Archives pour la catégorie Compte rendu

Prototypes, de l’expérimentation à l’innovation, une exposition passionnante au Musée des arts et métiers

Exposition Prototypes aux Musée des arts et métiers

Exposition Prototypes aux Musée des arts et métiers

Le Musée des arts et métiers est de nouveau ouvert depuis le 11 juillet. Vous pouvez désormais (de nouveau) visiter le « temple » (et l’ancienne église Saint Martin des Champs) de l’invention, de l’innovation et de l’histoire des sciences et des technologies, découvrir les premières calculatrices digitales (celles qu’on utilisent avec les doigts), la Pascaline ou un Cray, les premiers appareils photos, radios, télévisions, des instruments de navigations tels de magnifiques astrolabes, les premiers vélos et appareils photos, des maquettes architecturales ou industrielles incroyables, des outils et des robots étonnants, le laboratoire de Lavoisier, le fardeau de Cugnier, « l’avion » de Clément Ader, …

L’histoire des innovations, des sciences et des technologies est réunie en cet endroit étonnant. (*).

Le Musée a donc ré-ouvert avec quelques aménagements liés à la crise de la Covid-19, avec des ateliers flash plus courts et un parcours de visite plus organisé mais rassurez-vous, les parquets craquent toujours, les magnifiques vitrines de bois et de verres sont toujours présentes et bien alignées, ainsi bien sûr que LE Pendule de Foucault.

L’accès à l’exposition temporaire intitulée «  Prototypes, de l’expérimentation à l’innovation  » et sous titré «  Du robot bipède au cœur artificiel, en passant par le Minitel… L’épopée des prototypes » est également désormais possible et elle est prolongée jusqu’au 6 septembre.

Extrait des documents sur l’exposition (pour éviter de paraphraser inutilement la présentation du but de cette exposition)

Mais à quoi servent les prototypes

Mais à quoi servent les prototypes

«  L’exposition Prototypes. De l’expérimentation à l’innovation présente au public près d’une trentaine d’objets et instruments précurseurs. Premiers modèles expérimentaux de robot bipède, de piège à neutrons, du cœur artificiel, du Minitel ou encore du bistouri laser, ces témoins parfois éphémères révèlent aux visiteurs toute l’ingéniosité de la recherche « en train de se faire ».

Indispensables aux petites et grandes découvertes, ces « premiers types » d’expérimentation sont souvent voués à disparaître. Ils sont pourtant une source cruciale pour comprendre le fonctionnement de la recherche scientifique. Les prototypes racontent les coulisses des laboratoires ; leur histoire fait prendre conscience des défis mais aussi des difficultés et des hésitations. Par leur conception, ces objets dévoilent les succès, les errements et les échecs. À la fois uniques et menacés, ils sont aujourd’hui un patrimoine précieux à préserver pour les générations futures. »

La question sous-jacente posée par cette exposition est la « patrimonialisation »  de la recherche et des innovations. Quelle trace doit-on garder de l’idée, à la conception, jusqu’à l’industrialisation, quels éléments de la recherche, des inventions, des prototypes jusqu’aux innovations ?  Et le temps est parfois long entre le prototype et l’innovation et les prototypes nombreux. Le cœur artificiel du professeur Carpentier a été « imaginé » en 1980. Le prototype présenté date de 1991, et la première implantation humaine a eu lieu en 2013. Le catalogue de l’exposition cite la pile de Volta qui ne trouvera ses premières applications que 100 ans après sa création. De même pour la carte à puce de Roland Moreno, destiné originellement à l’ancêtre du Dossier Medical Personnalisé et qui sera commercialisée avec les premières cartes téléphoniques dix ans après.

Quelques prototypes - arts et métiers

Quelques prototypes – arts et métiers

L’exposition, très compacte, introduit des éléments de réponse à travers des prototypes très divers présentés dans leur contexte, en quatre modules  – les prototypes de la recherche, la fabrique de l’instrumentation scientifique, le transfert de l’innovation et le patrimoine de la recherche.

