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Puce RFID sur Europe 1, de la difficulté à couvrir en 3 mn à la radio un sujet touchant à la fois technologie, vie privée, santé et éthique

Thomas Sotto (c) Europe 1

Thomas Sotto (c) Europe 1

Europe 1, mercredi matin 8 Février, Matinale de Thomas Sotto, journal de 8:00 présenté par Bérengère Bonte. La « une » est consacrée à une entreprise belge dans laquelle une dizaine d’employés, sur la base du volontariat, ont été implantés avec une « puce RFID » (*) dans la main. Le terme « Puce RFID » est impropre, nous devrions utiliser « étiquette NFC », explication en bas de ce billet. Nous garderons Puce RFID  pour rester en cohérence avec le contenu d’Europe 1.

En 2 minutes 40 de reportage, vont donc succéder une interview d’un responsable de New Fusion et volontaire de l’expérience, un commentaire du Président de la Ligue belge des Droits de l’Homme, un appel rapide au docteur Gérald Kierzek et une brève conclusion.

Les enregistrements et textes.

  • Le podcast de la matinale de Thomas Sotto – le reportage est dans la plage horaire 1:25:52 / 1:28:30 ainsi que la transcription texte complète du reportage en bas du billet.
  • Des informations complémentaires sous la forme du reportage de la RTBF sur le même sujet (interview du même responsable de l’entreprise et du même président des droits de l’homme) avec les images mais sans l’appel au docteur Kierzek – bonus.
Tim Pauwels - New fusion (c) Copie écran reportage RTBF

Tim Pauwels – New fusion (c) Copie écran reportage RTBF

A l’écoute de cette une ce mercredi, il nous a semblé que quelques compléments d’information étaient nécessaires pour éclairer le sujet trop vite abordé.

Deux dates tout d’abord. La première mention connue de l’utilisation des étiquettes électroniques en injection sous-cutanée pour identifier les personnes est lié à une boite de nuit en Espagne, le fameux Baja Beach Club, de Barcelone, en 2004 une opération réservée aux VIP de la boite, il y a donc 13 ans.  En 2015, une entreprise suédoise a précédé notre entreprise belge, non pas pour imposer une surveillance « tracking » (nous y reviendrons) mais comprendre l’intérêt, les interactions et les conséquences d’une telle opération.

Il y a donc de nombreuses facettes à ce sujet, tournant autour de la technologie, de la santé, de la vie privée, et de l’éthique.

  • Technologie – La RFID est une famille de technologies d’échanges de données par radio-fréquence entre deux objets, le plus souvent un lecteur et une étiquette (notre puce RFID). Il en existe plusieurs types, pour différents usages, LF, HF, UHF, avec de nombreuses caractéristiques, en particulier distance de lecture. C’est une technologie très présente dans l’industrie, les entrepôts, les cartes de paiement, de transport, d’accès, les jeux, les musées … et globalement l’internet des objets. Le NFC correspond à une fréquence dont l’une des caractéristiques premières est sa courte distance de lecture de 3 à 5 cm. La précision est importante pour la suite et indispensable à tout article sur le sujet. Un peu comme si on utilisait le terme jumelle à la place de microscope. Leur usage est très différent et pourtant les deux servent à observer.
  • Santé – Le docteur Gérald Kierzek a justement rappelé les effets secondaires liés à l’injection et à la présence de corps étrangers dans le corps. Ensuite il a dit craindre les « effets biologiques des rayonnements des puces » pas suffisamment étudiés. Pour rassurer l’excellent docteur, les puces utilisés n’émettent pas, elles sont passives, ne comportent pas de batterie, pas plus que les cartes de crédit, les cartes de transports type Navigo, les cartes type Velib ou les cartes d’accès en entreprise. Seuls les terminaux de paiement électronique (TPE), les valideurs de transports ou les lecteurs (et non capteurs cités dans le reportage) des portillons d’entreprises émettent. Il n’y a pas de rayonnement du à la puce RFID.Ajoutons simplement pour ceux qui craignent ces corps étrangers dans leur corps que des centaines de milliers de personnes sont sauvés chaque année par l’implantation de pacemakers électronique dans leur corps, des appareils bien plus imposants et électroniquement complexes, des patients qui ne pourraient pas vivre sans ses appareils implantés dans leur corps. Par comparaison, la taille de la puce implantée dans le cas qui nous intéresse est celle d’un grain de riz.
  • Vie privée / « tracking » – La distance de lecture est donc de 3 à 5 cm max. Pour vous le prouver (**), essayer (les franciliens) de passer votre carte Navigo à plus de 5 cm du valideur du métro et le portillon ne s’ouvrira pas. Ces puces ne permettent pas d’être tracées facilement à votre insu. Comme avec le badge, l’entreprise sait que vous rentrez dans l’entreprise à telle heure et vous en sortez à telle heure. Le fait d’utiliser ces puces n’ajoute en rien la capacité à tracer des gens à distance et à leur insu.

