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Les nouvelles stratégies d’innovation 2018-2020, Vision prospective 2030, un livre indispensable de Marc Giget.

Nouvelles stratégies d'innovation - 2018-2020 Vision prospective 2030 Marc Giget

Nouvelles stratégies d’innovation – 2018-2020 Vision prospective 2030 Marc Giget

Il ne m’est pas facile d’écrire un billet réellement objectif sur le livre de Marc Giget, car je suis son enseignement depuis près de 10 ans et j’ai la chance de le connaitre et de collaborer régulièrement avec lui. (1) Malgré cette proximité, je ne souhaitais pas non plus passer à côté de l’occasion de présenter ce texte majeur (et son auteur) auprès des lecteurs de ce blog.

A la fois entrepreneur, économiste, innovateur, professeur, humaniste, académicien, penseur, Marc Giget est un personnage vivant à la fois dans le passé, dans le présent et dans le futur. Grâce à sa grande culture historique et son immense érudition qu’il ne cesse de compléter, il nourrit ses cours et ses travaux, les remet sans cesse à jour, et il développe une vision prospective globale basée sur des faits, historiques et économiques, des études, des cycles, sur des megatrends (croissance / redistribution de la population, urbanisation croissante, globalisation équilibrée, raréfaction des ressources, réchauffement climatique, évolutions technologiques) et les grandes transitions (humaniste, écologique, énergétique, économique et numérique) en cours. Tous ces points sont rassemblés et articulés logiquement dans le livre, point de départ vers les enjeux-clés et les stratégies d’innovation à adopter.

Marc Giget

Marc Giget

Marc n’est pas aussi connu qu’il le devrait. Il n’a pas de compte LinkedIn, Twitter ou Wikipedia. Docteur en Economie Internationale, il a créé une entreprise de « due diligence » toujours leader mondial dans le domaine de l’espace. Membre de l’Académie des Technologies, il préside le Club de Paris des Directeurs de l’Innovation, un think tank (et organisme de formation) qui réunit les directeurs de l’innovation de grands groupes français et internationaux. Et pourtant, il n’apparait guère à la télé ou dans la presse. Il n’est pas médiatisé et ne cherche pas à l’être. Une rapide recherche sur Google n’en permet pas d’en savoir beaucoup plus, quelques interviews récentes liés à la sortie du livre donnent depuis quelques semaines un peu plus d’infos.

Par contre, pour toutes les personnes qui suivent les Mardis de l’Innovation, des cours gratuits autour de l’innovation que donnent Marc depuis près de 20 ans, aux Arts et Métiers, à la Sorbonne et d’autres lieux dédiés à l’éducation (2), ou pour les membres du Club de Paris des Directeurs de l’Innovation, Marc est la référence pour l’innovation, une innovation réelle et concrète. Ne lui parlez par de méthodes Agile ou de Lean management, la méthodologie n’est pas le sujet. Et ne vous attendez pas écrire sur des post-its pendant les séminaires ou les formations qu’il anime. Par contre, il vous parlera d’attentes de la société, de souhaits, de désirs, de rêves, d’idéaux des femmes et des hommes, les véritables moteurs de l’innovation. Il vous racontera l’apport des philosophes à l’innovation, ou l’explosion de l’innovation à la Renaissance et à la Belle Epoque.  A contre-courant de ceux qui ne parlent que de la  » startup nation », il vous montrera, chiffres à l’appui, comment les grands groupes ou les associations innovent beaucoup plus que les startups. Il vous parlera avec passion des Compagnons du Devoir, vous rappellera que « Personne ne tombe amoureux d’un protocole Wap» et que l’innovation ne vaut que si elle est au service du plus grand nombre, citant Aristote.

En quatrième de couverture se trouve le résumé suivant de l’étude :  «  Une étude internationale approfondie sur la façon dont les grands enjeux socio-économiques actuels entraînent un renouveau des stratégies de l’ensemble des acteurs économiques, des grands groupes au monde associatif. Ceux-ci abordent une nouvelle phase de croissance fondée sur une innovation globale, totale et collaborative, réorientée vers le développement humain et le développement durable : une transition vers l’émergence d’une société de progrès partagé. »

Nous ne résumerons pas plus avant le livre d’autant plus Marc l’a déjà fait pour nous (voir plus bas).