Les prototypes présentés sont variés, dans tous les domaines, grands publics et industriels. Chacun a son histoire propre et partage une leçon utile à tout responsable de l’innovation des entreprises et globalement tout passionné des sciences et des technologies. Citons quelques exemples dans un ordre chronologique.

  • Prototype de l’électroaimant de Pierre Weiss, vers 1896
  • Prototype de la première carte routière Michelin au 1/200000, 1908
  • Colonne du microscope électronique magnétique à grand pouvoir de résolution dit « l’Ancêtre », 1942
  • Pneu dit « Cage à mouche », Michelin, qui deviendra le pneu radial, 1946
  • Terminal pour l’expérimentation de l’annuaire électronique, 1980 (plus tard appelé Minitel)
  • Very Wide Field Camera (VWFC), 1983
  • Coeur artificiel Carpentier / Carmat, 1991
  • Robot bipède, 2006
Musée des arts et métiers

Musée des arts et métiers

Pour ceux qui souhaiterait approfondir le sujet, le catalogue permet d’avoir beaucoup plus de détails sur chaque prototype présenté, son histoire, de découvrir des exemples concrets de l’importance d’un prototype dans un processus de conception d’un nouveau produit ou service. Le livre comporte également des textes riches sur les relations entre recherche, invention, prototype et innovation et sur les quatre modules présentés précédemment du process d’innovation.

A suivre mais surtout à visiter.

Pierre Métivier
@PierreMetivier

(*)  Je ne sais pas si cela se lit mais je suis un inconditionnel de ce musée. Vous pouvez même arrêter la lecture de ce billet pour vous y rendre dès maintenant. 😉

Pour aller plus loin

Le blog « Avec ou sans contact », 10 ans de billets sur l’IOT et l’Innovation

Les 10 ans du blog Avec ou sans contact

Les 10 ans du blog Avec ou sans contact

«Ce blog a 10 ans,
Ça parait bizarre mais
Si tu m’crois pas hé
Tar’ ta gueule au prochain MWC »

Une paraphrase de la chanson d’Alain Souchon pour fêter les 10 ans de ce blog, crée le 8 mars 2010 et consacré à l’innovation et à l’Internet des objets sous toutes ces formes. En français, il y a 10 ans, il n’y avait guère de blogs sur le sujet, le plus connu étant probablement celui de  Philippe Gautier, I-O-T : INTERNET Of THINGS / Internet des Objets.

En 10 ans, 440 articles (y compris celui-là *) ont abordé de nombreux sujets parmi lesquels bien sûr l’IOT, la RFID, le NFC, le M2M, toutes les connectivités (du LPWA à la 5G), la smart home, la smart city, l’industrie 4.0, le bio-hacking mais aussi l’IA, la blockchain, la robotique sous toutes leurs formes à travers le prisme des technologies mais surtout des usages, de l’innovation, des succès et des échecs, des annonces prématurées ou des prédictions hasardeuses (y compris les miennes) . On y trouve aussi de nombreux comptes rendus de conférences et des fiches de lectures, des articles que nous avons toujours voulu les plus documentés possibles, avec de nombreux liens et illustrations.

Nous n’allons pas les citer tous, vous pouvez tous les retrouver sur la page Archives. Nous allons nous contenter d’une petite (quoique) sélection commentée, par ordre chronologique :

2010

2011

2012

2013

2014

2015

2016

2017 

2018 

2019

2020

Voilà pour ce pêle-mêle d’une soixantaine d’articles où j’espère que chacun trouvera un ou deux articles à son gout. Certains de ces articles ont servi de base à un livre qui fête également en ce mois de mars, son anniversaire. Le livre « Le mobile NFC, télécommande de notre quotidien » a été publié en Mars 2015 aux Editions AFNOR et ce sera l’occasion d’un prochain article, bien sûr.

Nous avons commencé par une chanson et nous terminerons également, pour le plaisir, et sans grand rapport, par une autre très belle chanson, cette fois d’Elise Caron – Jacques a 100 ans. Même en étant optimiste, pas sûr que le blog atteigne cet age canonique.

Merci aux 367 abonnés et aux lecteurs de passage de votre fidélité et de vos commentaires toujours appréciés.

