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Le blog « Avec ou sans contact », 10 ans de billets sur l’IOT et l’Innovation

Les 10 ans du blog Avec ou sans contact

Les 10 ans du blog Avec ou sans contact

«Ce blog a 10 ans,
Ça parait bizarre mais
Si tu m’crois pas hé
Tar’ ta gueule au prochain MWC »

Une paraphrase de la chanson d’Alain Souchon pour fêter les 10 ans de ce blog, crée le 8 mars 2010 et consacré à l’innovation et à l’Internet des objets sous toutes ces formes. En français, il y a 10 ans, il n’y avait guère de blogs sur le sujet, le plus connu étant probablement celui de  Philippe Gautier, I-O-T : INTERNET Of THINGS / Internet des Objets.

En 10 ans, 440 articles (y compris celui-là *) ont abordé de nombreux sujets parmi lesquels bien sûr l’IOT, la RFID, le NFC, le M2M, toutes les connectivités (du LPWA à la 5G), la smart home, la smart city, l’industrie 4.0, le bio-hacking mais aussi l’IA, la blockchain, la robotique sous toutes leurs formes à travers le prisme des technologies mais surtout des usages, de l’innovation, des succès et des échecs, des annonces prématurées ou des prédictions hasardeuses (y compris les miennes) . On y trouve aussi de nombreux comptes rendus de conférences et des fiches de lectures, des articles que nous avons toujours voulu les plus documentés possibles, avec de nombreux liens et illustrations.

Nous n’allons pas les citer tous, vous pouvez tous les retrouver sur la page Archives. Nous allons nous contenter d’une petite (quoique) sélection commentée, par ordre chronologique :

2010

2011

2012

2013

2014

2015

2016

2017 

2018 

2019

2020

Voilà pour ce pêle-mêle d’une soixantaine d’articles où j’espère que chacun trouvera un ou deux articles à son gout. Certains de ces articles ont servi de base à un livre qui fête également en ce mois de mars, son anniversaire. Le livre « Le mobile NFC, télécommande de notre quotidien » a été publié en Mars 2015 aux Editions AFNOR et ce sera l’occasion d’un prochain article, bien sûr.

Nous avons commencé par une chanson et nous terminerons également, pour le plaisir, et sans grand rapport, par une autre très belle chanson, cette fois d’Elise Caron – Jacques a 100 ans. Même en étant optimiste, pas sûr que le blog atteigne cet age canonique.

Merci aux 367 abonnés et aux lecteurs de passage de votre fidélité et de vos commentaires toujours appréciés.

A suivre .. pendant au moins encore 10 ans, si Darwin me prête vie, une éternité dans notre monde numérique

Pierre Métivier
@pierremetivier

Note

  • 440 billets en 10 ans, 325 les 5 premières années, 115 les 5 suivantes. Un ralentissement assumé, en particulier pour des raisons professionnelles mais l’aventure continue.
  • 440 billets dont deux écrits par des invités que j’associe bien volontiers à cet anniversaire, Maike Strudtoff (Allemagne) et William Belle (France+Australie).

Les grands auteurs sont des innovateurs méconnus

Littérature et innovation

Littérature et innovation

Comme le précise Marc Giget dans l’introduction à la conférence « Littérature et innovation » aux Mardis de l’Innovation qui a lieu le 25 février 2020. « Loin de n’être que des témoins passifs du monde et des créateurs de fictions, des écrivains jouent un rôle déterminant dans l’innovation et le progrès humain, notamment par leur approche holistique du monde, leur capacité d’anticipation, leur sensibilité et leur connaissance intime de la nature humaine ».

« On va aller se promener dans les éclats de la pensée » nous dit-il avec lyrisme en débutant son intervention.

NOTE – Ce post n’est pas un résumé complet de l’intervention de deux heures de Marc mais quelques verbatim éparses pour vous donner envie de regarder les vidéos intégrées au billet.

Et l’on commence tout de suite avec Honoré de Balzac, un serial entrepreneur. Inventeur du format Pléiade, toute l’œuvre en un seul volume mais elle ne peut pas s’appliquer à son œuvre trop grande. Il aurait pu être notaire, sa famille le poussait mais la littérature était son but. Pendant sa carrière, il va remonter la filière littéraire à la recherche de l’étape la plus lucrative. Écrivain, libraire, éditeur, imprimeur, fabricant de papier et fondeur de caractères. Il va tout essayer. Beaucoup d’idées mais très mauvais gestionnaire, Balzac confondait ses rêves et la réalité. Il va créer une fonderie et imaginer des nouvelles typographies, une inspiration pour Steve Jobs nous dit Marc Giget. Le jour, grand visionnaire et piètre gestionnaire, et la nuit écrivain. Parmi ses projets, Balzac a voulu faire pousser des ananas et autres fruits exotiques en France sous des serres. L’exploitation des scories des mines d’argent de Sardaigne et une autre de ses idées mais comme souvent c’est un autre qui en profitera.

On passe à Franz Kafka, un grand innovateur par nécessité, un « problem solver » de par sa vie professionnelle. Kafka aime son métier, dans l’assurance, puis dans une institution d’assurance pour les accidents des travailleurs. C’est en étudiant les dossiers d’accidents de personnes dans les usines et les chantiers qu’il imagine des solutions-clés dans le domaine de la sécurité. Exemple, sur la sécurité passive, il impose l’obligation d’utiliser des deux mains pour un massicot. Sa grande invention et innovation est le casque de chantier.

  • «  Croire dans le progrès ne veut pas dire croire dans tous les progrès réalisés jusqu’alors »
  • « En croyant passionnément en quelque chose qui n’existe pas encore, on le crée. L’inexistant est quelque chose que l’on n’a pas suffisamment désiré »
  • « Celui qui sait voir la beauté ne vieillira jamais »

Lewis Carroll, génie de l’imaginaire, de la logique et du nonsense, inventeur compulsif. Deux personnages totalement séparés, scientifiques/mathématicien d’un côté et écrivain de l’autre, avec deux identités distinctes. Passionné de tout ce qui est nouveau, c’était ce qu’on appellerait de nos jours un «  early adopter ». Il a inventé de nombreux jeux, des méthodes plus efficaces et même l’encollage des enveloppes (à la place de la cire à cacheter).

  • « Je ne suis pas fou, ma réalité est juste différente de la votre »

Jules Verne est un admirateur des nouvelles technologies et des voyages. Idéalisation de la Belle Epoque. Star mondial, il étant en France, considéré comme un écrivain pour enfants. Vers la fin de sa vie, Jules Verne devient plus pessimiste et décrit plus souvent le coté négatif des nouvelles technologies.

  • « Tout ce qui est dans la limite du possible doit être et sera accompli. Tout ce qui est impossible reste à accomplir »
  • « Ce qu’un homme peut imaginer, d’autres hommes pourront le réaliser »

Puis HG Wells et ses visions anticipatrices, père de la Science Fiction moderne. Il deviendra également  de plus en plus pessimiste à la fin de sa vie, la 1ère guerre mondiale ayant eu lieu. Ces écrits vont influencer chercheurs et savants. Il est également l’inventeur d’un Floor Games, le premier jeu de plateau type war games.

  • « L’histoire de l’humanité devient de plus en plus une course entre l’éducation et la catastrophe »
Jules Verne et HG Wells

Jules Verne et HG Wells

A l’occasion de l’exposition universelle de 1900, une conférence a réuni les deux écrivains visionnaires sur un même plateau. La plus grande conférence de tous les temps sur le futur ?

Invité en marge de la littérature, Orson Welles est un génie cinématographique et « fake news master » avec sa célèbre émission de radio réalisé à 22 ans reprenant « La guerre des Mondes » de HG Wells. Il a rendu accessible les grands textes littéraires comme le Procès de Kafka. Marc fait également un parallèle entre Citizen Kane et les GAFAs autour de la notion de pouvoir et de richesse sans limite. #Rosebud.

Présence étonnante d’André Gide pour les Nourritures Terrestres. La soif de la vie et de création du futur. Il ne faut pas partir du passé nous dit Gide et il rejoint Nietzsche sur ce sujet.

  • « Ne cherchez pas le salut de l’humanité dans le rattachement au passé, ce n’est qu’en repoussant le passé, qu’en repoussant dans le passé ce qui a cessé de servir, que progresser devient possible »
  • « Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passé n’y projetait déjà une histoire »

Umberto Eco, érudit magnifique. Marc regrette de ne l’avoir jamais reçu. « Il faut toujours inviter les gens tant qu’ils sont vivants » nous dit il. Eco réfléchit sur les 20 ans que nous avons gagné sur la durée de la vie. Il cherche et trouve du sens, un point clé pour tous les innovateurs.  Marc nous parle de son érudition et des livres « L’art de voyager avec un saumon » et « Sur les épaules des géants », les textes de conférences . Le livre préféré d’Umberto Eco ? Sylvie de Gérard de Nerval, à relire donc. Sur les réseaux sociaux, il est cinglant:

  • « Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles ».  

On enchaine sur Milan Kundera, la vie, quoi qu’il arrive dans un monde où l’homme est oublié d’avance par la technique ». Il dénonce la perception trop technologiste de la société.

  • «  Si nous ne pouvons changé le monde, changeons du moins notre propre vie et vivons-la librement. »
  • «  Il n’est rien de plus beau que de réaliser des idées folles. Je voudrais que ma vie ne soit qu’une suite d’idées folles »

Et on termine avec Michel Houellebecq, lanceur d’alertes des sujets de société encore niés par les dirigeants et non politiquement corrects. (Lire « La possibilité d’une ile » dans le cadre des prédictions autour de l’intelligence artificielle – NDLR). A découvrir dans la vidéo la dernière image de Michel Houellebecq présentée par Marc, clin d’œil loin de l’image que l’on se fait de lui (et qu’il se donne).

Marc Giget IESCI

Marc Giget IESCI

Les premiers auteurs cités étaient clairement des inventeurs et pour certains de grands innovateurs (Balzac, Kafka, Caroll, Verne ou Wells), les derniers sont plus présents par leurs idées, leurs créativités, leur imaginations, leurs approches des sujets de société qui les rendent indispensables à lire dans le contexte de l’innovation. Encore une séance passionnante de Marc Giget qui nous fait le cadeau des vidéos. Aucune excuse pour les manquer en ces temps de télétravail et de fermetures d’école.

A suivre … par un potentiel «  Science-fiction et innovation » en préparation.

Pierre Métivier
@pierremetivier

Pour aller plus loin

Et si on cliquait sur des oeuvres d’art plutôt que sur des feux de circulation ?

Les reCaptcha considérées comme une oeuvre d'art

Les reCaptcha considérées comme une oeuvre d’art

Les Mardis de l’innovation sont de retour. Depuis 20 ans, c’est toujours un plaisir d’écouter les intervenants de tous horizons qui ont tous la même passion pour l’innovation dans leur domaine et qui la partage pendant ces séances. Vous retrouverez en bas de ce billet, les vidéos des trois intervenants de la séance du mardi 28 janvier consacrée à la « place de l’individu dans l’acte créatif » mais c’est sur la présentation de Marc Giget, en introduction de la séance sur laquelle nous allons revenir.

Le texte d’introduction à la séance précisait «  L’abondance de données, de logiciels et d’algorithmes et la percée de « l’intelligence artificielle » peuvent être ressentis comme autant d’éléments d’une évolution vers une conception automatisée, logique et prédéfinie, où la part de l’intervention humaine se réduit. Par ailleurs, « l’intelligence collective », la combinaison des apports venant de multiples individus pourrait entraîner une création dans laquelle il deviendrait de plus en plus difficile d’identifier l’apport de chacun. Ce n’est pourtant pas ce que l’on observe, le rôle d’un individu clairement identifié : créateur, concepteur, artiste, designer… reste déterminant dans la synthèse créative et la conception du nouveau, non seulement au niveau de la mise en forme, mais aussi dans l’intention et dans la vision qui y sont associés, aussi variées que le sont les passions humaines. »

Ce qui nous donne, en version succincte «  L’IA (et l’intelligence collective) peuvent-elles remplacer l’humain dans le processus créatif ? »

Pour cela, Marc nous parle de l’arrivée de la photo dans le monde de l’art et de ces impacts, puis du mythe de l’intelligence artificielle et de tous les éléments uniques de l’intelligence créative humaine et ils sont nombreux. Pensée, conscience, vision globale, utopie, imagination, …  L’IA n’en a aucune.

Humain vs IA (c) Marc Giget

Humain vs IA (c) Marc Giget

Il reprend ensuite l’exemple de cette IA qui a créé un « nouveau » tableau à la Rubens. Zéro créativité dans l’algorithme qui a été utilisé, nous dit-il.

Enfin il aborde l’infinie variété de la création humaine et de la mise en forme à l’aide d’un simple exemple, le sujet de tableau, une femme qui lit. Et pour notre plus grand plaisir visuel, il fait défiler des dizaines de tableaux (que vous pouvez retrouver dans la vidéo ci-dessous), d’images de femmes  lisant un livre pour illustrer son propos. Cette créativité étonnante est inatteignable pour les IA.

Ce que nous amène au deuxième sujet de ce post. Ce défilé d’images de femmes lisant nous rappelle les tests que nous subissons régulièrement pour nous identifier en tant qu’humain et non en tant que programme sur des sites. « Cliquer sur toutes les cases qui représentent des feux de circulation ? » ou des pancartes ou des chats. Se faisant, nous apprenons aux IA de Google à reconnaitre un feu de circulation, une pancarte ou un chat, en leur indiquant toutes les formes de feux, de panneaux de circulation (ce qui est utile pour les projets de voitures autonomes) ou de chats (ce qui peut éventuellement sauver de chats de la même voiture autonome, merci pour eux !).

Et-ce que les IA regardent ces tableaux de « femmes lisant un livre »  ? Cela leur permettrait, peut-être, de les reconnaitre (pas très utile pour la conduite autonome), voire un jour, qui sait, de les apprécier et approcher quelques-unes des caractéristiques citées par Marc ci-dessus qui sont le fondement de notre identité. Une idée pour les programmeurs de logiciels de détection homme / bot type Captcha sur le web et de développeurs IA ?

A suivre … dès la prochaine session consacrée aux liens entre innovation et littérature le 25 février, toujours à l’ENS AAMA. A ne pas manquer.

Pierre Métivier
@pierremetivier

Pour aller plus loin

Les vidéos des trois intervenants de la sessions des Mardis de l’Innovation