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« Pérennité, innovation et résilience des entreprises », le nouveau livre de Marc Giget et Véronique Hillen

Pérennité des entreprises, le livre de Marc Giget et Véronique Hillen

Pérennité des entreprises, le livre de Marc Giget et Véronique Hillen

« Dans l’hyper simplification des débats actuels sur l’innovation, il est constamment fait allusion à l’opposition entre un ancien monde qui serait porteur d’inertie et de tradition et un nouveau monde acteurs de transformations radicales » Le premier paragraphe de l’introduction de Marc Giget est le point de départ très clair de ce livre. L’innovation ne viendrait-elle que des GAFAMs, des plateformes comme Uber ou airBnB, des startups ou d’entreprises phares comme Tesla ? C’est l’impression que l’on ressent à la lecture  de nombreux médias généralistes ou spécialisés dans l’innovation ou le numérique. A contre courant de la pensée en vigueur dans la startup nation, Véronique Hillen et Marc Giget, montrent dans ce livre « Comment les entreprises historiques dominent l’innovation dans le monde » et surtout «quelles leçons en tirer ? »

Le sujet est abordé avec deux approches différentes et complémentaires – celle d’une étude économique et stratégique internationale poussée sur le lien entre durée de vie des entreprises et leurs capacités d’innovation partout dans le monde, et celle d’une analyse plus qualitative, basée sur des entretiens de grands dirigeants d’entreprises leaders  sur leurs marchés respectifs.

Une des raisons mises en avant de cette impression de jeunesse conquérante et vecteur unique de l’innovation est le manque de connaissances de l’histoire réelle des entreprises.

Généalogie Airbus (c) Wikipedia

Genealogie Airbus (c) Wikipedia

Par exemple, Airbus est né officiellement en 1970 mais ses racines remontent à la fin de XIXème siècle. L’arbre généalogique d’Airbus est impressionnant. ll en est de même pour LVMH (23 ans officiellement, 286 ans en réalité),  Eiffage (20/136), LCL (15/157), Kering (7/229) ou LafargeHolcim (5/187) pour ne citer que ces exemples.

Les auteurs démontent avec clarté quatre mythes liant l’âge des entreprises et leurs capacité à innover :

  • L’âge moyen des entreprises serait faible, en baisse continue alors qu’il progresse.
  • La disruption (il faudrait dire la rupture) est importante mais elle n’est pas destructive.
  • La notion d’opposition entre tradition et innovation. alors que l’innovation d’hier est la tradition d’aujourd’hui.
  • La startup est un état permanent et le vecteur privilégié de l’innovation.

Nombres d’idées reçues volent en éclat. A travers un voyage à la fois dans l’espace et dans temps, de nombreuses entreprises sont redécouvertes, au Japon, aux Etats-Unis ou en Europe, des entreprises plus que millénaires pour certaines, des groupes industriels tri-centenaires qui continuent à innover, et dont  l’histoire fascine à travers les siècles.

En parcourant le livre, on découvre que douze entreprises japonaises ont plus de 1000 ans, on revisite la Belle-Epoque, l’âge d’or des entreprises en France, où la nation était leader mondial dans les domaines de l’automobile et de l’aviation et dont les entreprises ont innové dans de nombreux domaines (applications de l’électricité, les réseaux urbains, les constructions métalliques, le froid industriel, la radioactivité, la photographie et le cinéma, le luxe, le commerce, la santé …).  On se promène parmi les entreprises allemandes du Mittelstand et on (re)découvre la puissance et la résilience des entreprises familiales, qu’on oublie trop souvent, loin des capitalisations boursières, critère peu représentatif de l’impact réel des entreprises.

On y trouve des comparaisons dont les résultats surprennent, entre Tesla et Volkswagen, ou Amazon et Walmart en terme de CA, de bénéfices, d’innovations et d’emplois créés. De nouveau, tout ne se résume pas à la capitalisation boursière.  On y parle Economie Sociale et Solidaire, de sa création à la Belle-Epoque à nos jours, transition digitale, IA (et la domination des entreprises traditionnelles dans le domaine en nombre de brevets), vision à long terme, renouvellement entrepreneurial, prudence financière …

Un tableau résume les grands facteurs de pérennité et de résilience des entreprises historiques et leurs éléments constitutifs les plus fréquemment rencontrés.  Ce constant ne se traduit pas par une formule magique qu’il suffirait d’appliquer mais un constat revenant régulièrement de l’étude et des entretiens avec les dirigeants de grands groupes.