A suivre .. pendant au moins encore 10 ans, si Darwin me prête vie, une éternité dans notre monde numérique

Pierre Métivier
@pierremetivier

Note

  • 440 billets en 10 ans, 325 les 5 premières années, 115 les 5 suivantes. Un ralentissement assumé, en particulier pour des raisons professionnelles mais l’aventure continue.
  • 440 billets dont deux écrits par des invités que j’associe bien volontiers à cet anniversaire, Maike Strudtoff (Allemagne) et William Belle (France+Australie).

Les grands auteurs sont des innovateurs méconnus

Littérature et innovation

Littérature et innovation

Comme le précise Marc Giget dans l’introduction à la conférence « Littérature et innovation » aux Mardis de l’Innovation qui a lieu le 25 février 2020. « Loin de n’être que des témoins passifs du monde et des créateurs de fictions, des écrivains jouent un rôle déterminant dans l’innovation et le progrès humain, notamment par leur approche holistique du monde, leur capacité d’anticipation, leur sensibilité et leur connaissance intime de la nature humaine ».

« On va aller se promener dans les éclats de la pensée » nous dit-il avec lyrisme en débutant son intervention.

NOTE – Ce post n’est pas un résumé complet de l’intervention de deux heures de Marc mais quelques verbatim éparses pour vous donner envie de regarder les vidéos intégrées au billet.

Et l’on commence tout de suite avec Honoré de Balzac, un serial entrepreneur. Inventeur du format Pléiade, toute l’œuvre en un seul volume mais elle ne peut pas s’appliquer à son œuvre trop grande. Il aurait pu être notaire, sa famille le poussait mais la littérature était son but. Pendant sa carrière, il va remonter la filière littéraire à la recherche de l’étape la plus lucrative. Écrivain, libraire, éditeur, imprimeur, fabricant de papier et fondeur de caractères. Il va tout essayer. Beaucoup d’idées mais très mauvais gestionnaire, Balzac confondait ses rêves et la réalité. Il va créer une fonderie et imaginer des nouvelles typographies, une inspiration pour Steve Jobs nous dit Marc Giget. Le jour, grand visionnaire et piètre gestionnaire, et la nuit écrivain. Parmi ses projets, Balzac a voulu faire pousser des ananas et autres fruits exotiques en France sous des serres. L’exploitation des scories des mines d’argent de Sardaigne et une autre de ses idées mais comme souvent c’est un autre qui en profitera.

On passe à Franz Kafka, un grand innovateur par nécessité, un « problem solver » de par sa vie professionnelle. Kafka aime son métier, dans l’assurance, puis dans une institution d’assurance pour les accidents des travailleurs. C’est en étudiant les dossiers d’accidents de personnes dans les usines et les chantiers qu’il imagine des solutions-clés dans le domaine de la sécurité. Exemple, sur la sécurité passive, il impose l’obligation d’utiliser des deux mains pour un massicot. Sa grande invention et innovation est le casque de chantier.

  • «  Croire dans le progrès ne veut pas dire croire dans tous les progrès réalisés jusqu’alors »
  • « En croyant passionnément en quelque chose qui n’existe pas encore, on le crée. L’inexistant est quelque chose que l’on n’a pas suffisamment désiré »
  • « Celui qui sait voir la beauté ne vieillira jamais »

Lewis Carroll, génie de l’imaginaire, de la logique et du nonsense, inventeur compulsif. Deux personnages totalement séparés, scientifiques/mathématicien d’un côté et écrivain de l’autre, avec deux identités distinctes. Passionné de tout ce qui est nouveau, c’était ce qu’on appellerait de nos jours un «  early adopter ». Il a inventé de nombreux jeux, des méthodes plus efficaces et même l’encollage des enveloppes (à la place de la cire à cacheter).

  • « Je ne suis pas fou, ma réalité est juste différente de la votre »

Jules Verne est un admirateur des nouvelles technologies et des voyages. Idéalisation de la Belle Epoque. Star mondial, il étant en France, considéré comme un écrivain pour enfants. Vers la fin de sa vie, Jules Verne devient plus pessimiste et décrit plus souvent le coté négatif des nouvelles technologies.

