Pouard, Directeur de la Blockchain Initiative et responsable du lab d’innovation stratégique, Ubisoft et Claire Balva Directrice “Blockchain et cryptoactifs”, KMPG.

Les cryptoarts (sous différentes formes crypto kitties, colored coins, cryptopunks) existent depuis 4 ans mais avec les liquidités rendus disponibles par les différents gouvernements dans le cadre de la crise du la Covid-10, le phénomène a pris de l’ampleur. Un NFT, c’est un jeton / token qui représente un objet physique (ou numérique), il possède une dimension affectivité. Il permet de tracer les droits de propriétés. Dimensions de programmabilité (pour gérer les royalties par exemple par rapport aux certificats de propriété) et interopérabilité. Fongibilité (jeton séparable comme la monnaie) vs non-fongibibilité (le jeton est objet entier, unique, identifié, insécable). Un NFT est unique. Interview de Rodolphe Barsikian, artiste vectoriel et gamer, qui refuse l’opposition du réel et du virtuel

Le NFT permet le développement l’unicité dans le monde virtuel où la copie est standard, permet également de réguler un marché de l’occasion des objets également dans le monde du jeu (Ubisoft), régularisation d’un usage existant comme la vente d’un jouet sur le Boncoin. Notion de #playtoearn. La blockchain devrait avoir un impact important dans le futur sur la gestion des droits d’auteurs et la reconquête de la propriété privé

–> Le replay et de nombreux documents et infographies à retrouver sur la page de l’émission.

7 avril  – Laurence Allard, MobActu « Tout ce que vous avez voulu savoir sur les NFT’s et le CryptoArt : techniques, usages, écologies »
Tout ce que vous voulez savoir ... NFT Cryptoart

Tout ce que vous voulez savoir … NFT Cryptoart

Laurence Allard, maîtresse de conférences, sciences de la communication, IRCAV-Université Paris-Sorbonne Nouvelle/Université de Lille a invité Albertine Meunier (artiste, curatrice de l’exposition « De la Tulipe à la Crypto Marguerite »), Adrian Sauzade (expert praticien en cryptomonnaies) ; Gauthier Roussilhe (designer, auteur notamment du rapport « Que peut le numérique pour la transition écologique ») ; Serge Hoffman (artiste, collectionneur et professeur responsable du département des Arts numériques à La Cambre, Bruxelles) ; Sébastien Gouspillou (CEO de Bigblock DC, Bitcoin mining) et Maël Rolland (doctorant, EHESS, thèse d’économie en cours au sujet des cryptomonnaies) pour échanger sur le sujet.

Ceci est un NFT

Ceci est un NFT

Avec une présentation du phénomène crypto « en sociologue pragmatisme », Laurence Allard a posé les bases du débat. Serge Hoffmann a rappelé l’histoire des NFTs en remontant aux crypto-kitties et la défunte plateforme Ascribe (2013) avant de se lancer dans la création live d’une « oeuvre d’art » (une copie d’écran des intervenant),  de sa mise en ligne et en vente comme NFT en passant par l’utilisation d’un wallet crypto Tezos et la création de 5 copies sur la plateforme HicEtNunc. Une impressionnante démonstration de la simplicité relative à la mise en ligne de NFTs.

Adrian Sauzade est revenu sur les grands concepts de la blockchain, rappelé les caractéritistiques des tokens et des coloredcoins (l’ancêtre des NFTs). Il a ensuite défendu le dogme d’un bitcoin (en format preuve de travail) comme plateforme indispensable (quelque soit ses conséquences écologiques) à l’écosystème blockchain. Albertine Meunier a présenté le point de vue de l’artiste, expliquant comment vendre et collectionner des NFTs, présentant les différentes marketplaces, de nombreuses oeuvres puis l’exposition en cours « De la tulipe à la crypto marguerite » à l’Avant-Galerie Vossen.

Sébastien Gouspillou, co-fondateur d’une entreprise de minage BigBlock Data center, qui conçoit et gére des datacenters dédiés aux calculs blockchain, a présenté  le point de vue des mineurs. Sa « mission : to qualify France in the world competition of proof of work » (Linkedin) (1) . Interrogé sur le problème de la consommation énergétique, sa réponse a été qu’il n’existe pas. « Une seule personne est à l’origine de l’info sur la consommation du bitcoin et cette personne (Alex De Vries, DigiEconomist) ne croit pas à ce qu’elle dit » (2). Autres verbatims « On produit deux fois plus d’électricité dans le monde qu’on n’en consomme ! » (3) Les mineurs ne cherchent plus que du décarboné (4). Il a également nié le problème du matériel : GPUs, CPUs et toutes ses immenses fermes de serveurs partout dans le monde (fabrication, minage de terres rares, recyclage).  « Plus ça consommera, moins ça sera un problème. » a-t-il affimé !

