Paiement mobile sans contact – le rachat de Softcard par Google est-il une bonne ou une mauvaise idée ?

février 26, 2015
Google Wallet, Softcard and Apple Pay

Google Wallet, Softcard and Apple Pay

Google a donc officiellement annoncé le rachat de Softcard, un concurrent important sur le marché du paiement mobile sans contact. Un achat de plus pour Google mais aussi un événement important dans la bataille du paiement par mobile et en particulier dans les commerces aux États-Unis et à plus long terme sur le reste de la planète.

Les commentaires sont divers, de toutes les nuances de l’arc-en-ciel, de l’enthousiasme à l’incrédulité. Citons en particulier l’article de Patrice Bernard, du toujours très documenté blog « C’est pas mon idée« , qui a titré « Google Wallet s’enfonce dans l’impasse » et qui a des mots très durs pour qualifier la stratégie de l’entreprise.

Pour bien comprendre les enjeux lorsqu’on n’est pas spécialiste, un minimum d’explication est nécessaire.

Il faut d’abord bien distinguer le paiement dans les commerces de proximité (90% du marché) et le paiement en ligne (environ 10%) – chiffres Forrester sans oublier le paiement sur facture opérateur ; le sujet du jour étant le paiement mobile dans le commerce de proximité.

Pour qu’un moyen de paiement soit utilisé par un consommateur dans un magasin, il faut

  1. qu’il soit accepté par les commerçants. Dans les commerces, on paie en cash, par chèque (de toutes sortes y compris titres-restaurant, cadeaux, vacances), en carte de paiement (bancaires ou privatives, débit, crédit, pré-payé),… Tous ces moyens ne sont pas pris partout, y compris le cash, refusé par exemple dans les bus de Londres. La liste des points de vente acceptant un moyen de paiement s’appelle le réseau de d’acceptation. Et donc plus ce réseau est grand, plus votre moyen de paiement est accepté. Mais sa création est très difficile pour tout nouvel entrant du marché.
  2. qu’il soit dans la poche / le sac / la main du consommateur. Et ce n’est pas beaucoup plus simple.

Sur la partie paiement mobile, ajoutons qu’un grand nombre d’acteurs sont impliqués. Il y a d’abord le commerçant et sa banque, le client et sa banque, les sociétés de cartes bancaires. Il faut y rajouter les fabricants de mobiles, les fabricants d’OS sur lesquelles les applications de paiement doivent fonctionner. Et il ne faut pas oublier les solutions technologiques nombreuses nécessaires à la protection des données sensibles et en particulier le paiement. Plus la protection est importante, moins la fraude l’est mais plus le développement peut être complexe et cher.

Revenons au concept de réseau d’acceptation. Celui des cartes bancaires est de loin le plus important (après l’acceptation du cash) partout dans le monde. Ce sont les terminaux de paiement électroniques (TPE) que l’on voit partout dans les magasins. Pour accéder à ces TPE par carte sans contact et mobile, la technologie proposée par les industriels est le NFC, permettant des transactions simples et rapides sur des TPE bi-mode, avec et sans contact, en cours de mis à jour partout dans le monde. Il y a quelques autres solutions privatives en magasin à base de QRCode comme celles de Starbucks ou d’Auchan – FlashPay en France avec leurs avantages et leurs inconvénients. Un autre débat.

Ce long préambule était important pour expliquer le rachat de Softcard par Google. Aux US, jusqu’à fin 2014, deux acteurs proposés une solution de paiement par mobile sans contact en magasin (utilisant donc le réseau d’acceptation des cartes bancaires) : Google et son Google Wallet (une solution carte pré-payée avec un opérateur Sprint) et puis Softcard donc, associant les autres opérateurs telecom américains proposant une solution de paiement proche de celle qu’on trouve en France dans les principales banques (BNPParibas, Crédit Mutuel, CIC, la Banque Postale ou la Société Générale) en coopération avec les opérateurs télécom.

L’arrivée de l’iPhone 6 et de l’Apple Pay en septembre a dynamisé ce marché du paiement mobile de proximité. Ce lancement a également confirmé l’importance, même pour Apple, de travailler avec

  • LE réseau d’acceptation des cartes bancaires et
  • le NFC comme technologie d’échange entre les mobiles et le TPE.

Pour reprendre nos deux points de départ, Apple n’a pas son pareil pour mettre des produits et des services dans les mains de ses utilisateurs. Et Apple a choisi le réseau d’acceptation principal, celui des cartes bancaires en utilisant la technologie NFC. Tous les échanges entre TPE et iPhone 6 sont NFC et toutes ces solutions – Apple Pay, Softcard ou Google Wallet peuvent donc payer sur les millions de TPE sans contact partout dans le monde. Et qu’on regarde partout ailleurs, y compris dans la direction de Paypal, il n’y a pas d’autres solutions « universelles » (1) de paiement mobile en magasin que le paiement sans contact permis par la technologie NFC.

Apple s’est associée aux banques (et les cartes de paiement qu’elles commercialisent) pour lancer Apple Pay. Google, en intégrant Softcard, gagne non seulement des consommateurs ayant l’habitude de payer en sans contact, mais surtout, la possibilité de placer, chez tous les opérateurs américains son wallet comme solution par défaut.

LoopPay and Samsung

LoopPay and Samsung

Ce qui fait que si vous êtes sur iPhone 6, vous avez une solution de paiement avec votre carte de paiement dématérialisé sur votre mobile, et si vous êtes sur mobile Android, vous avez une solution, quelque soit votre opérateur avec le Google Wallet. Un partage pas forcément au gout de Samsung qui en rachetant LoopPay il y a quelques jours, a acquis une technologie qui, intégrée dans les mobiles de la marque, pourrait permettre de développer une troisième solution; pourrait car dans l’état actuel des connaissances, la solution LoopPay n’est pas compatible EMV et donc se couperait d’une grande partie des TPE de la planète hors US.

Tout cela pour répondre à la question posée dans le titre de ce post. Ce rachat de Softcard est une excellente initiative pour Google, qui utilisait déjà le réseau d’acceptation CB (point #1) mais qui avec ce rachat va se retrouver chez tous les principaux opérateurs mobiles US et donc chez leurs clients (Point #2), une base installée qui lui faisait défaut.

Les deux messages-clé envoyés par Apple avec Apple Pay et confirmés par Google en rachetant Softcard sont que :

  1. la façon la plus simple de payer avec un mobile est de simplement poser brièvement le mobile sur le TPE ou « tap » d’un geste volontaire, sans charger d’application et sans autre manipulation (2)
  2. le choix logique pour réaliser cette simplicité et cette rapidité est la technologie NFC.

Sans minimiser l’importance du choix de la solution technologique en terme de sécurité – HCE, embedded SE, SIM based, tokenisation, .., ce débat n’est plus réellement celui qui compte (hors des industriels concernés bien entendu). Toutes ces versions co-existeront probablement encore longtemps autour d’une infrastructure commune qui s’étendra par delà les commerces, dans le transport et dans la ville par exemple comme on le voit déjà dans les transports londoniens.

Enfin, il sera bien difficile à d’autres solutions d’exister (rappelez vous les articles sur le paiement par beacon qui allaient tout balayer, paiement qui a disparu même chez son instigateur Paypal). Pour cette dernière entreprise, il sera intéressant de voir les prochaines annonces sur le paiement mobile dans le monde du commerce physique. Un Wallet Paypal NFC ne serait pas compliqué à développer (il a même déjà été testé il y a quelques années), mais les accords sur le partage de la valeur, les fameuses commissions, seraient certainement plus complexes. Il reste également à voir se développer la solution de paiement Current C que les grandes chaines américaines regroupées dans l’association MCX souhaitent mettre au point pour alléger leur dépendance au système cartes bancaires actuel.

Rendez-vous au Mobile World Congress de Barcelone dès la semaine prochaine ou le 11 mars à la matinée Paiement mobile de l’ACSEL où nul doute que ce sujet et bien d’autres seront abordés et nous y serons !

A suivre

@PierreMétivier

Notes

  1. Mettons de côté les solutions QR Code de Starbucks, ou FlashPay d’Auchan, solutions possibles dans des environnements fermés mais que l’on peut guère qualifier d’universelle.
  2. Il est possible de rajouter une couche de biométrie (Apple Pay) mais ce n’est pas obligatoire.

Quelques articles sur ce sujet (y compris dans le blog)


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