Archives mensuelles : mai 2011

Le paiement par mobile, l’affrontement ne fait que commencer.

Google Wallet

Google Wallet

A peine terminée la conférence « Mobile Payment » à la Porte de Versailles, une occasion de faire le point sur le sujet du paiement par téléphone mobile, que les annonces de Google et son Wallet secouent le monde feutré des banquiers et de la finance. Les deux derniers articles (un et deux) de ce blog abordaient déjà le monde du paiement sans contact et ce troisième va rappeler les méthodes, enjeux et forces en présence.

Les méthodes de paiement sur téléphone mobile sont nombreuses. Citons par ordre plus ou moins chronologique

  • les commandes par SMS  (gérées par les opérateurs et les banques),
  • les paiements par SMS premium  (comme les sonneries et logos gérés par les opérateur mobiles),
  • les paiements sur smartphone, équivalent aux paiements sur Internet, tout comme sur un PC (plateforme de paiement / serveur de l’opérateur de paiement),
  • le paiement sur facture de l’opérateur téléphonique,
  • les wallets (de type iTunes, Paypal, ou Buyster),
  • le pré-payé

et le dernier arrivé,

  • le paiement de proximité sans contact ‘tap & pay » grâce au NFC, transformant le mobile en carte de paiement et nous en oublions certainement (*).

Les enjeux financiers sont colossaux  ; le CA des paiements par mobile est évalué à plus de 600 mds de $ en 2016. Sur le salon, Paypal a annoncé  plus de 2 mds de $ de transactions sur mobile en 2011, en comparaison à 750 mios de $ en 2010. La généralisation  des smartphones permet de « vrais » achats (en comparaison aux achats de type sonnerie par SMS) et le paiement de proximité NFC devraient participer à cette explosion des paiements sur mobile, méthode légitimée par les annonces toute récentes de Google.

Quelles sont les forces en présence sur le mobile ?

  • Les banques – toutes présentes sur Internet, toutes conscientes des enjeux du mobile tout en avançant prudemment,
  • Les cartes bancaires (Visa, MasterCard, American Express,…) – présentes sur tous les fronts
  • Les opérateurs télecom, représenté par l’AFMM, Association Française du Multimédia Mobile et également sur le projet Buyster
  • Les sociétés (principalement américaines) issues de l’internet comme Google et Facebook
  • Les spécialistes du paiement sur Internet comme l’incontournable Paypal
  • Les constructeurs type Apple, Nokia ou Google (Android) et leur Appstore
  • Les startup ou sociétés sur des niches, paiement pour les non-bancarisés (jeux vidéo par exemple), établissements de monnaie électronique, les sociétés comme Lemonway, Tagattitude, PayByPhone, Paybox, Square …. tous avec des solutions innovantes et à la recherche d’une taille critique.
  • Les associations comme Payez Mobile, le Picom, le Pôle TES de Caen, le Forum SMSC (Services Mobiles Sans Contact)  ou l’AFMM déjà citée, défendant les intérêts des membres de leurs associations respectives

Les nouvelles règles européennes, développées pour ouvrir le marché à la concurrence, permettent à des sociétés nouvelles, en dehors du système bancaire, de devenir Établissement de paiement, et nombreuses sont celles qui s’y engouffrent.

Et la sécurité du paiement par mobile dans tout cela ? Le sujet est régulièrement mis en avant par les opérateurs téléphoniques. Est ce un problème plus important que le paiement par carte bancaire sur Internet, par exemple ? Les mobiles sont ils moins sécurisés que les PC chez soi ? Est ce simplement une manière de faire peur aux utilisateurs pour permettre aux opérateurs télécoms d’imposer leur solution de sécurité et garder le contrôle des applications et du consommateur ? Un vrai sujet sur lequel nous reviendrons.

C’est un livre qu’il faudrait écrire pour décrire tous les tenants et aboutissants de la bataille qui se joue actuellement, livre qui serait mis à jour tous les deux jours, avec ses nouveautés, ses annonces, ses drames, ses procès, ses disparitions, ses bulles, ses conflits au niveau des nations, de l’Europe, du monde voire simplement à l’intérieur d’une même banque.