    De même, la quantité d’information stockée sur ces puces est minimale. La plupart du temps, c’est un identifiant d’une dizaine de caractères. Dans le cas de l’expérience belge, en reprenant les données de l’article de Futura-Sciences (qui suggère la source des puces), elles peuvent contenir 880 octets, une taille très faible qui limite la taille des données personnelles potentiellement stockées.Et rappelons que dans aucun des documents partagés par Edward Snowden à ce jour sur les moyens de surveillance mis en place par la NSA, on ne trouve trace de mentions des technologies RFID et NFC. La NSA ne les considère pas comme des technologies utiles pour la surveillance.

  • Enfin, sur la partie éthique, nous laisserons les penseurs, les sociologues et les philosophes comme Raphaël Enthoven répondre à la question à court terme de l’intérêt d’avoir son indentification électronique sous la peau, et à plus long terme, les conséquences de l’arrivée de l’homme augmenté et du transhumanisme (sujet déjà traité récemment par Raphaël dans Qui vive). Ajoutons simplement que ces pionniers belges, néerlandais, suédois, français, anglais et d’autres partout dans le monde, font partie d’un mouvement – le bio-hacking ou biologie participative, créé par des citoyens pour les citoyens pour comprendre et mieux se préparer avant que les politiques et les GAFA (à commencer par Google) ne s’emparent du sujet. Un grand merci à eux.

Sans porter de jugement à ce reportage spécifique, il est de plus en plus important pour chacun d’entre nous d’avoir de nombreuses sources d’information, en France, à l’étranger, papier et numérique, de se méfier de la pensée unique, des raccourcis, qu’ils soient en provenance de la télévision, de la radio, « peut-on être généraliste et spécialiste ? », de Twitter, du web, et surtout il faut garder son esprit ouvert.

Comme le disait Frank Zappa, un esprit, c’est comme un parachute, il ne fonctionne que si il est ouvert.

A suivre.

@PierreMetivier fidèle auditeur de la matinale. #E1MATIN

(*) Le terme « puce RFID » est régulièrement utilisé alors qu’il est doublement impropre.

  • La puce est un des éléments avec l’antenne et le substrat (ou inlay) que est le support physique sur lequel l’antenne et la puces sont fixés. Les bons termes sont étiquette, tag ou transpondeur.
  • Le terme RFID est imprécis. La RFID est une famille de technologies d’identification par radio-fréquences. Il en existe plusieurs types – LF, HF, UHF, avec de nombreuses caractéristiques. Le NFC correspond à la fréquence HF dont l’une des caractéristiques première est sa courte distance de lecture de 3 à 5 cm.

(**) Il faudra que Thomas délaisse son scooter et descende dans le métro ou prenne un Vélib. 😉

Plus de détails sur ce blog et bien sûr, #selfpromo sur le livre « Le mobile NFC, télécommande de notre quotidien » aux Editions AFNOR.