Facteurs de pérennité des entreprises (c) Marc Giget

Facteurs de pérennité des entreprises (c) Marc Giget

Le livre n’oppose pas startups et entreprises numériques aux entreprises les plus anciennes mais il s’agit de reconnaitre que ces dernières ont largement prouvé  leur capacité de résilience, traversant guerres et crises, et étant toujours présentes dans le palmarès des entreprises les plus innovantes du XXIème siècle.

Les 21 entretiens avec de grands dirigeants (ARaymond, ATOS, Brinks, Coca Cola, Deloitte, Fives, FM Global, Sougland, Galeries Lafayette, Harley Davidson, MAIF, Plaza Athénée, Groupe Pochet, Potel et Chabot, Spie, SteelCase, Saint Gobain, Tarkett, Valeo, Verralia, Veolia) sont des illustrations vivantes des observations de la première partie du livre, où l’on retrouve l’importance des valeurs du vécu, un socle commun, une fierté basée sur le passé, mais au service de l’entreprise d’aujourd’hui et aux regards (et à la stratégie) tournés vers le futur.

Un livre riche d’idées et foisonnant d’exemples à mettre entre toutes les mains des cadres, entrepreneurs, startuppers, dirigeants, qui font face à la crise de la Covid-19, pour les aider à franchir cette période difficile et à construire l’entreprise de demain. A retrouver dans le réseau FNAC et toutes les bonnes librairies.

A suivre … littéralement.

Pierre Métivier
@pierremetivier

Note – L’auteur de cette fiche de lecture a modestement contribué au livre en étudiant l’âge réel et l’activité des entreprises des CAC 40, SBF 120 et S&P 500, éléments qui ont contribué à montrer que nombreuses entreprises sont beaucoup plus anciennes que généralement admis.

Sauve qui peut, demain la santé. Un livre, une émission de radio et des questions autour de santé, science fiction et … progrès

Sauve qui peut Demain la santé La Volte

Sauve qui peut Demain la santé La Volte

Publié en septembre 2020, le livre  » Sauve qui peut, demain la santé  » aux Editions La Volte est un recueil de nouvelles sur le sujet de la santé de demain, imaginées par des auteurs de science-fiction. Ces 15 textes ont été sélectionnés parmi les 250 reçus par la maison d’édition suite à un appel à textes public.

Après avoir terminé la lecture dimanche de ce pavé de 663 pages, je(*) me suis retrouvé avec beaucoup de questions, d’interrogations et une envie de partager mes (res)sentiments par rapport à ces différents textes, souvent passionnants, bourrés d’idées, comportant de belles envolées lyriques et poétiques, mais parfois violents à outrance et souvent dérangeants dans une critique clairement affichée du système de santé actuel et sur une vision très noire de son futur. Est-ce que c’est vraiment ce qui nous attend ?

J’avais prévu une citation pour illustrer un futur article :

 » Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. »

du Spleen baudelairien #cestdire et je ne savais pas comment approcher cet article tout en restant positif et optimiste.

Heureusement, Nicolas Martin, producteur et animateur de la belle et indispensable émission « La méthode scientifique » sur France Culture m’est venu en aide, en organisant une émission sur le sujet sous le titre « Demain la santé : soignez vous à la SF ! » autour du livre, cette même semaine, un podcast à retrouver sur France Culture.

Comme il a été rappelé pendant l’émission, la science fiction imagine plus souvent des futurs sombres que des bluettes. Les dystopies sont légions et le sujet de la santé est particulièrement propice à une approche sombre et pessimiste.  On retrouve, dans cette anthologie très « manifeste et politique » (les mots de Nicolas Martin), principalement les sujets santé sous les feux des projecteurs médiatiques de type big pharma, les GAFAMs, les réseaux sociaux, l’IA et les data, la déliquescence du système de santé, la numérisation à tout va, la médecine réservée aux plus riches, le manque d’humanité, des sujets traités dans un futur plus ou moins proche … ainsi que quelques propositions liées à la nature, aux communautés #commons, et autres solutions  » magiques « , l’adjectif de nouveau est de Nicolas, le tout dans un style souvent inspiré par Alain Damasio, grand auteur des Editions La Volte. N’oublions pas (au moins) deux séjours (de mémoire) dans l’espace aussi, quand même.

