IOTDay 2014, la journée mondiale de l’Internet des objets au Numa à Paris le 9 Avril 2014

avril 14, 2014
La journée mondiale de l'internet des objets

La journée mondiale de l’internet des objets

Le IOT Day, la Journée de l’Internet des objets s’est déroulé le 9 avril partout dans le monde. Dans sa quatrième année, cet événement, organisé par le thinktank européen, the Internet of things Council, l’excellent site Postscapes et sponsorisé par la plateforme IOT de Zebra, Zatar, est une occasion pour tous les acteurs, les passionnés et les simples curieux de se rencontrer, d’échanger et de mieux faire connaitre un sujet impactant pour chacun d’entre nous.

L’étape parisienne a eu lieu au Numa . Elle a été organisée et animée par Olivier Mevel et Marc Chareyron, de l’ Agence Enero et du Meetup IOT Paris, Djordje Djokic, juriste spécialisé dans la technologie djokic.org, Bearsteach et auteur d’un livre sur la "Protection de la vie privée sur Internet" et votre serviteur, tous membres du "Internet of things council".

L’idée de cette journée est de parler de l’internet des objets sous toutes ces facettes. Contrairement aux meetups, il n’y a pas de présentations produit, pas de démonstration de cigarettes, de portes-clés ou de Maman connectées, de montres et de bracelets plus ou moins "intelligents", mais un échange entre tous sur les grandes questions posées par l’internet des objets et en particulier les sujets sociétaux.

Avant le débat, l’auteur de ce blog a présenté les grands enjeux du sujet sous un titre qui ne devrait pas surprendre le lecteur fidèle : L’internet des objets sera multiple ou ne sera pas.

Sans faire une transcription complète de cette présentation, les idées clés partagées ont été :

[s2] – Qu’est ce que l’Internet des objets ? Sans remonter à Maxwell, Edison, Bell, Marconi, Vint Cerf, Tim Berners-Lee et bien sûr Shannon, tous personnages importants pour expliquer l’internet et l’internet des objets, il y a trois personnes à connaitre : Mark Weiser, l’inventeur du concept d’Ubiquitous Computing / l’informatique ubiquitaire ou distribuée, concept repris et développé au Japon par Ken Sakamura, et Kevin Ashton pour le terme "Internet of things" conçu lorsqu’il travaillait sur la RFID chez Procter et Gamble.

Trois définitions :

  • L’Internet des objets représente l’extension d’Internet à des choses et à des lieux dans le monde physique – Wikipedia
  • Tout ce qui résulte d’objets existants auxquels on a apporté de la connectivité ou conçus nativement pour être connecté – Alexandra Deschamps-Sonsino @iotwatch
  • L’ensemble des technologies et actions nécessaires à l’échange de données entre humains, machines et objets. Votre serviteur

[s3] L’internet des objets, c’est d’abord une version grand public, la plus visible dans les médias et sur le net, pour consommateurs du monde industriel, un monde d’objets connectés, de «Wearables », de soi quantifié, de "Smart …. stuff", parfois utiles, souvent gadgets pour geeks, mais comme l’a signalé Marc dans une autre conférence, personne ne peut dire aujourd’hui, quels seront les objets connectés réellement utilisés dans 5 ou 10 ans. Il est intéressant de noter que le terme français "Internet des objets" s’applique à cette première catégorie contrairement au terme anglo-saxon de choses (things) bien plus global.

[s5] L’Internet des objets, c’est aussi une version B2B, sous les termes M2M, traçabilité, dans les domaines des infrastructures, de la ville, de la maison, du transport, de prévention des risques naturels et bien d’autres.

C’est enfin une vision plus sociétale, avec des impacts plus prégnants sur la société en particulier dans le domaine de la santé, de l’écologie ou de l’agriculture. Les trois sont parfois liés – le principe de mesure d’humidité et d’acidité de la terre peut aussi bien s’appliquer pour dire au bobo parisien quand arroser ses géraniums grâce à son Parrot Flower Power ou aider le paysan africain à optimiser l’irrigation de son champ, améliorer ses rendements et nourrir sa famille. Toujours en Afrique, en ajoutant des modules spécifiques au mobile, on crée des équipements médicaux communicants et bon marché, capable de développer la prévention et améliorer la santé dans des contrées éloignées de tous centres médicaux.

[s11] Quels objets seront connectés ? Tous les choses ne seront pas connectées. Le grain de sable, la pierre du sentier, ou la feuille de l’arbre. Par contre, l’arbre lui-même est déjà peut être connecté comme ceux des villes de Paris ou Bordeaux, gardant sur une puce RFID la mémoire de leurs traitements phytosanitaires.

