Mettre le spectre en lumière !

décembre 8, 2014
Spectre et Innovation 2014

Spectre et Innovation 2014

L’article le plus consulté de ce blog ne parle pas de NFC ou d’internet des objets, ne s’insurge pas contre les âneries écrites dans les media à l’annonce des beacons l’année dernière, ne raille pas les objets connectés pour bobos ou ne démonte pas les légendes urbaines du paiement sans contact. Non. L’article N° 1 sur plus de 310 s’intitule « La place de la RFID dans le spectre électromagnétique » avec plus de 15,000 lectures et il date d’Aout 2010. Cela montre à la fois un intérêt à comprendre  les radiofréquences, les technologies sous-jacentes aux services qui nous entourent et leur importance dans la plupart des produits et services que nous utilisons aujourd’hui. Nous n’aurions pas de mobiles, pas de télé, pas de radio, pas de laser, pas de radar (j’en connais que ça arrangerait),  pas de sans contact, pas d’internet des objets et globalement pas de vie sur terre (j’aurai peut-être du commencer pas cela) …. si nous n’étions pas entouré de toutes ces ondes, le premier fournisseur en étant le soleil.

Il était donc opportun de participer au colloque « Spectre et Innovation » organisé par l’AFNR fin nov. 2014 à Bercy. Comme le rappelle le site de l’ANFR, « les fréquences radioélectriques appartiennent au domaine public de l’État. Celui-ci a confié à l’ANFR – Agence nationale des Fréquences des missions de planification, de gestion de l’implantation des émetteurs, de contrôle et enfin de délivrance de certaines autorisations et certificats radio ».

Dans son introduction Gilles Brégant, Directeur général de ANFR, parle de TNT et de spectateurs. « Oserai je le néologisme de téléspectrateur ? Bien sûr -NDLR ». Il nous signale que nous pouvons tous demander la mesure des ondes de son domicile – 5,000 demandes en 2014.

Première table ronde – Individu et objets connectés : les fréquences au coeur du quotidien animé par Philippe Bailly

  • Ludovic Le Moan explique les objectifs de Sigfox (une société que les lecteurs fidèles connaissent bien) : réduire le coût des réseaux et en particulier ceux de l’internet des objets, consommation plus faible, moins de batterie, moins d’opex – coût opérationnel. Sigfox supporte tous les composants radio d’Atmel, Texas et tous les autres.Le but : permettre la connectivité d’objets dont la consommation est de l’ordre du microwatt et donc ne nécéssitant plus de batterie #energyharvesting. Avec la baisse des coûts de réseaux et celle des composants, on va pouvoir tout tracer. Sigfox couvre la France avec 1400 antennes, 85% population indoor 92% outdoor le tout pour 5 millions d’euros. La baisse des coûts verra l’apparition de nombreuses nouvelles applications – suivi du matériel du chantier ou animaux dans les fermes. De nombreuses « business models » seront basés sur le profilage des utilisateurs – introduction parfaite pour l’intervenant suivant.
  • Olivier Desbiey est chargé des Etudes Prospectives de la CNIL. Il nous présente « Le corps, nouvel objet« , un livre blanc de la CNIL. L’internet des objets doit partir du « corps » connecté. La Cnil n’est pas là pour entraver l’innovation mais l’accompagner. De nombreuses utilisations différentes du soi quantifié – routine, sport, suivi maladie. Les consommateurs ont l’impression de contrôler leur données sans se rendre compte qu’elles transitent par des serveurs d’entreprise. Faire comprendre. Olivier cite cet avis des 28 CNILs européennes, le G29 #dontask  Les données générées par les objets connectés sont d’abord aux services des individus.
  • Pour Laetitia Gazel Anthoine, Connecthings la techno a peu d’importance. L’internet des objets, c’est d’abord l’usage et l’utilisateur (même si le NFC une technologie importante pour sa société – NDLR). Plus de 100 000 points connectés par Connecthings dans le monde. Les données générées par l’interaction avec les tags à Bordeaux permet d’améliorer les services pour les usagers. Elle cite l’importance du drive-to-store y compris pour les villes et nous parles des déploiements à Rio-de-Janeiro.
  • Virginie Gretz est présidente et cofondatrice de Vproject et son produit, Mister Gabriel, est un garde du corps virtuel utilisant les montres connectées.  C’est un concept d’airbag vituel. C’est compliqué de faire du hardware pour une startup. Elle doute de la pérennité des Google Glass. Pour Virginie Gretz ainsi que pour Philippe Bailly NPA Conseil, les objets connectés sont toujours à la recherche d’un modèle économique entre simple achat et abonnement à un service. Les objets connectés sont toujours dans le nice-to-have, la plupart des objets autour du fitness. Le sponsoring d’un objet connecté par une entreprise est une piste intéressante tout comme les initiatives des assurances dans l’internet des objets, plutôt en mode bonus que malus. Elle rappelle enfin que la massification des données n’a pas que des des impacts négatifs : cela peut être très positif, dans la santé par exemple.
  • Pour Luis Jorge Romero, ETSI  il est souvent plus facile de faire faire parler 2 machines ensemble que faire parler 2 personnes, ce qu’on peut traduire que la création d’un écosystème est plus complexe que les sujets technologiques. A qui appartient la donnée ? Plus de données, plus de business mais aussi plus de risque pour la vie privée de l’individu. Il rappelle que les places de marché pour la donnée existent déjà – data trading desk.