Pour aller plus loin

Le Verbatim de l’émission – Europe 1 – Mardi 8 février 2017 – 8:00

  • Berengère Bonte – Bonjour à tous il y a ceux que ça va terrifier et ceux qui en rèvent depuis toujours. C’est promis ce n’est pas une histoire belge. A Malines, près d’Anvers, huit salariés d’une agence spécialisée dans le marketing digital se sont fait implanter sous la peau une puce d’identification par radiofréquence, une puce RFID. L’idée c’est de remplacer les badges d’entrée, durée de vie 15 ans et bien sûr ils sont tous volontaires.
  • Lionel Gougelot – C’est un salarié de l’entreprise qui en avait assez de perdre son badge qui a suggéré à ses dirigeants de lui implanter cette puce sous la peau qui lui permet notamment d’ouvrir la porte de l’agence, ou d’activer son ordinateur quand il présente sa main devant un capteur, une technologie qui offre plus de liberté de mouvement selon l’un des dirigeants, Tim Pauwels (de la société NewFusion non cité sur Europe 1 – NDLR)
  • Tim Pauwels – C’est pas une méthode de contrôle, c’est une méthode de vérification, il n’y a pas de tracking dedans, on ne peut pas suivre nos employés, on peut pas voir à tout moment où est-ce qu’is sont c’est une façon de leur donner un accès plus facile à nos bureaux, ça remplace en fait la clé qu’on utilise ou le mot de passe parce qu’on utilise plusieurs technologies existantes.
  • LG – Mais parce qu’elles contiennent les données personnelles des salariés ces puces RFID suscitent l’inquiétude de la Ligue des Droits de l’Homme en Belgique et de son président, Alexis Deswaef.
  • Alexis Deswaef – On met une puce à un être humain comme on mettrait à un chien ou un chat pour pas qu’on le perde. ici on va vraiment pouvoir fliquer la personne. Avec les données qui sont collectées, la question c’est quoi ça va servir.
  • LG – Car la crainte c’est qu’un employeur utilise ces données pour contrôler le comportement les allées/venues d’un salarié dans une entreprise d’où la demande d’une loi interdisant cette technologie.
  • Thomas Sotto – Incroyable. (A Bérengère Bonte) vous le sentez, vous, le badge sous la peau ? Vous en mettriez un ?
  • BB – Perso pas trop, je vais être honnête.
  • TS – Moi aussi ça m’inquiète l’impact sur la santé, on va passer un coup de fil à notre urgentiste, il est au téléphone parce qu’il est de garde le docteur Kierzek cette nuit. Bonjour Gérald, ma question est tout simple est-ce que c’est dangereux ou pas de se mettre ça sous la peau.
  • Docteur Gérald Kierzek – Je ne parlerais pas de danger, je parlerais plus d’effets secondaires que de complications réelles. C’est lié à la peau, implant, risque de saignement, d’hématome, zone douloureuse. Quelques cas d’infections locales ou d’intolérance à des produits de cet implant. Et puis il y a le retrait car l’organisme va faire une fibrose, va cicatriser autour de cet implant, parfois une localisation et un retrait difficile. Ca, c’est plus des effets secondaires. En revanche, à long terme, on a absolument aucun recul et c’est peut-être là l’inquiétude. L’implantation d’une puce RFID on ne connaît pas les effets biologiques, notamment les rayonnements notamment liés à ses puces RFID et ses effets biologiques sur les tissus. Le recul scientifique et cette veille scientifique qu’on ne peut pas faire et qu’il va falloir suivre de très prêt.
  • TS – Et bien on va garder notre badge dans notre poche arrière de jean et pour la puce on attendra, merci beaucoup Docteur Kierzek et retournez au boulot, aux urgences.

RPMK, un NFC-like haut-débit, nouvelle technologie de connectivité pour l’internet des objets

Remotely Powered Memory Key

Remotely Powered Memory Key

Dans le monde de plus en plus médiatisé de l’internet des objets, la connectivité est l’un des éléments-clés. Elle permet la transmission d’un message d’un émetteur vers un récepteur, des données d’une étiquette, d’un capteur vers un serveur et un traitement informatique, un mobile ou tout device électronique.

Parmi les technologies de connectivité, on peut trouver la RFID sous toutes ses formes (LF, UHF et HF, cette dernière plus connu sous le terme NFC), le wifi, le Bluetooth, les 2G, 3G et maintenant 4G proposé par les opérateurs, le Zigbee, voire le satellite pour ne nommer que les plus connus. Les caractéristiques de ces réseaux sont – la vitesse de transmission des données, la distance de transmission, la consommation des équipements les utilisant, les protocoles d’encryptage permettant une sécurité plus ou moins élévée des données, et les coûts d’installation, d’utilisation et de maintenance. Suivant les applications, on utilisera les unes ou les autres ; elles sont donc amener à coopérer, s’interconnecter tout comme les autoroutes sont connectées aux routes nationales ou départementales, aux rues des villes et des villages jusqu’à votre immeuble ou les pièces de votre logement.

De nouveaux protocoles et technologies apparaissent régulièrement et nous en parlons dans ce blog. Citons les whitespaces aux US et en Angleterre (regroupé dans le consortium Weightless.sig et dont le représentant le plus connu est Neul), le LiFi du LISV (sur lequel nous reviendrons), transmission de données par la lumière ou le réseau Sigfox permettant un déploiement rapide et bon marché pour des applications pour lesquelles les quantités d’informations à transmettre sont faibles.