Si la santé de demain est celle de ces textes, on peut se faire du soucis et c’est bien sûr le but des auteurs d’attirer l’attention sur ce qui ne va pas. On peut regretter qu’on n’y  retrouve pas malgrè tout un prolongement des progrès apportés par les sciences et la recherche depuis le début de l’humanité et qui ont permis, par exemple, d’augmenter considérablement le durée de la vie humaine dans de bonnes conditions (un fait rappelé par Nicolas Martin), de diminuer drastiquement la mortalité enfantine et maternelle, de réduire les grandes maladies (variole, paludisme, polio…) partout sur la planète et les progrès continuent. Le futur imaginé par les auteurs ne garde que peu de choses de tout cela. Rien sur tous les progrès en matière de chirurgie, de lutte contre la douleur ou sur le travail des chercheurs dans les labos publics et privés pour poursuivre la lutte contre les maladies.

Progrès dans le domain de la santé

Progrès dans le domaine de la santé (source SciencePop)

Le système de santé publique souffre, doit être protégé à commencer par son personnel mais il fonctionne pour tous, y compris en cette période difficile. Bien sûr, ce n’est pas le rôle d’un recueil de nouvelles imaginant la santé de demain de rappeler tout cela mais c’est important pour le lecteur, de garder cela en tête avant de se plonger dans la lecture du livre, particulièrement en ces temps de pandémie anxiogènes (même si ce n’est pas le sujet central du recueil).

Bien sûr, il faut lire ces textes et écouter l’émission. Cette dernière donne la parole à Stuart Calvo, des Editions La Volte et coordinatrice du livre, Norbert Merjagnan, écrivain, scénariste, l’un des auteurs et Léo Coutellec, philosophe des sciences, maitre de conférence en épistémologie et éthique des sciences contemporaines à Paris-Saclay. Avec les intervenants, vous vous poserez des questions : A quoi tenons-nous dans le domaine de la santé ?  Quels sont nos rapports au soin, à la santé, à l’autre ? La santé est souvent défini comme la non-maladie ou la non-mort, est-ce la bonne vision pour inventer la santé de demain ? Quelle place pour une santé communautaire, pour les médecines alternatives ? So many questions, so little time.

Pendant ce temps, la recherche progresse et démontre tous les jours que la technologie, les données et leurs traitements, utilisés dans des cadres législatifs bien définis (confiance, vie privée), ne sont pas l’ennemi de la santé, et tout au contraire, lui permettent de progresser, aujourd’hui et demain. Trois exemples pour illustrer ce propos.

Coeur artificiel Carmat

Coeur artificiel Carmat

  • En début d’émission, Nicolas Martin a évoqué un film « Never let me go / Auprés de moi toujours« , (Attention spoiler – film décrivant une clinique élevant des enfants pour leurs organes à des fins chirurgicales – fin spoiler). Dystopie quand tu nous tiens. Ceci dit, un des intervenants de l’émission a rappelé que malheureusement le trafic d’organes existait dès à présent. L’entreprise Carmat développe un cœur artificiel qui pourrait sauver la vie de nombreux patients ne pouvant recevoir une greffe. Les organes artificiels sont à terme une piste prometteuse pour supprimer le trafic d’organes.
Hemarina

Hemarina

  • Une des nouvelles raconte l’histoire d’un psychologue capable d’analyser des patients venant de tout l’univers (galaxie ?) et des IA évoluées. Intéressant. Sans rapport, quoique et plus près de nous, aujourd’hui, la société Hemarina travaille sur le sang de vers marins aux services des transplantations. Les solutions dans le domaine de la santé peuvent venir d’autres espèces, dès aujourd’hui, même si elles ne sont pas extra-terrestres. N’attendons pas le premier contact !
Pheal

Pheal

  • Pheal est un projet qui remet le patient au centre de sa santé, et qui, grâce aux objets connectés, et aux traitement des données générées, en relation avec toutes les parties prenantes de la santé, permet de combattre efficacement des maladies chroniques et en particulier la mucoviscidose. Les résultats sont prometteurs.

 

Trois exemples bien concrets qui montrent, dès aujourd’hui, que les acteurs présents de la santé, s’appuyant sur la recherche et la technologie, sont à la source d’histoires vraies au moins aussi passionnantes que celles des auteurs de science fiction dystopique, avec non seulement des happy-end mais des bénéfices réels et concrets pour les malades concernés.

