Archives pour la catégorie Lectures

Pourquoi les prédictions sont souvent fausses ? Un billet commenté du blog « Signaux Faibles »

Prédictions

Prédictions

Pourquoi les prédictions sont souvent fausses (et quelles leçons en tirer), c’est le titre d’un très complet et passionnant billet de Clément Jeanneau sur son blog Signaux Faibles et repris récemment par le site Maddyness, sur les prévisions et les prédictions (technologiques ou pas) et pourquoi elles sont donc souvent erronées. Clément cite de nombreux exemples célèbres sur les absences de marché pour le téléphone mobile, la voiture, la vidéo par abonnement (Netflix), le nucléaire comme source d’énergie, le cinéma parlant, l’internet, annonces présentées par des gens reconnus et compétents qui se sont clairement trompés dans leurs prédictions parmi lesquelles des célébrités comme Steve Jobs, Albert Einstein, Louis-Jean Lumière voire les inventeurs eux-même qui ont fortement sous-estimé la portée de leurs inventions.

L’auteur analyse ensuite toutes les raisons de ces prédictions erronées, listant les nombreux biais qui ont conduit à ces erreurs, des biais proches de ceux qui sont présentés par ailleurs par la méthode scientifique ou la zététique (1). La sociologie est bien présente et diversité, comportement, changements culturels font partie des prismes utilisés pour comprendre les raisons de ces échecs. La conclusion évoque l’importance d’oser le temps long, de soutenir la prospective à un niveau national (2) et d’encourager à la diversification en opposition « au conformisme, au manque d’imagination et la pensée stéréotypée ». Inutile de paraphraser l’article dans ce billet, le mieux bien sûr est de le lire. Et Je vous retrouve ensuite.

As time goes by ! Time Waiting GIF from Tenor

GIF from Tenor

Merci, cher lecteur d’être revenu, et j’espère que vous avez apprécié le texte de Clément Jeanneau. A ce bel article complet, nous rajouterons modestement un commentaire sur un aspect moins abordé des prédictions. Clément décrit de nombreux exemples de personnes qui se sont trompées avec des prédictions « négatives » du type « Ça ne marchera jamais » ou « Il n’y a pas de marché pour un tel produit ou service ». L’article n’aborde pas les échecs des prédictions « positives », c’est à dire, toutes les annonces de « produits et services qui vont révolutionner notre futur ».

Ces prédictions positives qui se terminent au pire par des flops et au mieux par des succès commerciaux limités sont largement documentées (voir liens en fin de billet). Nous n’en citerons que deux.

Segway gyropode et trotinette

Segway gyropode et trottinette

Premier exemple de ce type de prédictions positives qui se sont avérées fausses : le lancement en 2001 du Segway. Ce gyropode allait changer la mobilité de demain. Les rues voire l’architecture des villes allaient être adaptées, si on en croyaient les fondateurs de l’entreprise, aidés en cela par de grands noms comme Steve Jobs qui avait déclaré que le « Segway aurait un impact aussi important que l’avénement de l’ordinateur personnel. » (même si il a changé rapidement d’avis ensuite lorsqu’il a vu son design) ou John Doerr, VC américain chez Kleiner Perkins, conseiller de la Présidence US, qui avait déclaré que le « Segway serait plus important que l’internet ». Nous savons maintenant que le Segway a eu une utilisation beaucoup plus limitée, très en deçà des prédictions positives de l’époque. Avec le recul, la trottinette électrique a aujourd’hui un impact dans nos grandes villes bien plus important que n’en jamais eu le Segway, sans annonce fracassante, ni prédictions et sur un marché similaire. Un sujet d’étude passionnant pour un autre billet (quelques pistes – plus simple, moins cher, accessible en free-floating, plus maniable, sans apprentissage, … ). Ironie de l’histoire, Segway commercialise désormais des trottinettes électriques en plus de ces gyropodes plus « traditionnels« .