Dans les domaines de la communication à courte distance, il existe un projet intéressant, le RPMK pour Remotely Powered Memory Key, qui permet, de transmettre de grandes quantités d’informations sur de courte distance (quelques centimètres).

Cette nouvelle technologie de communication radio sans fil, haut débit et très faible consommation électrique est co-développée par le CEA-Leti à Grenoble et le Nokia Research Center. Cette technologie pourrait être décrite comme du NFC très haut débit (112Mbits/s) par rapport au bas débit du NFC (106 kbit/s à 424 kbit/s) de nos mobiles.

Pour Sébastien Soyer, un des porteurs de ce projet « Notre technologie permettra de relocaliser de l’information multimédia (ex : vidéo, audio, texte…), stockée directement sur des objets, des lieux… et favorisera ainsi l’échange de données numériques en local, de manière simple et rapide. Contrairement au NFC ou QR Code, on pourra échanger des gros volumes d’information localement sans dépendance avec une connexion réseau. Ce qui permettra de garantir les échanges (quel que soit les conditions réseau 3G ou Wifi) avec l’utilisateur là où il en a besoin. »

Joconde et Wifi

Joconde et Wifi

Autrement dit, le RPMK s’attaque à deux problèmes – celui du roaming et celui de l’utilisation de grandes quantités d’information (music, video…)

  • Le roaming est l’utilisation d’un réseau télécom à l’étranger et les coûts correspondants élevés, qu’expérimente au moins une fois, toute personne utilisant son mobile à l’étranger en vérifiant ses mails ou son compte Facebook et qui est un frein à l’utilisation de tous les services connectées dans un pays qui n’est pas celui de son opérateur mobile, services comme le paiement online (type Paypal) ou la lecture de tag NFC touristiques dans les villes ou les musées (sujet déjà abordé dans ce blog). Sans connectivité, de nombreux services mobiles ne sont plus accessibles.
  • Lorsqu’une application nécessite de grandes quantités d’informations, il est nécesssaire d’avoir une bonne connectivité – 3G, 4G ou wifi, ce qui n’est pas toujours le cas. Une méthode alternative, lorsque confronté à de grandes quantité de données, consiste à mettre la plus grande partie de ces données dans l’application elle-même comme dans le cas de l’application Casino du Centre Commercial des Belles Feuilles ou l’application Culture Clic qui pèse pas moins de 135 Megs sur un iPhone. Mais cela oblige à le faire avant l’utilisation réelle et pose des problèmes de mise-à-jour.

Le RPMK permet donc ce transfert rapide et ce stockage de données. Dans les domaines d’applications potentielles, on peut imaginer toute application nécessitant une grande quantité d’information, dans des endroits où la connectivité est limitée, comme les musées, les lieux touristiques, les magasins et l’Internet des objets en général. Plutôt que de transmettre une URL au mobile, qui va alors chercher les informations sur le cloud, dans le cas de la technologie RPMK, ces informations sont stockés localement et transmises rapidement.

Le titre parle de « NFC » haut débit. L’utilisation de l’acronyme est à prendre dans son sens littéral de « communication en champ proche » par radio fréquence. Mais cette nouvelle technologie n’est pas NFC dans le sens commercial du terme, la technologie sans contact utilisé pour le paiement, le transport et de nombreuses autres applications de proximité et elle n’est donc pas compatible, se situant dans des plages de fréquences très différentes (13,56 MHz / HF pour le NFC et 7,9 GHz UWB pour le RPMK) .

Il est facile de voir que cette technologie possède un réel potentiel d’application. La difficulté est bien sûr son déploiement et son adoption par les constructeurs et les développeurs à travers une certaine forme de standardisation /normalisation. Pour qu’elle se développe, qu’elle devienne innovation, il faut qu’elle soit présente sur nos mobiles dans nos poches ou dans des applications de notre quotidien. Les mobiles comprennent déjà (tout ou en partie) des connectivités 2G, 3G et 4G, Bluetooth, Wifi et de plus en plus NFC. Ajouter un nouveau protocole de communication veut dire intégrer une nouvelle puce, une nouvelle antenne, un nouveau design, et cela prend beaucoup de temps et d’argent. On peut voir la difficulté à intégrer le Zigbee par exemple dans un mobile ou la technologie RFID UHF. Dans les deux cas, il y a eu quelques projets, jamais industrialisés.

Le projet RPMK ouvre un champ des possibles important mais le plus difficile commence ; trouver des applications justifiant les investissements nécessaires à l’industrialisation et la commercialisation du la technologie. Bonne chance au projet RPMK. Si vous êtes intéressé, vous trouverez toutes les informations sur le site de Grain – Grenoble Alpes Incubation.

A suivre .. de près.

Pierre Métivier

La science, la technologie et le bon sens pour combattre l’irrationnel et le pessimisme ambiant

Antenne relais

Antenne relais

Gaz de schiste, médicaments, huile de palme, aspartame, téléphonie mobile et antenne relais, fraude aux cartes bancaires (avec ou sans contact), ondes, RFID ; ces sujets, dont les derniers cités sont au centre de ce blog, sont associés dans les médias à des mots comme scandale, danger, interdiction … le plus souvent sans aucune rationalité.

Ajoutons-y le principe de précaution qui fait qu’à la moindre peur plus ou moins fondée d’un petit groupe, on bloque toute recherche et on se retrouve à l’arrêt alors que dans les autres pays, cette même recherche avance, créant progrès, croissance et emploi. A ce sujet rappelons ce qu’André Brahic en dit – « Si on appliquait le principe de précaution à l’eau, il faudrait l’interdire car on peut s’y noyer et c’est donc très dangereux« . Et que d’inventions et de progrès n’auraient pu voir le jour si ce fameux principe avait été appliqué dans le passé.

Pour couronner le tout, les chiffres et les mots dans les médias perdent leur sens. Encore cette semaine sur Europe 1, un titre, « Chute de 0,2% de la consommation ce mois« . Chute 0,2%, quels mots seront utilisés lorsque ce sera 1% ou 10% ! La moindre baisse à la bourse de plus de 1% est abondamment commentée. Les mots de catastrophe, historique, scandale, drame, chute, panique sont utilisés tous les jours sans conscience de leur sens, à toutes les sauces, simplement pour crier plus fort que les autres médias, se faire entendre. « Série noire » encore ce soir pour un accident qui a fait deux blessés légers dans un accident de télécabine dans les Pyrénées et c’est dans les titres du 20:00 de France 2.

Le Diane 35 est un bel exemple dans ce cas. « Scandale sanitaire, 4 morts. » 4 morts en 25 ans, un médicament vendu dans 115 pays actuellement mais la France l’interdit à la vente pour 4 morts. Les accidents de patinette ont certainement dû faire plus de décès. Les bretzels avalés de travers ont tué bien plus de nos concitoyens que ce médicament. Faut-il interdire les bretzels et les patinettes ? En 25 ans, ce n’est pas loin de 200 000 morts d’accidents de la route en France, 4 000 encore en 2012. Sans parler des victimes des cigarettes et de l’alcool. C’est en stigmatisant l’exception et l’extrême qu’on oublie l’essentiel (1). Et l’essentiel est ailleurs.

Heureusement, des voix s’élèvent pour parler de cet ailleurs, pour appeler à la raison, combattre l’irrationnel et revenir à un peu de bon sens au service de l’intérêt général dans ce tourbillon médiatique nourri au pessimisme et pensées négatives. Nous citerons trois exemples dont nous avons souvent eu régulièrement l’occasion d’évoquer dans ce blog.

André Brahic, astronome, physicien et astrophysicien au CEA

André Brahic, astronome, physicien et astrophysicien au CEA

Commençons par André Brahic, astronome, physicien et astrophysicien au CEA, qui lance un « cri d’amour pour la science » dans son livre « La science, une ambition pour la France » que nous ne saurions trop vous recommander de lire. Dans une conférence que nous avions relaté, il note le décalage de temps entre les politiques (élections) et la science (20 à 30 ans) (sans parler des médias (24 heures) NDLR) et l’importance de la recherche, l’éducation et la culture. André Brahic ne nie pas les problèmes mais propose une vue globale, optimiste, scientifique et surtout nuancé du sujet. « La vie et la recherche, c’est comme la bicyclette, quand on n’avance pas, on tombe. »

Marc Giget

Marc Giget

Ensuite, allez assister à une séance des Mardis de l’Innovation de Marc Giget, couvert régulièrement sur ce blog. C’est gratuit et c’est une cure d’optimisme qui devrait être obligatoire pour tous. Regarder à travers le prisme de l’histoire, de l’Antiquité à la Belle Epoque en passant par la Renaissance, voyager en Inde ou en Chine, prendre du recul, voir comment, dans des périodes bien plus dramatiques que la notre, où la durée de vie étaient beaucoup plus faibles, les épidémies terribles et la famine monnaie courante, les innovations, la science, la culture ont permis à notre humanité d’être où elle en est, de progresser en faisant reculer les maladies, et en allongeant l’espérance de vie.