A la Renaissance, Cosme de Medicis a inventé le système bancaire globalement toujours en activité de nos jours. Que penserait il de l’Internet et les téléphones mobiles ? Nul ne le sait mais le sujet n’a pas fini de remplir les colonnes des journaux économiques et des blogs comme celui-ci 🙂

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Pierre Métivier

PS. C’est promis, le prochain article n’abordera pas le sujet du paiement sur mobile.

(*) Cet article ne couvre pas les développements du « mobile banking » tel qu’il se développe en Afrique, un sujet passionnant sur lequel nous aurons certainement l’occasion de revenir.

La NFC, un enjeu stratégique pour Google pour passer du virtuel au réel

Cet article a été publié par le Journal du Net en début de semaine.  Ci-joint la version avec les liens et les images, absents de la publication JDN.

Google NFC

Google NFC

Le terme NFC pour Near Field Communication revient de plus en plus dans l’actualité de l’internet et des mobiles. Cette « technologie sans contact » permet aux téléphones mobiles (et d’autres objets connectés) qui en sont équipés un grand nombre d’usages nouveaux comme l’émulation de cartes de transport, de badges d’entreprise, de cartes de fidélité, de clés de voiture ou de chambre d’hôtel, les jeux en réseau et le paiement, tout cela par un simple geste. Couplé à la géo-localisation, les réseaux sociaux et la connectivité des portables, son champ d’application est potentiellement immense.

Malgré cela, la technologie tarde à être utilisée à grande échelle en dehors de quelques pays asiatiques comme le Japon, la Corée ou Hong Kong. En France, de nombreuses expérimentations sont en cours, à Nice par exemple, mais elles tardent à s’industrialiser. Il existe de nombreuses raisons à cela comme la complexité d’un écosystème comprenant les fabricants de téléphones mobiles, les industriels de l’électronique, les banques, les opérateurs téléphoniques, le GIE Carte bancaires, les commerçants, les intégrateurs, les pouvoirs publics sans oublier les consommateurs, des normes plus ou moins respectées, une infrastructure en développement et l’absence de mobiles NFC à grande échelle.

Il y a près de deux ans, dans une tribune du Journal du Net, nous avions imaginé le rôle que pourrait jouer Apple et l’iPhone sur ce marché. De la même manière qu’Apple a révolutionné l’achat et la consommation de musique, les smartphones, la vente de logiciels sans oublier les tablettes, nous pensions que, fort du nombre de brevets déposés par Apple autour du NFC, la société serait la première à se lancer, ce qui n’est pas, au jour d’aujourd’hui, le cas.

Google a pris une longueur d’avance dans le domaine du sans contact, avec plusieurs approches et expériences en cours, qui mises bout à bout, forment une stratégie claire et potentiellement très impactante pour chacun d’entre nous et pour tous les acteurs de l’écosystème.

Rappelons, en simplifiant à l’extrême, que le business model de Google consiste à offrir aux internautes des services gratuits de qualité comme la recherche, en échange d’une connaissance pointue des données d’usages des consommateurs et ainsi proposer des emplacements publicitaires très ciblés à des annonceurs qui se battent à coup d’enchères pour obtenir les meilleures places.

Google, c’est bien sûr la recherche, le mail, les vidéos avec YouTube, les blogs, les images, la géo-localisation avec Google Earth, Maps et Places, le navigateur Chrome mais c’est aussi Android, un OS pour téléphone mobile en concurrence avec les offres de RIM (Blackberry), Nokia/Microsoft, Apple et en partie Samsung.

Si on analyse les différentes annonces / expérimentations / développements de Google ces trois derniers mois, on trouve une actualité riche en terme de technologie NFC.