Cette étude, c’est donc ce paragraphe et bien plus que cela, c’est un condensé de 20 ans de recherche, d’études, de cours, de vie d’entrepreneur et de professeur, regroupés très logiquement, comme les pièces d’un puzzle enfin réunis. De façon graphique cela donne :

Structure schématique de l'étude (c) IESCI Paris

Structure schématique de l’étude (c) IESCI Paris

Au delà des données, des faits, des chiffres, l’étude est précise, logique, articulée, détaillée. Elle intéresse toute personne impliquée d’une façon ou d’une autre, non seulement dans l’innovation de son entreprise mais aussi et surtout dans son développement et sa stratégie. Pour Marc, la direction de l’innovation d’une entreprise n’est pas là pour uniquement développer des POCs, ou organiser des startups weekend ou des hackatons mais pour trouver les relais de croissance, les produits et services qui permettront aux entreprises de se développer dans les années à venir. Et le livre présente de nombreux cas de grandes entreprises que l’on disait en déclin face aux géants du numérique et qui connaissent un renouveau exceptionnel (comme le Groupe Accor, les taxis G7, La Redoute ou Fnac/Darty) grâce à des stratégies d’innovation « innovantes ».

Et comme Marc a comme premier but la diffusion de cette culture d’une innovation humaniste, par delà le livre, vous pouvez retrouver gratuitement non seulement un résumé d’une vingtaine de pages de l’étude en PDF, mais aussi 6 vidéos (pour un total de près de 4 heures) sur lesquels Marc nous accompagne sur les grands thèmes de son livre.

Des vidéos que vous ne regretterez pas de visionner. L’achat du livre est néanmoins fortement recommandé, pour disposer de tous les chiffres et les études qui sont à la base de ce brillant document. Disponible dans toutes les bonnes librairies, en ligne sur le site de l’éditeur Les Editions du Net ou les sites de ecommerce.

A lire et à relire pour comprendre les évolutions de notre planète et adapter en conséquence les stratégies d’innovation à intégrer aujourd’hui et demain, par delà les buzzwords, la pensée unique ou la pensée magique.

A suivre … pour rester en tête !

Pierre Métivier
@pierremetivier

Notes

  1. Après après avoir suivi plusieurs années les cours de Marc dans le cadre des Mardis de l’Innovation au CNAM principalement, j’ai eu l’occasion également d’intervenir à ces mêmes Mardis sur des sujets liés à l’internet des objets, puis de collaborer avec Marc sur un certain nombre d’événements comme les Mardis de l’Innovation ou le prix « Innovation Team Best Practices » récemment attribué pour la 2ème année à des équipes d’innovation exceptionnelles. Marc m’a également fait l’honneur d’une longue postface dans mon livre « Le mobile NFC, télécommande de notre quotidien ». Mon enthousiasme pour l’étude est réel, indépendamment des relations professionnelles et cordiales avec Marc. NDLR
  2. Vous pouvez retrouver les séances des Mardis de l’Innovation sur la chaîne Vimeo des Mardis de l’Innovation, ainsi que de nombreux comptes-rendus de ces mêmes séance dans ce blog.

Le mythe de la Singularité : faut il craindre l’intelligence artificielle ? Un livre passionnant de Jean-Gabriel Ganascia

Le mythe de la Singularité : faut il craindre l'intelligence artificielle ? Jean-Gabriel Ganascia

Le mythe de la Singularité : faut il craindre l’intelligence artificielle ? Jean-Gabriel Ganascia

L’intelligence artificielle fait partie de ces buzzwords très présents aujourd’hui dans les médias alors que le sujet existe depuis de nombreuses années (1). (Re)lire à ce sujet Innovation et technologies numériques, ou l’éternel retour et le gai savoir Oct. 2016 sur ce blog.

Le terme Intelligence articielle lui-même a été inventé en 1955 (plus de 60 ans déjà) et pour la presse, il inclut pèle-même les chatbots, le deep learning, les algorithmes, le big data, les robots …  Le sujet fait peur, renvoie vers la domination à venir de la machine / ordinateur / robot sur l’homme, et le spectre du chômage de masse. Une image sombre et c’est demain.

Dans ce contexte, la lecture d’un livre nommée « Le mythe de la Singularité : faut-il craindre l’intelligence artificielle ? » s’impose. Son auteur, Jean-Gabriel Ganascia, philosophe, professeur, chercheur au CNRS (en particulier dans le domaine de l’intelligence artificielle) connait bien le sujet et dans une livre concis, il analyse avec raison et passion deux sujets complémentaires, l’intelligence artificielle et son corollaire la Singularité. Peu sont ceux qui osent avoir une vision différente, qui ose questionner la pensée unique sur le sujet, une pensée partagée par de grands scientifiques comme Stephen Hawking  et patrons des grandes entreprises numériques américaines comme Elon Musk (2), et c’est ce qui rend la lecture du livre de Jean-Gabriel Ganascia particulièrement passionnante.