François Rancy, Directeur du bureau des radiocommunications de l’UIT présente son organisme.  Les fréquences 3G qu’on utilise aujourd’hui ont été définies à la CMR de 1992, la gestion du spectre, c’est voir loin.
3 enjeux principaux :

  • Convaincre les opérateurs que le mobile n’a pas besoin de toutes les fréquences tout le temps.
  • Eviter le brouillage en bandes adjacentes particulièrement pour les objets connectés.
  • Utiliser les fréquences le plus efficacement possible avec une demande croissante.

Dans tous les cas, le but est d’utiliser les fréquences le plus efficacement possible. A plus long terme, offrir le large bande mobile à tous les habitants de la planête.

Joëlle Toledano est l’auteure du rapport « Une gestion dynamique du spectre pour l’innovation et la croissance » rapport qui fait donc des recommandations en terme de gestion de ces fréquences. Le site de la mission. « Le spectre est une denrée rare, il y une croissance énorme de la demande, dans le mobile, les services publics, l’internet des objets. » Elle nous rappelle que le succès de Rosetta, c’est aussi grâce aux fréquences. Les fréquences sont un un bien commun. Il y a des fréquences exclusives et des fréquences partagées, ouvertes. Le sujet des whitespaces est abordé. Un guichet est disponible à l’AFNR pour effectuer des test mais pour une durée limitée.

Fabienne Schmitt des Echos anime la table-ronde suivante : L’individu dans la ville intelligente : les fréquences au service du développement durable.

  • Luc Belot, Député du Maine-et-Loire, présente la carte Atout, sans contact (et probablement NFC) de la Ville d’Angers.
    Christine Tissot, Expert IT et comm. des transports, Renault, parle de communication V2V et V2I. Scoop@F est un projet européen de déploiement pilote de systèmes de transport intelligents coopératifs. Elle évoque sans ambages le harcèlement de Google après des villes pour obtenir des données sous un certain format !
  • Frédéric Géraud de Lescazes, Cisco France, décrit les tests de « boulevard connecté » de Nice et ses 200 capteurs.  Il est enthousiaste autour des réseaux Sigfox/LoRa et pour la #FrenchTech
  • Pour Olivier Hersent, Actility, en terme de fréquences, il existe un certain nombre de silos à ouvrir comme le GSMR.  Un batiment est une batterie, stocke de l’énergie sous forme de chaleur. La France, avec 8 millions de chauffages électriques pourrait potentiellement devenir la batterie de l’Europe. Deux réseaux faible conso sont en cours de déploiement, tous les deux français. Celui de Sigfox et LoRa un autre Low Power Wide Area créé par une autre startup française, Sicléeo et racheté depuis. Discussion autour du concept clé « Managed connected objects » / objet connecté géré, un autre composant clé de l’internet des objets.
  • Didier Houssin, Président pour l’Anses aborde brièvement le sujet des ondes radio « électriques » et réaffirme que dans l’état actuelle des connaissances, il n’y a pas d’impact mesurable sur la santé par les ondes radio « électriques » suivant son expression.