Mobile Creation - Laurence Allard

Laurence Allard

Enfin, Laurence Allard, dont nous avons souvent eu l’occasion de présenter les travaux et les idées, sur l‘influence du mobile sous toutes ces formes,  partout dans le monde rappelle régulièrement les formidables progrès sociétaux permis par le mobile dans les pays en voie de développement comme l’Afrique ou l’Inde, en terme de bancarisation, de culture, d’éducation et de progrès. Sociologue, elle décrit également comment les peurs et l’irrationnel sont associés aux nouvelles technologies.

Cette peur du progrès apporté par la science et la technologie a toujours existé, parfois entretenu par des concurrents à travers la rumeur (Exemple – Edison vs. Tesla au début du développement de l’électricité), par des articles de presse peu documentés, par les pouvoirs en place (souvenons nous de Copernic, Galilée ou Giordano Bruno). Les réseaux sociaux comme Twitter n’ont pas inventé la rumeur, mais ils permettent une diffusion plus rapide de ces fausses informations. Le monde du paiement mobile n’est pas épargné. Par exemple, un article appelé « Le scandale des cartes bancaires sans contact » a défrayé la chronique bancaire en 2012, retweeté sans vérification ni relecture par de nombreux twittos, alors que de scandale, il n’y en avait guère (3ème article de la page).

Enfin, sur les ondes qui nous envahissent et à l’heure où les députés écologistes ont essayé une fois de plus de bloquer les progrès liés à la téléphonie mobile à travers un projet de loi associant ce bien triste principe de précaution avec les ondes électromagnétiques, projet heureusement repoussé par l’Assemblée Nationale, rappelons deux petits faits, de bon sens :

  • Nous sommes entourés d’ondes électromagnétiques, les plus importantes en provenance du soleil et c’est d’ailleurs ce qui nous apportent la vie, faut-il interdire le soleil ?
  • Dans les pays occidentaux où l’utilisation du mobile est la plus généralisée et la plus intense (autant de mobiles en activité en France que d’habitants), notre espérance de vie n’a jamais été aussi importante et elle continue à s’allonger. Qu’en déduire ? Faut il interdire les mobiles ou au contraire, encourager leur utilisation ? 😉 Bien sûr, on ne peut pas tirer de conclusions dans un sens ou dans l’autre.

Il existe des risques, des catastrophes sanitaires comme l’amiante ou l’affaire sang contaminé qui ont eu des impacts très néfastes sur de nombreuses vies humaines, mais ces drames ne doivent pas remettre en cause tous les progrès permis depuis des milliers d’années par la science et la technologie. Combien de vies humaines ont été sauvées grâce à la transfusion sanguine pour ne reprendre que ce dernier exemple ?

Revenons à Laurence Allard qui (avec Olivier Blondeau et Gabriel Dulac Arnold) qui dans une conférence a expliqué comment les capteurs de pollution peuvent aider à améliorer la qualité de l’air, en fournissant un plus grand nombre d’informations aux associations de surveillance comme AirParif, chaque citoyen pouvant devenir acteur écologique à travers des projets comme Citoyens Capteurs (2). Cette technologie utilisée pour mesurer la qualité de l’air, à base donc de capteurs et de connectivité, devrait être applaudi par les politiques sensibles à l’écologie ce qui n’est pas le cas car elle utilise ces fameuses ondes maléfiques. En termes de sociodynamique, cela correspond à un comportement « déchiré« , entre Synergie et Antagonisme, que l’absence de bon sens ne peut malheureusement résoudre.

Clairement, il nous faut entendre l’optimisme, l’attitude positive et le bon sens de Laurence Allard, André Brahic ou Marc Giget parmi beaucoup d’autres aujourd’hui pour combattre l’irrationnel et le pessimisme qui nous sont assénés toute la journée et font bien plus de mal sur nos concitoyens que les ondes qui véhiculent ces messages. Faisons confiance au sens de l’intérêt général de ceux qui font la science, de ceux qui innovent technologiquement, de ceux qui imaginent des usages durables pour résoudre les problèmes qui nous font face.

A suivre !

Pierre Métivier

Notes

  1. Je ne suis pas l’auteur de cette phrase, entendu récemment à la radio mais je la fais bien volontiers mienne.
  2. L’auteur de ce blog soutient, à titre personnel, les actions de l’Association Labo Citoyen, qui soutient le projet Citoyens Capteurs.

Pour aller plus loin