  • La plateforme Android actuelle 2.3 (Gingerbread) supporte dès à présent la technologie NFC et Google a présenté les améliorations à venir sur la prochaine version 2.4 de l’OS (Ice Cream Sandwich) durant la conférence développeur Google I/O ce mois-ci.
  • Les premiers téléphones Android / NFC sont maintenant disponibles comme le Samsung Galaxy S II, le Google Nexus S et une douzaine d’autres modèles ont été annoncés pour 2011. Rick Clemmer, le CEO de NXP, l’une des sociétés fournissant la technologie NFC, parle de 50 à 100 Mios de téléphones Android / NFC pour 2011.
  • Google est devenu « Membre principal » du NFC Forum, l’association en charge de développer et promouvoir les standards autour du NFC.
  • Google Places, un service de « rating » par les consommateurs de services comme les restaurants avec leur mobile à l’aide d’une application, au départ basée sur la lecture de QR codes (code barre 2D), a été amélioré par l’utilisation d’étiquettes RFID HF et donc ces étiquettes Google Places deviennent accessibles à partir de téléphones NFC (Android ou pas).
  • Toujours à la conférence Google I/O, en association avec Foursquare, les conférenciers pouvaient s’enregistrer à différents points de la conférence avec leur mobiles NFC.
  • Google coopère avec quelques fournisseurs de TPE (Terminaux de Paiement Electronique), comme Ingenico, pour tester un certain nombre d’applications liées au paiement comme le couponning. Des expérimentations sont en cours à New-York et San Francisco. Pour beaucoup, le paiement par téléphone mobile NFC pourrait être la prochaine « killer app » de la mobilité mais elle est complexe à mettre en place (acteurs du paiement – banques et CB, sécurisation, tiers de confiance). Le paiement lui-même n’est pas forcément la priorité de Google, ni son business model, contrairement à toutes les actions menant à l’achat (1).

Comme rappelé ci-dessus,le business model de Google est principalement basé sur la connaissance que la société possède des consommateurs. A travers l’utilisation de ses services, Google sait ce que nous cherchons, ce qui nous intéresse, sait ce que nous écrivons à travers l’analyse en direct du contenu des mails, sait, à travers Google Maps où nous sommes / où nous allons.

La chaine complète testée par Google – smartphones NFC Android, étiquettes RFID de Google Places, les TPE, associée à la géo-localisation et la connectivité des smartphones, va permettre à Google de savoir où nous sommes, ce que nous cherchons, ce que nous achetons, non seulement derrière notre ordinateur, mais dans la vie de tous les jours et à toute heure de la journée, dans les magasins comme dans les restaurants, dans les transports en commun, ou dans tout autre lieu public.

Samsung et NFC

Samsung et NFC

On peut imaginer des cas d’usages tels que, étant entré dans un magasin et l’ayant signalé en approchant notre téléphone d’une étiquette Google Places, Google soit en mesure, dans des conditions qui restent à définir, d’envoyer des coupons de réduction directement utilisables au moment de payer, voire des propositions de produits à acheter sur Internet ou dans le magasin d’à coté mais moins chers. Les possibilités sont immenses, les questions attenantes aussi.

Grâce à la technologie NFC, Google transfert son savoir faire et étend sa connaissance des internautes, ses services offerts aux consommateurs et les services vendus aux annonceurs du monde virtuel des navigateurs Internet, au monde bien réel et physique de notre vie quotidienne. Rappelons qu’il y a environ 2 Mds d’internautes dans le monde et 5 Mds d’utilisateurs de téléphones mobiles. Il est clair que c’est ce marché étendu dans l’espace et dans le temps que vise Google à travers les différents outils mis en place ou en cours d’expérimentation.

Faut il s’en réjouir ; les consommateurs ayant plus de choix plus souvent, plus de conseils, plus de promotions, plus d’information, ou faut il s’en inquiéter ? Que feront les concurrents, la grande distribution, les banques, les opérateurs télécoms ? Même si il faudra du temps pour que le parc installé de téléphones NFC soit significatif, il est grand temps pour tous les acteurs de l’écosystème de comprendre l’impact que va représenter cette technologie et de se lancer dans l’aventure sous peine de grandes désillusions ; Google a clairement pris une longueur d’avance.

Pierre Métivier

(1) Depuis cet article, moins d’une semaine, Google a annoncé également un accord avec Master Card et Citigroup pour implémenter le paiement NFC sur les mobiles sous Android !

Le paiement sur mobile, eldorado du NFC ?