Le débat tourne autour de la future loi numérique, les industriels se lachent – listes de courses vs. usines à gaz législative. Luc Belot suggère de traduire ces demandes d’industriels sur le site http://contribuez.cnnumerique.fr/.

On se retrouve avec Valérie Peugeot du Conseil national du numérique. Elle souhaite réserve le terme smart / intelligent(e) aux humains. Sa conception de la ville de demain est très sociétale, partagée, collective, collaborative. Elle parle Open data et open fréquence. La liste des défibrillateurs et des bornes incendies sur openstreetmap est un bien commun. La ville aux N C – connecté, communication, connaissance en commun, coopérative, co-construite. Elle craint l’invisibilité de la technologie, souhaite rendre visible les technologies invisibles comme l’est l’internet des objets (ça se discute NDLR), demande à l’ANFR de partager la cartes des antennes relais sans réponse des intéressés. Après Luc Belot, Valérie Peugeot présente la plateforme contributive du CNN.

Troisième table ronde – Individu et rêve d’ubiquité : les fréquences indispensables aux réseaux du futur ànimé par Elsa Bembaron, Le Figaro.

  • Gabrielle Gauthey, Alcatel-Lucent explique la nécessité de développer la 5G – croissance des terminaux, vidéo et cloud. La 5G permettra de mieux gérer la complexité et l’hétérogénéité de la connectivité de demain, tout en baissant la consommation énergétique.
  • Olivier Huart, TDF propose le concept de la foire aux fréquences, rappelle qu’en 2020 la bande des 700 MHz sera réaffectée au haut débit sans fil – directive européenne. La 5G un infrastructure qui intéresse TDF mais la société est aussi partenaire de Sigfox. Ne pas couper trop vite le MePG2 pour le DVB T2, les télévisions ne pourront pas suivre. TDF, ce n’est pas que la télé, c’est aussi des télécoms d’autant plus que la télé est multiple – linéaire et non linéaire.
  • Pour Mari-Noelle Jego-Laveissière, Orange si rien n’est fait, la facture énergétique d’Orange pourrait atteindre 1 MDs € #oops Elle parle d’un partenariat public privé européen autour des infrastructures de réseaux 5G / horizon 2020. La 5G n’est pas encore défini, plusieurs versions sont à l’étude, il est important que la souche soit homogène.
  • Frédéric Pujol, IDATE rappelle le besoin de plus de vitesse et de bande passante et présente brièvement FirstNet, le réseau « secure » des US.
  • Daniela Genta, VP Radio Regulatory Affairs and Policy, Airbus, European Beacon project  Airbus propose de défragmenter la bande des 500 MHz, libérer les « petites » fréquences.
  • Ulrich Rehfuess, Head of spectrum policy, Nokia Networks explique que la société étudie le monde des « whitespaces » pour améliorer ces services LTE.
  • Peter Stuckmann de la Commission européenne parle de la politique des fréquences au niveau européen.
    Où l’on reparle, de la bande 700 MHz pour le mobile broadband en 2020, les autres bandes UHF restant au TV broadcast jusqu’à 2030.

Enfin, Jean-Pierre Le Pesteur, Président du conseil d’administration de l’AFNR conclut cette journée et note avec justesse les deux approches technologies et sociétales. Mettre le spectre en lumière, sa promesse et le titre de ce compte-rendu.

Pierre Métivier

Pour aller plus loin

Les fréquences de l'internet des objets (c) ANFR

Les fréquences de l’internet des objets (c) ANFR


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