Partageons cette réalité comme des histoires de sciences fictions, et non seulement imaginons mais créons une santé de demain, avec tous les acteurs, médecins, chirurgiens, infirmiers, personnels hospitaliers, chercheurs, entreprises, services publics, associations de patients et chacun d’entre nous, qui continuera à progresser au service de tous, comme elle l’a fait jusqu’à présent.

 » Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. » Alain

A suivre … dans un plus ou moins proche futur.

Pierre Métivier

@PierreMetivier

Note – Trop de « je » dans ce texte, mais les sujets et l’approche du livre m’ont réellement beaucoup questionné personnellement pour les éviter. Et pour qu’il n’y ait pas méprise, je suis un fan de SF. De Damasio, Liu Cixin, Gibson à Brunner, Zelazny, Dick, Spinrad, Silverberg, Van Vogt, Herbert, Stapledon, Asimov, Bradbury, Clarke, Vonnegut, Jacques Sternberg… Sheckley et Douglas Adams aussi, le rire est important même en SF, malheureusement absent de ce recueil mais c’est une autre histoire, ou est-ce une autre histoire ?

Pour aller plus loin

Le blog « Avec ou sans contact », 10 ans de billets sur l’IOT et l’Innovation

Les 10 ans du blog Avec ou sans contact

Les 10 ans du blog Avec ou sans contact

«Ce blog a 10 ans,
Ça parait bizarre mais
Si tu m’crois pas hé
Tar’ ta gueule au prochain MWC »

Une paraphrase de la chanson d’Alain Souchon pour fêter les 10 ans de ce blog, crée le 8 mars 2010 et consacré à l’innovation et à l’Internet des objets sous toutes ces formes. En français, il y a 10 ans, il n’y avait guère de blogs sur le sujet, le plus connu étant probablement celui de  Philippe Gautier, I-O-T : INTERNET Of THINGS / Internet des Objets.

En 10 ans, 440 articles (y compris celui-là *) ont abordé de nombreux sujets parmi lesquels bien sûr l’IOT, la RFID, le NFC, le M2M, toutes les connectivités (du LPWA à la 5G), la smart home, la smart city, l’industrie 4.0, le bio-hacking mais aussi l’IA, la blockchain, la robotique sous toutes leurs formes à travers le prisme des technologies mais surtout des usages, de l’innovation, des succès et des échecs, des annonces prématurées ou des prédictions hasardeuses (y compris les miennes) . On y trouve aussi de nombreux comptes rendus de conférences et des fiches de lectures, des articles que nous avons toujours voulu les plus documentés possibles, avec de nombreux liens et illustrations.

Nous n’allons pas les citer tous, vous pouvez tous les retrouver sur la page Archives. Nous allons nous contenter d’une petite (quoique) sélection commentée, par ordre chronologique :

2010

2011

2012

2013

2014

2015

2016

2017 

2018 

2019

2020

Voilà pour ce pêle-mêle d’une soixantaine d’articles où j’espère que chacun trouvera un ou deux articles à son gout. Certains de ces articles ont servi de base à un livre qui fête également en ce mois de mars, son anniversaire. Le livre « Le mobile NFC, télécommande de notre quotidien » a été publié en Mars 2015 aux Editions AFNOR et ce sera l’occasion d’un prochain article, bien sûr.

Nous avons commencé par une chanson et nous terminerons également, pour le plaisir, et sans grand rapport, par une autre très belle chanson, cette fois d’Elise Caron – Jacques a 100 ans. Même en étant optimiste, pas sûr que le blog atteigne cet age canonique.

Merci aux 367 abonnés et aux lecteurs de passage de votre fidélité et de vos commentaires toujours appréciés.

A suivre .. pendant au moins encore 10 ans, si Darwin me prête vie, une éternité dans notre monde numérique

Pierre Métivier
@pierremetivier

Note

  • 440 billets en 10 ans, 325 les 5 premières années, 115 les 5 suivantes. Un ralentissement assumé, en particulier pour des raisons professionnelles mais l’aventure continue.
  • 440 billets dont deux écrits par des invités que j’associe bien volontiers à cet anniversaire, Maike Strudtoff (Allemagne) et William Belle (France+Australie).