Beacon - Paypal et Estimote

Beacon – Paypal et Estimote

Deuxième exemple qui parlera aux lecteurs réguliers du blog, l’arrivée en 2013 des beacons, ces balises en BlueTooth Low Energy, qui allait révolutionner le commerce et « tuer » le paiement sans contact voire la technologie NFC comme l’avait annoncé le dirigeant d’Estimote, le créateur des premiers beacons. Apple allait lancer des iBeacons en lieu et place du NFC. Le patron de Paypal, qui cherchait à entrer dans le retail physique sans passer par les banques et les cartes bancaires, avait déclaré que les beacons remplaceraient rapidement le paiement sans contact et avait lancé des tests (y compris en France), le tout, tout comme pour le Segway, relayé avec énergie par toute la presse, sans réellement de recul sur l’annonce. Quelques mois après, les tests ont été abandonnés, la solution paiement Paypal Beacon n’a jamais été commercialisée et le CEO de Paypal est parti vers d’autres cieux. Et Estimote a intégré la technologie NFC dans ses beacons, comprenant que les deux technologies étaient complémentaires. Nous étions peu à annoncer que cette grande révolution n’arriverait pas pour des raisons liées à la compréhension de la technologie « Une paire de jumelle ne peut remplacer un microscope (pour des usages de microscope) et inversement ». Tous comme le Segway, les beacons continuent d’exister dans des domaines spécifiques sans avoir été les révolutions annoncées.

Tout cela pour dire que, que ce soit pour des prédictions de type « Ça ne marchera jamais Il n’y a pas de marché pour un tel service » ou pour celles « d’innovations révolutionnaires qui vont changer le monde », il nous faut garder toujours un esprit d’analyse, de recul, de doute. Il nous est nécessaire de diversifier les sources d’informations, d’étayer notre propre jugement, d’essayer de comprendre, d’être capable aussi de dire « Je ne sais pas » et enfin ne pas relayer ce que nous ne comprenons pas. Vaste programme !

A suivre …

Pierre Métivier
@pierremetivier

Remarques

  • Chers lecteurs, si vous connaissez des sites comme Predicted  spécialisés sur le rappel de prédictions et la réalité quelques années plus tard (en particulier des prédictions en provenance des grands cabinets de conseil), merci de les partager dans les commentaires de ces articles.
  • Conseil personnel – Evitez de lire tout article comportant dans son titre le mot « révolution » sous toutes ses formes et un emploi trop important du  conditionnel !
  • Et puis cadeau – mon générateur de prédictions #TLAP – Tweet like a pro, toujours d’actualité, pour vous permettre de créer vos propres prédictions invérifiables.

Notes

  1. Zététique – nous y reviendrons dans un prochain article, une fois terminée la lecture du livre « Quand est ce qu’on biaise ? » de Thomas Durand #tsundoku
  2. Ce support national centralisé pourrait sembler en contradiction avec les politiques centralisées comme le Minitel cité qui ont conduites à des impasses et des prédictions erronées. A développer avec l’auteur.

Pour aller plus loin.

Les nouvelles stratégies d’innovation 2018-2020, Vision prospective 2030, un livre indispensable de Marc Giget.

Nouvelles stratégies d'innovation - 2018-2020 Vision prospective 2030 Marc Giget

Nouvelles stratégies d’innovation – 2018-2020 Vision prospective 2030 Marc Giget

Il ne m’est pas facile d’écrire un billet réellement objectif sur le livre de Marc Giget, car je suis son enseignement depuis près de 10 ans et j’ai la chance de le connaitre et de collaborer régulièrement avec lui. (1) Malgré cette proximité, je ne souhaitais pas non plus passer à côté de l’occasion de présenter ce texte majeur (et son auteur) auprès des lecteurs de ce blog.

A la fois entrepreneur, économiste, innovateur, professeur, humaniste, académicien, penseur, Marc Giget est un personnage vivant à la fois dans le passé, dans le présent et dans le futur. Grâce à sa grande culture historique et son immense érudition qu’il ne cesse de compléter, il nourrit ses cours et ses travaux, les remet sans cesse à jour, et il développe une vision prospective globale basée sur des faits, historiques et économiques, des études, des cycles, sur des megatrends (croissance / redistribution de la population, urbanisation croissante, globalisation équilibrée, raréfaction des ressources, réchauffement climatique, évolutions technologiques) et les grandes transitions (humaniste, écologique, énergétique, économique et numérique) en cours. Tous ces points sont rassemblés et articulés logiquement dans le livre, point de départ vers les enjeux-clés et les stratégies d’innovation à adopter.