L’intelligence artificielle est là, bien là pour Jean-Michel Ganascia, mais sous plusieurs formes. Il développe les différences entre le concept de départ,  l’intelligence artificielle faible,  l’intelligence artificielle forte et l’intelligence artificielle générale. Il y a confusion ce qui n’aide pas à la clarté du débat mais c’est surtout la Singularité qui pose le plus de problèmes à l’auteur.

Rappelons que c’est la date à laquelle les ordinateurs seront plus «  intelligents  » que les hommes (et prendront le pouvoir). Les deux prédictions les plus connues sont 2023 pour Vernor Vinge, l’écrivain de science-fiction qui a imaginé le concept, et 2045 pour d’autres comme Ray Kurzweil, futurologue et « chef produit » chez Google. (3)

By Courtesy of Ray Kurzweil and Kurzweil Technologies, Inc.

By Courtesy of Ray Kurzweil and Kurzweil Technologies, Inc.

Jean-Gabriel Ganascia explique donc que la théorie de la Singularité est basée sur deux « lois » ou plutôt conjonctures : celle de Moore et celle de Ray Kurzweil, et sur un concept de science fiction. La loi de Moore prévoit l’augmentation régulière sans fin de la puissance de calcul des processeurs, nécessaires au développement de l’intelligence artificielle. La prédiction de Ray Kurzweil qui, à partir de sa vision de l’histoire de notre planète qu’il imagine asymptotique, associé avec la loi de Moore, aboutit à l’arrivée prochaine de la Singularité. Enfin,  l’auteur regrette que ce soit la science fiction qui soit le socle du concept, car il n’y pas de science dans ce concept.

Rien de scientifique, uniquement des conjonctures non prouvées, dans ces trois éléments servant de base au développement de cette Singularité d’où la notion de Mythe, titre du livre. L’auteur démonte avec précision et une approche à la fois pragmatique et philosophique les trois bases du mythe qui s’effondre de lui-même si on analyse les faits.

Il note également le côté mystique des discours des tenants de la singularité. La Singularité  comme une parousie technologique, une date messianique, qui ajoute du mystère au mythe. (4) (5)

MIT Technologie Review

MIT Technologie Review

La conclusion de Jean-Gabriel Ganascia peut surprendre. Il nous parle des pompiers pyromanes,  le terme décrivant les grandes entreprises numériques (les GAFA+) qui développent l’intellignce artificielle ET qui mettent en garde sur ces dangers potentiels.  Ces entreprises communiqueraient beaucoup sur ce sujet car pendant ce temps-là, on ne parle pas des dangers beaucoup plus présents et réels de pans entiers de responsabilité que les états abandonnent en matière de santé, d’éducation, d’identité à ces mêmes entreprises. Il appelle ce concept le « détournement d’attention ». Est-ce volontaire ? Au lecteur de décider. Mais c’est le vrai sujet qui devrait nous inquiéter beaucoup plus que le mythe de la Singularité.

Une lecture chaudement recommandé d’un auteur humaniste, entre Renaissance et Cioran, pensant différemment et l’exprimant clairement et factuellement. Indispensable.

A suivre, avec la lecture de la Guerre des Intelligences du Dr Laurent Alexandre.

@PierreMetivier

Notes

Neil Graham - Artificial intelligence - 1979

Neil Graham – Artificial intelligence – 1979

  1. L’auteur de cet article lui-même a étudié le sujet pendant ces études universitaires il y a « quelques » années et nombreux sont les concepts déjà présents à l’époque. Merci de ne pas me demander la date de ces études mais ni le web ni les mobiles n’existaient (rassurons le lecteur, les dinosaures avaient disparu !). Indice –>
  2. Même si de grands noms de la science et de l’industrie supporte l’idée de singularité technologique, d’autres n’y « croient » pas parmi lesquelles :  Paul Allen, Jeff Hawkins, John Holland, Jaron Lanier, et Gordon Moore (celui-là même de la loi citée en support du concept). Source Wikipedia
  3. Sur ces dates, sachant que personne n’a su prédire l’arrivée de Twitter ou de Facebook, leur développement, leur rôle dans le monde d’aujourd’hui, pour ne citer que ces deux exemples récents, la raison conseille de prendre avec prudence toutes ces dates annoncées et toutes les prédictions.
  4. On retrouve ces mêmes accents mystiques chez les défenseurs des bitcoins et de la blockchain. Nous l’avions noté en lisant le livre de Philippe Rodriguez, la révolution blockchain, un même vocabulaire religieux, une naissance sans père (dans le cas de la blockchain), un crédo nécessaire – La révolution blockchain, un livre qui ne laisse pas indifférent.
  5. On the possibility of divine intelligence, Ray Kurzweil is quoted as saying, « Does God exist? I would say, ‘Not yet.’

Pour aller plus loin

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