Une nouvelle étonnante application de la technologie NFC dans la foodtech … quoique.

NFC Food sensor (c) University of Texas at Austin

NFC Food sensor (c) University of Texas at Austin

Quand on pense aux applications et services développés grâce à la technologie sans contact NFC , en premier vient le paiement, puis les cartes de transport, et l’accès, ses cartes vous permettant d’accéder à votre bureau. Il y a de nombreuses applications que ce blog s’efforce à vous présenter régulièrement aussi bien dans l’énergie, la mode, le commerce, la smart city, la smart home, le tourisme, le vin, les jeux, les voitures, l’affichage urbain, la sécurité, … et plein d’autres domaines grand public et industriels.

Ceci dit, un article récent de Michael Wolf dans TheSpoon, un blog autour de la foodtech, intitulé  » Scientists Transform NFC Tags Into Spoiled Meat Sensors « , présente les travaux de chercheurs de l’Université du Texas à Austin travaillant sur un capteur de gaz directement intégré à une étiquette NFC permettant la mesure du degré de fraicheur d’une nourriture. Ce capteur serait capable de détecter des « amines biogènes » qui sont produites en grande quantité lors de la décomposition d’une viande par exemple. Pour la suite, la description est un peu floue, « le capteur déclencherait les NFCs qui transmettraient l’information à un mobile proche » (*) ce qui me parait difficile techniquement si l’étiquette est passive. Il faut plutôt lire, «il sera donc possible, en approchant simplement un mobile NFC du paquet de viande dont l’emballage (ou un packaging / vitrine adapté) est équipé de l’étiquette NFC modifiée de savoir si la viande est consommable ou pas». L’article rappelle que « Selon les centres américains de contrôle et de prévention des maladies, 48 millions de personnes aux États-Unis sont victimes d’intoxications alimentaires. Environ 125 000 personnes sont hospitalisées et 3 000 en meurent». C’est donc bien plus qu’une simple expérimentation mais une recherche fondamentale pour réduire le nombre de victimes d’intoxications alimentaires.

Another RFID food sensor

Another RFID food sensor – 2011

Ce détournement de la technologie NFC / RFID pour une utilisation liée à la fraicheur d’un aliment n’est pas une première. En 2011, dans le cadre de la RFID Journal Live Conference autour de la RFID, la famille de protocoles de communication dont fait partie le NFC, une entreprise, Avery-Dennison, montrait sur son stand une expérimentation à la finalité équivalente mais avec une approche technologique différente. Nous en avions parlé dans ce blog. Cette expérience consistait à enduire une étiquette RFID d’un produit chimique sensible à l’ammoniaque. L’augmentation du niveau d’ammoniaque dans l’atmosphère faisait réagir le produit chimique et changeait les caractéristiques de l’étiquette. Lorsque l’étiquette RFID était lue, l’information renvoyée était différente suivant le niveau d’ammoniaque, ce qui permettait de mesurer de manière très économique la qualité d’une nourriture telle que le poisson cru d’un sashimi ou d’un sushi.

Ce double détournement étonnant de technologie pourrait avoir des conséquences très positives dans le domaine de la santé.

A suivre.

Pierrre Métivier

Pour aller plus loin

(*) The sensors then switched on the NFCs so they could transmit this information to a nearby smartphone.

Les domaines d'applications du NFC (c) Pierre Metivier

Les domaines d’applications du NFC (c) Pierre Metivier

Le béton connecté, c’est du concret(e) : un bref compte rendu des salons « Intermat » et « World of Concrete ».

Béton connecté

Béton connecté

Un jeu de mot qui fonctionne beaucoup mieux en anglais qu’en français puisque « concrete » en anglais signifie aussi bien concret / réel que béton.

Ceci dit, « the facts remain ». Dans la smart city de demain, il n’y aura pas que les voitures, les vélos partagés, les bâtiments, la signalisation, les compteurs d’énergie, les transports en communs, les portes, les lampadaires … qui seront connectés. Les composants de base de la construction eux-mêmes le seront. Les acteurs des industries à la fois cimentières et de la construction en sont bien conscients. Nous les avions laissé à l’occasion des Rencontres de l’Industrie Cimentière à la Station F le 18 janvier 2018. Nous les retrouvons à l’occasion des salons conjoints «  World of Concrete et Intermat » qui se sont tenus à Paris Villepinte le 27 avril 2018 et en particulier pour des échanges plus approfondis avec deux des startups présentes le 18 janvier – 360 Smart Connect et XTREEE au cours d’une table ronde.