Marc Giget

Marc Giget

Marc n’est pas aussi connu qu’il le devrait. Il n’a pas de compte LinkedIn, Twitter ou Wikipedia. Docteur en Economie Internationale, il a créé une entreprise de « due diligence » toujours leader mondial dans le domaine de l’espace. Membre de l’Académie des Technologies, il préside le Club de Paris des Directeurs de l’Innovation, un think tank (et organisme de formation) qui réunit les directeurs de l’innovation de grands groupes français et internationaux. Et pourtant, il n’apparait guère à la télé ou dans la presse. Il n’est pas médiatisé et ne cherche pas à l’être. Une rapide recherche sur Google n’en permet pas d’en savoir beaucoup plus, quelques interviews récentes liés à la sortie du livre donnent depuis quelques semaines un peu plus d’infos.

Par contre, pour toutes les personnes qui suivent les Mardis de l’Innovation, des cours gratuits autour de l’innovation que donnent Marc depuis près de 20 ans, aux Arts et Métiers, à la Sorbonne et d’autres lieux dédiés à l’éducation (2), ou pour les membres du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation, Marc est la référence pour l’innovation, une innovation réelle et concrète. Ne lui parlez par de méthodes Agile ou de Lean management, la méthodologie n’est pas le sujet. Et ne vous attendez pas écrire sur des post-its pendant les séminaires ou les formations qu’il anime. Par contre, il vous parlera d’attentes de la société, de souhaits, de désirs, de rêves, d’idéaux des femmes et des hommes, les véritables moteurs de l’innovation. Il vous racontera l’apport des philosophes à l’innovation, ou l’explosion de l’innovation à la Renaissance et à la Belle Epoque.  A contre-courant de ceux qui ne parlent que de la  » startup nation », il vous montrera, chiffres à l’appui, comment les grands groupes ou les associations innovent beaucoup plus que les startups. Il vous parlera avec passion des Compagnons du Devoir, vous rappellera que « Personne ne tombe amoureux d’un protocole Wap» et que l’innovation ne vaut que si elle est au service du plus grand nombre, citant Aristote.

En quatrième de couverture se trouve le résumé suivant de l’étude :  «  Une étude internationale approfondie sur la façon dont les grands enjeux socio-économiques actuels entraînent un renouveau des stratégies de l’ensemble des acteurs économiques, des grands groupes au monde associatif. Ceux-ci abordent une nouvelle phase de croissance fondée sur une innovation globale, totale et collaborative, réorientée vers le développement humain et le développement durable : une transition vers l’émergence d’une société de progrès partagé. »

Nous ne résumerons pas plus avant le livre d’autant plus Marc l’a déjà fait pour nous (voir plus bas).

Cette étude, c’est donc ce paragraphe et bien plus que cela, c’est un condensé de 20 ans de recherche, d’études, de cours, de vie d’entrepreneur et de professeur, regroupés très logiquement, comme les pièces d’un puzzle enfin réunis. De façon graphique cela donne :

Structure schématique de l'étude (c) IESCI Paris

Structure schématique de l’étude (c) IESCI Paris

Au delà des données, des faits, des chiffres, l’étude est précise, logique, articulée, détaillée. Elle intéresse toute personne impliquée d’une façon ou d’une autre, non seulement dans l’innovation de son entreprise mais aussi et surtout dans son développement et sa stratégie. Pour Marc, la direction de l’innovation d’une entreprise n’est pas là pour uniquement développer des POCs, ou organiser des startups weekend ou des hackatons mais pour trouver les relais de croissance, les produits et services qui permettront aux entreprises de se développer dans les années à venir. Et le livre présente de nombreux cas de grandes entreprises que l’on disait en déclin face aux géants du numérique et qui connaissent un renouveau exceptionnel (comme le Groupe Accor, les taxis G7, La Redoute ou Fnac/Darty) grâce à des stratégies d’innovation « innovantes ».

Et comme Marc a comme premier but la diffusion de cette culture d’une innovation humaniste, par delà le livre, vous pouvez retrouver gratuitement non seulement un résumé d’une vingtaine de pages de l’étude en PDF, mais aussi 6 vidéos (pour un total de près de 4 heures) sur lesquels Marc nous accompagne sur les grands thèmes de son livre.

Des vidéos que vous ne regretterez pas de visionner. L’achat du livre est néanmoins fortement recommandé, pour disposer de tous les chiffres et les études qui sont à la base de ce brillant document. Disponible dans toutes les bonnes librairies, en ligne sur le site de l’éditeur Les Editions du Net ou les sites de ecommerce.

