Smart home : une domotique 2.0 ou un simple changement de nom ?

Domotique 1.0

Domotique 1.0

La domotique ou l’automatisation de la maison, a longtemps été perçue comme nouveau marché prometteur. On allait pouvoir économiser de l’énergie, baisser ses volets roulants automatiquement, commander ses lampes ou son chauffage à distance ou augmenter la sécurité dans la maison.

Cette perception s’est heurtée à réalité du marché, l’inadéquation avec les besoins réels des clients, le manque d’installateurs, un coût important en particulier par rapport aux avantages réels ou perçus, l’absence d’une offre claire et une interopérabilité inexistante.

Cette domotique nous revient sous le terme smart home, également associé avec la terminologie smart : smart grid, smart metering,… et plus globalement l’internet des objets. L’environnement technologique a changé avec une connectivité désormais omni-présente grâce aux box des opérateurs dans chaque maison, l’abondance de nouvelles technologies et en particulier en terme de capteurs, des smart phones à foison et de multiples offres.

IGNES (Industrie du Génie Numérique Énergétique et Sécuritaire), une association regroupant une soixantaine d’entreprises organise régulièrement « Les Matinales du Smart Home » sur le sujet, l’occasion de faire le point avec deux présentations des sociétés Siemens et Technicolor.

Et d’abord Siemens représenté par Dan Napar, CTO France et VP Strategy BT (Building Technology), Monde. Le géant allemand est très présent dans le Smart Home avec une offre appelé SyncoLiving, matériels et applications résidentielles gérant en vrac le CVC (Chauffage, Ventilation, Climatisation), le réglage température (pièce par pièce), l’acquisition énergétique, le chauffage (eau chaude / froide), la sécurité, l’électricité, la communication, les commandes de la lumière et des stores, la détection des fuites d’eau, la qualité de l’air ambiante. Tous ces capteurs et actionneurs communiquent avec le protocole KNX, en radio fréquence ou en filaire et se commandent à distance avec applications mobiles ou une centrale intégrée.

Il est possible de programmer des scénarios de type « bonne nuit » – volets, baisse des températures et des lumières.

En terme d’énergie. Dan Napar a rappelé la difficulté à équilibrer le flux de l’énergie et réconcilier les points de vue du fournisseur d’énergie – Production, stockage, distribution, émission et consommation, et le besoin et la demande en énergie du consommateur, dans le sens opposé.

Il a également cité des chiffres intéressants sur la consommation moyenne en énergie des foyers – 73% chaleur ambiante (chauffage/air conditionné), 11% eau chaude, 8% cuisine / buanderie, 5% appareil ménagers, 3% éclairage. Et il y a bien sûr des variations suivant les régions NDLR.

Domotique 1.1

Domotique 1.1

Pour réduire les consommations énergétiques, trois pistes sont proposées – Amélioration de l’enveloppe (isolation), changement des équipements, régulation et GTB – gestion technique du batiment.

  • Amélioration de l’enveloppe – Jusqu’à 50% d’économie et une durée d’amortissement de 10 à 60 ans
  • Changement les équipements – 10 à 60% d’économie et un amortissement également long de 10 à 60 ans
  • Régulation et Gestion technique du bâtiment  GTB – Jusqu’à 30% d’économie et un amortissement de 2 à 10 ans.

Pour Siemens, les méthodes les plus efficaces et rentables sont la régulation et la gestion technique des bâtiments.

Cette présentation technique n’a pas apporté d’information sur les disponibilités, les coûts ou la distribution de ces solutions auprès des entreprises ou des particuliers.

A une question sur les standards, la réponse est claire. Hors KNX, point de salut, balayés les Zigbee, Zwave ou autres Ocean. L’alliance de Somfy IO-homecontrol n’est même pas abordée. Ce ne sont clairement pas des possibilités envisagées par Siemens.

Cette question a permis d’introduire le 2ème interlocuteur, Benoit Joly, Technicolor et la plateforme QEO. Avant cela, quelques mots sur Technicolor, ancien Thompson et qui fait maintenant son cinéma du coté d’Hollywood, pour 3,8 Mds $ de CA en 2012. Par delà le cinéma, Technicolor s’intéresse au sujet du smart home (à travers les écrans) et plus globalement l’Internet des objets.

Mr. Joly survole le monde numérique, signale que Facebook fabrique un OS pour concurrencer Google, qu’il y a 5 milliards de personnes connectés mais aussi 50 milliards d’objets qui le sont également. « Le contenu doit être accessible partout, sur tous les écrans. » Notre animateur n’a pas clairement pas oublié les origines de la société.

Mesurer les données, c’est bien, les intégrer et les interpréter, c’est mieux. Exemple dans la santé : il est bien de générer des données avec les balances Withings ou le Fuelband de Nike, mais c’est mieux de répondre à la question « Vais-je bien ? » On ne peut être que d’accord.

Nest

Nest

Dans ce monde de silos, à l’expérience utilisateur fragmentée, où les objets sont connectés mais pas interconnectés, l’interopérabilité technologique ne suffit pas. Et donc Technicolor à travers le projet de la plateforme QEO propose une nouvelle plateforme pour intégrer toutes ces données, pour interconnecter les objets entre eux et devenir le « twitter de la maison connectée« , une version « matérielle » du site IFTTT qui repose sur le même principes – faire discuter entre eux des applications, rendre compatible des services différents, les associer. QEO souhaite réaliser ce même résultat coté matériel. Se saisir de deux objets « connectés » et les rapprocher l’un de l’autre pour que les deux objets se connectent. L’ouverture de la plateforme est actée car il est clair que son succès dépendra du nombre d’entreprises qui adhéreront au projet.

Pour compléter cette revue du smart home 2.0, ajoutons enfin que dans le cadre d’une autre conférence sur l’internet des objets, nous avons eu l’occasion de rencontrer Somfy, sur une approche proche de celle de Siemens à travers le boitier Tahoma. « Vous ne verrez plus vos volets roulants comme avant ». Une même série de produits, une autre alliance, une autre connectivité mais pas d’interopérabilité avec les solutions concurrentes type KNX.

A travers cet article, nous ne prétendons pas faire une revue exhaustive de toutes les solutions disponibles sur le marché. Bien d’autres sociétés sont présentes sur tout ou partie du segment comme Schneider Electric, Bosch, Legrand, Deltadore, les opérateurs Orange, SFR, Bouygues Telecom ou des startup comme Nest, AlertMe , Myxyty et bien d’autres …. .

Les américains se passionnent pour les thermostats NEST à 250 $, un smart thermostat dans la lignée GTB. Prémisse d’une révolution à venir dans nos domiciles ou gadget feu de paille symbole d’une mode passagère ? Il est trop tôt pour le dire. Il nous semble qu’un grand nombre de problèmes ayant limité le développement de la domotique 1.0 soient toujours bien présents, malgré les progrès technologiques considérables. Il est clair qu’il ne peut y avoir un seul standard dans le monde de la smart home mais leur prolifération (ou absence, c’est selon) n’est pas le signe d’une industrie apaisée, rassemblée et capable de proposer des solutions matures au consommateur.

A suivre

Pierre Métivier

Note. Les illustrations (hors Nest) ne représentent pas de produits domotiques mais un choix esthétique personnel de l’éditeur par rapport à l’article.

Pour aller plus loin

3 commentaires pour Smart home : une domotique 2.0 ou un simple changement de nom ?

  1. Techologis dit :

    A mon sens, il y a plusieurs facteurs qui font que la situation a évolué:
    – beaucoup de personnes ont l’habitude de se servir d’une tablette ou d’un smartphone. Objet qu’elles gardent à portée de main quasiment tout le temps et qui peut donc servir à piloter la maison.
    – la technologie sans fil permet d’adresser un marché beaucoup plus large que la construction et la grosse rénovation.
    – Le coût à beaucoup baissé, on parle maintenant de milliers d’euros pour un particulier là où l’on parlait de dizaine de milliers auparavant.
    Ces raisons peuvent justifier un changement de nom, domotique étant associé dans les esprits « à truc de geek », « compliqué » et « cher ».

  2. Bonjour,
    je pense pour ma part que pour que la « domotique 2.0 » comme vous l’appelez fasse véritablement partie de notre quotidien, il faut que les nouvelles constructions en soient totalement équipées. En effet, Difficile d’entreprendre des travaux dans l’ancien tel que la centralisation du contrôle des volets roulants par exemple. Ce type de mise à jour coute cher et peu de propriétaires se lancent dans de tels travaux. En revanche, dans le neuf, si les constructeurs automatisent l’installation d’une certaine domotique, le prix de revient baissera et, noyé dans le coût de l’appartement, le prix de de cette technologie moderne deviendra dérisoire. Je pense que le développement de la domotique passera par la, et deviendra pour une partie des fonctions aussi indispensable que l’eau courante ou l’électricité.
    Merci pour ce tour d’horizon du marché de la domotique.

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