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Nobody ever got fired for buying IBM, version 2016 et Internet des objets

Nobody ever got fired for buying IBM

Nobody ever got fired for buying IBM

No one ever got fired for buying IBM.” c’est-à-dire « Personne n’a jamais été licencié pour acheter (des ordinateurs) IBM. » Cette phrase des années 1970 est considérée comme l’un des messages marketing les plus efficaces jamais imaginés. Achetez IBM, ne prenez pas de risques, ni pour vous, ni pour votre entreprise, IBM sera toujours un bon choix. Un message basé sur le concept de FUD – Fear, Uncertainty and Doubt.

Sierra Wireless AirPrime modules

Sierra Wireless AirPrime modules

Ce message m’est revenu à l’esprit dans le cadre du « Sierra Wireless Innovation Summit » qui vient de se dérouler à Paris. Sierra Wireless est une entreprise peu connue du grand public et qui est pourtant très présente dans l’infrastructure de l’internet des objets, comme les villes ou les voitures, à travers des solutions complètes de déploiement d’objets connectés basées sur des « Wireless embedded modules », des modules permettant d’apporter aux objets connectés de la connectivité moyenne et longue distance.

Pour rappelWireless = sans fil, une connectivité moyenne et longue distance (comme le wifi, ou la 4G) vs. contactless – sans contact, une connectivé très courte distance – quelques centimètres.

La connectivité était un des sujets majeurs de la conférence. L’offre de connectivité est pléthorique. En parallèle des offres, 2G, 3G, 4G et au-dela, sont arrivées des solutions disruptives comme Sigfox / UNB , Lora ou l’utilisation des whitepaces / Weightless. Ses solutions dites LPWA  – Low Power Wide Area permettent de transmettre sur de grandes distances, des petites quantités de données pour un prix largement inférieur et sont donc adaptés à de nombreuses services connectés. Ces réseaux se développent à vitesse grand V. Les opérateurs traditionnels ont compris le danger et ont répondu de trois manières,

  • en ne fermant pas comme initialement prévu les réseaux 2G,
  • en investissant dans les réseaux Lora pour Orange ou Bouygues, ou Sigfox (UNB dans le graphe ci-dessous) pour SFR, Telefonica, SK telecom ou NTT Docomo, et
  • en développant de nouvelles normes que l’on retrouve sous les noms 3GPPP, NB-IOT, LTE Cat-M…. et l’on va retrouver Huawei et un Vodaphone très agressif envers les nouveaux venus.
LPWAN tech chart range vs data rate (via) LPWAnews

LPWAN tech chart range vs data rate (c) LPWAnews

Dans le cadre de cette conférence, des clients de ses réseaux, un gestionnaire de grid énergétique néerlandais, et un fournisseur de solutions d’éclairage public intelligent ont eu la même approche pour le choix de ce réseau. « On ne choisira pas une solution de type Sigfox ou Lora, on préfère les solutions de fournisseurs connus, en provenance d’opérateurs installés, une qualité de services reconnue et puis, les Lora et Sigfox utilisent des fréquences non régulées.« 

Cette argumentation n’est donc pas s’en rappeler cette phrase « Nobody ever got fired for buying IBM ».

Toutes les solutions précedemment citées ont leurs avantages et leurs limitations, leurs domaines d’utilisation et les critères de choix sont nombreux – coût, disponibilité dans le temps et dans l’espace (déploiement effectif), qualité de service, quantité de données transporté, débit distance, disponibilité indoor, uni ou bi-directionnel, sécurité, ….

Pour revenir à la phrase d’origine, on connait la suite. IBM, toujours bien présente dans les services, ne fabrique plus d’ordinateurs. Les besoins, les technologies, les resources, les solutions changent. Les taxis et les hôtels bien établis ont vu arriver Uber et airBnB, les banques sont titillées par les fintech. La numérisation, la désintermédiation, la virtualisation sont des facteurs disruptifs que l’on ne peut ignorer. Choisir une solution parce qu’on ne veut pas changer de fournisseur est effectivement confortable et rassurant mais les clients de Kodak, de Polaroid, de Nokia ou d’ordinateurs IBM ont tous du changer de fournisseurs, tôt ou tard.

Si dans les années 70, personne n’a jamais été licencié pour acheter (des ordinateurs) IBM, en 2016, cette phrase devrait se lire, personne n’a jamais été licencié pour avoir trouvé des solutions innovantes, économiques, efficaces, écologiques même si il s’agit (ou pas) de changer de fournisseurs, que ce soit d’ordinateurs ou de réseaux de télécommunication.

A suivre.

@PierreMétivier

Pour aller plus loin

IOT connectivity solutions (c) Postscapes Harbor

IOT connectivity solutions (c) Postscapes Harbor

 

RPMK, un NFC-like haut-débit, nouvelle technologie de connectivité pour l’internet des objets

Remotely Powered Memory Key

Remotely Powered Memory Key

Dans le monde de plus en plus médiatisé de l’internet des objets, la connectivité est l’un des éléments-clés. Elle permet la transmission d’un message d’un émetteur vers un récepteur, des données d’une étiquette, d’un capteur vers un serveur et un traitement informatique, un mobile ou tout device électronique.

Parmi les technologies de connectivité, on peut trouver la RFID sous toutes ses formes (LF, UHF et HF, cette dernière plus connu sous le terme NFC), le wifi, le Bluetooth, les 2G, 3G et maintenant 4G proposé par les opérateurs, le Zigbee, voire le satellite pour ne nommer que les plus connus. Les caractéristiques de ces réseaux sont – la vitesse de transmission des données, la distance de transmission, la consommation des équipements les utilisant, les protocoles d’encryptage permettant une sécurité plus ou moins élévée des données, et les coûts d’installation, d’utilisation et de maintenance. Suivant les applications, on utilisera les unes ou les autres ; elles sont donc amener à coopérer, s’interconnecter tout comme les autoroutes sont connectées aux routes nationales ou départementales, aux rues des villes et des villages jusqu’à votre immeuble ou les pièces de votre logement.

De nouveaux protocoles et technologies apparaissent régulièrement et nous en parlons dans ce blog. Citons les whitespaces aux US et en Angleterre (regroupé dans le consortium Weightless.sig et dont le représentant le plus connu est Neul), le LiFi du LISV (sur lequel nous reviendrons), transmission de données par la lumière ou le réseau Sigfox permettant un déploiement rapide et bon marché pour des applications pour lesquelles les quantités d’informations à transmettre sont faibles.

Dans les domaines de la communication à courte distance, il existe un projet intéressant, le RPMK pour Remotely Powered Memory Key, qui permet, de transmettre de grandes quantités d’informations sur de courte distance (quelques centimètres).

Cette nouvelle technologie de communication radio sans fil, haut débit et très faible consommation électrique est co-développée par le CEA-Leti à Grenoble et le Nokia Research Center. Cette technologie pourrait être décrite comme du NFC très haut débit (112Mbits/s) par rapport au bas débit du NFC (106 kbit/s à 424 kbit/s) de nos mobiles.

Pour Sébastien Soyer, un des porteurs de ce projet « Notre technologie permettra de relocaliser de l’information multimédia (ex : vidéo, audio, texte…), stockée directement sur des objets, des lieux… et favorisera ainsi l’échange de données numériques en local, de manière simple et rapide. Contrairement au NFC ou QR Code, on pourra échanger des gros volumes d’information localement sans dépendance avec une connexion réseau. Ce qui permettra de garantir les échanges (quel que soit les conditions réseau 3G ou Wifi) avec l’utilisateur là où il en a besoin. »

Joconde et Wifi

Joconde et Wifi

Autrement dit, le RPMK s’attaque à deux problèmes – celui du roaming et celui de l’utilisation de grandes quantités d’information (music, video…)

  • Le roaming est l’utilisation d’un réseau télécom à l’étranger et les coûts correspondants élevés, qu’expérimente au moins une fois, toute personne utilisant son mobile à l’étranger en vérifiant ses mails ou son compte Facebook et qui est un frein à l’utilisation de tous les services connectées dans un pays qui n’est pas celui de son opérateur mobile, services comme le paiement online (type Paypal) ou la lecture de tag NFC touristiques dans les villes ou les musées (sujet déjà abordé dans ce blog). Sans connectivité, de nombreux services mobiles ne sont plus accessibles.
  • Lorsqu’une application nécessite de grandes quantités d’informations, il est nécesssaire d’avoir une bonne connectivité – 3G, 4G ou wifi, ce qui n’est pas toujours le cas. Une méthode alternative, lorsque confronté à de grandes quantité de données, consiste à mettre la plus grande partie de ces données dans l’application elle-même comme dans le cas de l’application Casino du Centre Commercial des Belles Feuilles ou l’application Culture Clic qui pèse pas moins de 135 Megs sur un iPhone. Mais cela oblige à le faire avant l’utilisation réelle et pose des problèmes de mise-à-jour.

Le RPMK permet donc ce transfert rapide et ce stockage de données. Dans les domaines d’applications potentielles, on peut imaginer toute application nécessitant une grande quantité d’information, dans des endroits où la connectivité est limitée, comme les musées, les lieux touristiques, les magasins et l’Internet des objets en général. Plutôt que de transmettre une URL au mobile, qui va alors chercher les informations sur le cloud, dans le cas de la technologie RPMK, ces informations sont stockés localement et transmises rapidement.

Le titre parle de « NFC » haut débit. L’utilisation de l’acronyme est à prendre dans son sens littéral de « communication en champ proche » par radio fréquence. Mais cette nouvelle technologie n’est pas NFC dans le sens commercial du terme, la technologie sans contact utilisé pour le paiement, le transport et de nombreuses autres applications de proximité et elle n’est donc pas compatible, se situant dans des plages de fréquences très différentes (13,56 MHz / HF pour le NFC et 7,9 GHz UWB pour le RPMK) .

Il est facile de voir que cette technologie possède un réel potentiel d’application. La difficulté est bien sûr son déploiement et son adoption par les constructeurs et les développeurs à travers une certaine forme de standardisation /normalisation. Pour qu’elle se développe, qu’elle devienne innovation, il faut qu’elle soit présente sur nos mobiles dans nos poches ou dans des applications de notre quotidien. Les mobiles comprennent déjà (tout ou en partie) des connectivités 2G, 3G et 4G, Bluetooth, Wifi et de plus en plus NFC. Ajouter un nouveau protocole de communication veut dire intégrer une nouvelle puce, une nouvelle antenne, un nouveau design, et cela prend beaucoup de temps et d’argent. On peut voir la difficulté à intégrer le Zigbee par exemple dans un mobile ou la technologie RFID UHF. Dans les deux cas, il y a eu quelques projets, jamais industrialisés.

Le projet RPMK ouvre un champ des possibles important mais le plus difficile commence ; trouver des applications justifiant les investissements nécessaires à l’industrialisation et la commercialisation du la technologie. Bonne chance au projet RPMK. Si vous êtes intéressé, vous trouverez toutes les informations sur le site de Grain – Grenoble Alpes Incubation.

A suivre .. de près.

Pierre Métivier

Sigfox, le Moulinex de l’internet des objets

Le monde de Sigfox (c) Sigfox

Le monde de Sigfox (c) Sigfox

Au moment où la blogosphère découvre l’internet des objets, 15 ans après la création du terme par Kevin Ashton  et près de 25 ans après la naissance de l’ubiquitous computing en 1988 de Mark Weiser et du professeur Ken Nakamura et son UID Center au Japon, une petit société française basée à Toulouse fait parler d’elle sur la conférence LeWeb ainsi qu’une soirée LaFrenchMobile consacrée à l’Internet des objets. Son nom – Sigfox, son but – connecter le monde (des objets). A première vue, c’est ambitieux. Mais quand lorsqu’on écoute une présentation de la société, il est clair que la société a les moyens de son ambition grâce à une approche innovante du sujet.

Rappelons que l’internet des objets désigne un ensemble très vaste et très vague comprenant des objets, des ordinateurs et des humains connectés ensemble et partageant des données à travers de nombreuses applications dans tous les domaines. Tous ces objets clairement identifiés, plus ou moins bavards, partagent ces informations stockées sur des tags/étiquettes (RFID/NFC) ou en provenance de capteurs. La connectivité peut prendre de nombreuses formes (lecture de proximité par mobile NFC, Zigbee, ZWave,Wifi, Dash*7, Ocean, Bluetooth, Wifi, IPv6, ANT+, 6LoWPAN, réseau 2G, 3G voire satellite (et nous en oublions certainement))  suivant la distance de lecture, la fréquence et la taille des données échangées et le type d’application. Les coûts varient fortement suivant les technologies.

Capteurs partenaires Sigfox

Capteurs partenaires Sigfox

Pour les grandes distances, les réseaux 2G, 3G voire bientôt 4G proposés par les opérateurs sont utilisés (sous le terme M2M) mais leur coûts d’utilisation ne peuvent permettre tous les types d’usages dans tous les domaines. Des entreprises sont à la recherche de nouvelles solutions comme l’utilisation des « white spaces » des bandes de fréquences utilisées par la télévision analogique et maintenant abandonnées et libres de droits (suivant les pays). C’est l’appproche de Neul en Grande Bretagne et Google s’y intéresse de très près aux US. Nous avons déjà abordé le sujet dans ce blog.

Et donc Sigfox s’attaque à ce marché avec une approche originale basée sur deux principes.

  • Tous les objets n’ont pas besoin d’être connectés en permanence ou en temps réel (réseau 2G, 3G ou satellite)
  • Tous les objets n’ont pas besoin d’envoyer de grandes quantités d’informations (réseaux 3 et 4G).
Carte du déploiement Sigfox

Carte du déploiement Sigfox

Même si la technologie est indépendante de la fréquence, Sigfox a développé un réseau M2M pour des coûts très inférieurs aux réseaux existants en utilisant des fréquences 868 MHz libre d’utilisation (sans licence) en Europe et une transmission dite bande étroite. Il suffit de 2 millions d’Euros pour couvrir la France, 200 millions pour couvrir le monde (l’équivalent de 10 km de ligne TGV standards) ou à comparer aux 20 à 30 milliards pour le plan fibre pour la France. De plus, la technologie consomme très peu d’énergie et pénètre très bien dans les bâtiments. 1000 antennes suffisent pour couvrir la France et chaque antenne peut gérer 1 million d’objets. Le coût est d’environ 1€ par an et par objet avec une limitation de 140 « messages » par jour et le débit est de 100 bits/sec. Pour de nombreux capteurs et de très nombreuses applications, c’est largement suffisant.

Des grandes entreprises ont déjà intégré la technologie comme ClearChannel pour la maintenance de leurs bornes d’affichages multimédia.

Et quel est donc le rapport avec Moulinex ? Moulinex s’est développé, entre autres, sur la base que les moteurs électriques d’un appareil ménager n’avaient pas besoin de fonctionner 24 heures sur 24 mais quelques minutes à chaque utilisation. En 1956, la société a lancé des appareils mono-fonction, plus simples, avec des moteurs plus économiques et a pu ainsi démocratiser l’appareil électro-ménager, signe d’une véritable innovation. C’est un peu la promesse de Sigfox, démocratiser les applications de type « objets connectés » ne nécessitant pas du temps réel ou de grandes quantités de données.

Souhaitons donc à Sigfox la même réussite que Moulinex (dans sa phase d’expansion) et que cette technologie participe pleinement au développement de cet internet des objets à venir.

A suivre.

Pierre Métivier

Pour aller plus loin