A lire et à relire pour comprendre les évolutions de notre planète et adapter en conséquence les stratégies d’innovation à intégrer aujourd’hui et demain, par delà les buzzwords, la pensée unique ou la pensée magique.

A suivre … pour rester en tête !

Pierre Métivier
@pierremetivier

Notes

  1. Après après avoir suivi plusieurs années les cours de Marc dans le cadre des Mardis de l’Innovation au CNAM principalement, j’ai eu l’occasion également d’intervenir à ces mêmes Mardis sur des sujets liés à l’internet des objets, puis de collaborer avec Marc sur un certain nombre d’événements comme les Mardis de l’Innovation ou le prix « Innovation Team Best Practices » récemment attribué pour la 2ème année à des équipes d’innovation exceptionnelles. Marc m’a également fait l’honneur d’une longue postface dans mon livre « Le mobile NFC, télécommande de notre quotidien ». Mon enthousiasme pour l’étude est réel, indépendamment des relations professionnelles et cordiales avec Marc. NDLR
  2. Vous pouvez retrouver les séances des Mardis de l’Innovation sur la chaîne Vimeo des Mardis de l’Innovation, ainsi que de nombreux comptes-rendus de ces mêmes séance dans ce blog.

La guerre des intelligences aura-t-elle lieu ou Laurent Alexandre est-il un nouveau Deckard ?

La guerre des intelligence Laurent Alexandre

La guerre des intelligence Laurent Alexandre

« La guerre des intelligences » est un livre choc, très médiatisé, avec un auteur régulièrement présent dans les médias, auteur auprès duquel il nous faut rester modeste pour commenter l’ouvrage, étant donné l’érudition et l’expérience accumulée en tant que chirurgien, neurobiologiste et énarque. Mais bien sûr, cela ne va pas nous arrêter.

Après le livre de jean-Gabriel Ganascia « Le Mythe de la singularité » lui aussi commenté dans une précédente fiche de lecture, « La guerre des intelligences » traite également l’intelligence artificielle avec une approche très différente. Le livre parle du développement, de l’avènement inexorable et de sa probable « prise de pouvoir » sur nous autres, pauvres humains si nous n’en prenons pas conscience et si nous ne faisons rien. Laurent Alexandre y décrit un grand nombre de scenarii, et leurs conséquences sur notre société à commencer par l’école rendue rapidement obsolète. En parallèle de cette intelligence artificielle qui se développe, notre (1) propre cerveau va être augmentée par deux moyens différents, la biotechnologie y compris une sélection positive (qu’il nomme clairement eugénisme) et les manipulations génétiques, et puis la fusion de nos cerveaux et du monde numérique. #transhumanisme #RayKurzweil #Matrix.

Un livre passionnant et foisonnant, qui part d’un présent bien réel et la vision de la montée en puissance à la fois de l’efficacité de l’intelligence artificielle grâce aux recherches menées par les GAFAM+ et leurs équivalents chinois, une montée en puissance permise par la volonté de quelques uns et par les connaissances qu’ils possèdent sur nous à travers les moteurs de recherches, les applications GPS, les réseaux sociaux, les mails …. L’intelligence artificielle, dans sa version actuelle, ce sont des algorithmes nourris par le big data et ces données sont le quasi monopole des GAFAM+.

Il y a beaucoup d’informations, d’études, de recherches, d’érudition, de lyrisme allant parfois jusqu’au mysticisme dans ce livre, mais aussi beaucoup de prédictions, d’imaginations, de conditionnels, de raccourcis, de films/livres de science-fiction (2), une science-fiction souvent plus fictionnel que scientifique.

Le passé et le présent peuvent-ils nous annoncer l’avenir ?

Dans le dernier numéro de l’excellente revue WeDemain (#20 décembre 2017, N° dans lequel on retrouve également une chronique de …. Laurent Alexandre), Cédric Villani, chargé d’une mission sur l’IA par le Président de la République déclare: « Toute prédiction en matière d’intelligence artificielle est pure folie. ». Et il est vrai que non seulement les prédictions sont rarement confirmées dans le temps, mais rare sont les événements, les développements, les innovations qui ont été annoncées avant leur arrivée.

Dans un monde où l’on ne connait pas la météo qu’il fera dans 3 jours, où personne n’a vu venir Facebook ou Twitter et leur rôles, ni l’iPhone, où les smart cars devraient déjà avoir envahi nos rues, quel crédit porter à toutes ces prédictions autour de l’IA, quel crédit porter à des affirmations sur ce qui se passera en 2030, 2060, 2100 voire dans un milliard d’années ! L’avantage de parler d’avenir lointain, c’est que personne ne peut vous contredire.