Visa NFC

Visa NFC

Pour beaucoup d’observateurs, le paiement sur mobile est l’une des applications les plus prometteuses de ces prochaines années, application rendue possible par la technologie NFC, une norme de communication en champ proche dont nous parlons régulièrement sur ce blog. De la même façon que nous utilisons une carte de transport sans contact comme le Passe Navigo à Paris, en effleurant la borne, il sera possible de payer facilement et rapidement avec son téléphone NFC, correctement configuré pour utiliser vos cartes bancaires, en effleurant un lecteur de carte de paiement également sans contact, avec la possibilité d’entrer son code PIN (à partir d’une certaine somme) et obtenir un reçu (ou pas).

Une expérimentation telle Cityzi à Nice, décrite dans ce rapport en provenance de Visa Europe, montre que les consommateurs adoptent très vite la technologie, de part sa souplesse et sa facilité d’utilisation.

Depuis les récents Mobile World Congress de Barcelone, le Wima de Monaco et avant le prochain salon Mobile Payment de la Porte de Versailles, les annonces se multiplient de la part de tous les acteurs que ce soient les fabricants de mobile (Nokia, RIM, Samsung), les opérateurs français ou américains (Orange, ISIS), le GIE Carte Bancaire, les pouvoirs publics voire les grands acteurs de l’Internet comme Google, le tout suscitant un intérêt grandissant pour ce marché.

Visa & iphone NFC payment @MWC

Visa & iphone NFC payment @MWC

Sans vouloir jouer les rabats-joies, il va nous falloir patienter avant qu’une partie importante du parc de mobiles français soit NFC-ready. Avec un renouvellement moyen d’un nouveau mobile tous les deux ans, et le fait que tous les mobiles commercialisés dans les prochaines années ne seront pas NFC, il faudra bien 2 à 3 ans pour que le parc des mobiles compatibles NFC soient d’une taille suffisante pour que les applications se multiplient. Les opérateurs français tablent sur 1 million de portable NFC fin 2011 et puis il y a les add-ons comme l’icarte ou les stickers  de Twinlinx, nous avons déjà abordé ce sujet précédemment. Une autre étape intermédiaire pourrait être la mise à disposition de carte de paiement sans contact comme à Nice, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, avant l’utilisation du téléphone portable. Et puis, il faut que les commerçants soient équipés de TPE, Terminaux de Paiement Electronique bi-mode avec et sans contact. C’est en cours et même si ce n’est pas encore très visible pour le grand public, on peut déjà trouver des TPE sans contact dans les supermarchés.

Visa Samsung NFC launch

Visa Samsung NFC launch

En attendant de pouvoir payer « live » avec son téléphone, n’oublions pas qu’il est possible d’acheter avec son mobile. Il facile de faire la confusion entre les deux actes d’achat et de paiement mais le paiement n’est qu’une partie de l’acte d’achat, la contrepartie du bien ou de service acheté.

Payer avec son mobile NFC ressemblera à payer en temps réel, en se servant de son téléphone comme d’une carte de paiement, pour payer un parking, un restaurant ou un ticket de transport

Acheter avec son mobile est déjà bien sûr possible, directement à travers les différents AppStores, à travers Paypal ou en utilisant des applications comme Amazon ou eBay et bien d’autres. Et même si cela est un peu plus long, puisqu’il faut lancer l’application, effectuer l’achat et confirmer le paiement, cet achat nous assure le lien avec le vendeur y compris pour tous les aspects fidélité.

Deux démarches différentes – une de l’instant et du temps réel, et l’autre de l’achat raisonné. Deux démarches complémentaires, l’une disponible dès à présent, et l’autre à retrouver prochainement dans nos mobiles NFC. En attendant l’Eldorado promis, le e-commerce sur mobile se porte bien.

Pierre Métivier

PS. A tous les lecteurs intéressés par le sujet, le salon Mobile Payment des 18 et 19 Mai à la Porte de Versailles permettra de faire un point sur les différentes solutions de paiement sur mobile. Nous y serons.
PPS. L’idée de ce billet est venue d’une conversation avec Franck Lefevre, CEO de Digital Airways. Qu’il en soit ici remercié.