  • « Tout ce qui est dans la limite du possible doit être et sera accompli. Tout ce qui est impossible reste à accomplir »
  • « Ce qu’un homme peut imaginer, d’autres hommes pourront le réaliser »

Puis HG Wells et ses visions anticipatrices, père de la Science Fiction moderne. Il deviendra également  de plus en plus pessimiste à la fin de sa vie, la 1ère guerre mondiale ayant eu lieu. Ces écrits vont influencer chercheurs et savants. Il est également l’inventeur d’un Floor Games, le premier jeu de plateau type war games.

  • « L’histoire de l’humanité devient de plus en plus une course entre l’éducation et la catastrophe »
Jules Verne et HG Wells

Jules Verne et HG Wells

A l’occasion de l’exposition universelle de 1900, une conférence a réuni les deux écrivains visionnaires sur un même plateau. La plus grande conférence de tous les temps sur le futur ?

Invité en marge de la littérature, Orson Welles est un génie cinématographique et « fake news master » avec sa célèbre émission de radio réalisé à 22 ans reprenant « La guerre des Mondes » de HG Wells. Il a rendu accessible les grands textes littéraires comme le Procès de Kafka. Marc fait également un parallèle entre Citizen Kane et les GAFAs autour de la notion de pouvoir et de richesse sans limite. #Rosebud.

Présence étonnante d’André Gide pour les Nourritures Terrestres. La soif de la vie et de création du futur. Il ne faut pas partir du passé nous dit Gide et il rejoint Nietzsche sur ce sujet.

  • « Ne cherchez pas le salut de l’humanité dans le rattachement au passé, ce n’est qu’en repoussant le passé, qu’en repoussant dans le passé ce qui a cessé de servir, que progresser devient possible »
  • « Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passé n’y projetait déjà une histoire »

Umberto Eco, érudit magnifique. Marc regrette de ne l’avoir jamais reçu. « Il faut toujours inviter les gens tant qu’ils sont vivants » nous dit il. Eco réfléchit sur les 20 ans que nous avons gagné sur la durée de la vie. Il cherche et trouve du sens, un point clé pour tous les innovateurs.  Marc nous parle de son érudition et des livres « L’art de voyager avec un saumon » et « Sur les épaules des géants », les textes de conférences . Le livre préféré d’Umberto Eco ? Sylvie de Gérard de Nerval, à relire donc. Sur les réseaux sociaux, il est cinglant:

  • « Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles ».  

On enchaine sur Milan Kundera, la vie, quoi qu’il arrive dans un monde où l’homme est oublié d’avance par la technique ». Il dénonce la perception trop technologiste de la société.

  • «  Si nous ne pouvons changé le monde, changeons du moins notre propre vie et vivons-la librement. »
  • «  Il n’est rien de plus beau que de réaliser des idées folles. Je voudrais que ma vie ne soit qu’une suite d’idées folles »

Et on termine avec Michel Houellebecq, lanceur d’alertes des sujets de société encore niés par les dirigeants et non politiquement corrects. (Lire « La possibilité d’une ile » dans le cadre des prédictions autour de l’intelligence artificielle – NDLR). A découvrir dans la vidéo la dernière image de Michel Houellebecq présentée par Marc, clin d’œil loin de l’image que l’on se fait de lui (et qu’il se donne).

Marc Giget IESCI

Marc Giget IESCI

Les premiers auteurs cités étaient clairement des inventeurs et pour certains de grands innovateurs (Balzac, Kafka, Caroll, Verne ou Wells), les derniers sont plus présents par leurs idées, leurs créativités, leur imaginations, leurs approches des sujets de société qui les rendent indispensables à lire dans le contexte de l’innovation. Encore une séance passionnante de Marc Giget qui nous fait le cadeau des vidéos. Aucune excuse pour les manquer en ces temps de télétravail et de fermetures d’école.

A suivre … par un potentiel «  Science-fiction et innovation » en préparation.

Pierre Métivier
@pierremetivier

Pour aller plus loin