Ensuite Gauthier Roussilhe a présenté un sujet sur « L’empreinte écologique du numérique » ou comment réintégrer le numérique dans les limites planétaires. Au sujet de l’écosystème du bitcoin, il a présenté quelques chiffres autour de l’empreinte « superficielle » spécifiques du bitcoin. Enfin, Maël Rolland a eu une approche sociologique et politique différentes, comparant Ethereum et Bitcoin dans le cadre des consensus. Il a également signalé qu’il était difficile de s’exprimer sur ses sujets, la communauté Bitcoin étant très réactive lorsque les arguments n’allaient pas dans leur sens. (5) S’en est suivi un débat riche et passionné.

–> Le site du webinaire et le replay.

Que retenir de ces quatre échanges autour de bitcoin, blockchain et NFTs. D’abord, quelques verbatims éclairant les spécificités de la blockchain.

  • Le sujet est compliqué, « compliqué pour le commun des mortels de comprendre » a précisé Adrian Sauzade (et je confirme en tant que commun des mortel – ndlr)
  • « L’internet a permis la circulation de l’information de pair à pair, les blockchains permettent la circulation de pair à pair » Jean-Paul Delahaye.
  • « L’internet permet de diffuser. On duplique ce que l’on transmet. Sur la blockchain, ce que vous transmettez ne vous appartient plus » Adrian Sauzade
  • « La possibilité de créer des choses non-duplicables dans le monde du numérique a une énorme valeur. » Eric Schmidt, Alphabet

Et deux leçons.

Cryptoarts sélectionnés par Albertine Meunier

Cryptoarts sélectionnés par Albertine Meunier

La première concerne les NFTs.  Ce n’est pas parce que chacun puisse mettre en ligne et en vente des JPG sur des marketplace que chacun est un artiste. Par delà la disparité des oeuvres vendues et les sommes étonnantes atteintes par certaines, le NFT permet le développement de l’unicité dans le monde virtuel où la copie est standard. Elle devrait apporter des solutions dans le futur sur la gestion des droits d’auteurs et une certaine forme de reconquête de la propriété privé.

La consommation des plateformes utilisant une blockchain utilisant la proof of work a été discutée pendant la 4ème conférence. Des artistes s’en sont inquiétés comme Joanie Lemercier et ont partagé leur expérience sur le sujet.

Par contre, le sujet blanchiment d’argent n’a pas été évoqué. Les cryptoarts sont achetés et vendus en cryptomonnaies dont la provenance est anonyme (les écritures dans la blockchain bitcoin sont en clair mais les comptes sont anonymes et le reste tant que les cryptomonnaies ne sont pas converties en monnaie fiat « classique« ). Les créateurs de ransomware pourraient acheter des NFTs pour écouler leurs butins. Certains s’en inquiètent.

Et la seconde leçon s’applique à l’écosystème bitcoin. Clairement identifiés par deux professeurs spécialistes du bitcoin au cours des deux premières conférences et rejetés sans preuve pendant la dernière conférence, la consommation énergétique et le coût écologique (fabrication (et recyclage) des machines, cartes CPU, GPU, fermes de serveurs …) nécessaires au minage du bitcoin sont trop importants pour les bénéfices obtenus. Les données existent et sont publiques. Voir la note (2) pour les liens. Cela ne remet pas en cause les possibilités apportées par les blockchains de type preuve d’enjeux (proof of stake). L’écosystème Ethereum semble l’avoir compris ce qui n’est pas le cas du monde Bitcoin.

A ce jour, que cela plaise ou pas aux aficionados de la cryptomonnaie, le bitcoin est principalement utilisé pour la spéculation financière et le trading, et dans une moindre mesure, le paiement de ransomware, d’achats sur les darkwebs et le blanchiment d’argent (6). Il permet aussi d’acheter des Tesla et payer ses impôts à Zoug en Suisse. Toutes les discussions autour du remplacement du système monétaire ou bancaire par le bitcoin sont des vœux pieux de ses défenseurs et non une demande des gouvernements ou responsables des système financiers en place. Rien de ce que le système bancaire actuel apporte à des milliards d’habitants de la planète à commencer par les paiements, les salaires, les impôts … n’est opérationnel côté bitcoin. Ce dernier n’améliore en rien, n’apporte rien à la vie des citoyens à ce jour. Des solutions comme MPesa, en Afrique,  avec de simples portables, ont résolu des problèmes de bancarisation, bien plus rapidement, écologiquement et économiquement que ne le fera jamais le bitcoin dans sa version actuelle.

Fermes de serveurs blockchain PoW

Fermes de serveurs blockchain PoW

Si l’existence du bitcoin n’est là que pour maintenir la confiance qu’un système blockchain peut fonctionner à l’échelle mondiale (ce qui a été affirmé pendant la 4ème conférence), l’immense consommation énergétique du bitcoin et son empreinte écologique (y compris matériel – fabrication et recyclage) ne peut se justifier. De nouveau, sans remettre en cause le principe de la blockchain et de toutes ses applications d’aujourd’hui et de demain, la version bitcoin PoW est insoutenable écologiquement (unsustainable). Le bitcoin doit se réformer (7) ou disparaitre sous sa forme présente.

My own 0,02 satoshi.

A suivre.

Pierre Métivier
@PierreMetivier

Notes

  1. Minage au Kazakhstan. L’énergie en France est globalement décarboné. C’est donc pour des raisons économiques que l’entreprise mine au Kazakhstan. Voir (4)
  2. Il existe plusieurs sources y compris universitaires qui étudient la consommation électrique des cryptomonnaies, la plus connue étant l’Université de Cambridge mais aussi DigiEconomist / Joule, une nouvelle étude commune US/Chine journal Nature sans oublier le CNRS.
  3. La différence entre production et consommation d’électricité est d’environ 14 % que ce soit en France ou dans le monde. Production monde, consommation monde. (c) Statista
  4. Entre 60 et 75% du minage est en Chine, globalement alimenté au charbon, voir le tout récent article de la BBC. qui pourrait remettre les engagements des accords de la Cop de Paris.
  5. Deux communautés à priori opposées défendent les cryptomonnaies et en particulier le Bitcoin. La communauté open source / communs et aussi la communauté libertariaine « libertarians » Je rêve d’une étude permettant de comprendre les relations entre les deux communautés.
  6. Suite à la publication deu billet et à des échanges sur Twitter, j’ai clarifié mon propos sur l’usage principal du bitcoin et en particulier sur la partie illicite. Vous trouverez également deux liens vers des sources d’informations (Europol, Chainalysis) sur le sujet dans la partie « Pour aller plus loin« .
  7. La réforme du bitcoin est difficile. Passer à la PoS signifierait l’arrêt de l’industrie du minage. Les entreprises spécialisées ne vont pas d’elles-même arrêter leur activités.

Pour aller plus loin

Les atouts des entreprises qui résistent aux crises, une étude et deux séances des Mardis de l’innovation

MardisInno Entreprises et crises

MardisInno Entreprises et crises

La nouvelle étude internationale « Pérennité, innovation et résilience des entreprises », réalisée pendant 18 mois (automne 2019 – printemps 2021), ayant porté sur plus de 1000 entreprises à travers le monde a été présentée en deux parties dans le cadre des Mardis de l’Innovation par Marc Giget, de l’Académie des Technologies et du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation. La première intitulée « Comment les entreprises historiques dominent l’innovation dans le monde » a eu lieu le 3 novembre 2020 et vous pouvez retrouver le replay à la fin de ce billet. Présentée le 30 mars 2021, la seconde partie a été consacrée aux atouts des entreprises qui résistent aux crises. Comme le précise le programme, « L’étude s’appuie sur les facteurs fondamentaux de permanence de ces entreprises, de leurs principes, de leurs valeurs, de leurs stratégies de résistance, d’adaptation et de rebond. Elle analyse également les dynamiques spécifiques aux différentes catégories d’entreprises à grande résistance, allant des leaders historiques américains, aux groupes de luxe français, en passant par le Mittelstand allemand, les groupes japonais légendaires et les discrètes mais puissantes entreprises familiales. Un parcours passionnant au cœur des stratégies d’entreprises qui interpellent sur le rebond post-Covid-19. »

1 – La résilience des entreprises historiques japonaises.

La résilience des entreprises historiques japonaises

La résilience des entreprises historiques japonaises

Les entreprises japonaises sont obsédées par le futur, par leur pérennité (perpétuation) et leur constant renouveau. 52% des entreprises de plus de 3 siècles sont japonaises (vs 43% en Europe et 5% pour le reste du monde) et une douzaine ont plus de 1000 ans. Ces entreprises ont survécu aux multiples crises et conflits qui ont secoué le Japon. Leurs valeurs fondamentales allient qualité, sérénité, stabilité, sens du service, prudence de gestion et hardiesse en terme d’investissements, appuyées par une innovation continue. Elles se renouvellent en associant continuité des personnes (et des compétences) et transformation permanente. La continuité de l’identité de l’entreprise, ses valeurs et sa mission vont de pair avec l’obsession du leadership technologique. Quelques exemples étudiés :

  • Kongo-Gumi Co (1400 ans). En faillite en 2005, l’entreprise renait à l’intérieur d’un nouveau groupe et la famille est toujours présente.
  • Panasonic et son fondateur iconique Konosuke Matsushita.
  • FujiFilm. Face à la crise du passage de la photo argentique à numérique, Kodak et Fujifilm ont eu deux approches très différentes expliquant leurs parcours diamétralement opposés.
  • Nintendo et ces produits cultes planétaires. 4 valeurs-clé : Singularité, flexibilité, sincérité et humilité.

La culture vivante du Monozukuri est basée sur l’art et la joie de réaliser des choses aussi parfaites et aussi efficaces que possible, en harmonie avec la nature et la société humaine.
Importance de l’harmonie et de l’équilibre entre les différents partenaires (écosystème) d’une entreprise.

2  – Les entreprises familiales, notamment européennes.

Les entreprises familiales notamment européennes

Les entreprises familiales notamment européennes

Dans le monde, toutes tailles confondues, 80% des entreprises sont familiales. « Il n’y a pas que la bourse ! » La taille moyenne des 500 premières entreprises familiales mondiales correspond à  un CA moyen de 15 milliards de $ et 48 700 employés. L’âge moyen des 500 plus grosses entreprises familiales est de 80 ans. Parmi les 500, 230 sont européennes, 150 états-uniennes et 94 asiatiques (26 pour le reste du monde). En France, 78% des ETI sont familiales. Non seulement la croissances des entreprises familiales est plus élevée que celle des entreprises cotées mais elles résistent très bien aux crises.

Les priorités d’investissements en innovation des entreprises familiales comprennent l’amélioration des produits existants, le développement de nouveaux produits, l’innovation marketing, l’investissement en R&D, l’innovation en production et le développement de spécialités.

  • Focus sur Kongsberg, Norvège. « Ce qui définit le mieux Kongsberg, c’est l’avenir » pour son PDG.

Les six caractéristiques des entreprises résilientes aux crises et prospères depuis plusieurs générations sont vision à long terme, prudence financière, lien affectif avec l’activité, valeur et loyauté envers les employés, renouvellement entrepreneurial et philanthropie / responsabilité sociale (Peter Vogel, IMD Lausanne). Rester en phase avec la société, ne pas l’agresser sont nécessaire. La société qui réussie est bien au cœur de la société / de la région dans laquelle elle vit.

  • Focus sur l’Association des Hénokiens, le club des entreprises de plus de 200 ans et gérées par un descendant du fondateur.  Leurs six conseils concernant la stratégie intègrent vision à long terme, veiller constamment à la réputation de l’entreprise, innover et s’adapter en permanence. Et pour le contrôle , il faut rester indépendant, assurer au dirigeant la majorité des droits de vote et anticiper sa succession. Valeurs-clé : histoire et tradition, entreprise et famille, fidélité et engagement, mémoire et transmission, innovation et modernité.

Les PME françaises de plus de 100 ans, regroupés sous le label « Entreprises familiales centenaires » sont également très résilientes grâce à leur expérience, flexibilité, vision à long terme, solidité financière, cohésion des salariés et implication des dirigeants.

3 – Les entreprises françaises nées à la Belle Epoque.

Les entreprises françaises nées à la Belle Epoque

Les entreprises françaises nées à la Belle Epoque

Les grandes entreprises françaises nées à la Belle Epoque ont été globales dès leurs créations, avec une vision universelle. Elles sont caractérisées par leur excellence technique et esthétique, leur gestion décentralisée et leur adaptabilité. Elles ont traversé deux guerres mondiales et de nombreuses crises. Leur globalisation est un atout-clé (alors que la France ne représente que 0,7% de la population mondiale).

  • Focus sur LVMH – L’organisation en « maisons », cluster (ou pack) d’entreprises autonomes.

Le concept d’entrepreneur est né en France pendant cette période. La Belle Epoque, c’est aussi la création de l’économie sociale et solidaire.

4 – Les entreprises  du Mittelstand et les fondations allemandes.

Der Mittelstand

Der Mittelstand

Les atouts fondamentaux assurant la résistance, la résilience et l’expansion des entreprises du Mittelstand. La culture familiale est omniprésente. Les atouts fondamentaux incluent propriété familiale, continuité générationnelle, objectif à long terme, indépendance, agilité et souplesse, attachement émotionnel, investissement dans les employés, lean management, innovation continue, orientation client, responsabilité sociale et liens régionaux très forts. Exemples.

  • Kehr & Sohn (1844) fabrique les meilleures balances du monde depuis 8 générations.  Etre le meilleur mondial sur un marché très précis est son modèle. La relation de confiance – entreprises, fournisseurs, clients – est clé dans la réussite des entreprises du Mittelstand.
  • Schott fabriquent verres et céramiques hautes performances).  Société sœur de l’entreprise Zeiss, elles sont toutes deux controlées par la fondation philanthropique Carl Zeiss dédiée à la science, assurant une protection contre les tentatives d’acquisition.

5 – Les entreprises historiques et familiales américaines.

Les entreprises historiques et familiales américaines

Les entreprises historiques et familiales américaines

La moitié des 500 principales entreprises américaines (en CA) ont plus de 75 ans, et 200 plus de 100 ans . « Il n’y a pas que les GAFA » Certaines entreprises sont iconiques de l’histoire des US (JP Morgan, Coca-Cola, Boeing, Lockheed, 3M, Dupont, Wells Fargo, Ford, Kellogs …). Il existe un vrai respect pour les entreprises et les entrepreneurs  historiques aux US, beaucoup plus qu’en France où aucun chef d’entreprises ne figure dans les 100 français préférés, nous rappelle Marc Giget.

Aux États-Unis également, les entreprises familiales résistent mieux à la crise. Deux exemples :

  • Harley-Davidson, le mythe américain absolu.
  • 3M – l’innovation est bien mise en valeur parmi les valeurs de l’entreprise. La société propose près de 100 nouveaux produits par mois. La reconnaissance et la valorisation des personnes font partie de la culture de l’entreprise.

6 – Le renouveau constant des groupes mondiaux emblématiques multimarques.

En parallèle des «maisons» de luxe, d’autres groupes adoptent la même approche comme le Groupe SEB. Indépendance des entreprises / marques acquises. Gestion souple et continue face à la crise.

7 – Synthèse

Les facteurs fondamentaux de la pérennité et de la résilience par l’innovation.

Des stratégies holistiques, riches d’une grande diversité. Tradition plutôt qu’héritage, renouveau plutôt que nouveau.  Parmi les points-clés – promotion des employés, innovation, maitrise du temps long, transmission, relation harmonieuse à la société, intimité avec les clients et les fournisseurs, innovation totale, le « tous ensemble », dirigeants visionnaires, autonomie financière, utilité sociale et philanthropie, réputation et notoriété.

Résilience des entreprises

Résilience des entreprises

Transmission et innovation sont de mêmes natures.

Facteurs-clés de résistance et résilience des entreprises spécifiques à la crise de la Covid-19.

Résilience des entreprises

Résilience des entreprises

Et fin de la conférence en deux parties indépendantes, à voir et à revoir en replay, ci-dessous et sur la chaine YouTube des Mardis de l’Innovation.

  • « Les atouts des entreprises qui résistent aux crises », le replay de la conférence du 30 mars 2021.

  • « Comment les entreprises historiques dominent l’innovation dans le monde » le replay de la conférence du 3 novembre 2020.

A suivre « saecula saeculorum ».

Pierre Métivier
@PierreMetivier

Pour aller plus loin

  • L’étude « Pérennité, innovation et résilience des entreprises » de Marc Giget et Véronique Hillen, A paraître, 1er semestre 2021
  • Le site du Cercle des Entreprises Centenaires
  • Le site du Cercle des Henokiens
  • L’approche FCLTGlobal sur les facteurs favorisant la résistance des entreprises et leur capacité à créer de la richesse sur le long terme.
  • La chaine YouTube des Mardis de l’Innovation

 

« L’influence de la Femme au Siècle des Nouvelles Technologies du Numérique », une conférence de l’IREST dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes.

L’influence de la Femme au Siècle des Nouvelles Technologies du Numérique

L’influence de la Femme au Siècle des Nouvelles Technologies du Numérique

La conférence intitulée  « L’influence de la Femme au Siècle des Nouvelles Technologies du Numérique » organisée par l’IREST (Institut de Recherches Economiques et Sociales sur les Télécommunications) avec le soutien du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation s’est déroulée le 11 mars 2021 dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes. 

Le pitch de la conférence : « Lors des dernières révolutions industrielles, l’émergence progressive du travail des femmes pouvait être perçue comme une nécessité économique et sociétale. Elles prônaient un modèle sociétal appuyé par une natalité maîtrisée où l’activité féminine permettait d’augmenter les revenus familiaux ainsi que le niveau d’éducation des enfants, toutefois leur accès à l’égalité et au pouvoir restait limité. Aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies numériques, cette révolution pourrait théoriquement élargir le champ d’action des femmes actives avec de nouvelles opportunités professionnelles, un meilleur équilibre travail-vie de famille et davantage de parité. Les traits typiquement associés aux femmes comme l’enseignement, la coopération, la communication partagée semblent des qualités clés de réussite dans cette actuelle révolution numérique. Comment cette transformation digitale offrira-t-elle à la Femme la possibilité de façonner davantage ce monde ou au contraire l’exclura elle de son « leadership » ? »

Des intervenantes en provenance de milieux très variées (politique, université, entreprise, recherche, cinéma et sport) ont partagé leurs expériences et leurs conseils sur ces questions après une première intervention de Marc Giget qui a rappelé la place prépondérante de la femme dans l’histoire de l’informatique.

Si vous n’avez eu l’occasion d’y assister ou si vous souhaitez revoir tout ou partie des interventions, vous retrouverez ci-dessus les vidéos séquencées (en cliquant sur les images) ainsi qu’un bref résumé de chaque intervention.

Après l’ouverture par Dominique Balbi, Vice présidente de l’IREST et Sylvie Borzakian, Directrice du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation,  Marc Giget, Club de Paris des Directeurs de l’Innovation, a présenté une keynote intitulée Les femmes et l’informatique, de pionnières à minoritaires.

Richement documentée, la présentation de Marc Giget a balayé l’histoire des liens entre les femmes et l’informatique. De pionnières à minoritaires, d’Ada Lovelace bien sûr au Dr Grace Murray Hopper, la mère des ordinateurs en passant par la fabuleuse histoire des Flappers, un mouvement né aux US après la première guerre mondiale, l’aviatrice Amelia Earhart, Katharine Wright, l’indispensable soeur des frères Wright, les code breakers de la 2ème guerre mondiale, l’étonnante Hedy Lamarr, les ENIAC girls ou Margaret Hamilton, la responsable du code de la Mission Apollo. La masculinisation de l’informatique s’est produite relativement récemment et cette absence des femmes dans la conception des réseaux sociaux (et de nombreux autres domaines comme l’IA) a des impacts négatifs très forts, ce que nous verrons tout au long des interventions.

Marc Giget, Academie des Technologies

Marc Giget, Académie des Technologies

Christine Hennion, Députée des Hauts-de-Seine et Présidente de Femmes@Numérique a présenté le Baromètre numérique sur la place des femmes dans l’économie digitale.

Un constat alarmant : seules 3% des bachelières ont choisi l’option numérique. Elle sont 9% dans les métiers infrastructures et réseaux, 17% dans les métiers de la programmation et du développement, 24% dans les métiers de l’expertise et du conseil numérique et 45% dans les métiers de l’analyse des données et de l’IA.

Christine Hennion, FemmesNumerique

Christine Hennion, FemmesNumerique

Marie-Christine Levet, fondatrice et présidente d’Educapital. L’accès au capital pour les femmes entrepreneurs dans l’économie numérique.