Suivant une proposition de Jacques-André Fine-Schlumberger et Jestlan Hopkins, on peut classer les objets en 4 grandes catégories : muet, sourd, bavard et participatifs incluant les spime – contractions de SPace and tIME chers à Bruce Sterling.

[s12] Quels sont les composantes de base d’un objet connecté ? C’est un cocktail comprenant en doses variables :

  • un objet bien sûr (quoique)
  • un ou plusieurs capteur(s),
  • de l’intelligence embarquée (capacité de traitement de l’information),
  • une interface utilisateur,
  • de l’énergie,
  • de la connectivité et souvent oublié,
  • des éléments de contexte : le lieu, l’heure, et plein d’autres informations disponibles dans l’environnement de l’objet.

Tout cela génère des données, variant en terme de quantité, de type et de fréquences : de quelques octets par jour à de la vidéo en temps réelle, très gourmande en bande passante. A partir de toutes ces données échangées / transmises à l’homme, la machine ou un autre objet connecté, l’information, la décision, l’action, le partage, l’identification, l’autorisation, l’authentification, …. deviennent possibles. Les combinaisons semblent sans limite, les solutions technologiques également.

[s13] Un exemple – la connexion d’un parapluie à l’internet des objets. L’idée – pouvoir lui demander si on doit le prendre ou pas le matin. Une première solution : ajouter 40 euros de connectivité, d’intelligence, de batterie, pour aller chercher sur Internet la météo et l’afficher sur le parapluie à l’aide de diodes. Deuxième solution : un simple tag NFC contenant l’URL d’un site météo. A l’approche du mobile NFC, le site météo s’affiche. L’intelligence, la connectivité, l’interface utilisateur du mobile sont utilisée. Le contexte est dans le tag. Le tout coute quarante fois moins cher.

[s17] Autre exemple – L’exposition au soleil et la mesure des UV – Première solution, le June de Netatmo, un bijou dédié communicant qui mesurera le taux d’exposition au soleil et permettra l’affichage de jolies courbes et prévenir des expositions trop fortes, prix de vente annoncé 99 $. Deuxième solution – une carte mesurant les UV, ne comportant pas d’énergie, l’énergie étant apportée par le mobile NFC. Coût approximatif – 5 € Troisième solution – intégré le capteur d’UV directement dans le mobile – une rumeur le suggère pour le prochain iPhone.

Tout cela met en avant l’importance du smart phone dans l’internet des objets ; comme on a vu dans la partie médicale ou dans de nombreux objets connectés. Il peut faire autre chose que de jolies courbes. Un grand nombre d’objets seront connectés en ajoutant une simple étiquette apportant les éléments de contexte nécessaire, ou de simple add-ons rendant la technologie et surtout les services quelles apportent au plus grand nombre. Dans ce blog,  nous avons montré récemment comment avec de simples tags intégrés dans du mobilier urbain, le citoyen peut échanger avec la ville.

[s18] Le mobile (NFC mais pas que) devient une « télécommande » de son environnement proche, une connexion universelle aux objets. Le NFC apporte aussi un élément clé, la notion d’opt-in. La décision de se connecter à un objet, à son environnement, reste dans la main de l’utilisateur, il doit s’approcher de l’objet à 2/3 cm pour que la connexion opère contrairement à d’autres technologies comme le wifi, le bluetooth et sa version low energy (BLE), les fameux beacons beaucoup plus intrusives – traçabilité des personnes à 20 voire 50 m.

L’utilisation du mobile, de ses capteurs, des informations de contexte permet aussi le développement d’un internet des objets participatif /citoyen de type crowdsourcing dans de nombreux domaines. Nous avons déjà évoqué Citoyen capteur dans ce blog.

[s19] Les domaines d’applications, les technologies, les services complémentaires créent une combinatoire immense ce qui signifie qu’il n’y a pas un internet des objet mais un grand nombre et qu’il est illusoire de penser qu’une technologie, un réseau, un modèle, un standard prévaudront. C’est ce qui en fait à la fois sa richesse mais aussi la difficulté à le mettre en place et à le "contrôler".

[s20] Une dernière infographie présente un grand nombre de sociétés développant des solutions des services des objets, une infographie très riche où il manque pourtant de nombreux acteurs comme DHL, SAP, Microsoft, Intel ou des fabricants de capteurs comme ST MicroElectronics indispensables à cet écosystème.

Good Night Lamp

Good Night Lamp

[s21] Il n’y a pas et il n’y aura pas un seul Internet des objets global mais de nombreuses itérations / versions y compris un internet des objets poétiques comme cette "Good Night Lamp", qui vous permet de dire à la famille et aux amis proches mais éloigné géographiquement que vous pensez à eux. L’internet des objets, c’est avant tout notre internet, l’internet des humains.