Un petit rappel, pour les lecteurs férus d’innovations numériques et habitués au CES de Las Vegas, au MWC de Barcelone ou à Vivatech à Paris, le salon Intermat regroupe tous les 3 ans l’ensemble des acteurs de la construction et des travaux publics. 1500 exposants, 200 000 visiteurs en provenance de 167 pays (2018). Le salon «  World of Concrete » est donc spécialisé dans la filière béton. Parce que l’innovation n’est pas que numérique, nous vous encourageons à regarder, aussi bien les lauréats que les nominés aux Awards du Salon Intermat pour découvrir la richesse de l’innovation dans cette industrie.

En ce qui concerne la table ronde, elle a commencé par une présentation du nouvellement créé Cement Lab, un espace pour l’innovation dans l’industrie cimentière lancé à la Station F, pour passer des idées à la réalisation. La Station F est un exemple d’un bâtiment industriel transformé en bâtiment tertiaire. Pour Rolland MELET, fondateur de 360 Smart Connect, le Cement Lab a une grande importance, car il permet la prise de  conscience que ce qui s’est passé dans la musique, l’hôtellerie, les taxis, la voiture, peut et va arriver dans la construction.

Le «  béton connecté », alliant technologie NFC intégré dans le béton et la plateforme de gestion de ces étiquettes et des données générées, permet de connecter l’ouvrage à ses données. Il est adapté au monde de la construction, économique dans le moyen d’accès puisqu’un smartphone suffit sans application à installer (webapps) et il est simple à déployer. La donnée est le nouveau composant du béton (tout comme le gravier, le sable, le ciment et bien d’autres). Les produits de la société permettent, par exemple, le suivi des tests béton (reliant le résultat du test et la maquette en supprimant les risques d’erreurs) ou des pièces préfabriquées.

Le «  béton connecté »  permet de créer de la matière communicante, intégrer la traçabilité des matériaux et permet la gestion du BIM (*) distribué bine plus efficace que le level 3, centralisé. Pour Rolland, le béton est généreux, c’est une matière géniale, qui accepte sans sourciller de l’électronique sans l’abimer, la protège au contraire. Le béton est « digitalo-compatible ».

360 SmartConnect

360 SmartConnect

XTREEE - Récifs artificiels

XTREEE – Récifs artificiels

Autre acteur de l’innovation autour du béton, Xtreee. Alban Mallet, son CEO, nous dit que l’impression 3D en béton n’a aucun intérêt pour faire des murs droits. L’industrie sait très bien le faire. Il y a bien sûr des interactions entre construction traditionnelle et impression béton 3D. Parmi les réalisations concrètes : des récifs artificiels en béton. Contrairement aux blocs de béton utilisés jusqu’à présent, les formes sophistiqués sont adaptées à tous les poissons et favorisent la biodiversité. Il existe un seuil de rentabilité entre impression 3D béton et moules / coffrages comme au Mucem ou au stade Jean Bouin.

XTREEE – Poteau Krypton

Le ciment et béton ont permis de couler la pierre, permettre des innovations architecturales depuis leurs création. De même, l’impression 3D béton permet de créer des formes autrement impossibles à générer.  Deux exemples : le poteau Krypton en 2016 à Aix-en-Provence ou le collecteur d’eau de pluie développé avec Point P.

 

Les technologies type béton connecté et impression 3D en béton sont bien concrètes et et ne sont que deux parmi de nombreuses innovations à venir ouvrant un champ nouveau des possibles de la construction, une industrie en plein renouvellement, intégrant des éléments clés de la smart city en devenir.

A suivre

Pierre Métivier

PS. Notons que les badges d’accès au salon « World of Concret » étaient eux-même réalisés en béton.

(*) Building Information Modeling. Un process basé sur un modèle 3D regroupant les informations et les outils nécessaires pour planifier, concevoir, construire et gérer plus efficacement des bâtiments et des infrastructures. Définition adaptée librement d’AutoDesk  et de Wikipedia.