Son parcours part du monde de l’entreprise (Andersen consulting, Disney, PepsiCo) avant le web et la création de Lycos puis la direction de Club Internet et NextRadio TV. Sa dernière aventure, Educapital est la première plateforme d’investissement dans l’éducation innovante. Marie-Christine oeuvre pour la promotion de l’entreprenariat féminin. L’école a un rôle prépondérant tout comme les « role models » féminins. Il faut encourager les jeunes filles à choisir des carrières scientifiques même si l n’y a pas besoin d’être scientifique pour travailler dans le web nous dit-elle. « Chers parents, attention aux jeux que vous offrez aux enfants. » Réduisons les stéréotypes !

Marie Christine Levet, Educapital

Marie Christine Levet, Educapital

Sarah Saint-Michel, maître de conférences, Ecole de Management de la SorbonneLe leadership à l’ère digitale : Quelle sera l’influence des femmes ?

Sarah aborde la quatrième révolution industrielle avec une approche basée sur les compétences comportementales (les softskills). Etre une femme leader, c’est le parcours de la combattante. Il faut transformer le modèle actuel en un modèle de leadership inclusif en 5 points-clé : Développer une vision inspirante du futur, sortir du cadre et être innovant(e), bienveillance, écoute et altruisme, l’exemplarité : incarner ses valeurs et l’authenticité. « Osons faire preuve de leadership pour un monde plus égalitaire. » conclut-elle.

Sarah Saint Michel, Sorbonne

Sarah Saint Michel, Sorbonne

Laurence Devillers, Professeur en IA et éthique, Sorbonne, LISN-CNRS (Saclay), L’intelligence Artificielle : Comment éviter un paysage IA sans la perspective des femmes ?

80% des concepteurs et codeurs sont des hommes, et 80% des objets connectés ont des voix et des noms de femmes nous rappelle Laurence. « Pourquoi Super Mario et non Super Maria, pourquoi les GPS ont-ils des voix de femmes, . … » Elle nous montre que de nombreux produits et services présentent des problèmes de sexisme et comportent de nombreux stéréotypes. De nombreux biais des données et représentations existent par le manque de présence féminine dans ces domaines. Des projets autour d’une intimité avec les machines / affective computing se développent. L’IA renforce les biais de genre en santé, justice et recrutement. Pour conclure, elle nous propose sa lettre aux 1000 petites filles (et 1000 petits garçons) qui naitront aujourd’hui dans le cadre de la Journée Internationale des Droits des Femmes.

Laurence Devillers, CNRS

Laurence Devillers, CNRS

Brigitte Henriques, Vice-présidente de la Fédération Française de FootballLe football au féminin
A travers l’histoire d’une petite fille de 6 ans triste de ne pas pouvoir s’inscrire dans un club de foot, on découvre la longue et difficile ascension du foot féminin en France, vécue et décrite avec passion par Brigitte Henriques. Aujourd’hui, elles sont plus de 207 000 licenciées, 37 000 dirigeantes et plus de 1000 arbitres. Comme l’avait abordé Marie-Christine Levet, les « role models »  féminins (en l’occurence les joueuses de l’équipe de France) ont un rôle clé dans l’engouement du foot féminin. « La plus value n’est pas d’avoir des femmes à la fédération, c’est la mixité – hommes et femmes. » Le club des 100 femmes dirigeantes du foot féminin a été créé pour donner un coup de pouce au développement à la féminisation des directions de club de football.

Brigitte Henriques, FFF

Brigitte Henriques, FFF

Florent Pratlong, Directeur du Master Management Innovation des Technologies, Université PARIS 1 Panthéon Sorbonne, un des partenaires de la soirée, a présenté le master sous la houlette bienveillante de Marie Curie.

Florent Pratlong, IMT, Sorbonne

Florent Pratlong, IMT, Sorbonne

Enfin, une invité surprise, Isabelle Simeoni, Autrice et Réalisatrice, nous a parlé de son dernier documentaire, Regard noirs  avec Aissa Maiga sur la représentation des femmes noires au cinéma, mettant en évidence un manque de diversité flagrant.

Isabelle Simeoni

Isabelle Simeoni

Cette belle soirée s’est terminée avec une dynamique session de questions/réponses avec les intervenants. Un événement à (re)vivre quand vous le souhaitez en intégralité sur la chaîne des Mardis de l’Innovation.

A suivre

Pierre Métivier
@pierremetivier

Pour aller plus loin

Les femmes de l'informatique

Les femmes de l’informatique