Cette présentation a été suivi par un débat sur les aspects sociétaux. Les grands sujets proposés étaient :

  • Les standards – Un sujet rapidement évacué puisqu’il est clair que les standards sont clés au développement de tout service basé sur une nouvelle technologie, il est clair qu’il n’y en aura pas qu’une. Il en a été récensé près de 400 !  dixit Steve Halliday, du Council.
  • Les modèles économiques – Qui va gagner de l’argent. A ce jour, la première réponse est simple. Rappelons nous du Gold rush, la ruée vers l’or de 1848. Ce sont les marchands d’outils, de pelles, de bluejean (Levis-Strauss), de tentes qui se sont surtout enrichis. En version IoT, ce sont les Amazon Web services, les Cisco, les fabricants de capteurs (ST MicroElectronics), de piles/accus, de réseau M2M (d’Orange à Sigfox), de traitement des données (de Google à Snips), les sociétés de conseil compétentes (clin d’œil aux amis d’Enero) qui profiteront les premiers de cette manne. Quelques entreprises spécialisés sur des niches sauront aussi en profiter. On peut penser bien sûr à Withings, Parrot, Netatmo en France sur les objets connectés et bien d’autres.
  • L’empreinte écologique – tous les capteurs, toutes ces piles, toutes ces étiquettes, que deviennent ils ? Le sujet n’a pas trouvé preneur. Sujet en partie abordé pendant La RFID à l’épreuve de l’innovation responsable, une conférence-débat à Telecom Paritech il y a quelques semaines pour les lecteurs intéressés.

mais c’est surtout l’utilisation des données générées, la vie privée et la sécurité qui ont été abordées.

  • Les données / big data et la vie privée – Un sujet d’autant plus actif que les actions de la NSA ou le bug de l’Open SSL sont présents dans les médias. A qui appartiennent nos données ? Les sociétés peuvent-elles utilisées voire vendre nos données même anonymisées. Exemple de l’enquête sur l’obésité publiée par Withings et basée sur les informations en provenance des balances de ces clients, ou le changement des CGU de Paypal autorisant la vente des données personnelles des utilisateurs, changement par défaut, sinon, le seul autre choix était de quitter le service. Notion de VRMVendor Relationship Management où l’utilisateur / consommateur vend ses données contre un service (exemple GMail) ou de l’argent. De même, les Linky, compteurs intelligents d’EDF, peuvent connaître beaucoup de choses sur les personnes vivant dans un foyer. Par exemple l’EDF peut savoir si les appareils électriques sont anciens et on imagine les deal possibles avec une société comme Darty. Comment l’EDF va utiliser ces données – ces données ou ses données ? A qui appartiennent elles ? Beaucoup de questions et peu de réponses mais sans aucun doute, de futurs échanges et une nécessité de clarifier la loi avec l’arrivée massive de tous ces objets.
  • La sécurité. Traçabilité des personnes grâce à nos objets connectés, aux puces RFID ou étiquettes NFC. Plusieurs rappels de bon sens. La NSA n’a pas utilisé la lecture des milliards de tags RFID déjà dans la nature pour obtenir des informations sur les personnes qu’elles espionnaient ; une simple recherche sur Internet (NSA, Snowden, RFID) suffit pour s’en convaincre. Il est bien plus facile de trouver des informations sur les personnes sur les réseaux de l’internet, par des écoutes téléphoniques ou sur les réseaux sociaux et que les informations y sont bien plus personnelles qu’à travers les objets nous appartenant. Et donc la sécurité des objets est à prendre avec nuance. Tous les objets n’auront pas besoin d’être sécurisés, et tous les objets ne pourront pas être contrôlés à distance. Ceci dit, certains objets devront être sécurisés, on peut penser à la ville, la voiture, et la maison. Dans ce dernier cas, l’accès aux informations d’une maison connectée permettrait par exemple de savoir si ces occupants sont là ou pas. Il est de nouveau, il difficile de généraliser sur ce sujet comme sur les standards, de part la diversité des services et objets connectés de ce monde en devenir.
IoT Day Paris au Numa

IoT Day Paris au Numa

Une journée de l’internet des objets riches en échange. Merci à Hélène Girard et l’équipe du Numa pour leur accueil toujours chaleureux et à Djordje, Marc et Olivier pour leurs participations passionnées et passionnantes, et leur disponibilité pour partager et échanger autour du sujet.

A suivre … l’année prochaine et tout au long de l’année sur ce blog.

Pierre Métivier

Pour aller plus loin,

  • Le Storify de l’événement mondial par Postscapes

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