Pour aller plus loin

Intermat Village Startup

Intermat Village Startup

Quand la technologie RFID est l’origine du PIA et du RGPD, le Règlement Général de la Protection des Données

RFID RGPD et PIA

RFID RGPD et PIA

L’article aurait pu s’appeler  « La petite histoire de la naissance du Règlement Général de la Protection des Données » ou « Quand la règlementation se trompe de cible. » ou « De la surveillance d’une technologie à celle de l’utilisation des données ou la naissance du PIA et du RGPD ».

Au début des années 2000, avant que l’on parle réellement d’objets connectés grands publics, il y avait déjà un internet des objets industriels, composé principalement de solutions type M2M (Machine To Machine) et d’applications à base de technologie RFID. Cette dernière technologie a été toujours victime d’une image négative, pour de nombreuses raisons y compris une boite de nuit barcelonaise mais ceci est une autre histoire. Il y avait les « puces RFID » qu’il fallait tuer dès leur sortie du magasin où elles étaient utilisées (ou au moins les rendre silencieuses.) car elles allaient permettre de tout savoir de notre vie privée. Les malfrats de tout genre allaient savoir ce que l’on avait acheté en magasin, faire le lien avec nos déplacements, nos données bancaires, tout cela en écoutant les fameuses puces, c’étaient facile et sans danger.

Le silence des puces

Le silence des puces

Longtemps en gestation, le concept de « silence des puces » est adopté au niveau européen en 2008 et le RFID PIA Framework l’est en 2011. La CNIL développe alors une première version du désormais célèbre PIA (Privacy Impact Assessment) mais uniquement dédié à la technologie RFID (et à aucune autre technologie de l’époque comme les beacons par exemple ou de nombreux autre objets connectés pourtant déjà disponibles). Seules les entreprises développant / utilisant des services RFID devaient remplir ce document. A ma connaissance, peu l’ont fait mais c’est également une autre histoire.

Il y a 4 ans, en 2014, dans un article « L’internet des objets sonne le glas du « silence des puces » », au titre provocateur par rapport aux défenseurs du concept de PIA uniquement dédié à la RFID, j’explique que cela ne fait pas sens de ne l’appliquer qu’à cette technologie car

  1. cette technologie n’a pas généré d’atteintes à la vie privée connues malgré les articles nous prédisant le pire et qu’en pleine affaire Snowden, de nombreuses technologies et services sont mises en cause dans le vol des données mais pas la RFID.
  2. ce principe doit s’appliquer aux réseaux sociaux, à Google, aux mobiles, à tous les objets connectés, à toutes les sociétés ou services captant et gérant de la donnée quelque soit la technologie. Le problème n’est pas la technologie captant les données, mais les données elles-même et leur utilisation.

Deux extraits de l’article de 2014

Le RGPD avant l'heure - 2014 - Pierre Métivier

Le RGPD avant l’heure – 2014 – Pierre Métivier

Le RGPD avant l’heure – 2014 – Pierre Métivier

Peu de personnes #euphémisme expliquaient à ce moment là que ce PIA (Privacy Impact Assesment) devait s’appliquer à tous les services générant des données et pas uniquement à la technologie RFID. #duralexsedlex

Depuis quatre ans, le projet qui a donné naissance au RGPD s’est déplacé au bon endroit, c’est à dire, au niveau des données elle-même (et de leur utilisation) et non des technologies qui les génèrent. Il a fallu un peu de temps, quelques années, un pivot comme pour les startups, mais c’est fait avec la nouvelle version du PIA (qui a gardé le même nom), un PIA 2.0 et de la RGPD et c’est une très bonne nouvelle.

Comme souvent écrit, une technologie n’est ni bonne ni mauvaise, elle est ce que les hommes en font, que ce soit en terme d’utilisation et de réglementation.

Bon courage à toutes les entreprises qui doivent prendre en compte ce règlement d’ici le 25 mai et aux équipes de la CNIL pour le faire respecter.

Et salutations amicales à Bernard, Gérald, Michel et mes amis de la CNIL et de ConnectWave (ex CN RFID).

A suivre.

Pierre Metivier
@pierremetivier

Pour aller plus loin

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer