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Regard sur le spectacle le plus innovant de cette fin d’année, une interview de Marc Giget

Le Rouge et le Noir, l'opéra-rock

Le Rouge et le Noir, l’opéra-rock

Nos lecteurs les plus fidèles sont familiers avec Marc Giget, Président et directeur scientifique de l’European Institute for Creative Strategies & Innovation et du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation et animateur infatigable des Mardis de l’Innovation depuis 17 ans, des Rencontres Nationales des Directeurs de l’Innovation, événements dont de nombreux comptes rendus sont présents dans ce blog. Marc Giget est un expert mondialement connu et reconnu de l’innovation et même si en France ce sujet est souvent associé à technologie, l’innovation est présente dans tous les domaines y compris le spectacle. Et c’est donc à l’occasion de la sortie de l’opéra-rock, Le Rouge et le Noir, qu’il a abordé ce sujet au cours d’une interview retranscrite ici.

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Pourquoi présenter comme exemple d’innovation de cette fin d’année un spectacle parisien, joué classiquement sur scène, dans un music-hall art déco et traitant qui plus est d’un roman du début du 19ème siècle ! L’innovation serait-elle devenue nostalgique ?

Marc Giget, Mardis de l'Innovation

Marc Giget, Mardis de l’Innovation

Le monde du spectacle est très vaste et globalement assez figé. Il y a très peu de nouveaux formats, à l’exception récente des compétitions de e-sport, notamment League of Legend, qui rassemblent à travers le monde des dizaines de milliers de personnes dans d’immenses « Arenas ». Pour le reste, les évolutions sont surtout technologiques : nouveaux effets spéciaux et extensions numériques, recouvrant différentes formes de diffusion (opéras dans les cinémas par exemple), d’accès on-line et d’interactivité.

Ce qui fait que l’opéra rock « Le Rouge et le Noir » émerge du maelström des spectacles de fin d’année – marqué par de multiples reprises et comédies musicales assez standards dans leurs réalisations – tient à la fois à la grande qualité des talents rassemblés, aux nombreuses innovations introduites dans le spectacle, et surtout à une synthèse créative géniale et harmonieuse de l’ensemble de ces éléments : synthèse entre le 19ème et le 21ème siècle, entre le rock et l’opéra, entre la comédie et le chant, entre le théâtre et l’animation 3D HD, entre Stendhal et Zazie … tout cela sur le thème intemporel du romantisme et des passions humaines.

Le résultat est un spectacle multidimensionnel enchanteur. Une parfaite illustration du concept de « diamant de l’innovation totale » où chaque facette est minutieusement travaillée et contribue à la fascination de l’ensemble.

Dans quelle catégorie peut-on classer cette création ?

C’est un spectacle difficile à classer, car le format est révolutionnaire. Il y a déjà eu des opéras rock, notamment Mozart, produit également par Albert Cohen (que nous avons d’ailleurs déjà invité à la Rencontre Nationale des Directeurs de l’Innovation), mais dans le cas présent, l’opéra et le rock se partagent réellement la scène, tout en laissant également la place au théâtre, car c’est aussi une vraie pièce de théâtre, avec des costumes superbes, et c’est d’ailleurs la première fois que cet immense roman classique est porté au théâtre.

Dans le cadre des Mardis de l’Innovation, vous dites régulièrement que l’objectif de l’innovation est d’enchanter, ou de ré-enchanter le présent. Que ressent et que retient le spectateur d’un tel spectacle ?

Tout d’abord, et avant d’analyser les composantes de cette création hors normes, observons le résultat final à travers les multiples commentaires du spectacle et je n’en citerais que deux assez caractéristiques de ce ressenti (tirés des commentaires de spectateurs sur le site Fnac Spectacles).

« Fantastique! Nous n’avons plus rien à envier à Broadway, Original, fin, surprenant, mise en scène extraordinaire, musique géniale, chanteurs attachants, bref une petite merveille !« 

« Spectacle à voir absolument ! Mise en scène avec décor 3D et jeu de lumière superbe ! Comédie musical/théâtre qui change du format standard des comédies musicales formatées gros budget avec pleins de danseurs. Artistes performants aussi bien en chant qu’en comédie ! Des musiciens qui jouent en live et qui déchirent ! De très belles musiques qu’on ne se lasse pas d’écouter !! Bref on est ressorti avec des étoiles pleins les yeux ! Merci pour ce beau spectacle ! On y retournera avec plaisir :).« 

Il y a beaucoup de commentaires encore plus dithyrambiques, et très peu, qui soient critiques, et encore, peu critiques, plutôt sur des détails (comme l’intérêt de l’insertion des décors 3D, ou de l’équilibre du son avec orchestre rock et dialogues…).

Mais ce qui ressort globalement de ce ressenti très positif et quasi unanime des spectateurs est à la fois l’enchantement de l’ensemble et l’appréciation des différentes facettes artistiques. S’y ajoute la dimension intergénérationnelle – les enfants adorent aussi.

En France, l’innovation est (trop) souvent considérée comme uniquement technologique. En quoi l’innovation, qu’elle soit technologique ou pas, est-elle présente dans le spectacle ?

La mise en scène est particulièrement novatrice, en jouant sur pas moins de deux plans horizontaux et trois plans verticaux, et ceci avec beaucoup de fluidité grâce à la maitrise exceptionnelle de la lumière et à la grande liberté apportée par les décors virtuels en 3D. A ce niveau, le changement est radical et ce spectacle marque une étape-clé. Tout devient possible au niveau des décors qui nous plongent dans un monde proche du cinéma, avec même des clins d’œil au dessin animé (voir la scène de la bibliothèque) sans oublier un rappel humoristique aux effets spéciaux naïfs des opérettes du 19ème siècle (chevaux de bois).

En innovation, la combinaison des talents est primordiale et vous citez souvent comme exemple les génériques de films qui regroupent de nombreux métiers très variés sans lesquels le film ne pourrait exister. Est-ce qu’on retrouve cette notion dans « Le Rouge et le Noir » ?

Côté talents rassemblés, c’est un sans-faute, avec au départ un auteur exceptionnel – Stendhal – au texte d’une actualité brulante, traitant des amours impossibles et des grandes passions humaines intemporelles : l’ambition, la jalousie, la séduction, l’amour, la mort…

L’équipe d’acteurs chanteurs de grande qualité interprète cette œuvre portée par un livret exceptionnel, des textes très fins à la musique très bien composée (Zazie), avec le pari d’un excellent orchestre présent en permanence sur scène (avec une mention particulière pour la bassiste Sabrina Boudaoud).

Un très bel exemple d’innovation complète, globale, portée par une centaine de professionnels (en incluant tous les métiers) au meilleur état de leur art, qui marquera une transition dans le spectacle vivant, ceci grâce à une mise-en-scène audacieuse et une production qui a accepté de prendre le risque d’une innovation radicale.

Nous reviendrons sur les innovations radicales dans le spectacle cette année dans un Mardi de l’Innovation qui traitera également du phénomènes des Arenas et du e-sport.

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Si vous avez vu le spectacle, n’hésitez pas à partager vos réactions dans la partie commentaires et dans tous les cas, chers lecteurs

Bonnes fêtes de fin d’année à toutes et à tous et

A suivre ….. en 2017.

Pour aller plus loin.

  • Le Rouge et le Noir, Opéra Rock en ce moment au Palace de Paris jusqu’au 29 Janvier 2017
  • La bande-annonce

« Le Japon, pays d’innovation », colloque organisé par l’Avrist et le Centre Jean Pépin

Japon, pays d'innovation

Japon, pays d’innovation

Dans le cadre de l’Année France-Japon de l’Innovation, ce 19 Octobre, s’est déroulé à l’Ecole Normale Supérieure, un colloque « Le Japon, pays d’innovation », colloque organisé par l’Avrist et le Centre Jean Pépin, avec l’aide et le soutien de l’Ambassade du Japon en France, et de l’Agence Japan Science and Technology (JST) et une intervention de Marc Giget du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation.

Comme le précisez le programme « Nous sommes tous confrontés à des évolutions drastiques. L’innovation est essentielle pour y faire face. Le Japon fait preuve de créativité pour relever des défis tels que la gestion des ressources énergétiques, la baisse du taux de natalité, le vieillissement des populations, l’ajustement du modèle de croissance économique. Il conserve une importante base de recherche et demeure une économie puissante et innovante. Il développe de nombreuses coopérations en Europe et dans le monde. Le Japon possède ainsi les atouts nécessaires pour devenir – ou redevenir – une source d’inspiration pour industriels, universités et écoles, centres de recherche, pôles de compétitivité et investisseurs européens.

Ce colloque abordera d’abord les défis auxquels le Japon fait face et les stratégies mises en place pour les relever. Puis trois tables rondes successives traiteront par grands domaines de secteurs d’excellence du Japon. Enfin un débat de conclusion avec la salle explorera de nouvelles pistes de coopération entre le Japon et la France, et plus généralement l’Europe. »

Après des introductions de Pierre Caye, Centre Jean Pépin, Catherine Brechiniac, ancienne présidente de CNRS « L’innovation doit être en phase avec la société. », Jean-Claude Arditti, Avrist et maître de cérémonie, et Mr. Kawamura, ministre délégué à l’Ambrassade du Japon, la première session a été consacrée aux Défis du Japon : concurrence et avance industrielle, relations avec la Chine en matière d’économie et de géopolitique, statut professionnel des femmes, quelles innovations dans une société vieillissante et dont la population décroît ? Ces défis sont aussi des incitations au changement de l’organisation sociale et industrielle et à une recherche dont pourraient bénéficier d’autres pays:

Le point de vue d’un économiste sur le Japon. Robert Boyer, Directeur de recherches, Institut des Amériques, CNRS

  • De nombreux aspects positifs au Japon moderne
  • La prise de conscience de l’écologie à long terme a été précoce pour des raisons liées à l’absence de ressources naturelles. Cette absence pousse à l’innovation.
  • Permanence des dépenses publiques permise par une une politique à long-terme.
  • L’innovation ne suffit pas pour la croissance, pas de corrélation 1 à 1.
  • Les deux priorités des gouvernements japonais – éducation et science. Si on mesure la prospérité, le Japon devance les US. La santé, l’éducation et la culture sont les vecteurs d’un nouveau mode développement anthropogénétique.

Pour Robert Boyer, l’inégalité homme / femme dans le Japon contemporain est un frein démographique et de talents (et l’on verra avec Marc Giget que cette notion est de moins en moins actuelle). Efficacité relative des politiques d’innovation actuelles (la Corée et la Chine sont passées devant). La société japonaise n’est pas orientée startup.

Les questions que doit se poser le Japon.

  • Accompagnement social des innovations technologiques ou innovations sociales ?
  • Quelle géopolitique pour le Japon, vers une Communauté Asiatique sur le modèle de la CE ?
  • Une prospérité sans croissance est-elle possible ?
  • Comment assurer la transition d’un modèle industrialiste à une société de bien-être ?

Mr. Shiro Takegami, Directeur du programme inter-ministériel SIP (Strategic Innovation Promotion Program), Secrétariat général du gouvernement japonais.

Plusieurs programmes comme le NEST2050 – National Energy and Environment Strategy for Technologica Innovation towards 2015.
Sous le terme – Japan Revitalization Strategy, le gouvernement japonais pousse la science, la technologie et l’innovation. Le problème #1 du Japon est la baisse des naissances, démographie en berne. Les allemands ont inventé le concept d’industrie 4.0, les japonais ont le concept de société 5.0. Le conseil STI – Science Technologie, Innovation, dépend du 1er ministre japonais, il est composé de représentants de la recherche, de l’université et des industriels comme Mitsubishi, Sumitomo, Toyota. Plus de détails sur http://www8.cao.go.jp/cstp/english/

Prof. Teruo Kishi, Conseiller pour la science et la technologie du Ministre des affaires étrangères du Japon. Le professeur Kishi est très francophile à défaut de parler français, est diplomé de Polytechnique et des Mines. Le Japon est adepte des Sustainable Developement Goals.

Stratégies d’Etat : Stimulation de l’innovation au Japon. Diplomatie scientifique du Japon : ses domaines thématiques et ses aires géographiques privilégiées.

Jacques Maleval, Conseiller pour la science et la technologie, Ambassade de France au Japon nous rappelle que le 1er ministre japonais souhaite que son pays devienne leader en sciences et technologies en 2020, grâce à une association de programmes privés et publics. Mise en place d’une filière spécifique pour la recherche médicale et de la santé – AMED

Présentation générale du programme SIP par Mr. Shiro Takegami, Directeur SIP, sous-projet “Structural Materials for Innovation (SM4I)” et Mr. Masahiro Takemura, SIP Director, Département de l’Innovation, Japan Science and Technology Agency (JST).

Société 5.0

Société 5.0

Programme Impact – Impulsing Paradigm Change through Disruptive Technologies. Les 11 programmes principaux de R&D du SIP japonais. Le développement de l’industrie aéronautique a été réduit pour des raisons historiques, interdiction pour le Japon de construire des avions après la deuxième guerre mondiale. Le Japon se focalise sur la création de nouveaux matériaux pour l’aéronautique.

Stratégie du CNRS au Japon – Le CNRS est le 1er « fournisseur » de publications scientifiques au monde nous dit Arnaud Lalo (Source Nature). Pour plus de détail, le CNRS au Japon, un PDF de 2016.

Domaines d’excellence, réalisations pratiques et résultats

Energie, environnement, transition énergétique, animée par Yukiko Fukasaku, consultante à Innovmonde, Paris.

Yveline Lecler, Professeure émérite Sciences-Po Lyon nous parle d’énergie au Japon. Introduction à la Smart Community du METI (Ministère Economy Trade et Industry). Le rapport de l’Ademe sur l’expérience smart community au Japon est disponible.

Christophe Debouit, NEDO, New Energy and Industrial Technology Development Organization. En France, NEDO coopère avec l’Adème, BPI France et Lyon Smart Community. La Lyon smart community regroute 30 partenaires dont NEDO. C’est à la fois un partenariat public / privé et Japon / France. Projet Européen – smarter togther autour des énergies renouvelables. Le site de Toshiba consacré au Lyon Smart Community.

Natacha Aveline, Directrice de Recherche, CNRS sur les transports ferroviaires japonais « land value capture » Explainer: what is ‘value capture’ and what does it mean for cities? Construction d’un écosystème business au services des citoyens autour des gares. Le développement d’une ligne entraine le développement de services pour les citoyens par l’opérateur de transport. Les opérateurs ferroviaires au Japon proposent de nombreux services variés comme des places en crèche ou des services funéraires. Le modèle « land value capture » est copié partout dans le monde, mais est remis en question au Japon.

Marc Giget, Club de Paris

Marc Giget, Club de Paris

Conférence invitée : Marc Giget, directeur scientifique du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation.
 » On n’a une partie de soi qui devient japonais quand on connait le Japon. »  nous dit Marc Giget

Ce qu’il a le plus apprécié des entreprises japonaises :

  • Qualité technique et excellence
  • Un marketing et un sens du client au plus haut niveau mondial
  • Une culture de l’harmonie
  • Une grande ouverture à l’expertise extérieure
  • Une très grande qualité d’écoute et d’échanges
  • Un grand respect et une politesse à toute épreuve
  • Une approche philosophique de l’entreprise
  • Une profondeur humaine attachante

Se battre contre les idées reçues – Le pourcentage de femmes au travail au Japon sera plus important qu’aux US en 2016. Source OCDE. Le management japonais de l’innovation a été la référence mondiale dans les années 70-90 – nombre de brevets, % du PIB en R&D. Recul dans les années 90-2010, De nombreuses raisons : une démographie en berne « Comment faire de la croissance quand la population décroit ? », crise de de la dette, montée de la concurrence chinoise et coréenne, les catastrophes naturelles et le fait que la création de startups n’est pas dans la culture japonaise.

Panasonic et Tesla

Panasonic et Tesla

Retour d’un leadership japonais. 40 des 100 entreprises les plus innovantes du classement Thomson Reuters sont japonaises. Exemple de Softbank (27% d’AliBaba, ARM, Aldebaran), Softbank Vision Fund – 100 Md $. Elon Musk, Tesla est dépendant des entreprises japonaises. Ex. Panasonic Lion-Lithium Giga Factory. Generation Pokemon, Pikachu plus connu chez les jeunes américains que Mickey. Le Japon, le pays le plus « vieux » du monde est la référence de la culture de la jeunesse mondiale.

Plus de points communs entre le Japon et la France qu’il n’y parait.

On enchaine avec Santé, neuro-sciences, vieillissement, animée par Roberte Manigat, Médecin de santé publique.

Denis Le Bihan, Directeur de Neurospin, CEA et professeur à Kyoto. On parle neurosciences La neuroimagerie permet de savoir ce qui se passe dans le cerveau sans l’ouvrir. « Un grain de riz a deux fois plus de gènes que nous ! Il faut rester modeste. » « Comprendre le cerveau humain, le reprogrammer dans le cas où des fonctions ont disparu. » Les nouveaux outils de MRI pour le cerveau sont du même niveau que le Large Hadron Collider ou les radiotéléscopes géants. Les nouvelles imageries sont des outils indispensables dans la lutte contre le cancer, la cirrose, les ACV, Alzheimer …

Hovagim Bakardjian, Institut du Cerveau/Moelle épinière, Paris nous parle de plusieurs projets en coopération avec le Japon – Interface cerveau-ordinateur, hyperscanning et thérapie par la musique. Ses recherche actuelles concernent la maladie d’Alzheimer.

Rachel Sherrard, Professeure à l’Université Pierre et Marie Curie sur santé, neurosciences et vieillisement. Article – Développement, Réparation et vieillissement cérébral. Le Japon est une « blue zone », une région où réside un pourcentage important de centenaires.

Enfin, Katsuhiko Mikoshiba, Laboratoire de neurobiologie du développement, Institut de la Science du Cerveau, RIKEN insiste sur l’importance des échanges d’étudiants et des chercheurs entre Japon et France.

Softbank

Softbank

Next Organisation industrielle et numérisation, Usine du futur, Matériaux, Robotique, Technologies de l’information et de la communication, objets connectés, Espace, animée par Elisabeth Frémaux, Ingénieur robotique et coach.

Hadrien Szigeti, Développement stratégique à Dassault Systèmes sur l’Usine du futur, parle de l’alliance pour l’industrie du futur.

  • Le Deep learning, lancé il y a 3 ans, sur un algorithme dont on ne sait pas comment il fonctionne.
  • Aux US, des dizaines de startups se sont lancées pour exploiter commercialement le deep learning.
  • En France, plusieurs centres de recherche essaient de comprendre comment fonctionne l’algorithme.

Etienne Gheeraert, Université de Grenoble nous parle des matériaux post silicium : Carbure de silicium, nitrure de gallium, or. Les japonais sont en pointe sur ces sujets de recherche. Toujours pour les japonais, la recherche doit être utile à la société. Les 3 phases de l’innovation selon Etienne Gheeraert – enthousiasme (recherche fondamentale), vallée de la mort (application) et industrialisation. Il nous explique comment le CEA a abandonné le carbure de silicium. France et Japon en pointe sur le développement de composants électroniques en diamant.

Guilhem Penent, ‎Consultant politiques spatiales, ‎Ministère des Affaires étrangères et du Développement international nous parle du spatial.

Pour Edouard Geoffrois, responsable de programme à l’ANR, les professeurs et les chercheurs sont très bien perçus dans la société japonaise. Le gouvernement s’implique pour faire coopérer les compétences académiques, industrielle et scientifiques. Valorisation des savoirs et des techniques.

Exposés : présentations thématiques du programme gouvernemental SIP.

Présentation en détails de 3 des 11 projets principaux de SIP :

  • Véhicules sans conducteurs par Mr. Shiro Takegami, Directeur SIP,
  • Augmenter la résilience sociale aux désastres naturels, Dr. Kenichiro Tsuda, chercheur Senior, SIP
  • Maintenance des infrastructures et rénovation par le Dr.Takayuki Ishizuka, chercheur associé, SIP

Table ronde de conclusion animée par Pierrick Fillon, Asia desk officer à la Commission européenne.

Standardisation et propriété intellectuelle, sujets proposés pour la prochaine édition de cette conférence par Pierrick Fillon, Asia desk officer à la Commission européenne.

Jean-François Sabouret, Directeur de recherches émérite CNRS. L’innovation est pour vocation d’intégrer la technique. Le sens de la durée longue est lié à l’incertitude du futur ressenti par les japonais.

Pierre Caye, Directeur de recherches CNRS, directeur du Centre Jean Pépin pose les questions – Quelles relations mutuellement bénéfiques sont à développer entre le Japon et la France ou l’Europe ? Quels sont les intérêts communs, les défis et opportunités en période de croissance économique lente ?

Robert Boyer et le Prof. Teruo Kishi

Robert Boyer et le Prof. Teruo Kishi

Le Prof. Teruo Kishi conclut en nous disant qu’il ne souvient plus du sujet de la conférence mais qu’il a passé une bonne journée. (Humour ou traduction ? NDLR.) Pour lui, la France et le Japon ont intérêt à s’allier, en pensant aux Etats-Unis et à la Chine. Il est favorable à une coopération plus forte en recherche fondamentale et recherche appliquée France / Japon.

Un conférence très intéressante où l’on a pu voir que les deux pays travaillaient déjà sur des projets actifs de coopération (CNRS ou Nedo par exemple), en France et au Japon et qu’il existe un intérêt fort des représentants des deux pays à développer cette coopération, à travers leurs points communs, et leur positionnement géo-politique (le Japon en concurrence avec la Chine et la Corée du Sud, et la France concurrencée par les Etats-Unis et par ses voisins européens).

A suivre

@pierremetivier

Quelle alimentation en 2050 ? Une conférence de l’association Sorbonne Innovation et Technologie aux Mardis de l’Innovation

L'alimentation du futur aux Mardis de l'Inno

L’alimentation du futur aux Mardis de l’Inno

Après une très réussie première séance consacrée aux media, les étudiants de l’association Sorbonne Innovation et Technologie du Master 2 Professionnel Innovation et Management des Technologies de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne (#respirez) ont enchainé un deuxième Mardi de l’Innovation, cette fois ci consacré au futur de l’alimentation.

Pendant des années, nous avons amoindri les ressources de notre planète avec de mauvaises habitudes : surconsommation, gaspillage, sur-utilisation des pesticides, maltraitance animale etc. Les producteurs ont dû utiliser des méthodes nuisibles pour la santé humaine et animale afin de produire rapidement, en grande quantité et à des prix toujours plus bas. Avec des conséquences sanitaires importantes, l’opinion publique envers l’alimentation devient de plus en plus critique. La tendance actuelle est donc de revenir au local et à la qualité. Les consommateurs réfléchissent à de nouvelles manières de se nourrir : de la micro-algue aux produits dérivés d’insectes en passant par les coopératives collaboratives ; un large éventail d’alternatives s’ouvre à nous. Quelles sont les solutions qui pourront nous permettre de nourrir durablement les 9 milliards de terriens attendus en 2050 ?

Le texte introductif du programme donne le ton, un ton combatif, dans l’air du temps, mettant uniquement en avant les carences (réelles) du système actuel. Pour aborder complètement le débat, il aurait fallu également rappeler même brièvement le rôle positif des filières industrielles et agricoles qui ont permis jusqu’à présent de « globalement » nourrir la planète malgré l’accroissement de sa population et réduire la faim dans le monde même si bien sûr il reste beaucoup à faire. #passons

Prononcée pendant la présentation de la séance par les organisateurs – Quentin Jamrozik, Camille Dorra & Anna Lach, citons cette phrase pleine de bon sens de Camille « Je ne connais pas beaucoup de végétaliennes / végétariennes dans mon entourage mais je viens du sud-ouest » 😉 #allisnotlost

Et pour proposer des solutions alternatives :

MardisInno Alimentation

Alexis Angot, CFO et Cofondateur de Ynsect

On commence avec Alexis Angot, fondateur et CFO de Ynsect  Alexis nous explique que la pisciculture (l’élevage de poissons) requiert beaucoup de nourriture, jusqu’à présent, des petits poissons péchés en Amérique du Sud et transformés en farine. Cet approvisionnement ne suffit plus et de plus il est couteux et peu écologique (transport de l’Amérique du Sud vers les fermes piscicoles d’Europe ou d’Asie) d’où l’idée d’une nourriture nouvelle à base d’insectes. Le choix après étude s’est porté sur un scarabée, dont les larves sont transformées en farine. Dans la nature, les poissons mangent des insectes, les volailles également. Les premiers expérimentations sont très positives sur l’appétence par les volailles et les poissons de cette nouvelle farine et les résultats en terme de qualité de la chair / viande produite sont encourageants.

MardisInno Alimentation

Lyndsi Baker, directrice de La Tablée des Chefs

On enchaine avec Lyndsi Baker, directrice de La Tablée des Chefs  La Tablée des Chefs est une organisation québécoise qui nourrit les personnes dans le besoin et mais qui développent également l’éducation culinaire des jeunes (pour leur donner le goûts des bas repas et leur éviter la dépendance à la malbouffe). On peut imaginer le modèle Restos du Coeur complété par des chefs de cuisine et une éducation offerte à la cuisine et au gout. La Tablée des chefs s’installe en France et au Mexique.

MardisInno Alimentation

Thomas Dagorn Dias, fondateur de Energaia France

Après la farine de scarabée pour animaux, nous passons aux micro-algues pour nous, les humains. C’est Thomas Dagorn Dias, fondateur de Energaia France  qui nous parle avec passion de la spiruline. La spiruline est déjà disponible dans les commerces spécialisés. Riche en fer, en de nombreuses vitamines (sauf la C), elle est recommandée entre autres pour les sportifs et combattre les fatigues passagères. Le plus d’EnerGaia : une fabrication en France, des micro-algres fraiches et non séchés et des recettes adaptées. Une information de ma voisine de gauche pendant la conférence me dit que la spiruline, c’est pas bon à manger (je paraphrase pour ne pas choquer le lecteur). Ceci étant dit, Thomas avait apporté une boisson à base de spiruline qu’il a distribué à tous les participants de ce colloque. Et sincèrement, c’était moins pire qu’annoncé. Des recherches sont en cours pour améliorer le gout des boissons et autres nourritures à base de spiruline. La société est en cours de création et les produits Energaia seront bientôt disponibles.

MardisInno Alimentation

Philippe Peiger, Créateur de fermes urbaines

On termine avec Philippe Peiger, un intervenant de bonne humeur après deux « mojito » à base de micro-algues, suivant ses dires. Philippe s’occupe de sa ferme dans les Yvelines près de la Normandie. C’est une ferme à la fois pédagogique et expérimentale. Il aime parler aux enfants (citadins) de la frite magique , ces derniers la recherchent dans la terre et découvre une pomme de terre. Philippe est à la base de nombreux projets liant la ferme, le sociétal comme la Recyclerie ou L’arche des petites bêtes, une méga-maison aux insectes à Thoiry toujours dans les Yvelines. Plus récemment, son projet de ferme du Rail a gagné le Concours Intl « Réinventer Paris ». La ferme du Rail est un projet multi-facette alliant agriculture dans la ville et citoyens en difficulté.  « Un coq qui chante près d’une bouche de métro, ça donne la banane aux parisiens« .

S’en est suivi un débat très animé autour de la nourriture type insectes pour les humains et puis une remarque directe d’un auditeur qui a clairement mis en cause le modèle ferme à la ville, pour lui sans avenir et uniquement politiquement correct. Philippe Peiger a rappelé avec calme que l’agriculture faisait partie des villes encore très récemment et que son retour n’est qu’un juste retour des choses.

Et donc, en 2050, serons-nous dans l’environnement terrifiant de Soleil Vert / Soylent green, un grand film de science-fiction de 1973 sur ce même sujet, l’alimentation en 2022 dans 6 ans comme quoi  … bande annonce ci-dessous, avec des rations à base d’algues, d’insectes voire pire ? #spoiler ou dans un monde de petites fermes bios, circuits courts, sans engrais ni pesticides, chacun avec ses poules Magalli et son potager sur sa terrasse ? Ce sera probablement un modèle hybride agriculture / élevage industriel et agriculture / élevage raisonné pour Philippe Peiger, des paroles pleines de bon sens pour une belle conclusion.

Et un grand bravo à Sarah Labaied qui a réalisé en temps réel pendant les débats, une fresque graphique très claire, beaucoup plus clair que ce compte rendu à coup de serpes twittesques. Si je vous l’avais présenté avant, vous ne m’auriez pas lu 🙂

Le résumé graphique de Sarah Labahied

Le résumé graphique de Sarah Labahied

MardisInno Alimentation

Petit verre de spiruline avec @Sorbonne_IT

Au programme des prochaines séances, dans un mois : Amour, Sexe et NTIC , le 17 mai, Aventure, 24 mai, Engagement, 31 mai et Education, 07 Juin.

A suivre …. en dégustant des pensées poivrées et en buvant de la spiruline.

@Pierre Metivier

 

Pour aller plus loin

Des images de la conférence sur Flickr

Et merci aux organisateurs et animateurs.
MardisInno Alimentation