Quelques citations forcément tronquées :

« En 2035, l’éducation deviendra une branche de la médecine. »
« Dans un milliard d’années, elle (l’IA) sera toujours là. »
« Une autre perspective est envisageable : … Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, … a imaginé un futur où des fusées… permettraient de coloniser le cosmos et d’y installer 1000 milliards d’êtres humains. La limitation des naissances n’aurait plus lieu d’être. »
« La colonisation du système solaire par Elon Musk et Jeff Bezos n’est qu’un tout premier exemple ».

Sur ces deux derniers points, comment peut on penser que la colonisation du cosmos voire du simple système solaire soit une solution pour les problèmes décrits dans le livre à commencer par la surpopulation !?!?! A part notre belle Terre, les autres planètes du système solaire nous sont très hostiles et ne peuvent être une solution d’hébergement. Quand au cosmos, c’est une vue de l’esprit. Aucune exoplanête n’est atteignable par nos technologies actuelles. #WarpSpeedMisterSulu. Ce type d’hypothèses irréalistes jette un voile sur la crédibilité des autres hypothèses du livre.

« Alors nous entrerons dans une économie démiurgique où l’automatisation et la disponibilité infinie de l’énergie feront que rien ne sera impossible. »

Sur cet autre point, notons que les contraintes physiques et en particulier énergétiques sont donc vite balayées. Le cloud et ses fermes de serveurs, le bitcoin (et les blockchains) sont des exemples de technologies très gourmandes en énergie et une omni-présence des IA traitant des quantités incroyables de données en provenance de milliards d’objets connectés et de capteurs, eux-même alimentés, ne vont pas diminuer ce besoin en énergie bien au contraire.

Dans tous les cas, ce livre permet au lecteur de réfléchir à la place des technologies numériques et bio-technologiques et leurs conséquences sur chacun d’entre nous, sur le moyen et le long terme. Sa lecture nécessite de ne pas oublier que le futur et le conditionnel sont probablement et logiquement les temps les plus utilisés dans l’ouvrage.

Laurent Alexandre est à la fois très optimiste et anxiogène : optimiste quand à la capacité de l’humanité à se saisir du sujet et se mettre d’accord à l’échelle mondiale, pour partager auprès de chacun d’entre nous les bienfaits à la fois des biotechnologies et de l’IA et contrôler le développement de cette dernière et tout aussi anxiogène à travers des hypothèses à la Matrix où l’IA prend le pouvoir, ou des groupes de terroristes développent et utilisent des versions hostiles aux humains.

Un coup de dés jamais n'abolira le hasard

Un coup de dés jamais n’abolira le hasard

Reste un dernier cri du coeur pour défendre le corps (y compris la cuisine et le goût), bien malmené pendant le livre (3)  Une remarque personnelle – N’oublions pas non plus le hasard, quel que soit sa forme, un son, une lumière qui détourne l’attention, qui nous fait changer notre façon de penser, qui nous perd, et qui nous fait réfléchir différemment et qu’aucune fonction @ALEAtoire n’émulera jamais.

Si tout ce que nous présente Laurent Alexandre dans son livre s’avère vrai, alors, la seule question importante est : tout comme Deckard alias Harrison Ford dans Blade Runner est peut-être un réplicant, Laurent Alexandre est-il lui-même une IA ? Rappelons que le nom de Deckard est proche de / basé sur Descartes. Les réplicants pensent, et donc ils sont …. enfin … ils le pensent. Et les IA ? Laurent ?

A suivre, dans dix ans, cent voire un milliard d’années.

@PierreMetivier

Notes

  1. Nous … la fourchette est grande entre les « happy few » et l’humanité toute entière. Rappelons que 3 milliards d’habitants de la planète n’ont pas accès à Internet.
  2. Pour des réflexions à très long terme sur une histoire à venir de l’humanité et sur l’augmentation du cerveau, relire Olaf Stapledon, non cité. Les derniers et les premiers, Créateur d’étoiles et Sirius
  3. En cela, il diffère de Michel Houellebecq et son livre « La possibilité d’une ile » sur le sujet de la dématérialisation de l’esprit. Quant notre « esprit » ne nécessitera plus de cerveau biologique.

Pour aller plus loin

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer